Marques qui financent Israël : Enquête sur les soutiens et les controverses

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, de nombreuses entreprises internationales sont accusées de soutenir activement l’État d’Israël. Ces allégations soulèvent des questions éthiques et morales, tout en provoquant des réactions vives de la part des consommateurs et des militants pro-palestiniens. Cet article vise à faire la lumière sur les marques impliquées, leurs actions, et les conséquences de leur soutien présumé à Israël.

Plusieurs grandes entreprises multinationales sont pointées du doigt pour leur soutien à Israël. Parmi elles, on trouve des géants de la distribution comme Carrefour et McDonald’s, des entreprises technologiques telles que Cisco Systems et IBM, ainsi que des sociétés d’armement comme Thalès.

Ces marques sont accusées de diverses actions, allant de l’implantation dans les colonies illégales à la fourniture d’équipements militaires. Face à ces accusations, des appels au boycott se multiplient, impactant l’image et les résultats financiers de certaines entreprises.

Depuis le début de la mobilisation en soutien à la Palestine, de nombreuses entreprises qui participent à la colonisation et soutiennent Israël sont pointées du doigt, et les appels au boycott sont suivis par des milliers de personnes, contre McDonalds, Carrefour ou LIDL.

Désormais, même des entreprises non-israéliennes sont visées par les appels au boycott des militants pro-Palestine, sur la base de critères des plus opaques. Le conflit entre Israël et le Hamas entraîne de nombreux appels au boycott. Ils ciblent telle ou telle marque parce qu’israélienne ou suspectée de soutenir les actions de l’armée israélienne à Gaza ou dans les territoires occupés.

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La critique de Benyamin Netanyahou et de son État-Major, qui se sont lancés dans une riposte contestée après le raid meurtrier du 7 octobre, peut évidemment apparaitre légitime. Ce qui l’est moins, c’est le fait de rendre les entreprises et les fournisseurs israéliens responsables des actions du gouvernement israélien.

Mais, le comble de l’absurde est atteint lorsque, non contents de s’en prendre à des entreprises, les partisans du boycott ciblent des entreprises non-israéliennes. Depuis le 7 octobre, le mouvement BDS, pour « Boycott, Désinvestissement et Sanctions », coalition mondiale d’associations et d’ONG pro-Palestine, a ainsi accentué sa campagne d’appels au boycott d’enseignes au motif qu’elles se rendraient coupables de « complicité avérée dans l’apartheid israélien ».

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Le contexte du soutien des entreprises à Israël

Le soutien des entreprises à Israël s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. L’État hébreu, entouré de pays arabes, cherche à renforcer ses liens économiques et diplomatiques avec les pays occidentaux. Pour de nombreuses entreprises, Israël représente un marché attractif, notamment grâce à son secteur technologique développé et son économie dynamique.

Cependant, la politique de colonisation et les opérations militaires menées par Israël dans les territoires palestiniens suscitent de vives critiques internationales. Les entreprises qui choisissent de s’implanter ou de collaborer avec Israël se retrouvent souvent au cœur de controverses.

Elles sont accusées de soutenir indirectement l’occupation des territoires palestiniens et de contribuer à l’économie d’un État dont les actions sont condamnées par une partie de la communauté internationale.

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Les géants de la distribution impliqués

Parmi les grandes enseignes de distribution accusées de soutenir Israël, Carrefour et McDonald’s sont particulièrement visées. En 2022, Carrefour a signé un accord commercial avec deux entreprises israéliennes pour étendre sa présence en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

En 2022, Carrefour a également signé un accord avec l’une des banques israéliennes les plus impliquées dans le fonctionnement et le développement des colonies, la banque Hapoalim citée dans la liste de l’ONU, pour mettre en place une carte de crédit pour ses nouvelles enseignes en Israël.

En mai 2023, Carrefour a établi un partenariat avec six start-ups israéliennes, dont une entreprise spécialisée dans la sécurité et active dans les colonies israéliennes. Dès l’été 2023, il a été constaté que les produits Carrefour étaient en vente dans les magasins de ses partenaires israéliens implantés dans huit colonies illégales.

Le 10 octobre dernier, la branche israélienne du groupe a communiqué sur les distributions de denrées alimentaires qu’elle mène en soutien aux soldats israéliens.

