Définition et rôle des PME allemandes (Mittelstand) : caractéristiques, chiffres et perspectives

Le Mittelstand allemand, souvent perçu comme moins prestigieux que les grands groupes, souffre encore d'une image un peu terne. Pourtant, derrière ces entreprises familiales se cachent souvent de véritables champions du monde dans leur domaine. Le terme « Mittelstand » est une particularité de l’économie allemande et se définit par une propriété et une gouvernance unique et le plus souvent familiale.

Qu'est‑ce qu'une PME en Allemagne ? Définitions et critères

Les définitions des entreprises de taille moyenne (petites et moyennes entreprises/PME) divergent. Le gouvernement fédéral désigne par ce terme des entreprises ayant un chiffre d’affaires annuel de moins de 50 millions d’euros et moins de 500 salariés. De son côté, la Commission européenne définit les PME, à des fins de directives d’attribution et d’investissement, comme des entreprises employant jusqu’à 250 personnes et dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 50 millions d’euros ou dont le bilan n’excède pas 43 millions d’euros. Étant donné qu’il est difficile de comptabiliser les entreprises faisant partie du Mittelstand à partir des critères cités ci‑dessus (gestion, propriété, indépendance économique), les statistiques utilisent les bases des données des PME telles que définies par l’IfM Bonn (entreprises de moins de 500 salariés - contrairement à 250 salariés en France - avec un CA annuel de moins de 50 millions d’euros) pour faire leurs calculs.

Poids économique et chiffres clés

Ces KMU (kleine und mittlere Unternehmen) produisent plus de la moitié de la valeur ajoutée, créent près de 60 % des emplois en Allemagne et offrent environ 82 % des places d'apprentissage. L’Allemagne compte 45,8 millions d’actifs, dont 55 % qui travaillent dans des entreprises moyennes. Ils produisent la moitié de la création de valeur nette en Allemagne et offrent plus de 75 % de postes d’apprentis. 96,9 % des exportateurs allemands sont des entreprises de taille moyenne. Combien d’entreprises allemandes font partie des PME ? 3,1 millions d’entreprises font parties des Petites et Moyennes Entreprises, c’est‑à‑dire 99,4 % de toutes les entreprises allemandes.

Caractéristiques du Mittelstand : gouvernance, long terme et spécialisation

Il existe un nombre extraordinaire de ces "champions cachés", des entreprises qui réalisent des produits innovants et hautement spécialisés en étroite coopération avec leurs clients du monde entier. C'est le choix de la meilleure qualité, de leur forte intégration verticale et de la concentration sur leur cœur de compétences qui sont un facteur de leur succès. La force du modèle économique allemand repose sur la diversité de ses PME. Elles sont des partenaires fiables et nécessaires - car hautement spécialisées - pour les grandes entreprises et assument des tâches tout au long de la chaîne de valeur. Le point commun des entreprises du Mittelstand allemand : une culture d’entreprise dans laquelle la propriété et la gestion sont dans la même main - et donc aussi la responsabilité et le risque. Cela garantit des voies de décision courtes et des processus décisionnels rapides et crée la flexibilité nécessaire pour réagir rapidement aux changements du marché. En même temps, elle conduit à une politique commerciale orientée vers la continuité et le long terme.

Entreprises familiales et indépendance

Outre la taille de la société, la propriété et la gestion jouent un rôle pour déterminer qui fait partie des PME. De nombreuses entreprises familiales allemandes dirigées par leur propriétaire font classiquement partie des PME. Dans celles‑ci, c'est souvent le fondateur ou des membres de sa famille qui sont actifs à la tête de l'entreprise. Quand on parle d’entreprises de taille moyenne en Allemagne, on met souvent sur le même plan les entreprises familiales. Mais ce n’est pas toujours le cas. Certes, beaucoup d’entreprises familiales font partie de la classe moyenne. Environ 95 % des PME sont détenues par trois familles au plus. La Fédération de l’Industrie allemande déclare : « L’unité de la propriété, responsabilité et du contrôle fait la différence. La plupart du temps, les propriétaires dirigent l’entreprise. Ils détiennent des parts importantes et souvent, sont responsables sur leurs biens privés. Il est donc évident que les propriétaires d’entreprise ont le souci de prendre des décisions sur le long terme. »

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Innovation et « champions cachés »

