Projet de Loi Auto-Entrepreneur : Vers une Limitation du Statut et ses Conséquences

La députée Martine Froger a récemment initié un projet de loi visant à limiter dans le temps le statut de la micro-entreprise. Bien que ce projet ait été retiré pour le moment, des consultations sont en cours, et un nouveau dépôt est envisagé après la promulgation de la loi de finances 2025.

Micro-entreprise : avantages et inconvénients

Les Limites Actuelles de la Micro-Entreprise

Le statut de la micro-entreprise présente des inconvénients bien connus :

  • Chiffre d’affaires faible (environ 10 000 € au bout de 3 ans)
  • Engorgement des Chambres de commerce
  • Précarité des régimes de retraites et de couvertures sociales
  • Défaut de paiement sur les cotisations sociales et fiscales, malgré leur allègement

Ce modèle a permis de nombreux lancements d’activité depuis son instauration en 2008, mais il concentre toutes les problématiques actuelles de l’entrepreneuriat à outrance. La question du futur statut de retraité des micro-entrepreneurs est particulièrement préoccupante.

Une Paupérisation de la Population de Micro-Entrepreneurs

Le faible niveau de cotisation sociale des micro-entrepreneurs ne leur garantit guère de couverture sociale et ne leur assure que le minimum vieillesse (1012 euros par mois en 2024). Pour certains, la capacité même à cotiser pour acquérir 4 trimestres de retraite par an est loin d’être certaine. La population des micro-entrepreneurs est donc, ou sera, en grande partie, en situation de précarité, ce qui justifie des mesures d’évolutions.

Limiter la Micro-Entreprise : Une Solution pour Pérenniser l’Activité des Entrepreneurs ?

« Nul ne saurait maintenir un modèle économique déficitaire ». La viabilité d’un modèle économique repose sur la capacité à financer son cycle d’exploitation, incluant les charges d’entreprise, le salaire, et la structure fiscalo-sociale. Si le régime de la micro-entreprise est un véritable tremplin, laisser croire que ce système peut être pérenne crée un déséquilibre dans le monde de l’entreprise.

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Le projet de loi auto-entrepreneur pourrait encourager la transition vers des structures pérennes, comme la création d’une société classique ou l’adhésion à des modèles partagés comme le portage entrepreneurial, un choix qui permet aux indépendants de bénéficier d’une couverture sociale et d’une stabilité accrue.

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Les Opposants à ce Projet de Loi

Avec plus de 600 000 micro-entrepreneurs démarrant leur activité en 2023, le modèle de la micro-entreprise s’impose et s’est construit autour de deux piliers fondamentaux : la simplicité et l’accessibilité. En effet, avec des démarches administratives réduites et des cotisations allégées, il permet à des milliers d’individus de se lancer facilement dans l’entrepreneuriat sans les contraintes des structures d’entreprise classiques. Le projet de loi remettrait en cause cette facilité d’accès, suscitant de vives oppositions de la part de plusieurs parties prenantes.

Entreprises Développées Autour des Micro-Entrepreneurs

De nombreuses entreprises se sont développées autour du marché des micro-entrepreneurs en leur proposant des services et des produits spécifiquement conçus pour ce statut. Par exemple, des plateformes en ligne offrent des services de facturation simplifiés, des outils de gestion administrative adaptés, et des formations sur mesure. Limiter ce statut dans le temps pourrait impacter la rentabilité de ces services, ce qui expliquerait en partie leur opposition au projet de loi.

Organisations Professionnelles et Syndicats

Les organisations professionnelles et certains syndicats voient dans cette législation une remise en cause de la liberté d’entreprendre. La limitation dans le temps du statut de micro-entrepreneur serait perçue comme une contrainte additionnelle, alors même que le statut a été conçu pour encourager l’esprit entrepreneurial et favoriser l’autonomie professionnelle. Pour de nombreux défenseurs de la micro-entreprise, cette évolution serait contre-productive : elle pourrait décourager les créateurs potentiels en ajoutant une échéance à leur parcours entrepreneurial.

