Romuald Wadagni : Le Ministre des Finances du Bénin, Artisan du Développement Économique
Au-delà de son ascension professionnelle fulgurante, rares sont les informations qui filtrent sur Romuald Wadagni, le ministre de l'Économie et des Finances du Bénin, dont la discrétion s'impose comme une seconde nature.
En cet après-midi de mai, les commerçantes du marché de Ganhi sont prêtes à en découdre. Forcées à quitter leur site pour cause de rénovation, elles ont été relocalisées dans un espace temporaire, mais n'y trouvent pas leur compte. Problèmes de latrines, de gardiennage ou d'électricité, elles sont venues au ministère de l'Économie avec la ferme intention de repartir avec des solutions concrètes.
Dans la grande salle de réunion aseptisée, elles font face aux responsables de la gestion du marché (SOGEMA). Romuald Wadagni arrive d'un pas pressé, chemise blanche, costume sombre, souliers vernis et lunettes carrées sur le nez. Il s'était rendu une semaine plus tôt, sur le marché provisoire où les femmes en colère l'avaient alpagué.
Il en était reparti en promettant aux commerçantes de répondre à leurs doléances la semaine suivante au ministère, et ce jour était venu. En bout de table, visages fermés et mâchoires crispées, les marchandes en boubou sont déterminées. Le ministre cherche à comprendre les points de discorde.
Il décroche son téléphone et règle un problème après l'autre, en langue fon. « Nous allons installer des compteurs électriques à la charge de l'État », annonce-t-il. « Un problème de gardiennage ? Je vais régler cela avec SOGEMA sans que cela ne vous coûte rien », assure-t-il. Cela tombe bien, le directeur est dans la salle. Les commerçantes retrouvent le sourire et applaudissent. Elles ne repartiront pas bredouille.
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Tel un couteau suisse, le ministre qui vient de lever 700 millions de DTS auprès du Fonds monétaire internationale (FMI), gère aussi l'accessibilité des toilettes pour les commerçantes des marchés de Cotonou. Sûr de son entregent, il affirme : « Mon premier titre est celui de régleur de problèmes ».
Le ministre dirige l'ensemble des structures du Ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi. Il a le leadership politique et institutionnel de son secteur et veille en permanence à la qualité de la gouvernance et à l'efficacité de l'action publique dans les domaines de compétence du ministère.
Le ministre exerce ses fonctions sous l'autorité et par délégation du Président de la République, Chef de l'État, Chef du Gouvernement. Avec ses collègues membres du Gouvernement, il assiste le Chef de l'État, Chef du Gouvernement à s'acquitter de son mandat par l'élaboration et la conduite des politiques, programmes, projets et budgets conformément aux principes de gouvernance, à l'éthique et aux lois et règlements en vigueur au Bénin.
À ce titre, il est chargé :
- de fournir au gouvernement les prévisions sur les évolutions externes et le diagnostic des problèmes internes à partir des données, faits et chiffres de bonne qualité ;
- d'assurer la qualité de la gouvernance et du contrôle en veillant à l'amélioration des performances, au respect des biens publics, de l'intérêt général, des valeurs républicaines, de l'éthique, des normes et des procédures ;
- d'assurer la mobilisation et l'organisation des moyens pour la mise en œuvre des plans, programmes, projets et budgets ;
- de définir la structure et la hiérarchie des responsabilités d'exécution dans le respect des dispositions du présent décret ;
- d'assurer une bonne gestion des ressources humaines et de veiller à l'amélioration continue de leurs performances ;
- d'accompagner les acteurs à rompre avec les pratiques qui affectent l'efficacité de l'action gouvernementale, l'image du pays et le bien-être des populations.
Le ministre veille à la solidarité gouvernementale et à la synergie interministérielle en faisant jouer les mécanismes de coopération, de concertation et de coordination de l'action gouvernementale et ce, conformément aux principes et valeurs définis dans la Constitution. Le ministre soumet au Conseil des ministres les projets de lois, d'ordonnances et de décrets déterminant la politique de son secteur. Le ministre fait une communication appropriée en Conseil des ministres pour rendre compte au Chef du gouvernement de l'évolution des résultats, des performances et de la qualité de la gouvernance de son département ainsi que des propositions d'amélioration.
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Dès son accession à la présidence, Patrice Talon a su miser sur les talents de Romuald Wadagni, en lui confiant, en avril 2016, les rênes du stratégique ministère des Finances. Pari gagnant.