L’Allemagne est le pays des champions cachés, c’est‑à‑dire des entreprises leaders dans leur secteur mais inconnues du grand public. Dans le monde, il y a environ 3 400 champions cachés, presque 1 600 viennent d’Allemagne et presque 40 % de ceux‑ci sont des Petites et Moyennes Entreprises. Environ un tiers des innovations d’entreprises allemandes viennent de la classe moyenne. Il s’agit essentiellement d’entreprises qui cherchent et développent continuellement. Dans l’économie allemande, 32 % des dépenses pour l’innovation et 35 % des dépenses de recherche et développement viennent de PME. Par exemple, Wickert originellement spécialisée dans la production de presses hydrauliques, a transposé son savoir‑faire de l’industrie automobile et aéronautique dans l’industrie pharmaceutique. Autre champion caché : Mennekes. Ce leader de l’électromobilité a développé la première prise de charge lors de la sortie de la première Tesla.

Forces et avantages pour les salariés

Progression plus rapide au sein de l'entreprise : Dans les petites entreprises, les débutants peuvent généralement prendre des responsabilités et progresser plus rapidement dans l'entreprise. Hiérarchies plates : Les décisions sont prises plus rapidement, car il y a moins d'instances à impliquer et moins de personnes à convaincre. Orientation à long terme : Les PME dirigées par leur propriétaire ne doivent pas remplir les objectifs de rendement des investisseurs financiers et ont l'avantage de pouvoir planifier à long terme. Atmosphère personnelle : L'ambiance de travail est souvent meilleure grâce aux relations personnelles avec les supérieurs (si l'on s'entend bien avec eux). Attachement à la région : Le siège social des PME allemandes est souvent lié à une région depuis des décennies.

Limites et défis pour les collaborateurs

Postes de direction limités : Bien que vous puissiez prendre rapidement des responsabilités, cela ne signifie pas que vous obtiendrez tout aussi rapidement un excellent titre d'emploi. Dans les entreprises de taille moyenne, le nombre de postes de direction est limité. Voies de promotion opaques : Il faut bien s'entendre avec la famille du propriétaire, sinon la carrière dans la PME est vite terminée. Les promotions et les carrières peuvent parfois s'y dérouler de manière arbitraire. Augmentations des salaires moins importantes : Un gros salaire ou des bonus élevés sont plutôt typiques des grands groupes. Environnement homogène : La part des déplacements est comparativement moins importante dans une carrière au sein d'une PME. Mais cela dépend des PME et des postes.

Travailler dans le Mittelstand : conseils pour les candidats

Si vous êtes d'accord avec moins 6 de ces affirmations, vous devez rester attentif. Cela ne signifie pas que le Mittelstand n'est pas fait pour vous, mais vous y rencontrerez des défis qui ne vous seront pas faciles à relever. Dans les PME, l'ambiance est souvent plus familiale que dans les grands groupes. Cela signifie que vous devez y travailler avec plus de diplomatie, de personnalité et d'esprit d'équipe. Respecter les statuts : Faites preuve de retenue en ce qui concerne les symboles de statut et ne vous vantez pas de vos expériences de carrière au sein du groupe. Cette attitude conduira certainement à l'échec. Apprendre à freiner son ambition : Modérez vos ambitions. Premièrement, parce que dans les PME, la loyauté compte plus que l'ambition. Ensuite, parce que les règles d'avancement y sont différentes.

Flexibilité : Dans une PME, il n'y a pas de poste supplémentaire pour chaque tâche. En d'autres termes, vous y assumerez des activités qui ne font pas partie de votre profil professionnel. Esprit d'entreprise : Le soi‑disant intrapreneur est extrêmement demandé dans les PME. Il s'agit de collaborateurs qui lancent des projets de manière proactive, qui gèrent, résolvent des problèmes et prennent des décisions. Surtout dans les petites entreprises, tous les collaborateurs doivent tirer à la même corde pour faire avancer l'entreprise. Prise de risque : Les jeunes diplômés peuvent faire rapidement carrière dans les PME. Mais cela signifie en même temps qu'ils doivent gérer des projets risqués ou qui peuvent coûter cher, et ce, même si l'expérience professionnelle fait encore défaut. Les solitaires et ceux qui n'aiment pas prendre de risques n'ont aucune chance ici.

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PME allemandes vs PME françaises : différences structurales

Les PME constituent le pilier central de l’économie, tant en Allemagne qu’en France. Une différence notable entre la France et l’Allemagne réside dans la prédominance du Mittelstand en Allemagne, terme qui désigne les PME employant entre 50 et 249 salariés. À l’inverse, en France, les très petites entreprises (TPE), employant moins de 10 salariés, représentent une part plus importante du tissu économique. Une distinction majeure entre l’Allemagne et la France réside dans la répartition sectorielle des PME. En Allemagne, les PME sont traditionnellement fortement implantées dans le secteur industriel, tandis qu’en France, ce sont les services et le commerce qui prédominent. Les PME allemandes jouent un rôle clé dans des secteurs exportateurs comme la construction mécanique, l’industrie automobile et la chimie. En France, les PME sont principalement orientées vers le marché intérieur, avec une présence plus limitée dans l’industrie manufacturière par rapport à l’Allemagne.

