Évolution prospective du travail freelance à l'horizon 2030
Une façon novatrice d’aborder la question du travail de demain consiste à interroger les modes d’organisation des entreprises. L’avenir du travail peut largement se lire dans les mutations de l’organisation du travail.
Pourquoi les organisations changent-elles ?
Mais pour quelles raisons les entreprises décident-elles de changer leur organisation du travail ? Essentiellement pour gagner en performance dans un contexte donné. Si la parcellisation des tâches s’est imposée, c’est parce qu’elle permettait de produire plus et à moindre coût. À l’inverse, le mode d’organisation retenu est aussi tributaire des possibilités technologiques existantes et du niveau de formation de la main-d’oeuvre.
La division des tâches a certes accru la performance mais l’adoption des machines industrielles a permis de pousser le modèle jusqu’à sa limite : c’est ainsi que l’on est passé de la petite manufacture d’épingles chère à Adam Smith aux gigantesques lignes d’assemblage mises en oeuvre par Henry Ford.
Technologie, IA et disparition/transformation des métiers
Avec l’avancée des technologies, des métiers qui avaient autrefois une importance centrale ne sont plus nécessaires. La digitalisation, la robotisation et les changements économiques ont accéléré et continuent d’accélérer la disparition de certains emplois.
Le rapport 2025 du World Economic Forum met en évidence les transformations majeures du marché de l’emploi liées à la transition technologique, à l’IA générative et aux enjeux climatiques. D’un côté, l’IA redéfinit la production de valeur, de l’automatisation de tâches financières à la personnalisation marketing. Le rapport insiste aussi sur la nécessité d’intégrer la transition verte et la dimension interculturelle dans les carrières futures.
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La révolution de l’intelligence artificielle générative est le sujet qui suscite le plus de scénarios extrêmes. En mars dernier, la banque Goldman Sachs prophétisait la disparition de 300 millions d’emplois à temps plein, en Europe et aux Etats-Unis. De son côté, Sam Altman, le PDG d’OpenAI, assurait que dans un futur proche, 30 à 40% de nos tâches actuelles auront disparu.
Que penser de ces affirmations ? Tout d’abord qu’il ne faut pas les surinterpréter : Sam Altman parle bien d’une « disparition des tâches », et non pas des emplois. Tout dépend des stratégies mises en place par les entreprises. Certaines utilisent l’IA pour améliorer la qualité de leur production et valoriser les compétences des travailleurs ; d’autres pour réduire les coûts, automatiser les tâches d'après Malo Mofakhami.
En janvier 2025, l’Unédic publiait une revue de littérature des différents travaux de prospective réalisés sur l’impact de l’IA. Conclusion de l’étude ? Impossible de se faire un avis définitif, l’éventail des estimations allant de 5% à 33% pour les emplois potentiellement menacés et de 13% à 27% pour les emplois potentiellement valorisés.
Deux mondes du travail en 2030 : numériques et « ringardisés »
En 2030, le monde du travail pourrait se diviser en deux catégories : d’un côté les nouveaux métiers du numérique, de l’autre, les groupes de métiers ringardisés par le numérique et la robotisation.
Nous entrons dans la seconde phase du développement numérique et les prochaines années verront l’émergence d’une véritable intelligence cognitive, capable d'imaginer des solutions, d'interpréter des données, même imparfaites, comme le font les humains actuellement. Demain, les métiers du numérique comme le démystificateur d’algorithme, le data analyst et ceux qui n’existent pas encore seront les plus demandeurs d’experts.
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Transitions démographique et climatique : impacts sur l’emploi
Pour France Stratégie, l’avenir appartient à la silver economy. Dans son rapport Prospective des Métiers et Qualifications à l’horizon 2030, l’organisme souligne que le vieillissement de la population dopera mécaniquement le secteur du soin et d’aide à la personne. Rien que sur les 10 dernières années, il a créé près de 400 000 emplois et à lui seul, le vieillissement démographique pourrait générer 160 000 emplois d’aide à domicile d’ici 2022.