Micro-Entrepreneurs Eux-Mêmes

Les micro-entrepreneurs eux-mêmes sont partagés sur la question. Beaucoup considèrent le statut de la micro-entreprise comme un tremplin, mais certains en ont fait leur activité principale, préférant la simplicité administrative et fiscale à la gestion plus complexe d’une société. Pour eux, ce projet de loi de Martine Froger pourrait engendrer de l’incertitude quant à la pérennité de leur activité, voire des coûts supplémentaires liés à un éventuel changement de statut. Ce point suscite des inquiétudes, notamment chez les petits entrepreneurs dont les marges sont réduites et qui pourraient rencontrer des difficultés à s’adapter à un régime fiscal et social plus exigeant.

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Que Faire si la Loi est Promulguée ?

En cas d’adoption de la loi visant à limiter dans le temps le statut de la micro-entreprise, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  1. Votre activité repose sur vous seul et ne dépasse pas 90 000 € de chiffre d’affaires annuel :
    • Les modèles d’entreprises partagées comme le portage entrepreneurial sont adaptés.
    • Le portage entrepreneurial permet de bénéficier des libertés de la micro, des capacités d’optimisation financière de la SASU, et de la couverture sociale et retraite du régime salarié de la SASU.
  2. Votre activité présente un caractère de réplicabilité et ne dépasse pas 90 000 € par année :
    • Le portage entrepreneurial permet de s’adapter aux règles de la SAS tout en bénéficiant d’un support administratif, comptable et fiscal, ainsi que de la couverture sociale et retraite du régime salarié de la SASU.
  3. Votre activité présente un caractère de réplicabilité, vous envisagez d’embaucher et vous allez rapidement dépasser les 90 000 € par année :
    • L’entreprise classique (SA, SASU, SARL…) est une option.
    • Un expert-comptable peut accompagner le développement de votre activité.
    • L’intégration à un régime fiscal et social plus structuré peut apporter la stabilité nécessaire pour assurer la durabilité de l’activité.

Quel que soit le cas, le passage du régime micro au régime réel aura des impacts sur la profitabilité, nécessitant des ajustements financiers anticipés. Un bon accompagnement, que ce soit par un expert-comptable ou une société de portage entrepreneurial, permettra de passer cette étape sereinement.

Actualités et Réformes en 2025 et 2026

Plusieurs réformes et mesures fiscales impacteront les micro-entrepreneurs en 2025 et 2026. Voici un aperçu des principaux changements :

Fiscalité et TVA

  • Réforme des seuils de TVA : La réforme visant à abaisser le seuil unique de franchise en base de TVA à 25 000 € a été suspendue. Les anciens seuils restent en vigueur en 2026 (85 000 € pour les activités de vente, 37 500 € pour les prestations de services).
  • E-invoicing : La réforme du e-invoicing, qui oblige à la dématérialisation des factures entre professionnels, s'applique aux auto-entrepreneurs assujettis à la TVA.

Cotisations Sociales

  • Hausse progressive des cotisations sociales : Les cotisations sociales des micro-entrepreneurs déclarant leur chiffre d'affaires en BNC augmentent progressivement.
  • Acre : Les bénéficiaires de l'Acre voient également une augmentation progressive de leurs cotisations sociales.

Formalités Administratives

  • Guichet unique : Toutes les formalités (immatriculation, modification, radiation) doivent passer par le guichet unique.
  • Masquage de l'adresse personnelle : Les entrepreneurs individuels peuvent demander le masquage de leur adresse personnelle dans les registres publics.

Autres Mesures

  • Microcrédit professionnel : Le plafond d’emprunt applicable au microcrédit professionnel est relevé de 12 000 € à 17 000 €.
  • Lutte contre la fraude : Renforcement de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour détecter les fraudes et croisement des données fiscales avec les plateformes.

Tableau Récapitulatif des Seuils de TVA

Activité Seuil de base (2026)
Activités de vente 85 000 €
Prestations de services 37 500 €
Franchise de TVA : les seuils et les conditions

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