Charges sociales et fiscales pour les freelances travaillant avec l’Angleterre
Le modèle du freelancing séduit de plus en plus de monde. Comme tout chef(fe) d’entreprise, le freelance doit payer des charges sociales. Ces dépenses sont essentielles, car elles permettent d'accéder à la Sécurité sociale et donnent droit à des prestations comme les allocations familiales et de maternité et le système des retraites. Ces charges varient en fonction de son activité et de son statut juridique. En plus de bien comprendre ces charges, il est essentiel de savoir comment elles affectent vos revenus nets.
De quoi parle-t-on quand on évoque les « charges » en freelance ?
Les charges sont une notion comptable qui désigne les dépenses engagées par une entreprise pour exercer son activité. Pour un freelance, elles sont à opposer aux produits, qui peuvent être assimilés à ses recettes. Cette notion inclut les impôts et les cotisations sociales, mais va au-delà. Elle intègre par exemple les logiciels, le matériel informatique, les assurances, les frais bancaires, etc. Vos charges génèrent des sorties d’argent, et impactent donc directement votre trésorerie. Vous devez les évaluer avec précision pour établir des projections financières fiables, et ainsi vous assurer de pouvoir faire face à vos engagements.
Principaux postes de charges pour un freelance
Parmi les dépenses les plus fréquentes, on trouve :
- les frais de domiciliation d’entreprise ;
- la location de bureaux ou d’un espace de coworking ;
- l’achat d’outils et de logiciels pour votre activité ;
- l’achat de matériel informatique (ordinateur, écran, imprimante, etc.) ;
- les frais de communication (création d’un site web, publicité pour les réseaux sociaux, etc.) ;
- les abonnements (presse spécialisée, Internet, etc.) ;
- le coût des prestataires si vous déléguez certaines tâches ;
- les dépenses de comptabilité (logiciel, expert-comptable, dépôt des comptes, etc.) ;
- un compte pro pour freelance ;
- la complémentaire santé (mutuelle) et la prévoyance ;
- les assurances (notamment, l’assurance responsabilité civile professionnelle).
Charges sociales et choix de statut en France (rappels utiles pour freelances travaillant avec le UK)
Les charges sociales sont l’un des principaux postes de dépenses pour les freelances, et cela quel que soit le statut juridique. Ces charges varient fortement en fonction du statut :
| Statut | Base de calcul | Taux indicatif |
|---|---|---|
| Micro‑entreprise | Recettes brutes encaissées | 12,3% (vente), 21,2% (BIC services), 23,2% (CIPAV), 25,6% (BNC) / 26,1% mentionné pour BNC |
| EI / EURL (IR) | Bénéfices | Environ 45% |
| EURL (IS) / SASU | Rémunérations nettes ou brutes | Environ 45% (EURL), jusqu’à 82% (SASU assimilé‑salarié) |
En micro‑entreprise, vos cotisations correspondent à un pourcentage de votre chiffre d’affaires. Vous réglez vos charges sociales chaque mois ou chaque trimestre, via la déclaration de chiffre d’affaires à l’URSSAF. Ainsi, vous ne payez rien si vous n’enregistrez pas de recettes !
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Vous pouvez aussi opter pour l’entreprise individuelle (EI) classique (hors régime de la micro‑entreprise). Dans ce cas, vos charges représentent environ 45 % de votre revenu imposable. Leur paiement est mensuel ou trimestriel, avec une régularisation en octobre N+1. Attention : contrairement au régime micro, vous devez vous acquitter de cotisations minimales, même si vous n’enregistrez aucune recette (environ 1 200 € par an selon votre statut).
Pour une EURL : être soumis au régime des travailleurs non‑salariés (TNS) et dépendre de la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Le gérant supporte un taux moyen de charges de 45 % du bénéfice (à l’IR), ou de sa rémunération (à l’IS). En optant pour l’IS, vous pouvez choisir de ne pas vous verser de rémunération et ainsi moduler le montant de vos charges sociales, sous réserve des cotisations minimales.
Travailler en freelance en tant que dirigeant d’une SASU, c’est être assimilé‑salarié : vous dépendez du régime général de la Sécurité sociale et vous ne payez des cotisations que si vous vous accordez une rémunération. Elles équivalent environ à 82 % des sommes versées par l’entreprise. Vous payez vos cotisations au cours du mois qui suit le versement de vos rémunérations.