L'un des moments forts de cette trajectoire est l'émission de la première obligation internationale du Bénin, d'un montant de 260 millions d'euros, marquant son entrée réussie sur les marchés mondiaux. Cette percée a ouvert la voie à des opérations de plus grande envergure. En février 2024, le pays a émis un emprunt souverain de 750 millions de dollars à des conditions particulièrement compétitives, devenant ainsi le troisième meilleur crédit africain en dollars, juste derrière le Maroc et l'Afrique du Sud.
Autre prouesse majeure, le ministre d'État a orchestré le remboursement anticipé de la majeure partie de la dette nationale, allégeant ainsi le fardeau financier du Bénin.
Sur le plan des réformes structurelles, le Bénin a su se démarquer par des mesures audacieuses favorisant l'initiative privée et l'entrepreneuriat. Cette politique avant-gardiste a valu au pays le privilège de devenir le premier État d'Afrique subsaharienne à intégrer la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD).
Plus encore, la BERD a salué la facilité et la rapidité de création d'entreprises au Bénin, un atout majeur dans l'attractivité économique. Le Bénin s'impose de plus en plus comme une référence en matière de finance durable sur le continent africain.
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Une dynamique confortée en octobre 2024 par la décision de l'agence de notation S&P de confirmer la note « BB- » du pays, tout en relevant la perspective de stable à positive. Dans le domaine de la finance verte, le Bénin se distingue également comme un modèle de référence en Afrique.
La Table ronde sur le financement de l'action climatique au Bénin, organisée par le ministère des Finances, a suscité un véritable engouement de la part des bailleurs de fonds et des partenaires internationaux.
À la lumière de ces réalisations, la distinction de Romuald Wadagni en tant que Meilleur ministre des Finances d'Afrique 2024 par le magazine Financial Afrik ne surprend guère.
Le ministre d'État de l'Économie et des Finances, Romuald Wadagni, a une fois de plus été sacré Meilleur ministre des Finances d'Afrique pour l'année 2024 par le prestigieux magazine Financial Afrik. Ce n'est pas une première pour l'argentier béninois, qui, année après année, imprime sa marque sur la scène internationale. Cette reconnaissance va au-delà de la personne de Romuald Wadagni. C'est tout le Bénin qui est honoré à travers elle.
Sur le podium des lauréats, Romuald Wadagni devance des figures de renom telles que Nadia Alaoui (Maroc), Adama Coulibaly (Côte d'Ivoire), Vera Daves de Sousa (Angola) et Louis-Paul Motaze (Cameroun). Cette avance n'est pas le fruit du hasard.
Romuald Wadagni, en visite dans une unité installée dans la Glo-Djigbé Industrial Zone, située à quelques 45 km de Cotonou.
De l'expertise comptable au ministère de l'Économie, la dynamique du jeune Wadagni s'est construite au-delà de la discipline familiale qui le destinait à devenir ingénieur dans le BTP. Sa rapide ascension n'a pas surpris les membres du cercle de réflexion Myosotis, au sein duquel il a mûri sa vision pour le Bénin.
Ce groupe confidentiel constitué d'une dizaine de membres s'est réuni chaque mois pendant plus d'une décennie dans les restaurants parisiens, pour appréhender l'avenir du pays. Aujourd'hui, la majorité d'entre eux est rentrée au Bénin, à l'instar de Ghislain Haïckou qui dirige la société Burval, après un passage dans la haute administration. Ce dernier le dit « rivé sur ses objectifs » sans vouloir préciser lesquels.
Si son parcours professionnel au sein de Deloitte a largement été relayé dans les médias, rares sont les informations qui circulent sur cet homme discret, père de deux enfants (Olivia 18 ans et Eyram, 16 ans) et proche du président Talon.
« J'ai rencontré Romuald pendant l'enfance. Nous vivions dans le même quartier de Cotonou, à Agla. On aimait faire des rodéos en moto entre amis. À l'école, il se faisait surtout remarquer par ses résultats », explique Ghislain Haïckou.
« Lorsqu'il avait 15 ans, sa famille faisait construire une maison dans le quartier de Sainte Rita, à Cotonou. Son père était détaché à Dakar et c'est Romuald qui supervisait l'avancement des travaux. Cela m'avait beaucoup impressionné. Rétrospectivement, je me dis que sa réussite est le résultat de tout un apprentissage », reconnaît l'ami d'enfance qui fut plus tard, son témoin de mariage (et réciproquement).
