Comment l'Insee Mesure l'Inflation en France : Composition du Panier et Méthodologie

L’indice des prix à la consommation (IPC) est l’outil principal utilisé par l’Insee pour mesurer l’inflation en France. L’inflation correspond à une augmentation générale et durable des prix. Cet indice permet de suivre l’évolution du niveau moyen des prix des biens et des services consommés par les ménages.

Pour calculer l’inflation, les instituts de statistiques composent une liste de produits dont ils suivent régulièrement l’évolution des prix. Pour suivre l'évolution des prix, l’institut s’appuie sur une liste de grandes familles de biens et services appelée Coicop (pour classification de fonctions de consommation des ménages). On y trouve par exemple les "boissons rafraîchissantes" ou les "fruits".

L'inflation épisode 1 : Le panier

Qu'est-ce que l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) ?

L’indice des prix à la consommation mesure l’inflation, c’est-à-dire l’évolution des prix des produits à caractéristiques constantes, autrement dit à qualité et quantité comparables. Un indice de prix à la consommation doit idéalement être un indice à « utilité » constante au sens de la théorie microéconomique. C’est-à-dire qu’il vise à mesurer l’évolution de la dépense qu’un consommateur doit consentir pour maintenir son « utilité », autrement dit pour assurer un même niveau de « service » ou de satisfaction de ses besoins.

L’Insee publie chaque mois l’indice des prix à la consommation (IPC), qui permet de mesurer l’inflation en France, en diffusant le détail pour plus de 250 types de produits (360 postes détaillés pour la diffusion annuelle) qui renseignent sur l’évolution des prix pour la plupart des catégories de biens et services. L’IPC hors tabac sert de référence pour déterminer l’évolution des loyers (à travers l’indice de référence des loyers), des pensions alimentaires, des rentes viagères ou du Smic.

Il est important de noter que le budget logement est intégré uniquement via les loyers (6,1% de l’indice). Les prix de l’immobilier ne sont donc pas pris en compte directement, l’Insee considérant que l’achat d’un logement est un investissement et non une dépense de consommation.

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L'IPC base 2015, publié actuellement, constitue la 8e génération d'indices. Il est entré en service en janvier 2016.

Enquêteurs de l'Insee relevant les prix et caractéristiques des produits

Composition du Panier de l'Insee

L’Insee suit l’évolution des prix d’un panier de milliers de biens (alimentation, vêtements, voitures, etc.) et services (loyers, assurance, restauration, etc.) représentatif de la consommation des ménages. Y figurent toutes les catégories de produits représentant au moins 0,1 % des dépenses de consommation, et leur poids relatif dans celle-ci est pris en compte également. La composition de ce panier fixe est mise à jour chaque année, au gré de la répartition des dépenses des ménages telle qu’évaluée dans les comptes nationaux.

Au début de chaque année, la composition du panier est revue pour l’adapter aux habitudes de consommation. Au delà des cas de shrinkflation, il arrive qu’un produit disparaisse véritablement d’un point de vente et qu’il faille lui trouver un remplaçant. Dans un peu moins de 5 % des cas, la recherche d’un produit remplaçant doit même être élargie à l’ensemble de la région, ou si nécessaire à l’échelle nationale. « En 2022 par exemple, on avait introduit les trottinettes électriques. En 2023, on a ajouté la baguette tradition et réintroduit les disques vinyles, et fait sortir les rognons de porc, moins consommés », note Christel Colin, directrice des statistiques démographiques et sociales de l’Insee. Tout produit représentant plus d’1/1000e de la consommation des ménages doit être introduit dans le panier de l’IPC.

Il est renouvelé chaque année, ce qui permet d’être au plus près des évolutions de la consommation et notamment de prendre en compte l’apparition ou la disparition de la consommation de certains types de produits. La liste des produits suivis n’est pas publique. En-dehors de cette condition, il est impossible d’en avoir connaissance pour éviter "toute manipulation des prix par les grandes enseignes ou par les pouvoirs publics", justifie-t-il. En sachant exactement quel produit est suivi dans un magasin, des enseignes seraient tentées de baisser le prix de ce produit pour attirer des clients et compenser en augmentant le prix d’autres produits qui ne sont pas suivis par l’Insee. Ce comportement fausserait le calcul de l’inflation.

