Moonshot Finance et biodiversité : enjeux et opportunités

La biodiversité, composante essentielle du capital naturel, est aujourd’hui au cœur des préoccupations financières. Malgré son importance, ce sujet a longtemps été perçu comme éloigné des mécanismes financiers et des décisions d’investissement. Cette perception évolue rapidement grâce à la montée en puissance de la finance durable, qui intègre désormais pleinement les enjeux environnementaux et sociaux dans ses logiques.

La finance durable et la biodiversité : une nécessité pour le cadre mondial

Le Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022 lors de la COP15, vise à inverser la tendance de déclin du vivant d’ici 2030. Parmi les outils identifiés par l’IPBES nécessaires à cette ambition, les instruments financiers jouent un rôle crucial. La finance durable doit combiner amélioration du bien-être humain et respect des limites planétaires, notamment par le maintien et la restauration de la biodiversité.

Les crédits biodiversité apparaissent comme un mécanisme innovant dans ce nouveau contexte. Ce sont des unités certifiées, mesurées et fondées sur des preuves de résultats positifs en matière de biodiversité, durables et additionnels par rapport à ce qui se serait produit autrement (BCA, 2024). Ces crédits sont intégrés dans la cible 19 du Cadre mondial, qui vise à augmenter sensiblement les ressources financières pour mettre en œuvre les stratégies nationales en faveur de la diversité biologique.

Les défis de l’intégration de la biodiversité dans les décisions financières

Le premier défi pour les investisseurs concerne la qualité des données disponibles. Bien que la prise de conscience s’accroisse, seules quelques entreprises - par exemple, un faible pourcentage de l’indice Eurostoxx - se sont fixées des objectifs spécifiques en matière de biodiversité. Ensuite, la faible quantité d’investissements dédiés aux solutions biodiversité limite encore le développement de portefeuilles équilibrés, notamment dans les obligations, car les entreprises engagées sont souvent des petites ou moyennes capitalisations.

Par ailleurs, des biais sectoriels subsistent à cause de méthodologies trop simplistes. L’utilisation d’un seul indicateur peut conduire à une vision incomplète, surpondérant certains secteurs à faible impact, comme la technologie et la consommation. En réponse, la finance évolue vers une approche intégrée, prenant en compte la double matérialité : comprendre à la fois l’impact des entreprises sur la biodiversité et leur propre dépendance aux écosystèmes.

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De nouveaux mécanismes financiers : vers une "économie de la biodiversité"

Le chercheur Harold Levrel propose un changement de paradigme : passer d’une “économie de la biodiversité” à un “projet économique de conservation de la biodiversité”. Dans cette optique, un acteur économique « emprunte » à la biodiversité - un bien commun - pour développer ses activités et doit en assurer le “remboursement”. Ce modèle impose une refonte des outils de régulation et d’évaluation économique, mais aussi la création de mécanismes innovants comme les certificats biodiversité.

Ces certificats reposent sur un consensus expert qui classe les pratiques favorables à la biodiversité et leur attribue un gain relatif. Les marchés volontaires de crédits biodiversité sont en cours de développement, accompagnés d’un encadrement croissant des risques et opportunités, comme l’illustre le rapport de la FRB, MNH et Carbone 4.

Investissements responsables et finance pour la biodiversité

Moonshot Finance accompagne les sociétés financières à investir durablement, en intégrant la dimension biodiversité dans leurs décisions. Experts dans les processus d’investissement, ils soutiennent la transition vers un modèle où le capital naturel est préservé. Cette intégration est d’autant plus importante que de nombreuses activités économiques dépendent directement du bon fonctionnement des écosystèmes : qualité des sols, disponibilité de l’eau, pollinisation et stabilité des chaînes d’approvisionnement. Parmi les secteurs les plus concernés figurent l’agriculture, l’alimentation, le textile, la santé, la construction, l’industrie, l’énergie et le tourisme.

La finance durable, longtemps focalisée sur le climat via des indicateurs carbone, enrichit désormais son approche grâce à l’intégration de la biodiversité. Cela permet une meilleure analyse des dépendances, des risques physiques, de la résilience et de la création de valeur sur le long terme.

Les obligations vertes et durables liées à la nature

Le marché obligataire voit croître l’importance des crédits liés à la nature, dépassant parfois le climat. Les obligations “Use of Proceeds” (UOP), où les fonds collectés financent des projets de conservation terrestre et aquatique, gagnent en popularité. Par exemple, la société chilienne CMPC émet des obligations UOP dédiées à ces objectifs.

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Les obligations “sustainability-linked bonds” (SLB) sont aussi en progression. L’entreprise brésilienne Klabin a émis une SLB avec des objectifs précis tels que la réintroduction d’espèces menacées et la réduction de la consommation d’eau de 16,7 % par rapport à 2018. Le paiement des coupons augmente si ces objectifs ne sont pas atteints, assurant ainsi un alignement direct des performances environnementales et financières.

L’essor des fonds d’investissement dédiés à la biodiversité

Les fonds spécialisés dans la biodiversité ont plus que doublé depuis 2018, levant plus de 200 milliards d’euros. Des grands fonds souverains comme l’ABP aux Pays-Bas ou le fonds norvégien ont intégré systématiquement l’évaluation des risques liés au capital naturel. Par exemple, le fonds norvégien a soumis 96 % de son portefeuille à une analyse des risques biodiversité, soulignant leur intérêt à comprendre ces enjeux en tant qu’investisseur diversifié et international.

Initiatives internationales et cadre réglementaire

Le Groupe de Travail sur la Publication d’Informations Financières relatives à la Nature (TNFD) est l’une des principales initiatives mondiales pour améliorer la qualité et la transparence des données sur la biodiversité dans les rapports financiers. Sa version finale est imminente et permettra aux entreprises et aux investisseurs d’harmoniser leurs pratiques.

En parallèle, à la COP15, 188 pays se sont engagés à protéger 30 % des terres et des zones maritimes d’ici 2030, dans le cadre de l’Accord Kunming-Montréal. Cette ambition s’accompagne d’un appel à l’augmentation significative du financement de la biodiversité, notamment par des investissements privés, ouvrant ainsi de nouvelles opportunités dans la finance responsable.

Défis Solutions et opportunités
Qualité et disponibilité des données Développement du cadre TNFD et engagement des entreprises
Faible volume d’investissements spécifiques Création de produits financiers innovants (crédits biodiversité, SLB, obligations UOP)
Biais sectoriels des méthodologies Adoption d’une approche de double matérialité et d’évaluation globale

Actions concrètes pour une finance engagée dans la biodiversité

Les institutions financières, publiques et privées, doivent intégrer la biodiversité dans l’ensemble de leurs décisions et stratégies. Elles peuvent fixer des objectifs alignés avec les cadres internationaux, accompagner les entreprises à réduire leur impact négatif, développer leurs compétences internes et rendre compte publiquement de leur contribution à la biodiversité selon les recommandations de la TNFD.

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Cette démarche est rendue urgente par l’accélération de la perte de la nature, à laquelle contribuent les activités humaines : près d’un million d’espèces sont menacées d’extinction, et 75 % de la surface terrestre a été modifiée par ces activités. Ces pertes impactent directement l’économie, rendant la préservation du capital naturel impérative pour garantir la prospérité à long terme.

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