Projets Financés Par La Banque Mondiale : Exemples et Impact
La Banque Mondiale, créée le 27 décembre 1945, est une institution internationale dont le principal rôle est de lutter contre la pauvreté dans le monde. Pour remplir cette mission, elle dispose de moyens financiers importants et d’une organisation spécifique.
Revue des quinze projets financés par la Banque mondiale
Dans le cadre d’un concordat signé en 1989, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) collaborent afin d’assurer une plus grande efficacité de l’aide fournie aux pays membres. À l’inverse, les conseils de cette dernière sur les réformes structurelles ou sectorielles sont pris en considération dans les conseils de politique économique dispensés par le FMI.
Pour financer ses interventions en faveur des pays en développement, la Banque mondiale procède à des emprunts obligataires sur les marchés financiers mondiaux. La Banque mondiale fonctionne de fait comme une banque d’investissement qui emprunte sur les marchés financiers et prête les ressources obtenues à ses pays membres qui lui en font la demande.
Par ailleurs, les statuts de la Banque mondiale ne lui permettent d’accorder des prêts qu’à des États ou à des entités pour lesquels ils se portent garants. Afin de pouvoir aussi financer le secteur privé, elle a créé la Société financière internationale (SFI) en 1956 qui fonctionne comme une banque d’affaires et se doit donc d’être rentable.
Organisation et Gouvernance de la Banque Mondiale
Conformément aux statuts de la Banque mondiale, tous les États membres du FMI peuvent adhérer librement. La Banque mondiale est gouvernée par ses 189 pays membres, chacun ayant une voix pondérée par sa participation financière à l’organisation.
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Structure de Décision
- Conseil des gouverneurs: Organe de décision suprême, composé d’un gouverneur et d’un gouverneur suppléant pour chaque pays membre.
- Conseil d’administration: Composé de 25 membres, supervise les activités de la Banque. Cinq administrateurs sont nommés par les pays qui détiennent les quotes-parts les plus élevées (États-Unis, Japon, Allemagne, France et Royaume-Uni).
Compte tenu des modalités de prise de décision au sein de la Banque mondiale, les États-Unis et l’Union européenne disposent de fait d’un droit de veto sur les décisions puisqu’ils détiennent chacun plus de 15 % des droits de vote.
Les effectifs de la Banque mondiale ont fortement progressé depuis sa création. La Banque mondiale est devenue au fil du temps une très grosse organisation internationale spécialisée dans l’aide au développement et la lutte contre la pauvreté et qui a vocation à intervenir partout dans le monde au profit des pays les plus pauvres.
Évolution des Missions et Objectifs
Créée en 1945, la Banque mondiale avait pour objectif initial d’aider l’Europe et le Japon dans leur reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Face au rattrapage économique rapide de ces deux zones, elle se fixa pour nouvel objectif d’accompagner et d’encourager les croissances des pays en développement et des pays les moins avancés principalement en Afrique, en Asie et en Amérique Latine.
Les missions de la Banque mondiale ont beaucoup évolué au fil des années mais elles sont aujourd’hui très claires : « Mettre fin à la pauvreté extrême : faire en sorte que la part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 USD par jour passe sous la barre des 3 % d’ici 2030. Promouvoir une prospérité partagée : favoriser, dans chaque pays, l’augmentation des revenus des 40 % les plus pauvres ».
Elle a donc délaissé son objectif unique de croissance économique et se focalise également sur le développement durable, la dette et les pandémies notamment. Plus précisément, la Banque mondiale a pour mission de financer et soutenir des projets que des investisseurs classiques n’oseraient pas financer : reconstruction de zones dévastées par des conflits ou des catastrophes, protection du climat, etc.
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La Banque mondiale est un important employeur de chercheurs : un quart de ses 10 000 collaborateurs ont un doctorat. La BIRD en emploie un grand nombre à destination des pays à revenu intermédiaire et des pays pauvres solvables. On trouve aussi des analystes financiers, des spécialistes sectoriels (énergie, santé, éducation, climat, transports, secteur privé, secteur public, etc.) qui sont souvent associés à des consultants dans les équipes.
Exemples de Projets Financés
Les premiers projets financés par la Banque mondiale étaient de grands projets d’infrastructures comme des routes, des aéroports et des centrales électriques. Historiquement, le premier prêt approuvé officiellement par la Banque mondiale est un prêt de 250 millions de dollars accordé à la France en 1947. On notera aussi que depuis 1945, l’Inde a bénéficié de plus de 111 milliards de dollars de prêts et la Chine 62 milliards. Ces deux pays ont reçu respectivement 859 et 370 millions de dollars de la part de la BIRD en 2018.