Par ailleurs, la liste est actualisée à la fin de l’année. "On va retirer des produits et en rajouter des nouveaux qui sont beaucoup consommés", explique Pascal Chevalier. Dans le courant de l’année, si un produit disparaît des rayons, les enquêteurs vont en chercher un autre, d’une marque différente, mais qui présente exactement les mêmes caractéristiques. Si le produit n'existe plus, par exemple des smartphones de quatre gigaoctets de mémoire qui seraient tous remplacés dans les rayons par d'autres de huit gigaoctets, les statisticiens vont prendre en compte cet "effet qualité" pour mesurer l’évolution des prix à qualité constante.

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L'actualisation du panier 2025 répond au besoin d'offrir une mesure de l'inflation vraiment en phase avec la réalité du terrain. Difficile d'accepter une hausse moyenne de 0,8 % en mars 2025 si votre caddie grignote, lui, une part plus large de votre budget. Or, grâce à la prise en compte des "réduflations" (ces emballages qui rapetissent alors que le prix grimpe), l'indicateur modélise mieux le coût réel de la vie.

Voici quelques exemples de l'évolution du panier au fil du temps :

  • La cassette-vidéo a été remplacée par le DVD.
  • Le streaming a été ajouté au panier de l’IPC.
  • En 2022, les trottinettes électriques ont été introduites.
  • En 2023, la baguette tradition et les disques vinyles ont été ajoutés, tandis que les rognons de porc ont été retirés.

Collecte des Données

Tout dans la méthode de mesure de l’indice des prix est défini pour être au plus près d’un indice à caractéristiques constantes. Le principe est très simple : les prix et caractéristiques d’un échantillon de produits sont relevés en fin d’année et suivis chaque mois au cours de l’année suivante. Suivre les mêmes produits en cours d’année permet de s’approcher au mieux d’un indice à utilité constante.

Quelle que soit l’origine des données utilisées, relevés en points de vente, données de caisse, prix relevés sur internet, le statisticien met tout en œuvre pour mesurer une évolution « pure » des prix. Le but est qu’aucune caractéristique qui importe au consommateur n’échappe à l’indice des prix !

Ce chiffre est le résultat d’un travail de titan et d’une masse de données considérable :

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  • 160.000 prix sont relevés dans 30.000 points de vente par des enquêteurs de l’Insee.
  • 500.000 sont collectés sur Internet (manuellement ou via des robots).
  • 80 millions sont suivis grâce aux «données de caisse» des magasins (les tickets).

Au total, 150 000 relevés de prix sont effectués chaque mois par quelque 260 enquêteurs de l’Insee dans 26 000 points de vente à travers la France. S’y ajoute, depuis 2020, la collecte quotidienne des prix de 80 millions de produits d’alimentation industrielle, d’entretien ou d’hygiène-beauté vendus dans 8 000 points de vente de la grande distribution, provenant des passages en caisse des clients. Il y a aussi 500 000 prix relevés sur internet, manuels ou par moissonnage (web scraping), pour des billets de train notamment ; et ceux obtenus via des bases de données administratives (assurance-maladie, carburants).

Depuis janvier, l’Insee s’appuie sur les données de caisse, c’est-à-dire les données recueillies par les enseignes de la grande distribution quand le consommateur passe à la caisse des magasins. Les enquêteurs de l’Insee relèvent chaque mois les prix et les caractéristiques de chaque produit de l’échantillon dans de nombreux points de ventes partout en France. Il en va de même pour les abonnements à la téléphonie mobile, au gaz ou à l’électricité, pour les tarifs ferroviaires ou aériens suivis par moissonnage sur internet (web scraping), ou bien pour les prix extraits des données de caisse des hyper et supermarchés.