L’enseigne a même établi un partenariat avec des start-ups israéliennes, dont une spécialisée dans la sécurité et active dans les colonies. McDonald’s, quant à lui, a fait don de dizaines de milliers de repas aux unités de l’armée israélienne en octobre 2023. Cette action a déclenché une vague de boycott, entraînant une baisse significative de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2024.

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Impact des appels au boycott sur les entreprises soutenant Israël

Tableau récapitulatif : Actions et réactions

Entreprise Actions de soutien présumées Réactions du public
Carrefour Accord commercial avec des entreprises israéliennes, présence dans les colonies Appels au boycott, critiques sur les réseaux sociaux
McDonald’s Don de repas à l’armée israélienne Baisse du chiffre d’affaires, campagnes de boycott

L’industrie technologique et son engagement

Le secteur technologique joue un rôle crucial dans le soutien à Israël. De nombreuses entreprises tech collaborent avec l’État hébreu, que ce soit par des investissements directs ou par la fourniture de technologies utilisées dans le contexte du conflit.

  • Cisco Systems: Sa filiale israélienne coopère largement avec l’armée israélienne et collabore avec le gouvernement pour établir des hubs technologiques dans les territoires occupés. La filiale israélienne du groupe américain, Cisco Israël, coopère largement avec l’armée israélienne. Elle collabore aussi avec le gouvernement israélien pour établir des hubs technologiques, dont trois ouverts en octobre 2022 et situés dans les territoires palestiniens occupés.
  • IBM: L’entreprise est citée dans la liste des Nations Unies sur les entreprises impliquées dans des activités liées aux colonies israéliennes.
  • Motorola Solutions: Fournit des équipements de communication utilisés par l’armée israélienne. En 2023, Motorola Solutions est le seul fournisseur du réseau cellulaire 4G pour l’armée israélienne.
  • Hewlett Packard Enterprise (HPE): Accusée de fournir des technologies utilisées dans les checkpoints et pour la surveillance des Palestiniens. La société Hewlett Packard collabore au système carcéral israélien, aux checkpoints, aux cartes biométriques, au blocus de Gaza et à la colonisation de la Palestine.
  • Dell: En 2023, Dell Technologies a remporté l’appel d’offres du ministère israélien de la défense, qui est considéré comme le plus grand appel d’offres de serveur à ce jour. Dell fournira des serveurs, des services de maintenance et du matériel connexe à l’armée israélienne, au Ministère israélien de la défense et à d’autres organes de sécurité.

Les marques de luxe et de mode dans la tourmente

Le secteur du luxe et de la mode n’échappe pas aux controverses liées au soutien à Israël. Des marques comme L’Oréal et Estée Lauder sont particulièrement visées.

L’Oréal a investi des millions dans une unité de production à Migdal Haemeck, suscitant la satisfaction du Congrès juif américain. La multinationale française est fortement implantée en Israël depuis 30 ans, avec des installations industrielles et des investissements importants en Israël et en Cisjordanie occupée. Estée Lauder, dont le directeur est président d’une puissante organisation américaine pro-israélienne, le Fonds National juif, est régulièrement critiquée pour son soutien à l’État hébreu.

D’autres marques comme Puma et Hugo Boss sont également citées dans la liste de l’ONU des entreprises ayant des activités dans les colonies israéliennes. Ces accusations ont conduit à des appels au boycott et à des campagnes de sensibilisation menées par des militants pro-palestiniens.

Le secteur bancaire et financier

Les institutions financières jouent un rôle crucial dans le soutien économique à Israël. Plusieurs grandes banques internationales sont accusées de financer des entreprises impliquées dans la colonisation ou de faciliter les investissements dans l’économie israélienne.

Les quatre grands groupes bancaires français - BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Populaire Caisse d’Épargne (BPCE) - et leurs filiales sont notamment liés, via leurs financements et investissements, à au moins 30 entreprises israéliennes, européennes et internationales qui opérent avec les colonies israéliennes ou leur fournissent des services.

La plupart de ces entreprises sont issues de la base de données des Nations Unies sur les entreprises impliquées dans des activités liées aux colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.

