La Définition des PME et Leur Rôle dans le Nord de la France
Il est des sujets souvent évoqués, mais finalement mal connus dans le détail. La décentralisation industrielle en fait assurément partie. Les manuels n’en retiennent souvent que les grands repères, les principales opérations et son rôle dans l’industrialisation de l’Ouest de la France. Des études plus poussées montrent une réalité infiniment plus complexe.
En France, les PME (Petites et Moyennes Entreprises) représentent la colonne vertébrale de l'économie nationale. Mais comment définir précisément une PME ? Le critère principal utilisé est le nombre de salariés, complété par des seuils financiers.
Selon la définition officielle européenne, adoptée par la France, sont considérées comme PME les entreprises occupant moins de 250 personnes et dont le chiffre d'affaires annuel n'excède pas 50 millions d'euros ou dont le total du bilan n'excède pas 43 millions d'euros.
Points clés à retenir sur la classification des PME :
- Les PME représentent 99,8% des entreprises en France
- Le critère principal est le nombre de salariés (moins de 250)
- Les microentreprises (moins de 10 salariés) sont incluses dans la définition large des PME
- Un dépassement ponctuel des seuils n'entraîne pas immédiatement la perte du statut PME (tolérance de 2 exercices consécutifs)
- Une entreprise doit être indépendante (moins de 25% détenue par une grande entreprise) pour conserver son statut PME
La PME se divise en sous-groupes :
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- Microentreprises : moins de 10 salariés, CA ou bilan ≤ 2 millions €
- Petites entreprises : 10 à 49 salariés, CA ou bilan ≤ 10 millions €
- Moyennes entreprises : 50 à 249 salariés, CA ≤ 50 millions € ou bilan ≤ 43 millions €
En 2022, la France comptait environ 4,91 millions d'entreprises dans les secteurs marchands hors agriculture et finance. Parmi elles, plus de 4,7 millions sont des microentreprises, soit environ 96% du total. Les PME (au sens strict, c'est-à-dire hors microentreprises) sont beaucoup moins nombreuses : on en dénombre environ 172 600, ce qui représente ~3,5% des entreprises.
À ces PME s'ajoutent quelque 7 200 ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) et seulement 300 à 330 grandes entreprises.
Les PME sont présentes dans tous les secteurs économiques, mais avec des concentrations différentes selon leur taille :
- Commerce : 42% du chiffre d'affaires cumulé des PME (hors micro) provient du secteur du commerce
- Services : 22% du CA total des PME
- Industrie : 19% du CA total des PME (17% des PME sont industrielles contre 8% des microentreprises)
- Construction : environ 17% des PME hors micro appartiennent à ce secteur
Les microentreprises sont particulièrement nombreuses dans les services (plus de la moitié), tandis que les entreprises plus grandes sont relativement plus présentes dans l'industrie.
Les Entreprises du Nord à l’Heure de la Décentralisation
Comment sont perçues les entreprises nordistes dans les milieux aménageurs ? Pour le savoir, on peut se référer aux études commandées durant cette période par les acteurs nordistes de l’aménagement, comme l’Association pour l’expansion économique (APEX), le Comité d’études régionales économiques et sociales (CERES) ou la Commission de développement économique régionale (CODER) du Nord.
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Concernant l’économie, la référence est le travail de René Gendarme, professeur d’économie à l’Université de Lille, qui publie alors de nombreux travaux sur l’économie nordiste et s’intéresse à la décentralisation.
L’essentiel de cette littérature grise a pour caractéristique commune de s’intéresser aux industries traditionnelles du Nord, aux grosses entreprises et aux grandes opérations d’aménagement et de négliger les petites entreprises.
Un Constat : Le Nord en Crise
S’agissant du Nord, les analyses économiques régionales se focalisent sur la trilogie charbon-sidérurgie-textile. Les industries lourdes et la grande entreprise dominent.
Les mines et le textile emploient alors plus de la moitié de la main-d’œuvre des deux principaux pôles industriels que sont le pays noir et l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing. Les établissements de plus de 10 salariés rassemblent 93,2 % de la population active du Nord.
Avec 10 % de la production nationale au début des années 1950, la région est l’une des plus importantes du pays.
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Toutefois, les analyses régionales sont souvent moins optimistes. À l’instar de celles de René Gendarme, elles pointent les fragilités de l’économie régionale - des fragilités que négligeraient les aménageurs.
La région souffrirait de son positionnement et d’un déficit de dynamisme. Les comparaisons avec les autres régions industrielles françaises, et notamment avec la Lorraine voisine, lui sont défavorables.