Défis structurels : numérisation, démographie et transition écologique

De nombreuses PME allemandes ont un vrai retard à rattraper en matière de transformation numérique. Les grandes entreprises ont mieux réussi leur transformation, encore plus depuis la crise du corona. Ce retard est dû à une peur des PME de perdre leur place sur le marché si elles concentrent leurs efforts sur la numérisation. L’Allemagne fait face à un vieillissement de la population et un manque de travailleurs qualifiés. Les entreprises se voient freinées dans leur développement à cause de cette pénurie. Les secteurs qui manquent le plus de main d’œuvre qualifiée sont les domaines de la science, des technologies, l’ingénierie, les mathématiques et la santé. Le gouvernement allemand a fixé dans sa loi pour la protection du climat des objectifs de réduction des émissions carbone de 65 % d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2045. Pour atteindre ces objectifs, un ensemble de mesures de soutien dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’industrie, des bâtiments et de l’agriculture est engagé. Les PME dans ces industries seront soumises à de nouvelles contraintes et devront faire preuve d’innovation.

Soutien public et financement

Pour que les PME puissent continuer à jouer ce rôle clé d’innovateurs, le BMWi (Bundesministeriums für Wirtschaft und Energie) les place au centre de sa politique économique. Avec sa politique en faveur des PME, le BMWi favorise un climat favorable aux entrepreneurs et met en place des incitations pour une activité entrepreneuriale réussie à long terme (campagne de création d’entreprise « GO ! »). Selon l’association industrielle BVMW (Bundesverband mittelständische Wirtschaft), le gouvernement allemand devrait soutenir les petites et moyennes entreprises avec un fonds de 400 milliards d’euros pour la transformation vers la neutralité climatique et la numérisation. La Table Ronde plaide en faveur d'un renforcement de la capacité d'autofinancement en vue d'encourager la création de nouvelles PME et le développement d'entreprises présentant un potentiel de croissance.

Internationalisation et conseil aux PME étrangères

Vous êtes une PME française et vous souhaitez vous développer en Allemagne ? Avant de se lancer à la conquête du marché allemand et de son Mittelstand, il faut avoir une approche directe et maîtrisée. Votre produit doit avoir une valeur ajoutée différenciante pour trouver sa place dans l’écosystème d’entreprises allemandes très regardantes sur la fonctionnalité et l’innovation des produits. Privilégiez une prise directe avec le marché pour garder la main sur la commercialisation de votre produit ou service. Inspirer confiance dans la durée. L’implantation via la création d’une filiale est la meilleure façon de montrer aux acteurs du marché allemand l’envie de s’inscrire sur le long‑terme. Pour gagner leur confiance, il est important de « germaniser » son image. Documentations de qualité et site web détaillé, communiqués on et offline, interventions experts et networking dans les colloques et forums spécialisés, adhésion aux fédérations professionnelles et clusters, présence continue dans les salons, coopération avec les écosystèmes R&D et universitaires… Un nouveau fournisseur doit démontrer qu’il représente une opportunité tout en prouvant qu’il ne constitue pas une menace, d’autant plus lorsqu’il est étranger. Assurer un service client à l’allemande pour germaniser son approche commerciale.

Économie de l'Allemagne : Démystification de l'économie allemande et du Mittelstand

Perspectives : continuité, transformation et rôle sociétal

Les Allemands ont un atout formidable, car ils ont construit depuis plusieurs décennies des entreprises plus importantes. L'entreprise est transmise de génération en génération, chaque successeur ayant à charge de la faire grossir et fructifier. Cette envie de faire croître l'entreprise offre à voir des résultats formidables. Les PME demeurent "la colonne vertébrale" de l'économie allemande. Pour rester compétitives, les PME doivent constamment se repositionner. Leur stratégie ? Qu’est‑ce qui caractérise le Mittelstand ? Le Mittelstand est le principal moteur de l'innovation et de la technologie en Allemagne et jouit à juste titre d’une grande réputation internationale. Pour que les PME puissent continuer à jouer ce rôle clé d’innovateurs, le BMWi les place au centre de sa politique économique.

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