Tableau des investissements bancaires et critiques

Banque Investissements Critiques reçues
BNP Paribas 22,19 milliards de dollars (1er financeur européen) Accusations de complicité dans la colonisation
Crédit Agricole 1,5 milliard de dollars dans Vinci Critiques pour le financement indirect d’infrastructures dans les territoires occupés
BPCE 1,6 milliard de dollars dans CNH Industrial Accusations de soutien à des entreprises impliquées dans la construction de colonies

Les entreprises d’armement et de défense

Le secteur de l’armement et de la défense est particulièrement impliqué dans le soutien à Israël. Ces entreprises fournissent des équipements et des technologies utilisés par l’armée israélienne dans ses opérations militaires.

  • Thalès: Collabore avec Elbit Systems pour le développement de drones utilisés à Gaza. A racheté l’entreprise israélienne Imperva pour 3,6 milliards de dollars.
  • Elbit Systems: Plus grande société de technologie militaire d’Israël, collabore avec de nombreuses entreprises internationales. Elbit Systems est la plus grosse entreprise israélienne d’armement. Elle fournit de nombreux produits et services à l’armée, à la police et au ministère de l’intérieur israéliens.
  • Caterpillar: Ses équipements sont utilisés pour la construction de colonies et la démolition de maisons palestiniennes. Les machines et engins de chantier fabriqués par l’entreprise américaine Caterpillar sont largement utilisés par l’armée israélienne, comme des chargeurs sur roues, des excavateurs et des bulldozers. Ces bulldozers auraient été utilisés à de multiples reprises pour des opérations illégales de démolitions dans des villes et villages palestiniens - de maisons et d’autres infrastructures, notamment d’eau. Ils auraient aussi été utilisés pour arrêter ou tuer des Palestinien·nes.
  • Airbus: Fournit des hélicoptères et des technologies de surveillance à l’armée israélienne.
Carte des colonies israéliennes en Cisjordanie

Les conséquences pour les entreprises soutenant Israël

Le soutien à Israël a des répercussions significatives pour les entreprises concernées. Des campagnes de boycott, lancées par des mouvements pro-palestiniens, ont un impact réel sur les ventes et l’image de marque de certaines sociétés. McDonald’s, par exemple, a vu son chiffre d’affaires baisser de 8% et son bénéfice net plonger de 12% au deuxième trimestre 2024, en partie à cause des appels au boycott.

L’opérateur téléphonique SFR, détenu par le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, a perdu 487 000 clients en 3 mois au premier trimestre 2024. Starbucks a également vu son bénéfice chuter de 15% sur un an, avec des pertes particulièrement marquées dans le monde musulman.

La réponse des entreprises face aux critiques

Face aux critiques et aux campagnes de boycott, les entreprises adoptent différentes stratégies de communication. Certaines, comme McDonald’s, tentent de se distancier en rachetant leurs franchisés en Israël. D’autres, comme Starbucks, lancent des campagnes d’aide humanitaire pour redorer leur image.

Carrefour, malgré les critiques, maintient sa présence en Israël tout en affirmant son engagement pour la paix. Thalès, quant à elle, fait face à des interrogations de ses propres employés sur ses relations avec Israël, mais continue ses activités dans le pays.

Le débat éthique autour du soutien des entreprises

Le soutien des entreprises à Israël soulève de nombreuses questions éthiques. D’un côté, les défenseurs de ces collaborations arguent qu’elles contribuent au développement économique et à la stabilité de la région. Ils soulignent que ces investissements créent des emplois et favorisent les échanges culturels.

De l’autre, les critiques dénoncent une complicité avec l’occupation des territoires palestiniens et les violations des droits de l’homme. Ils argumentent que ces investissements légitiment et renforcent la politique de colonisation d’Israël, considérée comme illégale par le droit international.

Ce débat met en lumière la difficulté pour les entreprises de naviguer dans des contextes géopolitiques complexes. Il soulève des questions sur la responsabilité sociale des entreprises et leur rôle dans les conflits internationaux.

Ultimement, il revient aux consommateurs et aux investisseurs de décider s’ils souhaitent soutenir ou boycotter ces marques en fonction de leurs propres valeurs éthiques.