Méthode de recouvrement des prix des produits

Prise en Compte des Évolutions de la Qualité et de la Quantité

Mais les biens et services vendus évoluent en permanence et d’autres caractéristiques que leur prix sont modifiées : leur contenance, leurs caractéristiques techniques, leur conditionnement… Ainsi des produits disparaissent, et de nouveaux produits apparaissent tous les mois. Comment fait l’Insee pour que l’estimation de l’inflation n’en soit pas perturbée ?

Si la quantité ou la qualité d’un produit diminue (respectivement augmente), sans modification de son prix, l’utilité du consommateur est réduite (respectivement rehaussée) : l’indice des prix doit donc en tenir compte comme une hausse (respectivement une baisse) de prix pour le consommateur à utilité constante.

Tout serait facile si les produits vendus n’évoluaient pas en cours d’année. Or il n’en est rien ! Chaque mois, environ 5 à 10 % des produits suivis pour l’indice des prix évoluent : les conditionnements, les contenances, les modèles, les formules d’abonnement… changent en cours d’année.

Shrinkflation et Cheapflation

La shrinkflation, qui consiste à réduire la contenance de certains produits, et la cheapflation qui consiste à réduire leur qualité, sont corrigées pour ne pas perturber le calcul de l’indice des prix, dans la limite de ce qui est observable. La réduflation (shrinkflation) est prise en compte de cette manière. Dès lors que cette règle est respectée, la shrinkflation ne peut pas échapper au statisticien.

Si la contenance d’un produit évolue (volume, poids, nombre d’unités - nombre de mouchoirs par paquet, par exemple), la correction est simple : l’évolution du prix est corrigée de l’évolution de la contenance - information systématiquement relevée lors de la collecte des prix.

Remplacement des Produits Disparus

La situation est plus complexe quand une référence suivie pour l’indice des prix est absente des rayons. Au-delà de 2 mois d’absence au maximum, le produit est considéré comme disparu, il est remplacé par un autre produit, afin que l’échantillon demeure représentatif. Pour procéder à un remplacement de produit, les enquêteurs cherchent en priorité un produit considéré comme équivalent, par exemple un paquet de yaourts de la même marque ou de la même gamme dans le même point de vente, ou à défaut dans un autre point de vente de la même agglomération.

Il faut souvent se contenter d’un produit ressemblant, mais trop différent pour faire l’objet d’un calcul aussi élémentaire que celui appliqué dans le cas de la shrinkflation du paquet de gâteaux. Il faut alors réussir à distinguer l’évolution pure du prix, à retenir dans l’indice des prix, de l’évolution imputable au changement de caractéristiques, considéré comme un changement de « qualité » du produit.

Pour ce faire dans notre exemple, l’enquêteur de l’Insee relève le prix moyen au kilo du paquet de yaourts nature non allégés et ses caractéristiques, pour remplacer le produit qui a disparu. Le(s) premier(s) mois, le statisticien de l’Insee modélise l’évolution en « imputant » l’évolution du prix au kilo relevé pour les yaourts nature, dans la même zone géographique ou à défaut au plan national. Ensuite, le prix du paquet de yaourts nature non allégés est suivi de mois en mois et le statisticien pourra appliquer l’évolution de ce prix au paquet de yaourts nature allégé disparu.

Limites et Défis

Bien que le panier moyen soit très affiné, le taux d’inflation publié ne reflète pas forcément le ressenti des Français. Entre autres explications au ressenti variable, le profil de consommation joue aussi.

La différence entre l'inflation calculée et l'inflation "vécue" persiste… spécialement chez ceux pour qui les hausses touchent durement leur mode de consommation.

Conclusion

Les ajustements du panier 2025 incarnent bien plus qu'un simple balayage des rayons : ils reflètent l'évolution profonde des modes de vie. L'apparition de nouveaux postes signale que la société évolue, les arbitrages entre loisirs et dépenses contraintes s'affinent, et l'alimentation reste - plus que jamais - au cœur des préoccupations budgétaires.

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