Raisons et dynamique du mouvement social du 13 septembre 2019 autour de la grève à la RATP et des mobilisations liées à la réforme des retraites

La grève des personnels de la RATP a été très suivie vendredi 13 septembre, obligeant les usagers à s’organiser pour leurs déplacements et ouvrant le bal de la contestation de la réforme des retraites et de la disparition des régimes spéciaux. Dix lignes de métro sont restées fermées, tandis que les Franciliens se débrouillaient comme ils pouvaient avec des RER, bus et tramways au compte-gouttes. Une telle mobilisation est inédite depuis une précédente réforme des régimes spéciaux en 2007, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Des temps de trajet décuplés, des trottoirs bondés de flottilles de vélos et trottinettes et un concert de klaxons : après une matinée relativement calme, l’impact de la grève massive dans les transports parisiens s’est fait sentir au fil de l’après-midi dans la capitale.

Réunis à l’appel de plusieurs syndicats, dont les trois organisations représentatives UNSA, CGT et CFE-CGC, plusieurs centaines d’agents se sont rassemblés le matin devant le siège de la RATP, où les leaders syndicaux ont salué une « réussite ». « La force de cette mobilisation montre bien que ce régime de retraite est au cœur de notre contrat social. (…) A la RATP, c’est un deal entre le nouvel embauché et l’entreprise », a déclaré Thierry Babec de l’UNSA. Si un salarié de la RATP entre à un niveau de salaire modeste, il est assuré jusqu’à présent d’une retraite calculée sur les six derniers mois de salaire et d’un âge de départ plus précoce que dans le régime général : ainsi, début 2019, un conducteur pouvait partir à 50 ans et huit mois et un agent affecté aux travaux à 55 ans et huit mois. Le régime spécial de retraite, « c’est du salaire différé » pour compenser « les contraintes et pénibilités » du travail, a lancé Thierry Babec, en plaidant pour « une convergence » des actions « avec tous ceux qui vivent les contraintes du transport, les routiers, les cheminots ».

Selon FO, la remise en cause du régime spécial « aurait pour conséquence une baisse de 30 % » des pensions à la RATP. Fabrice Ruiz de la CFE-CGC a évoqué un « taux de grévistes estimé entre 60 % et 98 % selon les secteurs », non confirmé par la RATP. Dans un communiqué, les trois syndicats représentatifs réclament au gouvernement « de véritables négociations » et « des garanties concrètes rapidement ». Pour les syndicats, la grève à la RATP est le « premier coup de semonce » contre la réforme des retraites. « Ce n’est pas une grève de privilégiés, c’est une grève de salariés qui disent : on veut avoir une retraite à un âge raisonnable et partir dans des conditions raisonnables », a estimé sur Franceinfo le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

Les régimes spéciaux sont appelés à disparaître avec la mise en place du système universel de retraite par points. Le premier ministre, Edouard Philippe, a évoqué une entrée en vigueur du régime universel au 1er janvier 2025 et a précisé que « des périodes de transition pouvant aller jusqu’à quinze ans en fonction des différents systèmes, ça veut dire 2040 ». « Le chauffeur de bus du Havre, ou de Bordeaux ou de Metz, il a parfois le même travail que celui de la RATP dans les mêmes conditions, en tout cas avec des contraintes approchantes, et il a un régime de retraite qui n’a rien à voir », avait-il lancé pour justifier un système « plus juste, plus solide, plus transparent ».

Des personnalités et des syndicats appellent à élargir le mouvement au-delà des transports, avec des actions prévues pour les avocats, médecins, infirmières, pilotes et hôtesses. Jeudi, les personnels d’EDF se mobilisent contre le projet de réorganisation Hercule, et les grandes centrales battront le pavé le 21 septembre pour FO et le 24 pour la CGT, rejointe par Solidaires et SUD-Rail. Le détail du trafic montre que le métro est fortement touché: dix lignes totalement fermées (2, 3, 3 bis, 5, 6, 7 bis, 10, 11, 12, 13); sur les lignes 4, 7 et 8, un métro sur trois circule seulement aux heures de pointe, et sur la ligne 9, une rame sur quatre est en activité. Les lignes automatisées 1 et 14 circulent normalement mais restent à surveiller.

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En RER et sur le réseau de surface, la perturbation est importante: un RER A sur trois, et un RER B sur cinq, circulent uniquement en heures de pointe; le tramway et le bus subissent des baisses notables du service; en moyenne un bus sur trois circule sur l’ensemble du réseau RATP. Sur Transilien, les trains ne sont pas directement concernés par ce mouvement, mais des perturbations restent possibles.

  1. Le mouvement social « Bloquons tout » est né sur les réseaux sociaux et a rapidement gagné en ampleur, rassemblant des acteurs divers sans leader unique.
  2. Les blocages visent notamment les transports, l’énergie, la logistique, et certaines routes et centres commerciaux à l’échelle nationale.
  3. Les chiffres varient selon les sources, avec des estimations allant de dizaines de milliers à plus de 100 000 manifestants sur l’ensemble du pays selon les moments et les lieux.

Le Monde et AFP décrivent une mobilisation protéiforme, avec des blocages sur autoroutes, des barrages filtrants, et des fermetures de centres commerciaux, ainsi que des rassemblements importants dans des villes comme Paris, Marseille, Lyon et Rennes. Des actions ciblent les raffineries et des dépôts pétroliers, avec une participation variable selon les sites. Le mouvement est soutenu par des syndicats, mais aussi par des collectifs citoyens et des partis politiques, ce qui complexifie la perception et la gestion des actions par les autorités et les organisateurs.

La couverture médiatique montre aussi une europeïsation du mouvement, avec des analyses sur l’influence des réseaux sociaux et des dynamiques de mobilisation sans leader. Les voix politiques, des ministres et des dirigeants syndicaux, débattent des implications de ce type de mobilisation pour une réforme des retraites et pour l’équilibre entre droits acquis et adaptation des systèmes publics.

À l’échelle locale, plusieurs actions ponctuelles ont été organisées, notamment des vélorutions et des cortèges dans diverses régions, pour exprimer la colère face à l’austérité perçue et la remise en cause des droits sociaux. Des témoignages de participants illustrent des motivations variées: inquiétude économique, précarité, et revendications féministes ou pour la protection des services publics.

À la Une : grèves, mobilisations et mouvements sociaux

Au-delà des transports, les appels à des journées de mobilisation comme le 18 septembre montrent l’escalade et l’intensification attendues des actions, avec la participation potentielle des cheminots et d’autres secteurs clés. Les organisateurs cherchent à maintenir l’élan sans fragmentation, tout en répondant aux inquiétudes liées à l’impact sur les usagers et sur l’économie.

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La couverture des 13 et 14 septembre souligne une dynamique de révolte citoyenne sans leader unique, mais soutenue par une coalition hétéroclite de groupes et de syndicats. L’objectif commun est de dénoncer des réformes et des choix budgétaires jugés injustes, tout en interrogeant le rôle de l’élite politique et la distribution des richesses dans la société.

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