Princesse Tam-Tam : procédure de redressement judiciaire expliquée

Les marques phares du textile français rejoignent la longue liste des entreprises tricolores du prêt-à-porter en difficulté. Les marques Princesse tam tam et Comptoir des Cotonniers font partie des enseignes emblématiques de la mode française. Elles ont toutefois réclamé leur placement en redressement judiciaire et pourraient définitivement baisser le rideau.

Contexte et chronologie des difficultés

Ces deux marques appartiennent au groupe Fast Retailing France, filiale du géant japonais du même nom dont l’enseigne phare est Uniqlo. Rachetées en 2005 par le géant japonais Fast Retailing, elles n’ont jamais trouvé la voie de la rentabilité. En 2024, les deux enseignes ont été fusionnées juridiquement pour former Fast Retailing France, mais elles sont restées identifiées par leurs univers respectifs, retrace Capital.

Dans un contexte de crise du secteur, Princesse tam.tam et Comptoir des Cotonniers ont vu leurs difficultés s’aggraver dès 2018, malgré plusieurs tentatives de relance : baisses de prix, collaborations avec Uniqlo, réorganisation du réseau et fermetures massives de boutiques (40 % des magasins Princesse tam.tam fermés en 2022, plus de 70 points de vente supprimés en 2021), résume Fashion Network dès 2023.

En difficulté financière, les marques Princesse tam.tam et le Comptoir des Cotonniers, ont réclamé un redressement judiciaire. Les marques de lingerie Princesse tam.tam et de prêt-à-porter Comptoir des Cotonniers, en difficulté financière, ont demandé leur placement en redressement judiciaire lundi 23 juin 2025, selon l’AFP, confirmant une information de Fashion Network. Les marques de prêt-à-porter Princesse Tam-Tam et Comptoir des Cotonniers ont été placées mardi 1er juillet en redressement judiciaire par le tribunal des activités économiques de Paris, a appris l’Agence France-Presse (AFP) d’une source proche du dossier, mercredi 2 juillet.

Pourquoi ces demandes de redressement judiciaire ?

Ces enseignes, spécialisées respectivement dans la lingerie et les vêtements pour femmes, en avaient formulé la demande en raison de « la poursuite de la détérioration financière » de leurs comptes, « dans un contexte de marché qui ne s’est pas amélioré ». Auparavant, une partie d’entre elles avait déjà subi la pandémie de Covid, qui avait mis à l’arrêt l’activité économique, puis l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières, des loyers et des salaires.

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Concurrence de l’« ultrafast-fashion » et de la seconde main : Comptoir des cotonniers et Princesse Tam-Tam n’ont pas résisté à la crise qui frappe les enseignes de prêt-à-porter du milieu de gamme, concurrencées par l’essor de l’« ultrafast-fashion » et de la seconde main. Cette suite de difficultés a mis à rude épreuve ces commerces bien connus des centres-villes et des zones commerciales.

Qu’est-ce que le redressement judiciaire ?

Le redressement judiciaire intervient lorsqu’une entreprise ne peut plus faire face à ses dettes, la cessation de paiements, mais qu’un espoir de relance subsiste, selon le ministère de l’Économie. L’objectif est de maintenir l’activité, sauver les emplois et rembourser les créanciers à travers un plan de continuation ou une cession partielle ou totale.

Durant cette procédure, l’entreprise continue de fonctionner, un administrateur judiciaire est nommé par le tribunal pour superviser les décisions et le dirigeant ou la dirigeante conserve en partie ses fonctions, sauf si le tribunal décide de les limiter. Si la situation s’améliore, l’entreprise peut sortir du redressement et poursuivre son activité. Sinon, elle passe en liquidation judiciaire.

Quelle différence avec la liquidation judiciaire ?

La liquidation judiciaire intervient lorsque l’entreprise est en cessation de paiements sans perspective de redressement ou si un plan de redressement a échoué. Dans ce cas, la priorité est de cesser définitivement l’activité et de vendre les actifs pour rembourser les dettes. Concrètement, l’entreprise ferme ses portes, le dirigeant ou la dirigeante est dessaisi de ses fonctions au profit d’un liquidateur judiciaire et les salariés sont licenciés. À la fin de la procédure, l’entreprise est radiée du registre du commerce.

Impact social et économique

Depuis 2022, près de 180 salariés ont ainsi été licenciés. Ce sont désormais 90 magasins qui pourraient fermer. Actuellement, le groupe Fast Retailing (Uniqlo) emploie 500 salariés pour Comptoir des Cotonniers et Princesse tam tam en France. Malgré un plan de sauvegarde entamé en 2023, la rentabilité prévue n’a jamais été atteinte, pas aidée non plus par la montée en puissance de l’ultra fast-fashion.