Aujourd’hui, les investissements sont beaucoup plus diversifiés. Le groupe entend par exemple investir plus de 200 milliards de dollars en faveur du climat entre 2021 et 2025.
Exemples Concrets de Projets
- Énergie Solaire au Ghana: Un projet d’énergie solaire (début 2018) qui a permis à 100 000 habitants de 9 régions du Ghana d’avoir accès à l’électricité.
- Assainissement au Burkina Faso: Un nouveau service d’assainissement en milieu urbain.
- Projet Inga 3 en RDC: La Banque Mondiale a approuvé un financement à hauteur de 250 millions de dollars, ce qui constitue la première tranche d’une enveloppe globale de 1 milliard de dollars. Cette première phase doit permettre de réaliser les études préalables de faisabilité ainsi que les différentes projections.
L'objectif est de présenter concrètement aux autorités les différents scénarios en répondant à plusieurs grandes questions : quelles sont les options techniques ? les impacts sociaux et environnementaux de chacun d'entre eux ? quel est le marché disponible et réel ? et quelles sont les options de financement ? À partir de cela, la Banque Mondiale estime que les autorités congolaises pourront faire un choix avisé.
Un projet de long terme puisque c'est un engagement de 10 ans de la Banque Mondiale pour transformer le secteur énergétique congolais. Mais l'organisation ne perd pas de vue les communautés environnantes estimées à 1,2 million de personnes.
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Un exercice d'envergure inédite pour l'Organisation, détaille Albert Zeufack le directeur de la Banque mondiale en RDC. « La Banque mondiale est extrêmement heureuse de déployer tous les instruments de son portefeuille. Un aspect important de ce programme, de notre point de vue, c'est l'approche unique du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale, la SFI et l'IDA travaillent ensemble pour s'assurer que nous saisissons toutes les opportunités pour transformer l'économie. Le Miga s'efforce de mettre les instruments de garantie à la disposition du secteur privé. La SFI travaillera certainement avec les investisseurs privés et s'assurera de rendre ces investissements non seulement possibles, mais aussi rentables.
En regroupant différentes sources de données, la Banque Mondiale est parvenue à construire une modélisation d'un réseau routier à l'échelle d'un pays. En effet, pour définir les priorités de financement sur ses projets d'infrastructures et de reconstruction, la mission n°1 de l'organisme qui compte 189 Etats membres, l'établissement a besoin « de données consistantes à l'échelle », résume Aija Stokenberga, économiste sénior au sein de la Banque Mondiale, qui s'exprimait sur le salon Big Data & AI Paris, fin septembre.
C'est en particulier pour le financement des travaux de restauration du réseau routier au Pérou que l'établissement a lancé un projet de collecte et d'exploitation de données en octobre 2022. Objectif : cartographier le réseau et identifier les tronçons nécessitant en priorité des restaurations.
L'état des routes, associé à un indice de confiance Le rapprochement de ces multiples sources de données a évidemment soulevé un certain nombre de difficultés. Dans la compréhension des attributs des différents jeux de données, de leur origine et de leurs formats, d'abord. « Nous avons dû filtrer les données inutiles afin de ne conserver que l'empreinte nécessaire », dit Aija Stokenberga. Une approche qui vaut notamment pour les données des radars SAR, regroupées sur des tuiles de 100 km de côté, mais des tuiles qui se recouvrent largement entre elles.
« Sur cette base, nous avons pu construire un modèle très complet du réseau routier péruvien, assure l'économiste. Ce modèle indique, par exemple, si tel tronçon est bitumé ou non, et quel est l'état de la chaussée, des informations associées à un indice de confiance. » Les plus de 500 000 km de routes péruviennes ont été cartographiés à un coût six fois moindre que celui qu'aurait engendré une inspection visuelle par des agents. Surtout la création du modèle n'a pris que quelques mois, là où une inspection classique aurait demandé des années.
