démarrer une petite entreprise au Portugal : guide pratique
Avec ses 50 000 à 60 000 Français présents sur le territoire en 2024, selon les estimations de l'Ambassade de France, le Portugal est une destination prisée. Le Portugal attire de plus en plus d’expatriés désireux de créer leur entreprise dans un environnement sûr et stimulant. Entre ses superbes plages de l'Atlantique, son climat doux d'inspiration méditerranéenne, sa gastronomie généreuse et son riche patrimoine historique et culturel, le Portugal séduit autant les touristes que les expatriés. Mais derrière ce cadre propice se cachent des défis concrets : trouver le bon local, recruter, gérer sa comptabilité et apprivoiser un marché étranger.
Ce guide pratique vous accompagne pas à pas pour mener à bien votre projet. Il a comme objectif de vous expliquer clairement et en français comment créer, financer et faire prospérer votre entreprise au Portugal. Startup, Microentreprise, PME, chacun trouvera dans ce guide l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour entreprendre au Portugal.
Pourquoi choisir le Portugal ? atouts économiques et écosystème
Les indicateurs économiques y sont plutôt rassurants. La croissance est stable (autour des 2 % entre 2024 et 2026), portée notamment par le tourisme, les services et les exportations. Le taux de chômage a reculé au cours de la dernière décennie, tandis que l’inflation reste globalement maîtrisée - malgré un contexte international tendu. D'après la Banque mondiale, le PIB par habitant en Parité de Pouvoir d'Achat (PPA) du Portugal s'élevait en 2023 à 47 331 dollars.
L'économie du Portugal se distingue par son dynamisme dans les secteurs de l'informatique, des technologies émergentes et de la gestion des données numériques. Lisbonne, en particulier, s'impose comme une ville attractive pour les start-ups grâce à un réseau dense d'incubateurs, d'accélérateurs, d'espaces de coworking et d'investisseurs. La scène startup portugaise est en plein essor. Lisbonne, en particulier, s'impose comme un véritable pôle d'innovation dans les domaines de l'IT, des technologies, du numérique et de la gestion de données.
Le gouvernement portugais joue un rôle actif dans ce développement, considérant les petites entreprises comme un moteur essentiel de la croissance nationale. Le Portugal propose un régime fiscal attractif pour les entreprises étrangères, avec des réductions et exonérations spécifiques, contribuant à une meilleure rentabilité. Le pays bénéficie également d'une position géographique stratégique, ouvrant l'accès aux marchés européens et internationaux.
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Secteurs porteurs
Le tissu économique s’est transformé : Lisbonne et Porto se sont imposées comme des pôles d’innovation, notamment dans la tech, les énergies renouvelables et les services. Le Portugal se distingue par : l'informatique, des technologies émergentes, la gestion des données numériques, les énergies renouvelables, l'industrie (textile, chaussure, céramique, métal), le nearshoring des services et le digital. Le secteur qui est le plus crû récemment est celui des services, car le Portugal apparait comme très attractif et de nombreuses entreprises, notamment françaises, ont installé un centre de nearshoring dans le pays. Enfin, tout ce qui concerne le digital et l'innovation est très porteur.
Formes juridiques : choisir la bonne structure
Le Portugal propose plusieurs formes juridiques adaptées aux besoins et à la taille des entreprises. L'entreprise individuelle est le statut le plus simple à mettre en place. Il n'existe aucune séparation entre le patrimoine personnel et professionnel du dirigeant, qui est seul responsable des dettes de l'entreprise. La société à responsabilité limitée (Lda) est la forme la plus répandue, notamment pour les petites et moyennes entreprises. Elle peut être constituée par un ou plusieurs associés, avec une responsabilité limitée au montant des apports. Enfin, la société par actions (SA) est destinée aux projets de plus grande envergure. Le capital y est divisé en actions, ce qui facilite la levée de fonds et l'accès aux marchés financiers.
