Le Rôle et les Responsabilités du Ministre des Finances au Cameroun

Le ministre des Finances du Cameroun joue un rôle crucial dans la gestion économique et financière du pays. Ses responsabilités sont vastes et variées, allant de la supervision des dépenses publiques à la promotion de la confiance des investisseurs internationaux.

Louis Paul Motaze, Ministre des Finances du Cameroun

Louis Paul Motaze, actuel Ministre des Finances du Cameroun

Gestion des Dépenses Publiques

Lors d’un exposé au Conseil de cabinet, le ministre des finances du Cameroun, Alamine Ousmane Mey, s’adressait au Premier ministre et à ses pairs du gouvernement, tirant la sonnette d’alarme quant à l’extravagance des dépenses publiques. En effet, le ministre a soulevé l'épineuse question de la lourdeur des dépenses publiques et a fortement recommandé leur réduction. Dans son argumentaire, le ministre a pointé notamment la fréquence et les volumes des missions à l'étranger, les dépenses liées au carburant, à l'eau, l'électricité encore au téléphone, etc. Il a insisté sur l'urgence d'un traitement de ces questions, prenant à témoin la crise économique ambiante qui soumet toute la communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEMAC), à de dures réalités.

Selon Alamine Ousmane Mey, le taux de résilience du Cameroun particulièrement bon actuellement doit servir à prévenir la crise surtout que le Cameroun n'est pas totalement épargné. Le ministre a expliqué que la qualité des dépenses publiques constitue l'un des prérequis indispensables à la sortie de crise, chose que, d'après lui, le sommet extraordinaire des chefs d'Etat de la CEMAC a confirmée le 23 décembre dernier. Des appels qui ne sont pas tombés dans des oreilles de sourds. Le Conseil de cabinet, après avoir écouté le ministre et afin de montrer son intérêt pour la question, a décidé une mise en place d'une politique budgétaire appropriée « notamment par la réduction significative du train de vie de l'Etat et la rationalisation des dépenses de transfert » et a requis « le respect scrupuleux des quotas d'engagement trimestriel, le plafonnent des virements de crédits et la rationalisation des dépenses de consommation courante » pour tous les services d'Etat.

L'appel de pied du ministre Mey n'est pas une première. Il y a trois ans, en 2014, c'est le président de la République, Paul Biya, qui faisait état de ses vives inquiétudes quant aux excès dans les dépenses publiques. Pour y remédier, le locataire du Palais de l'Unité appelait ses collaborateurs à plus de responsabilité : « Je tiens à attirer une nouvelle fois votre attention sur la nécessité de rationaliser les dépenses et d'améliorer leur qualité dans un contexte international marqué par la rareté des ressources financières ».

Loi de Finances

La Loi n° 2024/013 du 23 décembre 2024 portant budget de l’État pour l’année 2025, apporte diverses modifications au Code Général des Impôts (CGI) camerounais.

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Voici quelques points clés de cette loi:

  • Ne sont pas déductibles les provisions pour créances et engagements douteux des établissements de crédits et de microfinance lorsque lesdites provisions portent sur des crédits annuels cumulés au moins égal, ou supérieur, à 50 millions FCFA, accordés à une même entreprise, sur la base d’états financiers non certifiés par un commissaire aux comptes.
  • La Loi de Finances pour 2025 prévoit la soumission aux taux de droit commun de l’IS pour les redressements fiscaux effectués lors des contrôles dans les entreprises bénéficiant de taux réduits d’impôt en vertu d’un régime fiscal dérogatoire, ou spécifique, en cas de fraude, telle que visée aux article L.
  • La Loi de Finances pour 2025 prévoit l’application de ce nouveau régime fiscal à toutes les conventions de financement conclues à partir du 1er janvier 2025.
  • La Loi de Finances pour 2025 étend le champ d’application de la déclaration préremplie.
  • La Loi de Finances pour 2025 précise pour les entreprises relevant d’une unité de gestion spécialisée, que les impôts, les droits, les taxes et les redevances dont le montant est supérieur à 100 000 FCFA doivent obligatoirement être acquittés par télépaiement.
  • La Loi de Finances pour 2025 précise que la notification aux contribuables d’une demande de production de documents de ou renseignements suspend ces délais de contrôle à compter de la date de ladite notification.

L’adoption, c’est-à-dire le vote de la loi de finances, est une prérogative exclusive du Parlement. La loi de finances est une loi spéciale, assujettie à une procédure d’adoption particulière. En matière de la loi de finances, le Parlement joue sa pleine plénitude, sa pleine compétence dans sa fonction de législation en la matière. L’importance du Parlement dans la phase d’adoption de la loi de finances n’est plus à démontrer.

Avant l’adoption définitive de la loi, le texte soumis à l’examen du Parlement doit faire l’objet de discussions. En matière de la loi de finances, par « adoption » il faut entendre l’ensemble du processus qui mine de la saisine officielle du Parlement au vote finale de la loi de finances. L’adoption de la loi est l’étape la plus importante dans la procédure législative car c’est elle qui donne naissance à la loi. Il s’agit de la reconnaissance constitutionnelle de la compétence du Parlement en matière législative.