Au Pérou, l'approche de la Banque Mondiale a permis de prioriser la restauration d'environ 1000 km de chaussée. « Mais le modèle peut servir de multiples objectifs, reprend Aija Stokenberga. Toujours au Pérou, nous étudions son usage pour identifier les parties du réseau exposées aux inondations.
| Projet | Pays | Description |
|---|---|---|
| Énergie Solaire | Ghana | Accès à l'électricité pour 100 000 habitants dans 9 régions. |
| Assainissement Urbain | Burkina Faso | Amélioration des services d'assainissement en milieu urbain. |
| Inga 3 | République Démocratique du Congo | Études de faisabilité pour un projet hydroélectrique visant à augmenter le taux d'électrification du pays. |
| Restauration du réseau routier | Pérou | Cartographie et priorisation des tronçons nécessitant des restaurations grâce à l'exploitation de données. |
Critiques et Défis
Bien que l’utilité intrinsèque de ses actions soit reconnue, beaucoup de voix se sont toutefois élevées pour dénoncer les erreurs et les échecs des interventions de la Banque mondiale. De nombreuses critiques ont été faites sur l’action de la Banque mondiale en matière d’aide au développement. Certaines lui reprochaient d’avoir une approche trop technocratique des problèmes et d’aboutir à un gaspillage des ressources publiques au profit d’États autoritaires et corrompus.
William Easterly pointe également l’inconséquence de la Banque mondiale lorsqu’elle exigeait, en contrepartie de ses aides, la mise en place de politiques d’ajustement structurel destinées à libéraliser l’économie et à accroître la compétitivité du pays bénéficiaire. En effet, l’auteur indique qu’en réalité les pays en développement étaient enclins à truquer leur comptabilité publique de façon à faire croire qu’ils avaient atteint les objectifs assignés par la Banque mondiale, ce qui leur permettait de continuer à bénéficier de son aide, puis d’en réclamer une autre quelque temps plus tard sous prétexte que leur situation ne s’était pas améliorée.
« La Banque mondiale s’assied sur les droits humains. Elle les considère davantage comme une maladie infectieuse que comme des valeurs et obligations universelles. » Ces propos émanent du Rapport spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits humains présenté à l’Assemblée générale de l’ONU le 4 août 2015. Cette enquête révèle qu’au cours de la dernière décennie, la Banque mondiale a financièrement soutenu des projets qui ont eu pour effet de contraindre physiquement ou économiquement environ 3,4 millions de personnes à quitter leurs terres ou logement.
Réformes et Perspectives d'Avenir
Les besoins de financement sont en hausse dans le monde, et les promesses des bailleurs internationaux non tenues, malgré l'augmentation des flux d'aide au développement : l'urgence d’une réforme de l'architecture financière internationale pour le développement durable fait donc, dans ce contexte, globalement consensus, ainsi que ses objectifs généraux (des flux financiers radicalement plus importants vers les pays du Sud, et une plus grande capacité à gérer les biens publics mondiaux), mais les moyens d'y répondre varient.
Les institutions financières internationales et les banques multilatérales de développement sont au cœur de ces appels à la réforme. De nombreux plans sont en cours, notamment la feuille de route de la Banque mondiale, mais il faut faire davantage pour répondre aux attentes en matière de délais et d'adéquation.
La Banque mondiale (BM) est la première des grandes institutions financières pour le développement à lancer un processus de réforme décrit dans son document Feuille de route d’évolution (evolution roadmap) et visant à répondre plus efficacement aux besoins croissants de réduction de la pauvreté et à mieux relever les défis du changement climatique.
Concernant sa mission, la Banque propose un changement pour « servir tous les clients » et inclure davantage de pays à revenu intermédiaire (PRI) dans ses pays d'opération. Les actionnaires de la Banque seraient en droit de demander plus de détails sur une telle proposition de changement. Une nouvelle focalisation sur les PRI (surtout si elle se fait en utilisant des ressources concessionnelles déjà limitées) risque d'alimenter davantage une « grande divergence » au détriment des opérations menées dans les PFR où les besoins sont aigus.
Pourtant, en 2020, seuls 14,6 % des prêts de la BM ont été dirigés vers l'Afrique (contre 23,6 % en 2017). Si la BM confirme son orientation vers la réduction de la pauvreté et son impact sur le développement, des garanties doivent être apportées pour que les BMD puissent démontrer qu'elles ont une maîtrise complète et actualisée des besoins de ces pays ; et qu'elles peuvent, sur cette base, fournir des montants substantiels de financements concessionnels (dons inclus) pour répondre à ces besoins.
La réforme doit également rendre l'institution apte à répondre à l'urgence climatique mondiale, tant pour faire face aux impacts du changement climatique que pour décarboner l'économie mondiale. Certains des ODD, ou les « trajectoires de transformation » intégratives (qui englobent de multiples thèmes, notamment sur le climat et la biodiversité), peuvent être utilisés comme des outils d'orientation de l'action, contribuant à une réorientation vers un développement plus durable dans les finances existantes afin de débloquer certaines ressources.
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