Le statut Unipessoal (équivalent de l’EURL) est quant à lui particulièrement prisé par les entrepreneurs individuels qui souhaitent protéger leur patrimoine personnel. Ce statut permet de séparer les biens personnels et professionnels, avec un capital minimum très faible. C’est une solution idéale pour les petites entreprises. Pour les projets plus ambitieux, la société anonyme (SA) permet de lever des fonds ou de s'introduire en bourse, mais implique des obligations plus lourdes. Société anonyme : il est obligatoire qu’il y ait cinq associés et un capital social minimum de 50 000€. Société en nom collectif : il est obligatoire qu’il y ait deux associés et il n’y a pas de capital social minimum. Toutefois, les associés sont responsables solidairement.
Mythes et réalités sur le capital social et la comptabilité
Un des principaux mythes est que la création d’une entreprise coûte toujours 5 000 euros de capital social. Faux. Le capital social d’une société à responsabilité limitée peut être de 1 € par actionnaire, mais le montant doit être adapté au projet. Il est également faux que le recours à un comptable agréé est obligatoire dans tous les cas : pour les SQ et SA, il est obligatoire, mais pour les entrepreneurs individuels la comptabilité organisée n'est requise que si le chiffre d’affaires dépasse 200 000 euros ou s'ils l'optent.
Étapes pratiques pour créer son entreprise
- Bien définir son projet : confronter son idée à la réalité du marché local. Une étude, même informelle, permet de vérifier l’existence d’un besoin et d’ajuster son offre.
- Obtenir un numéro d'identification fiscale (NIF) : indispensable pour toute activité commerciale ou financière dans le pays. Ce numéro peut être obtenu auprès de l'administration fiscale portugaise en présentant un passeport ou une pièce d'identité, une preuve d'adresse/logement dans le pays, ainsi que d'autres documents justificatifs.
- Choisir le statut juridique de l'entreprise puis la rédaction des statuts de la société. Une fois les statuts finalisés, l'entreprise doit être enregistrée auprès de l'Office du Registre du Commerce.
- Obtention du certificat de constitution : après dépôt du dossier, les autorités compétentes examinent la demande. Si toutes les conditions sont remplies, un certificat de constitution de la société est délivré.
- Ouvrir un compte bancaire professionnel : il est obligatoire d’ouvrir un compte bancaire dédié à l’entreprise pour toutes les transactions. Le dépôt du capital social, le cas échéant, s’effectue sur ce compte.
- Inscription auprès des autorités fiscales et de la Sécurité sociale, et choix du régime de TVA et du régime comptable (simplifié ou organisé).
Créer une entreprise au Portugal n'est pas particulièrement compliqué, mais il faudra suivre plusieurs étapes. La première consiste à préparer votre plan d'affaires, en vous assurant qu'il soit clair et économiquement viable. Ensuite, vous devrez vérifier que vous disposez des documents et autorisations nécessaires pour lancer votre activité.
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La procédure accélérée : Empresa na Hora
Créer une entreprise au Portugal peut se faire en quelques jours grâce au dispositif « Empresa na Hora ». Si vous allez au guichet d’une Empresa na Hora, vous pouvez ouvrir une entreprise en nom individuel ou collectif. Ces guichets sont répartis dans tout le pays. Vous pouvez également créer votre entreprise au Portugal sur le site de l’Empresa. Il est possible de créer une entreprise en personne et sur place, enregistrer une entreprise individuelle ou une société à responsabilité limitée en seulement une heure. Le coût officiel de la constitution d’une société par la méthode de la « société instantanée » est de 360 euros. Il faut cependant ajouter le coût du certificat de recevabilité (environ 15 euros) et le coût d’un expert-comptable.
Fiscalité et charges sociales
Côté fiscalité, le Portugal se distingue par une politique attractive. L’impôt sur les sociétés (IRC) est fixé à 15 % jusqu’à 50 000 € de bénéfices pour les PME, puis à 19 % au-delà, avec une tendance à la baisse annoncée. Par ailleurs, les entreprises au Portugal paient des impôts (IRC) à un taux fixe de 20 % dans certains textes, et des paiements municipaux s'appliquent également (jusqu'à 1,5 %, selon l'emplacement). Il y a également une taxe supplémentaire appelée Derrama Estadual si une entreprise réalise plus d'un certain montant de bénéfices imposables.
| Tranche bénéfice | Taux Derrama Estadual |
|---|---|
| Jusqu'à 1 500 000 € | 0 % |
| 1 500 000 € - 7 500 000 € | 3 % |
| 7 500 000 € - 35 000 000 € | 5 % |
| Plus de 35 000 000 € | 9 % |
Le taux normal de TVA est de 23 %, et les charges sociales restent inférieures à celles de la France. En matière de cotisations sociales, 23,75 % sont à la charge de l’employeur et 11 % à la charge du salarié. Les petites entreprises (avec un chiffre d'affaires annuel inférieur à 200 000 €) peuvent utiliser un régime fiscal simplifié et choisir de payer des impôts sur leur chiffre d'affaires plutôt que sur leurs bénéfices.