Romuald voit le jour le 20 juin 1976 alors que ses parents sont encore étudiants. « J'ai été responsable très vite et il me semble que j'ai toujours vécu avec un âge supérieur au mien (...) Je suis l'aîné de la famille », tient-il à préciser. Cette position sociale s'accompagnait de responsabilités d'autant plus lourdes que la figure du père (ingénieur statisticien économiste, diplômé de l'École nationale de la statistique économique de Paris, l'ENSAE, ndlr) s'imposait comme une référence nationale.
« Arrivé à l'âge de la retraite, mon père a rédigé une thèse en mathématique fondamentale », confie-t-il, non sans fierté. Romuald Wadagni grandit avec voiture climatisée et chauffeur privé, mais son père cherche à responsabiliser le jeune garçon qui passe l'essentiel de ses congés scolaires à suivre des formations techniques.
« Il m'avait dit : "Tu seras un intellectuel, mais je veux que tu connaisses la réalité d'un manœuvre ou d'un mécanicien" ». De la maçonnerie à la mécanique, le jeune Wadagni apprendra aussi à devenir éleveur de lapins à Porto-Novo.
« C'est une chose d'être technicien, c'en est une autre d'évoluer (...) Romuald est brillant. Ses frères et sœurs ont très bien réussi eux-aussi et appartiennent à l'élite de ce pays », estime Amadou Rouf Raimi, l'ancien président de Deloitte France. Aîné d'une fratrie de cinq enfants, Romuald est suivi d'Imelda qui travaille dans l'audit et le conseil (ex-Deloitte également).
Vient ensuite Anita, médecin, puis Kate qui travaille dans agroalimentaire au département contrôle qualité. Et enfin Prince, qui est ingénieur dans le génie civil (installé à son compte après avoir travaillé pendant près de dix ans pour SOGEA SATOM). Après des formations supérieures « out of Africa », toute la fratrie Wadagni rentre au Bénin.
Pour Amadou Rouf Raimi, Romuald Wadagni a grandi dans « une culture du travail très forte » qui lui a permis de « s'imposer en politique grâce à la carapace qu'il s'est forgée pendant l'enfance ». Son père, Nestor Wadagni, décédé en septembre 2021 des suites du Covid-19, était haut fonctionnaire et sa mère commerçante.
Un grand-père paternel cultivateur à Lokossa, une des premières « nana-Benz » pour arrière grand-mère maternelle (ces commerçantes qui ont fait fortune dans les années 1960 en commercialisant du wax hollandais), et des origines ghanéennes du côté paternel, Wadagni aime rappeler qu'il est issu d'une famille « plutôt modeste ».
« Il y a peu de Wadagni, contrairement à ces grandes familles béninoises dont on peut retracer l'histoire sur plusieurs générations », précise-t-il. Une mère pieuse qui rassure et un père cartésien qui impressionne, le jeune Romuald développe rapidement une double personnalité, « celle qu'on a au travail, et celle qu'on laisse se découvrir dans la sphère privée », admet-il. Le secret semble être chez lui une seconde nature.
« Romuald ne dit jamais tout. Il est comme un algorithme : il ne donne qu'une partie qui ne permet pas de tout déchiffrer », confirme Ghislain Haïckou.
Considéré comme une sorte de « parrain » professionnel, Amadou Rouf Raimi, l'ancien vice-président monde de Deloitte qualifie Romuald Wadagni de « redoutable » et ajoute qu' « il peut être dur avec ses équipes en raison de son exigence », mais qu'il reste « juste ».
À l'image d'Amadou Rouf Raimi qui a accompagné son ascension au sein de Deloitte (Wadagni a atteint le statut d'Associé chez Deloitte à l'âge record de 36 ans) plusieurs bonnes fées se sont penchées sur le sort du jeune homme. S'il est un personnage-clé pour comprendre son parcours, il s'agit bien de Christian Migan, la star des experts comptables du Bénin.
« Lorsque nous étions en classe de 1re, il avait déjà préparé son dossier de préinscription pour devenir expert-comptable comme son oncle », se souvient Ghislain. Contre l'avis de son père, il intègrera l'IUT de Grenoble avec la complicité d' « oncle Migan » (l'ami d'enfance de son père) qui se chargea de remplir son dossier d'inscription.
