Observatoire de la recherche sur l’entrepreneuriat féminin : état des lieux et enjeux

Dans le cadre du plan interministériel « Toutes et tous égaux 2027 », la Direction générale des Entreprises (DGE), en partenariat avec Bpifrance, publie la troisième édition du baromètre de l’entrepreneuriat des femmes en France. Cette édition fait état des avancées mais aussi des enjeux persistants liés à l’entrepreneuriat féminin.

Situation actuelle de l’entrepreneuriat féminin en France

L’entrepreneuriat féminin représente environ 40 % des créations d’entreprise en France (INSEE, 2018), ce qui montre une progression importante puisque ce taux n’était que de 30 % en 2010. Malgré cela, la place des femmes reste encore restreinte comparée à leurs homologues masculins. Les motivations à entreprendre sont similaires chez les femmes et les hommes, et environ 70 % des deux sexes estiment que l’entrepreneuriat est un bon choix de carrière (rapport Eve Donzel).

Toutefois, des disparités subsistent notamment au niveau de l’accompagnement et du financement. Seules 32 % des femmes entrepreneures déclarent avoir bénéficié d’un accompagnement contre 39 % des hommes. Par ailleurs, le taux de pérennité après cinq ans est identique pour les entreprises classiques, mais diffère chez les micro-entrepreneurs. Ces différences s’expliquent en partie par la taille et le secteur d’activité des entreprises féminines, souvent individuelles et dans les services ou le social.

Entrepreneuriat par nécessité et par opportunité

Dès 1987, la chercheuse Linda Neider décrivait que les femmes de plus de 50 ans, souvent après un divorce ou la perte de leur conjoint, représentaient la première vague d’entrepreneuses par nécessité, soit pour maintenir un revenu. Aujourd’hui, ce type d’entrepreneuriat concerne encore environ 30 % de plus de femmes que d’hommes (GEM, 2018).

Les causes modernes incluent le manque d’emploi, l’absence de structures de garde ou le plafond de verre. Par contraste, dans les pays développés, les femmes entreprennent souvent par opportunité, pour leur réalisation personnelle ou pour bénéficier d’une flexibilité notamment liée à la maternité, comme le montrent les "Mampreneures".

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Différences dans les tailles d’entreprise et défis de financement

Les entreprises féminines ont généralement des tailles plus petites -- la masse salariale moyenne étant de 0,7 pour les femmes contre 1,1 pour les hommes. Cette différence découle de secteurs d’activité mais aussi d’une confiance en soi moindre chez les femmes dénoncée par Cherie Blair, présidente de sa fondation.

Cette défiance se traduit par un taux de rejet bancaire deux fois plus élevé pour les femmes et un chiffre d’affaires moyen deux fois moindre (71K contre 150K euros). Par ailleurs, dans le marché du travail, les femmes ont deux fois moins de chances d’avoir occupé un poste de dirigeante avant de créer leur entreprise, ce qui réduit leur réseau et compétences, renforçant leurs craintes quant aux capacités nécessaires (27 % des femmes contre 9 % des hommes).

Les enjeux et bénéfices du développement de l’entrepreneuriat féminin

Promouvoir la diversité de genre dans l’entrepreneuriat n’est pas uniquement une question d’égalité mais aussi de performance économique. Les approches distinctes du risque et de la collaboration apportées par la parité améliorent la productivité et la croissance. La loi Copé-Zimmermann sur la parité dans les conseils d’administration en apporte une illustration encourageante.

Selon l’OCDE, si autant de femmes que d’hommes créaient leur entreprise, la France pourrait augmenter sa croissance annuelle de 0,4 %, soit 9,4 % sur vingt ans, créant ainsi environ deux millions d’emplois supplémentaires.

Initiatives nationales et internationales en faveur de l’entrepreneuriat féminin

France : garanties, réseaux et sensibilisation

La GARANTIE égalité femme, ancienne FGIF mise en place dès 1989, facilite l’accès au crédit bancaire pour les femmes. Elle exclut les cautions personnelles et peut couvrir jusqu’à 80 % d’un prêt, plafonné à 50 000 euros.