Régimes pour micro-entrepreneurs et travailleurs indépendants
Le régime de la micro-entreprise au Portugal attire de plus en plus d'entrepreneurs français souhaitant s'expatrier ou exercer leur activité en toute simplicité. Au Portugal, l'équivalent de la micro-entreprise se nomme Empresário em Nome Individual ou trabalhador independente. Le régime simplifié portugais s'adresse aux entrepreneurs dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 200 000 €. Sous ce régime, l'administration considère que 75 % du chiffre d'affaires correspond à un revenu imposable pour les prestations de service. Les micro-entrepreneurs dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 10 000 € peuvent bénéficier d'une exonération de TVA. L'année de lancement, les entrepreneurs sont totalement exonérés de cotisations sociales.
Le régime simplifié portugais offre une alternative séduisante à la micro-entreprise française. Simple, accessible, avec exonérations fiscales et sociales, il permet de lancer sereinement son activité indépendante. Toutefois, attention : confondre régimes est fréquent - le régime simplifié n'est pas compatible avec la comptabilité organisée - et ignorer la TVA peut coûter cher : au-delà de 10 000 €, la facturation de TVA devient obligatoire.
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Visas et conditions d'installation
Si l'entrepreneur est un citoyen européen, aucun visa n'est requis. Pour les non-Européens, plusieurs options existent : un visa pour entrepreneur ou indépendant, le visa destiné aux entrepreneurs innovants non-européens, ou le visa de résidence par investissement (Golden Visa). Le visa pour entrepreneur ou indépendant possède plusieurs conditions : présenter un business plan solide, avoir des moyens financiers suffisants pour vivre au Portugal et démarrer son activité, créer ou investir dans une entreprise portugaise et fournir un bail ou une preuve d'hébergement dans le pays.
Les conditions d'obtention du Golden Visa portugais se sont progressivement durcies. À compter de 2025, l'investissement immobilier à Lisbonne, dans sa région, à Porto, sur la Costa de Prata ainsi que dans certaines zones de l'Algarve ne sera plus une voie d'éligibilité pour ce programme. Les candidats devront désormais répondre à l'un des critères suivants : investir dans des fonds d'investissement agréés, créer une entreprise au Portugal générant au moins 10 emplois à temps plein, ou contribuer à la recherche scientifique, à l'innovation technologique, ou à la préservation du patrimoine culturel.
Financement, aides et dispositifs d'accompagnement
Le Portugal propose de nombreux dispositifs d’aide à l’investissement. Le programme Portugal 2030 vise à stimuler la croissance économique à travers des subventions et des soutiens financiers pour les PME dans les domaines de l'innovation, de l'internationalisation et de l'emploi. StartUP Portugal soutient l'entrepreneuriat et l'innovation via des programmes d'incubation, d'accélération et un accès facilité au financement. SIFIDE II permet aux entreprises de déduire une partie de leurs dépenses en recherche et développement de leur impôt sur les sociétés.
Parmi les initiatives d'accompagnement : Startup Voucher offre des outils techniques et financiers pour aider les jeunes entrepreneurs; Rede Nacional de Incubadoras e Aceleradoras fournit un soutien aux entreprises en phase de démarrage; Apoio Técnico à Criação e Consolidação de Projetos est un programme de l'IEFP; INICIAR est un programme de stage qui paie les coûts de l'entreprise lorsqu'elle emploie un jeune diplômé ou un citoyen au chômage pendant jusqu'à 6 mois.