La Lorraine a une croissance démographique supérieure à celle du Nord. De même, les industries lyonnaises ont mieux su prendre le tournant des industries nouvelles. À l’inverse, les industries motrices du Nord paraissent en déclin et en crise.
Le textile lillois n’a pas su passer du coton aux fibres artificielles. Il ressent les prémices de la mondialisation avec l’émergence de concurrents sérieux dans de nouveaux pays industriels. Il emploie de moins en moins de main-d’œuvre dans l’agglomération lilloise et ne semble plus en mesure d’entraîner d’autres industries.
Les entreprises de mécanique ne feraient qu’entretenir le parc de machines existant. Quant au charbon, ses plus belles heures sont déjà révolues. Les conditions géologiques d’exploitation deviennent plus compliquées.
Les compagnies privées n’ont pas suffisamment investi avant guerre et les Charbonnages de France sont confrontés à la restructuration du secteur qui se traduit par des fermetures de puits et des licenciements. Malgré ces efforts, les ventes baissent.
Enfin, la sidérurgie du Nord paraît moins bien placée que celle de Lorraine où sont apparus de grands groupes industriels intégrés, aux équipements modernes, capables de répondre efficacement aux besoins du marché.
Des Oubliés : PME et Artisans du Nord
Dans ce tableau de l’économie nordiste durant les années 1950-1960, PME et artisans sont oubliés. Ils représentent même un handicap pour certaines analyses, par exemple celle de René Gendarme.
Pour l’économiste lillois, la faible taille de nombreuses entreprises textiles est une fragilité car, selon lui, elles ne disposent pas de « larges trésoreries » qui leur permettraient de pallier les fluctuations de l’activité ou d’accéder facilement au crédit des banques régionales.
Pour lui, les PME du textile, trop spécialisées, n’ont pas pu se moderniser et sont responsables de la vétusté du matériel du secteur. Or, à ses yeux, « la multiplicité des firmes textiles de petite et moyenne dimension à gestion familiale rend difficiles et improbables les investissements ».
Ce type d’analyse conduit à négliger la part très importante que possèdent les PME dans de nombreux secteurs de l’économie nordiste. On suivra ici l’exemple de l’industrie du chocolat et de la confiserie.
En 1955, 40 chocolateries existent dans le département du Nord. Cette branche de l’industrie agro-alimentaire apparaît très concentrée sur l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing (77,5 % des entreprises) ; le reste se trouve à l’est du département, dans le triangle Valenciennes-Cambrai-Maubeuge (15 %) et à l’ouest de celui-ci, en Flandre maritime (5 %). Une usine, enfin, est établie à La Bassée, près de Béthune.
L’industrie chocolatière nordiste des années 1950 reste donc dispersée entre de nombreuses PME. Néanmoins, le Nord totalise 8 % de la production nationale de chocolat en 1957.
La branche est marquée par trois caractères principaux : des capacités d’innovation, un caractère familial, un mouvement de concentration.
Ces PME innovent. Par exemple, en 1951, la chicorée soluble est lancée par les établissements Leroux, une entreprise connue pour sa politique de communication active qui exporte, notamment vers les pays hispanophones. La création du fameux Carambar (alors orthographié Caram’Bar, contraction de caramel en barre) se fait en 1954 à Marcq-en-Baroeul, dans les ateliers de la chocolaterie Delespaul-Havez.
Ces PME conservent un caractère familial. Les chocolats Meyers, fondés en 1882 à Tourcoing, ont été réorganisés en société anonyme, mais le capital reste sous contrôle de la famille fondatrice jusqu’à leur fermeture en 1968. L’entreprise Leroux a été fondée en 1858. Elle est transformée en SARL en 1927 et la direction reste familiale. Durant la période étudiée, elle compte 150 salariés.
Enfin, on remarque d’importants mouvements de concentration durant les années 1970. Par exemple, les chocolats Donat-Dupont, de Lille, fusionnent avec 9 autres entreprises en 1970 pour former la firme Outsider. Delespaul-Havez est rachetée par la Générale alimentaire en 1965, elle-même rachetée par BSN en 1980.
L’économie nordiste est aussi faite de la masse des artisans, presque toujours oubliée dans les analyses. En 1967, le Nord (ici l’ensemble NPDC) compte 40 476 entreprises artisanales.
Il concentre 5,2 % des entreprises artisanales du pays ; à titre de comparaison, la région Nord-Pas-de-Calais rassemble 7,6 % de la population française au 1er janvier 1968. Les deux grandeurs sont à peu près semblables.
La légère différence au détriment des entreprises s’explique par le fait que les régions moins industrialisées et moins densément peuplées de l’Ouest et du Sud possèdent des densités d’artisans relativement plus fortes.