Troisième moteur pour l’emploi de demain : le climat. À elle seule, la lutte contre le réchauffement climatique devrait créer 24 millions d’emplois dans le monde, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Un marché dopé par le développement des énergies renouvelables, la conception et l’entretien des voitures électriques ou encore l’amélioration de l'efficacité énergétique dans les bâtiments existants et futurs. Selon l’Ademe, un million d’euros investi dans ce domaine crée 15 emplois contre 6 pour ce même million investi dans le charbon ou le nucléaire.
L'Ademe estime jusqu’à 400 000 emplois créés en lien avec la transition énergétique en 2030. Un programme national de formation a d'ailleurs été lancé dans ce sens pour préparer 10 000 jeunes et demandeurs d'emploi aux métiers de l’économie circulaire.
Vers une montée du freelancing et de la gig economy
Le freelancing rebat les cartes et tend à se développer. Résultat : la source de revenus ne sera plus liée à un seul emploi. Il en va de même pour les horaires de travail atypiques (nuit, week-end). Dans ce premier scénario à l’horizon 2030, le travail salarié s’est fortement précarisé : les embauches en CDI sont rares car les entreprises se focalisent sur la compétitivité par la réduction des coûts.
La France adopte un modèle économique plus libéral, afin de retrouver un taux de chômage faible, proche de l’exemple anglo-saxon. Le travail freelance se développe, mais l’on assiste particulièrement à l’essor de la « gig economy » : des missions de courte durées, peu qualifiées et mal rémunérées dans un marché fortement compétitif.
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C’est le scénario de l’essor du travail indépendant: le contrat de travail s’adapte jusqu’à ressembler au freelance, en se concentrant sur une mission et non sur la durée.
Pourquoi le freelance séduit et quelle réalité pour 2030 ?
L’indépendance gagne du terrain à une vitesse folle. Les chiffres le prouvent chaque année ! Selon une étude Malt, le nombre de freelances en France est passé d’environ 700 000 en 2013 à 930 000 en 2019. Chaque année, ce ne sont donc pas moins de 50 000 nouveaux freelances qui se sont lancés dans notre pays.
La tendance est d’ailleurs la même aux Etats-Unis, en Europe et dans la plupart des pays du monde ! Le plus affolant, c’est qu’il n’y a aucune raison que cela ralentisse : la quête de liberté est au coeur de cette tendance structurelle.
Au niveau des organisations, il y a aussi du mouvement : l’entreprise étendue inclut désormais les indépendants qui collaborent régulièrement avec elle. D’ailleurs, les employeurs ont-ils vraiment le choix ? Les nouvelles formes et conditions de travail retirent petit à petit le statut de norme que le salariat (et surtout le CDI) possédait depuis des décennies. Adieu CDI ? Peut-être pas, mais il n’est plus hégémonique.
Cette explosion du travail en indépendant est ce qui pousse les équipes gouvernementales ou ministère du travail et les grandes entreprises à faciliter l’accès vers le statut de freelance (micro-entreprise, portage salarial ou entreprise individuelle, d’ailleurs quel statut choisir ?). Il n’a tout simplement jamais été aussi simple de se lancer et de créer sa propre activité. Même les étudiants et les jeunes diplômés n’hésitent plus à franchir le pas !
Compétences, formation et soft skills : la clé pour durer
Au-delà du diplôme, les employeurs seront particulièrement attentifs à la polyvalence et le fait d’acquérir de nouveaux savoirs. « Il faut apprendre à apprendre », indique le chasseur de têtes Jacques Froissant. Au-delà de la formation et des expériences professionnelles, la personnalité du candidat et ses compétences comportementales (travail en groupe, résistance au stress…) entrent en ligne de compte.
En 2030, une carrière de slasheur (composée de différents métiers) sera banale. La clé de la réussite réside déjà dans les compétences transversales et la capacité d’apprendre tout au long de sa vie. Car travailler, ce sera d’abord savoir se réinventer.
Le WEF identifie l’IA générative et la cybersécurité comme deux moteurs majeurs de transformation. Le Programme Grande Ecole de l’EMLV intègre l’hybridation management, digital et ingénierie dès le premier cycle, à travers des projets menés en transversalité avec les écoles du Pôle Léonard de Vinci. À l’EMLV, ces dimensions se traduisent par un parcours soft-skills structuré comme la communication, l’éthique, la créativité ou la gestion du stress.
