Pétition et Suppression de la TVA pour les Auto-Entrepreneurs : Une Victoire des Indépendants en France
En France, une réforme mal calibrée qui visait les micro-entrepreneurs a suscité une vague de contestation et a finalement été abrogée grâce à une mobilisation massive. Le gouvernement avait discrètement adopté, fin 2023, un amendement visant à abaisser les seuils de franchise de TVA pour les auto-entrepreneurs.
Un Piège Fiscal Déclenche une Mobilisation Rapide
Dès janvier 2024, les fédérations professionnelles, collectifs d’indépendants et plateformes de freelances ont alerté sur les effets pervers de cette réforme. Le but ? Résultat, de nombreux professionnels risquaient un redressement fiscal rétroactif, pour avoir émis des factures sans TVA en 2024, alors qu’ils y étaient désormais assujettis.
Le Collectif des auto-entrepreneurs en colère a lancé une pétition qui a rapidement dépassé les 80 000 signatures. Sur les réseaux sociaux, des témoignages ont afflué : prestataires piégés, artisans désorientés, freelances confrontés à des clients refusant de payer la TVA.
Face à la pression, plusieurs élus de tous bords ont été interpellés dans leurs circonscriptions. La crainte d’un effet dévastateur sur l’activité d’une partie de l’économie de proximité a renforcé la contestation.
La grogne a atteint un point culminant lorsque des manifestations ont été organisées devant l’Assemblée nationale, réunissant des indépendants issus de nombreux secteurs : coachs sportifs, artisans, graphistes, thérapeutes, commerçants ambulants… Tous dénonçaient une mesure prise sans concertation, et vécue comme une attaque déguisée contre leur modèle économique.
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Un Vote Unanime à l'Assemblée Nationale
Après plusieurs semaines de contestation, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité l’abrogation de la réforme sur la TVA pour les auto-entrepreneurs, le 30 mai 2024. Ce vote est intervenu dans le cadre de la proposition de loi de simplification de la vie économique.
La suppression de l’article 11 bis du texte, qui introduisait la réforme, a été adoptée sans aucune voix contre, preuve d’un consensus politique rare. Tous les groupes parlementaires, y compris la majorité présidentielle, ont reconnu les effets néfastes et la mauvaise préparation de la mesure initiale.
La rapporteure du texte a admis que la réforme avait été mal comprise et mal anticipée, en particulier en raison de l’absence de communication auprès des auto-entrepreneurs. Plusieurs députés ont souligné qu’il était inacceptable de créer un risque de redressement fiscal sur des professionnels mal informés, tout en rappelant le poids que représente cette catégorie dans l’économie locale et nationale.
Dans l’hémicycle, le terme de « réforme toxique » est revenu à plusieurs reprises, témoignant de l’ampleur du rejet de la mesure.
Comprendre la réforme du seuil de TVA des auto-entrepreneurs
La loi de finance pour 2025 (PLF 2025) prévoyait un changement très important pour les micro-entrepreneurs : l'abaissement de la franchise en base de TVA à 25 000 €. Avec cette modification, 200 0000 micro-entrepreneurs auraient désormais été contraints de collecter et de reverser la TVA dès lors qu'ils auraient dépassé ce seuil unique. Nombreux craignaient ainsi devoir rogner sur leurs marges ou augmenter leurs tarifs au risque de perdre des clients.
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Le gouvernement justifiait l’abaissement du seuil de TVA à 25 000 € par la nécessité de réduire la concurrence entre les auto-entrepreneurs et les autres professionnels. Il s'agit également de se conformer à l’évolution des règles européennes en matière de TVA. Avec cette réforme, le gouvernement entendais également collecter 400 millions d’euros de recettes supplémentaires.