« Mon père m'a dit : " Si tu échoues, je te coupe les vivres ! " J'ai mis beaucoup d'énergie pour réussir », reconnaît-il. « En arrivant à Grenoble, je me suis présenté au CROUS pour obtenir une chambre en résidence universitaire. Il y avait des formalités et les délais étaient dépassés. C'était un choc (...) J'ai passé la nuit chez une cousine de mon père à Lyon et le lendemain, je reprenais le train pour Grenoble. Dans la bibliothèque, j'ai croisé Désiré, un étudiant béninois qui cherchait un colocataire. Je me suis installé chez lui et j'ai attendu un an avant d'obtenir une chambre universitaire », se rappelle Romuald Wadagni en riant.
« Il était très concentré sur ses études. D'ailleurs il termina major de sa promotion (...) Il ne sortait presque jamais et gérait son emploi du temps en fonction des appels de son père », se remémore Désiré Aïhou, qui est aujourd'hui son conseiller technique et juridique.
En allant récupérer son relevé de notes au secrétariat et fin prêt à rentrer au Bénin pour rejoindre le cabinet de Christian Migan, Romuald Wadagni croise Dominique Natale, Associé chez Deloitte Lyon. C'est le début d'une longue aventure.
« J'ai tout de suite compris que l'environnement de Deloitte était hyper compétitif et j'ai su qu'il fallait que j'aille le plus haut possible ! J'ai compris aussi qu'il fallait que je maîtrise l'anglais et que j'obtienne un diplôme américain », explique Romuald Wadagni.
C'est ainsi qu'après avoir fait ses preuves au sein de Deloitte-Lyon, il part étudier à Harvard où il obtient le diplôme d'expert-comptable américain, assorti de la green-card. Adoptant l'American way of life, il commence à pratiquer le golf et fume le cigare avec ses clients.
Ayant intégré le pragmatisme à l'américaine et la forme procédurale à la française, Romuald sort du lot. « En rentrant à Paris, ma formation a fait la différence. J'ai toujours cherché un moyen de différenciation par rapport aux autres, pour devenir un recours », explique-t-il. Il restera 17 ans chez Deloitte où il gravit tous les échelons.
« Entrer dans le happy few des Associés, c'était vraiment le Graal ! Après cela, je pouvais partir », explique-t-il. « J'avais peu à peu intégré l'Afrique à mon agenda en participant au redressement de plusieurs bureaux d'Afrique de l'Ouest et en créant ceux de Lubumbashi, Kinshasa et Cotonou. C'était important pour moi de conserver un lien ténu avec les réalités du continent », précise-t-il.
Présenté à Patrice Talon en exil à Paris, la connexion est immédiate et les rencontres s'enchaînent. « Une fois élu, il m'a demandé de rester proche de lui », confie-t-il. À 39 ans, il est nommé ministre de l'Économie du Bénin. Malgré son jeune âge, Wadagni est prêt. « Je sais exactement ce que je veux. Je disais à mes amis pendant l'enfance que je serais ministre avant l'âge de 40 ans », assure-t-il.
« J'ai toujours cherché un moyen de différenciation »
Jusqu'où ira le ministre de l'Économie ? « Après quoi court Romuald ? Justement, je n'en sais rien », reconnaît Christian Migan, l'expert-comptable, que Wadagni admirait tant pendant l'enfance. Ministre avant 40 ans, où sera-t-il à 50 ans ? Telle est la question qui commence à émerger en terre béninoise concernant ce « jeune loup » de la politique qui a mené de profondes réformes saluées par la communauté internationale, non sans générer au passage quelques crispations au niveau local.
« Il doit être proche des gens, c'est important. Même s'il bénéficie d'une bonne image, il ne doit pas s'enfermer dans son bureau, sans quoi il pourrait s'éloigner des réalités du terrain », prévient Christian Migan qui considère Wadagni comme le fils qu'il n'a jamais eu.
En conclusion, Romuald Wadagni incarne une nouvelle génération de leaders africains, déterminés à transformer leur pays grâce à une vision stratégique, une expertise technique et un engagement sans faille.
Romuald Wadagni, ministre des Finances du Bénin, sacré Meilleur ministre des Finances d'Afrique 2024 par Financial Afrik.
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