En 2005, 172 organisations de la société palestinienne lançaient un appel à une campagne de Boycott, Désinvestissement et de Sanctions contre Israël visant à contraindre cet État à respecter le droit international.Ci-dessous une liste de produits, de services et d’entreprises que l’AFPS encourage à boycotter en raison de leurs liens avérés avec le régime d’apartheid israélien et les crimes qu’il commet à l’encontre du peuple palestinien.
  • Dattes étiquetées Israël : la plupart des dattes proviennent du territoire palestinien de la vallée du Jourdain et sont récoltées par des ouvriers palestiniens qui ont été chassés de leurs terres et sont surexploités dans les palmeraies.
  • Fruits et légumes : en particulier les marques Mehadrin, Jaffa, Hadiklaim, Carmel, Jordan River .
  • Vins : la plupart des vins étiquetés Israël, vendus le plus souvent sur internet, proviennent d’entreprises vinicoles implantées dans des colonies de Cisjordanie ou du Golan syrien.
  • Keter : fabricant et fournisseur d’articles ménagers, d’équipements de rangement pour le jardin ou la maison. Keter possède deux usines implantées dans une colonie de Cisjordanie.
  • Eden Springs / Château d’eau : spécialiste de la fourniture d’eau en bonbonnes implanté dans une colonie du Golan.
  • Sodastream : fabricant de machines à gazéifier l’eau et de sirops et concentrés. En 2018, SodaStream a été contraint de fermer cette usine suite aux actions de boycott. Mais « SodaStream est toujours soumis au boycott par le mouvement mondial du BDS (...). Sa nouvelle usine est activement complice de la politique d’Israël pour le déplacement des citoyens bédouins palestiniens d’Israël, dans le Néguev.
  • Teva : cette multinationale a son siège social en Israël, où elle produit des médicaments.
  • Lingettes pour bébé : vendues par Carrefour sous la marque Carrefour Baby et par Leclerc sous la marque Mots d’enfants . Alors que des milliers de bébés et d’enfants ont été assassinés à Gaza, ce boycott a une très forte valeur symbolique. Il convient d’être également attentif à toutes les lingettes.
  • Carrefour : la complicité du géant français de la distribution a pris, ces dernières années, diverses formes : accord avec des sociétés israéliennes actrices directes de la colonisation, vente de produits Carrefour dans les colonies, vente de produits israéliens dans ses magasins en France et, récemment, distribution de colis aux soldats de l’armée israélienne. L’AFPS, avec ses partenaires, est à l’initiative de la dénonciation de ces scandales et d’une campagne de Désinvestissement en direction du PDG de Carrefour. L'appel au boycott de Carrefour ne rime à rien, mais illustre la jonction entre anticapitalisme et propalestinisme primaires...
  • Banque populaire, Caisse d’épargne, Crédit agricole, BNP Paribas, Société générale : ces banques qui ont passé des accords avec des banques israéliennes très impliquées dans la colonisation font l’objet d’une campagne de Désinvestissement conduite par l’AFPS avec ses partenaires. Les grandes banques françaises dans le viseur.
  • Axa : comme les banques ci-dessus, le géant de l’assurance Axa investit dans des banques israéliennes acteurs de la colonisation. De plus Axa investit dans l’entreprise israélienne d’armement Elbit .
  • Optical center : cette société créée par un franco-israélien qui affiche son soutien inconditionnel à la politique d’ Israël est très implantée en France.
  • SFR : cette société appartient à un autre franco-israélien soutien inconditionnel de la politique criminelle d’Israël qui possède aussi des chaînes d’informations comme BFM TV et I24. En Israël, il finance la construction d’un centre de "remise en forme" pour les soldats de l’armée israélienne.
  • Yves Rocher : ce groupe français possède la société israélienne Sabon dont elle diffuse les produits.
  • L’Oréal : la multinationale française est fortement implantée en Israël depuis 30 ans, avec des installations industrielles et des investissements importants en Israël et en Cisjordanie occupée.
  • Hewlett Packard (HP) : la société Hewlett Packard collabore au système carcéral israélien, aux checkpoints, aux cartes biométriques, au blocus de Gaza et à la colonisation de la Palestine. En France, il est demandé à la FNAC (et à d’autres distributeurs) de ne plus vendre ces produits.
  • Auchan et Boulanger étaient présents lors du forum des entreprises en 2022.
  • La Société Générale possède un guichet de retrait bancaire sur le campus de Bordeaux Montaigne. Dans d’autres facs comme l’Université Paris Cité, l’entreprise l’Oréal, qui a des intérêts importants en Israël et en Cisjordanie occupée, est présente jusque dans les instances de direction de l’université.

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