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Des réseaux d’accompagnement et d’information dédiés ont émergé, comme Action’elles, Les Premières, Women Initiative Fondation, le réseau des Mampreneurs, Girlz in Web, Force femmes et StartHer. Ils contribuent à conseiller, guider et accompagner les entrepreneures selon leurs besoins spécifiques.

Canada : une stratégie ambitieuse et des initiatives concrètes

Le gouvernement canadien a lancé en 2018 la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat (SFE) pour abolir les obstacles systémiques et renforcer l’autonomie économique féminine. Depuis, le Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat a co-organisé plus de 1 000 événements. En 2022-2023, plus de 26 400 femmes ont bénéficié de programmes soutenus par la SFE.

Le financement reste un défi central : les entreprises féminines obtiennent en moyenne 150 % de financement en moins que leurs homologues masculines. Pour y remédier, plusieurs fonds et programmes ont été mis en place, dont :

  • Le Fonds pour l’écosystème de la SFE, avec un investissement cumulé de 165 millions de dollars.
  • Le Fonds de prêts pour les femmes en entrepreneuriat (FPFE), accordant des microprêts jusqu’à 50 000 dollars.
  • Le Programme femme entrepreneure de FAC, avec plus de 3 300 prêts financés, totalisant 2,5 milliards de dollars.
  • Initiatives visant à augmenter la présence féminine dans le capital de risque et soutenir l’accès à ce financement.
  • La plateforme Excelles - Fonds et lab pour les femmes valorisant l’investissement dans les entreprises féminines.

Des programmes de mentorat comme celui de WeBC en Colombie-Britannique jouent un rôle crucial dans la croissance des entreprises des femmes, leur apportant confiance, expertise et réseau.

Développement à l’export et commerce inclusif

Le gouvernement canadien favorise également l’accès des femmes aux marchés internationaux via des délégations commerciales, des initiatives du Service des délégués commerciaux (SDC) et le programme Facilité pour l’accès aux marchés internationaux (FACI). Ces aides ont permis à des centaines de femmes d’obtenir des financements et de participer à des programmes d’exportation.

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Champions des femmes d’affaires en commerce

Recommandations pour renforcer l’entrepreneuriat féminin

Communication et visibilité

Selon Daniel Isenberg, la communication autour des success stories féminines doit être renforcée pour inspirer les femmes à entreprendre. Pourtant, seulement 25 % du contenu médiatique mondial valorise les femmes entrepreneures, et souvent en renforçant des stéréotypes liés au genre (Global Media Monitoring Project).

Sensibilisation dès l’école

La France a intégré les notions entrepreneuriales dans l’éducation post bac. Pourtant, la féminisation dans les formations dédiées à la création d’entreprise reste faible. Multiplier les jeux, concours et autres initiatives dès le plus jeune âge pourrait encourager davantage de jeunes filles à emprunter la voie entrepreneuriale.

Encouragement par l’entourage et engagement sociétal

Le soutien de l’entourage, par la valorisation, l’accompagnement et les actes d’achat soutenant les entreprises féminines, est essentiel. Les plateformes de crowdfunding facilitent également le financement participatif. Ces actions ont des retombées positives : elles renforcent la confiance des entrepreneures, leur offrent des partenariats et diffusent la culture entrepreneuriale.

Perspectives

Malgré les progrès constatés, de nombreux défis restent à relever : plafond de verre, stéréotypes, accès limité au financement, taille et pérennité des entreprises. Les investissements dans l’entrepreneuriat féminin démontrent d’excellents rendements et une priorité plus grande accordée aux objectifs sociaux et environnementaux.

Des efforts continus sont nécessaires pour renforcer un écosystème entrepreneurial inclusif, en garantissant aux femmes entrepreneures un accès égal aux ressources, aux réseaux et aux opportunités. L’entrepreneuriat féminin est non seulement un moteur d’égalité mais aussi de croissance économique durable et d’innovation.

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