L'Ambassade de France et le programme Business France accompagnent également les entreprises françaises. Le bureau Business France Portugal accompagne les entreprises françaises grâce à une équipe biculturelle, spécialisée dans quatre filières d'activité : Art de Vivre & Santé ; Industries & Cleantech ; Agrotech et Tech & Services. La Chambre de Commerce et d'Industrie Luso-Française est un point d'entrée principal pour les entreprises françaises et propose un premier niveau d'information pour vous orienter vers les bons opérateurs.
Recruter, fidéliser et s'adapter au marché local
La question de l’embauche du personnel se pose aussi. Le marché de l’emploi portugais offre des opportunités, mais recruter des profils qualifiés, notamment francophones, peut s’avérer compliqué. Audrey Marques conseille de ne pas s’aligner sur les salaires locaux si l’on souhaite fidéliser ses collaborateurs. « Proposer des rémunérations proches de celles de la France permet d’attirer et de fidéliser les talents. Et cela reste avantageux pour l’entreprise, étant donné que les cotisations sociales sont de toute façon plus faibles. »
Plusieurs entrepreneurs racontent qu'ils ont démarré avec des sous-traitants ou des travailleurs indépendants en recibos verdes (équivalent du statut d’autoentrepreneur). Le recours à des indépendants permet souvent de garder de la flexibilité au démarrage de l’activité. Fabien Boloch, qui a repris et relancé un golf, illustre l'importance de la capacité d'adaptation et de la progression par étapes : avancer par étapes, sous-traiter au départ, apprendre puis internaliser quand l'expérience est acquise.
Choisir et tester son local
Qu’il s’agisse d’un bureau, d’un espace de coworking ou d’un commerce, le choix du lieu est déterminant. Pour les activités qui démarrent, les solutions flexibles - coworking, bureaux temporaires - peuvent permettre de limiter les risques. Dans le cas d’un commerce, le système de trespasse (rachat de fonds de commerce) est courant au Portugal. La pression du marché sur les loyers commerciaux est très forte, et il est toujours utile de demander des preuves objectives de la viabilité du lieu, comme les anciens bilans. Trouver un moyen de tester son concept avant de se lancer pleinement est une stratégie souvent payante.
Conseils pratiques et retours d'expérience
De nombreux entrepreneurs français et étrangers ont réussi leur implantation en misant sur la solidarité locale, le test du marché, la prudence financière et le recours aux réseaux d'accompagnement. Clara Perrot et Nicolas Pignat, fondateurs du café-pâtisserie Iconico, insistent sur l’importance de s’entourer de professionnels du même secteur pour tester la viabilité du projet. Valérie Bruat a pour sa part débuté en louant des bureaux dans un centre d’affaires pour tester son marché avant d'engager des coûts fixes importants.
Pour ceux qui partent d’un autre métier, les témoignages montrent qu’il est possible de se reconvertir : le Lisboète Magazine a rencontré des professionnels de la finance devenus gérants de golf, des spécialistes du conseil reconvertis dans la mode, ou encore des professionnels de la tech passés derrière le comptoir d’un coffee shop. La preuve que rien n’est impossible, à condition d’avoir un projet solide.
Créer une société au Portugal : les erreurs que personne ne te dit
Checklist rapide pour démarrer
- Valider l'idée par une étude de marché.
- Rédiger un business plan solide pour banques et subventions.
- Obtenir NIF et, si nécessaire, visa ou titre de séjour.
- Choisir la forme juridique adaptée (ENI, Lda, SA, Unipessoal).
- Enregistrer la société (Empresa na Hora ou Empresa Online 2.0).
- Ouvrir un compte bancaire professionnel et déposer le capital social si nécessaire.
- S'inscrire à la Sécurité sociale et aux services fiscaux; choisir le régime de TVA.
- Recruter ou externaliser selon la stratégie de lancement.
- Solliciter aides et programmes (Portugal 2030, StartUP Portugal, etc.).
Le Portugal est aujourd'hui un terreau propice aux nouveaux entrepreneurs et aux créateurs de startups. Lancer un projet d’entreprise au Portugal est une aventure prometteuse, basée sur un écosystème dynamique et de plus en plus simplifié. Cependant, la complexité juridique et fiscale exige une planification rigoureuse. Le succès dépendra dès le départ du choix correct de la forme juridique et du cadre fiscal, des aspects cruciaux qui doivent être analysés par des professionnels.
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