Selon le Dictionnaire encyclopédique de finances publiques, le terme « adoption » peut être utilisé comme synonyme de celui de « vote », sous la réserve que le vote peut être négatif, auquel cas on parlera d’une « non-adoption ». Cette dernière possibilité existe.

Avant l’adoption définitive de la loi, le texte soumis à l’examen du Parlement doit faire l’objet de discussion ou de débat. Il faut souligner ici que seuls, sont admis dans cette phase, les projets et propositions de loi ayant satisfait aux conditions de recevabilité fixées à la fois par la constitution et le Gouvernement, notamment en ce qui concerne les propositions de loi. Et aucun texte ne peut être admis en examen parlementaire s’il ne remplit pas cette exigence.

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Au Cameroun, la commission des finances et du budget est la seule commission compétente pour connaître des questions financières et budgétaires au Parlement. Par ailleurs, c’est à travers elle que s’organise tout le travail de contrôle de l’exécution du budget par le Parlement. Son implication dans le processus financier est l’œuvre de la loi compromissoire du 11 juillet 2018 entre les pouvoirs du Gouvernement et ceux du Parlement.

Dépenses Publiques du Cameroun en pourcentage du PIB

Dépenses Publiques du Cameroun en pourcentage du PIB

Renforcement de la Confiance des Investisseurs

Du 12 au 14 mars 2025, une délégation camerounaise, dirigée par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, a mené une mission aux États-Unis. L'objectif était de renforcer la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux et attirer des capitaux. Ce roadshow, organisé à New York et Boston, a permis de présenter les réformes économiques du Cameroun, ses opportunités d’investissement et sa vision pour l’avenir. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), qui définit les priorités économiques, sociales et environnementales du pays pour la décennie à venir.

Le ministre Motaze a insisté sur l’importance d’un dialogue transparent avec les investisseurs : « Il ne suffit pas de chercher des fonds. Il faut expliquer ce qui fonctionne et ce qui pose problème. La confiance se construit sur la connaissance mutuelle. » Lors des rencontres, les secteurs porteurs comme les énergies renouvelables et l’environnement ont été mis en avant. Les discussions ont également porté sur la stabilité économique et politique du Cameroun, ainsi que sur les efforts du pays pour respecter les normes internationales en matière d’environnement, de gouvernance et de responsabilité sociale (ESG).

Les investisseurs ont exprimé des préoccupations, notamment sur la dette publique. Le ministre a rassuré : « Le Cameroun est l’un des dix pays les moins endettés d’Afrique. Nous avons clarifié notre situation et nos ambitions, notamment avec le Fonds monétaire international. » La reconstruction de la Sonara et le départ de la Société Générale ont également été abordés. La question de la transition politique a également été soulevée. Face aux inquiétudes sur d’éventuels troubles post-électoraux, Louis Paul Motaze a rappelé la solidité des institutions camerounaises.

Ce roadshow, qualifié de « non-deal » car axé sur le dialogue plutôt que sur des transactions immédiates, vise à renforcer la confiance des investisseurs et à améliorer la perception du Cameroun sur les marchés internationaux. Il pourrait également influencer positivement la notation financière du pays.

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Cette mission marque le début d’un engagement régulier avec les marchés financiers. « Nous irons à Londres dès la semaine prochaine pour poursuivre ces échanges. L’objectif est de maintenir un dialogue constant et de construire des relations durables », a déclaré le ministre. En adoptant une approche proactive et transparente, le Cameroun se positionne comme un partenaire fiable et attractif pour les investisseurs internationaux. Cette initiative ouvre la voie à des opportunités économiques concrètes et à une intégration renforcée dans l’économie mondiale.

Dessine-moi l'éco : L'élaboration du budget de l'Etat

Biographie d'Alamine Ousmane Mey

ALAMINE OUSMANE MEY, de nationalité Camerounaise, est né en 1966 à Kousseri dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Il est marié et père de trois enfants. Ses études primaires et secondaires à Garoua sont couronnées par l’obtention du Certificat d’Etudes Primaires, du BEPC, du Probatoire et du Baccalauréat série scientifique. Il poursuit ses études universitaires au Aachen’s Polytechnic University en Allemagne d’où il sort nanti d’un diplôme d’Ingénieur en Electronique. Il obtient par la suite des Certificats en financement des PME et PMI dans les pays en développement à l’Université Antwerp de Belgique, avec au passage une formation en financement sur fonds propres et sur capital risque en Tunisie.

Sa carrière professionnelle le conduit à la CCEI Bank, aujourd’hui Afriland First Bank. En 18 ans de service au sein de cet établissement bancaire, il occupe plusieurs postes de responsabilité, notamment Analyste du crédit, Directeur de la Recherche et des Investissements, Directeur Général Adjoint, et Directeur Général de 2003 à 2011. En décembre 2011, il entre dans le Gouvernement comme Ministre des Finances, poste qu’il occupe pendant sept (07) ans. Depuis le 2 mars 2018, il est Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire. Il parle plusieurs langues: le français, l’anglais et l’allemand. Il a participé à de nombreux séminaires et ateliers au Cameroun et à l’étranger, à la fois en tant qu’intervenant et simple participant.

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