En outre, au cours des mutations que traverse l’artisanat durant les années 1950 et 1960, sa géographie a basculé d’un quart de tour, de l’Ouest et du Sud-Ouest vers le Sud. La région Nord s’en trouve donc éloignée.
Mais, en valeurs absolues, le département du Nord reste, de tous les départements français, l’un de ceux qui comptent le plus d’artisans. En 1943 comme en 1963, il se classe parmi les dix départements français en tête du classement. Avec 29 428 artisans en 1963, c’est même le département qui en compte le plus après Paris.
En 1962, la valeur ajoutée de l’artisanat en NPDC, avec 601 millions de francs, représente 6,2 % de la valeur ajoutée régionale. C’est moins que la moyenne nationale (9,9 %), nettement moins aussi que dans les régions du Sud ou de l’Ouest (15,8 % en Bretagne - le maximum -, 12,4 % en Aquitaine, 12,1 % en Rhône-Alpes), mais c’est sensiblement autant que dans les autres régions de grande industrie de la partie nord du pays (6,5 % en Lorraine, 6,2 % en Alsace).
Rapporté à l’ensemble de la VA de l’artisanat, le NPDC représente 5,3 % du total national, soit la même part que celle qu’il détient pour les entreprises artisanales.
Voici un tableau illustrant l'évolution du nombre d'artisans en NPDC dans les années 1960 :
| Année | Entreprises artisanales |
|---|---|
| 1963 | 46 400 |
| 1966 | 43 900 |
| 1967 | 40 476 |
L’artisanat du Nord connaît les mêmes mutations que celles qui accompagnent la crise de ce secteur dans l’ensemble du pays. Le nombre d’entreprises diminue, mais, parallèlement, elles se transforment.
Les entreprises artisanales emploient désormais davantage de salariés. Leur taille moyenne augmente en conséquence. Alors que, vers 1950, la figure de l’artisan restait celle du travailleur isolé, à la fin des années 1960, les ouvriers sont plus nombreux que les artisans sans salarié.
En 1967, dans l’ensemble de la région NPDC, l’artisanat emploie près de 95 000 personnes. Dans une période où les grandes entreprises des industries anciennes de la région détruisent de nombreux emplois, cette contribution qu’elles apportent à l’emploi est loin d’être négligeable.
Voici un tableau illustrant l'emploi dans les entreprises artisanales du NPDC en 1967 :
| Catégorie | Nombre |
|---|---|
| Entreprises | 40 476 |
| Artisans seuls | 17 273 |
| Aides familiaux | 10 052 |
| Salariés | 34 991 |
| Apprentis | 8 648 |
| Emploi total | 94 167 |
Les artisans nordistes développent leurs investissements. Le montant total de ceux-ci dépasse 246 millions de francs en 1967. La même année, 20 689 artisans ont réalisé des investissements, soit plus de la moitié de ceux présents dans la région NPDC.
De ce point de vue, ils se montrent plus dynamiques que la moyenne nationale (51,1 % d’investisseurs contre 44,7 % au niveau national). En recevant 4,2 millions de francs en 1960, le Nord fait partie des douze principaux départementaux bénéficiaires du volume global des prêts aux artisans.
Ses artisans bénéficient à cet égard d’une densité de guichets relativement forte, dans un contexte de gel de la géographie bancaire, comportant un strict contrôle des ouvertures de guichets, au moins jusqu’en 1966.
Au milieu des années 1960, le nombre des prêts artisanaux des Banques populaires diminue dans l’ensemble NPDC alors qu’il augmente plutôt en France mais le montant moyen reste supérieur à la moyenne nationale (21 286,34 francs contre 19 967,70 francs en 1965). L’ensemble de ces données suggère que les entreprises artisanales du Nord deviennent moins nombreuses, mais un peu plus grandes, et qu’elles réalisent des investissements plus importants.
Au total, le Nord apparaît comme l’une des plus fortes concentrations d’artisans du pays, même si la densité est plus faible qu’ailleurs. Bien qu’il soit oublié par les observateurs, l’artisanat y représente un secteur en pleine mutation, dynamique, formant une part non négligeable de l’emploi et de la valeur ajoutée régionale.
Pour l’historien, la décentralisation industrielle présente quelques difficultés sémantiques. En effet, le terme recouvre plus souvent un concept très général qu’il ne correspond pas à un programme bien déterminé.
Sans retomber dans les pièges de la vulgate qui a si souvent fait figure d’histoire de l’aménagement du territoire, il s’avère nécessaire de revenir brièvement sur la généalogie de cette notion pour mieux cerner l’objet étudié, plus particulièrement s’agissant du Nord qui forme un terrain de fréquentes polémiques entre les aménageurs.
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