La franchise en base de TVA est un régime fiscal qui permet aux micro-entrepreneurs de ne pas facturer la TVA sur leurs ventes tant que leur chiffre d'affaires reste inférieur aux seuils déterminés. Concrètement, cela signifie que l'entreprise bénéficie d'une exonération de collecte et de reversement de la TVA, ce qui simplifie grandement vos obligations comptables et administratives. Rappel : si votre entreprise dépasse le seuil majoré, elle est soumise à la TVA le 1er jour de dépassement.
Chronologie de la Réforme et de sa Suspension
Voici un aperçu des événements clés concernant la réforme du seuil de TVA et sa suspension :
- 4 décembre 2024 : Le vote de la motion de censure a entraîné le rejet du PLF 2025.
- 23 janvier 2025 : Le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi de finances pour 2025.
- Vendredi 31 janvier 2025 : Les députés et sénateurs trouvent un accord sur le PLF 2025 lors d’une commission mixte paritaire.
- Lundi 3 février 2025 : Le Gouvernement engage sa responsabilité via l'article 49-3 pour faire adopter le PLF 2025.
- Mercredi 5 février : Les députés se sont prononcés contre la motion de censure déposée par La France insoumise.
- Jeudi 6 février : Le ministre de l'Économie, Eric Lombard, a annoncé la suspension de l'abaissement du seuil d'exemption de la TVA.
- Vendredi 28 février 2025 : La ministre déléguée chargée du Commerce, Véronique Louwagie, annonce que la baisse du seuil de TVA à 25 000 € en micro-entreprise est suspendue jusqu'au 1er juin 2025.
- Mercredi 9 avril 2025 : La commission des finances du Sénat publie un rapport qui affirme que les conditions de mise en œuvre ne sont "pas réunies" à ce stade et souligne que la réforme, en l’état, est inapplicable.
- Mercredi 30 avril 2025 : Le ministre de l'Économie a annoncé la suspension de la réforme sur la TVA des auto-entrepreneurs, reportant toute décision à l’examen du budget 2026.
- Lundi 2 juin 2025 : L'Assemblée nationale a voté à l’unanimité l’abrogation de la réforme.
Incertitudes et Perspectives d'Avenir
Si les auto-entrepreneurs ont remporté une victoire incontestable, les incertitudes demeurent. Plusieurs responsables politiques ont laissé entendre qu’un réexamen du régime de TVA pourrait revenir sur la table, mais cette fois dans le cadre d’une concertation élargie.
La direction générale des finances publiques a également indiqué vouloir travailler sur des mécanismes plus clairs pour assurer une meilleure information des indépendants. Pour l’heure, aucun redressement ne sera engagé rétroactivement, mais le gouvernement devra encore s’expliquer sur la gestion du dispositif initial.
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Cette séquence a renforcé l’idée que les auto-entrepreneurs restent une population fragile et peu protégée, souvent prise de court par des changements réglementaires mal communiqués. La pétition initiée par le président de la fédération des auto-entrepreneurs sur le site du Sénat et ayant pour objet de “demander la suppression de la baisse de la franchise en base de TVA à 25 000 €” a dépassé le seuil des 100 000 signatures en seulement quelques jours.
Le régime de la franchise en base de TVA vise à exempter du paiement de la taxe les petites entreprises, indépendamment de leur forme juridique, dès lors qu’elles réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à des seuils déterminés. Ce régime fiscal simplifié bénéficie actuellement à environ 2,1 millions de petites entreprises, entrepreneurs individuels ou microentreprises (autoentrepreneurs).
La transparence est essentielle pour garantir la confiance des entreprises et des entrepreneurs. Dans cette optique, la commission des finances organise des travaux “flash”, qui ont débuté dès ce mercredi 19 mars avec les auditions des ministres Éric Lombard et Amélie de Montchalin, d’une part, ainsi que d’Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, d’autre part, qui ont été interrogés à ce sujet.
Dans un rapport publié le 9 avril 2025, la commission des finances du Sénat a conclu ses travaux sur la réforme de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) par le constat que « les conditions d’improvisation de cette réforme ne permettent pas sa mise en œuvre et plaide pour son abandon ».
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