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« Ceux qui n'ont pas été licenciés la dernière fois dans le cadre du plan social pensaient être sauvés et finalement, à peine deux ans plus tard, le stress revient », déplore Élodie Ferrier, secrétaire fédérale CGT commerces et services. En grande forme au niveau mondial, la firme japonaise a enregistré un bond de 19,2% de son bénéfice net au premier semestre de son exercice 2024/25, à 233,5 milliards de yens (soit 1,4 milliard d'euros).

Les tentatives de reprise et leurs limites

Des propositions de reprise sont bien arrivées sur la table, cinq au total, selon le greffe numérique du tribunal des activités économiques de Paris, mais toutes sont partielles et sans maintien des marques. Dans le détail, aucune des propositions ne prévoit la reprise des enseignes elles-mêmes. Ces offres portent sur des acquisitions de magasins, mais seulement à l’unité ou par lots, sur 26 d’entre eux.

Une offre se démarque, mais sans maintien de marque : selon nos confrères, une offre s’est détachée, celle du groupe Antonelle (Kookaï, Un Jour Ailleurs) : elle prévoit la reprise de six boutiques, les 17 salariés, mais pour développer ses deux marques. Enfin, les autres offres concerneraient des magasins précis dans certaines villes comme Saint-Tropez, Strasbourg, Dijon, Saint-Malo et même Paris. Toutefois, leurs noms n’ont pas été dévoilés.

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Mesures déjà prises et stratégies de relance

L’objectif du plan était de « continuer à adapter Fast Retailing France aux évolutions du marché de l’habillement et d’endiguer les graves difficultés rencontrées par la société et ses filiales afin d’assurer leur pérennité », selon le groupe. Lors de la restructuration orchestrée il y a deux ans, la direction avait conduit un plan social chez Princesse tam tam, portant sur la suppression de 27 boutiques (sur 69 unités) et 84 postes (sur 235 postes), et chez Comptoir des Cotonniers, concernant de 28 magasins (sur 67) et de 101 emplois (sur 272).

Pour tenter de relancer leur activité, les deux labels présidés par Kunii San ont annoncé au printemps 2024 qu'ils allaient baisser leurs prix de vente de 30% environ, afin de toucher une plus large clientèle, et notamment les 25-35 ans. Des liens plus étroits ont aussi été noués avec Uniqlo, par le biais de capsules communes et de shops-in-shops au sein de l'enseigne familiale.

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Perspectives et scénarios possibles

Par l'engagement de cette procédure, le groupe Fast Retailing déciderait donc de ne plus soutenir financièrement les deux marques, en cessant de renflouer leurs caisses. Pendant toute la durée de la procédure, Fast Retailing France et ses marques resteront en activité sous l’égide de deux administrateurs judiciaires, avait assuré le groupe à Capital.

Si la situation s'améliore, l’entreprise peut sortir du redressement et poursuivre son activité. Sinon, elle passe en liquidation judiciaire. Certaines enseignes du secteur ont déjà connu ces fins définitives : Camaïeu, Casa ou Jennyfer ont été liquidées. D'autres, comme Naf Naf et André, ont été placées en redressement judiciaire.

Élément Situation
Propriétaire Fast Retailing (groupe japonais)
Demande de redressement 23 juin 2025 (dépôt) / placement 1er juillet 2025
Nombre de salariés concernés (est.) Environ 500 au total pour les deux marques; 180 déjà licenciés depuis 2022
Magasins potentiellement fermés Jusqu'à 90 boutiques (50 Princesse tam tam, 40 Comptoir)
Offres de reprise reçues 5 propositions partielles, reprise de 26 magasins seulement

Rappel historique des marques

Ayant rejoint le groupe nippon il y a vingt ans tout juste, Comptoir des Cotonniers a été l'une des marques les plus en vue des années 2000/2010, avec un style casual chic et une communication portée par le duo mère-fille. Elle était née en 1995 sous l'impulsion de la famille Elicha, établie alors dans la région toulousaine. Princesse tam tam a émergé dix ans plus tôt, en 1985, sous le crayon de deux sœurs, Loumia et Shama Hiridjee.

Certaines des offres de reprise conservent des salariés mais pas le nom ni l'identité des marques : dans certains cas, des salariés sont conservés, toujours dans le prêt-à-porter, mais sous d’autres noms. En pratique, aucune des propositions actuelles ne prévoit la reprise des enseignes elles-mêmes, ce qui pose la question de la survie des identités de marque historiques.

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