Nouveaux lieux, nouveaux modes : coworking, coliving, intrapreneuriat
Qui dit nouveaux modes de travail dit aussi nouveaux lieux de travail. Les lieux agréables, atypiques et prenant la forme d’espaces de vie comme les coworking, colivings et autres bureaux spécifiquement aménagés prennent le pouvoir. Les nouveaux objectifs ? Favoriser la collaboration, permettre de travailler au calme, optimiser la santé et sécurité au travail, ainsi que le confort ou encore se montrer plus aligné avec des valeurs écologiques.
L’essor de l’intrapreneuriat, qui combine salariat et entrepreneuriat au sein de la même organisation pour toujours plus d’innovation, illustre aussi cette mutation organisationnelle. Le Chief Freelance Officer (CFO), déjà recruté par certaines d’entre elles, devrait devenir un poste clé en 2030. En charge de l’organisation des recrutements et de la collaboration avec les freelances, il vient efficacement compléter le service de fonction RH.
Enjeux sociaux et défis à relever
Parmi tous ces challenges majeurs en attente d’être relevés, nous pouvons notamment citer : la protection sociale des indépendants et des entrepreneurs, encore loin d’être au niveau de celle des salariés ; la généralisation du télétravail (ou remote), qui peine encore à s’installer dans certaines entreprises ; l'adaptation remplaçant la structure en tant que pilier de toute organisation ; et l’éducation traditionnelle qui n’est plus toujours adaptée aux grandes défis du siècle.
La transformation du travail doit prendre forme dans le cadre d’un dialogue social nourri. L’économiste rejoint Malo Mofakhami sur l’importance du dialogue social : « Au niveau des entreprises, la dynamique d’écologisation suppose un collectif capable de délibérer sur les impacts environnementaux des pratiques professionnelles, d’en partager le sens et les changements organisationnels nécessaires. »
Face à toutes ces mutations, 90 % des grandes entreprises y voient un enjeu stratégique, contre 78 % des PME et 65 % des TPE. « Si le degré de préparation des entreprises n’est pas le même, c’est ensemble que nous devons inventer ce futur », souligne Laetitia Niaudeau, directrice générale adjointe de l’Apec.
Le futur du travail - Le débat du 7/10
Perspectives et ressources pour aller plus loin
Le futur du travail est incertain mais les travaux autour du futur of work en dessinent un contour prometteur. Selon une étude Dell, 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore... Tout est à apprendre, tout est à faire, tout est à inventer et c’est une bonne nouvelle !
Des ressources pour explorer plus en profondeur le travail de demain : Le Billet du Futur, une newsletter hebdomadaire de Samuel Durand ; le rapport sur le Future Of Work et le freelancing de Going Freelance ; le livre Du labeur à l’ouvrage de Laëtitia Vitaud ; le livre Sapiens de Yuval Noah Harari ; un documentaire Arte : Travail ; et des blogs dédiés au freelancing et au portage salarial.
| Facteur | Impact attendu d’ici 2030 |
|---|---|
| IA et automation | Disparition de tâches, transformation des métiers, création de nouveaux rôles numériques |
| Vieillissement | Hausse des emplois dans le soin et l’aide à la personne |
| Transition écologique | Métier « verdissants », création d'emplois liés aux renouvelables et efficience énergétique |
| Évolution organisationnelle | Plus de freelances, télétravail, espaces collaboratifs, intrapreneuriat |
Tout le monde est prêt ? Partons ! Le travail en 2030 peut-il vraiment être prédit ? Prédire l’avenir mène rarement à la vérité. C’est pourquoi nous n’avons pas consulté une voyante ou un médium pour imaginer le futur du travail. Le futur of work est plutôt utilisé pour décrire “les bonnes pratiques, les méthodes, le quotidien et les tendances d’individus minoritaires en avance sur leur temps.”
Le travail va de plus en plus s’éloigner de sa racine, le labeur, pour se rapprocher d’une activité procurant sens, épanouissement et réalisation de soi. Bref, du labeur à l’ouvrage, comme le dit le titre de l’ouvrage éponyme de Laetitia Vitaud. L’argent devrait rester le nerf de la guerre pour de nombreux travailleurs, mais même pour eux, le travail va radicalement se transformer.
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