Charges fiscales : IR, IS, TVA, CFE, CFP
En freelance, vous devez aussi payer des impôts. Selon votre statut juridique et vos arbitrages fiscaux, vous pouvez relever :
- de l’impôt sur le revenu (IR), dans le cadre duquel les revenus de votre entreprise sont soumis au barème progressif ;
- ou de l’impôt sur les sociétés (IS), au taux de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfices, puis de 25 %.
Les sociétés soumises à l’IS supportent en réalité une double imposition : elles paient l’IS sur leurs bénéfices, puis le gérant est taxé à l’IR sur les rémunérations perçues. Pour évaluer le poids de vos impôts en freelance, vous devez aussi tenir compte : de la cotisation foncière des entreprises (CFE) ; de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), si vous en êtes redevable.
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La CFE est souvent la mauvaise surprise de la 2ᵉ année d’activité. La contribution à la formation professionnelle (CFP) est une charge obligatoire pour tous les travailleurs indépendants, payée au même moment que les charges sociales : 0,1 % du CA pour les activités commerciales, 0,2 % pour les activités libérales, 0,3 % pour les activités artisanales.
Déductions, exonérations et dispositifs d’allégement en France
En freelance, vous pouvez déduire certaines de vos charges pour faire baisser votre bénéfice imposable. Une charge est déductible si elle est directement rattachée à l’activité professionnelle, utile à cette activité et justifiable. Exception : en micro‑entreprise, vous ne pouvez pas déduire vos charges réelles car vous bénéficiez d’un abattement forfaitaire pour calculer votre revenu imposable.
Plusieurs dispositifs de réductions ou d’exonérations existent :
- ACRE : exonération partielle de charges sociales la première année d’activité (sous conditions) ;
- Exonérations de CFE : possibles pour certaines activités, zones prioritaires ou faibles CA ;
- Autres aides à la création d’entreprise selon le domaine d’activité ou le lieu d’implantation.
Gérer sa trésorerie : combien mettre de côté pour ses charges ?
Vous devez conserver en permanence une somme suffisante sur votre compte, pour faire face à vos charges. Elle dépend de vos besoins, de votre statut et des particularités de votre activité. Pour y voir clair et connaître le montant exact de vos dépenses, listez vos charges récurrentes dans un tableau. En les totalisant, vous obtiendrez la somme à mettre de côté chaque mois pour votre activité de freelance. Vous pouvez aussi provisionner un surplus utilisable en cas d’imprévu.
Exemple : si vous êtes en micro‑entreprise et vous avez choisi le paiement trimestriel de vos cotisations URSSAF, vos charges seront plus élevées en janvier, avril, juillet et octobre. Si vous devez renouveler votre ordinateur, évaluez cette dépense en amont pour l’intégrer à votre budget.
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Peut‑on réduire ses charges sans changer de statut ?
Bien sûr ! Comme pour toute entreprise, un freelance a toujours intérêt à réduire ses charges. Listez vos dépenses professionnelles et faites la chasse aux charges inutiles et aux doublons : abonnements, logiciels, etc. Utilisez la concurrence : profitez d’offres pour trouver une assurance RC pro moins chère, ou changez de banque pour ouvrir un compte pro en ligne. Vérifiez que vous déduisez bien toutes vos dépenses déductibles pour réduire vos impôts.
En micro‑entreprise, n’oubliez pas qu’il existe un abattement forfaitaire et que vous ne pouvez pas déduire vos charges réelles. Si vos charges dépassent largement cet abattement, il peut être pertinent de changer de statut juridique (EI réel, EURL, SASU) après simulations.
Freelance France ⇄ Angleterre : particularités à connaître
Le portage salarial en Angleterre est devenu une solution de référence pour les experts français souhaitant collaborer avec des entreprises britanniques sans subir la complexité administrative du Post‑Brexit. Cependant, travailler avec le Royaume‑Uni impose de maîtriser des règles spécifiques : conversion de devises (GBP/EUR), gestion des taxes locales (IR35) et protection sociale transfrontalière.
Depuis le Brexit, de nombreuses entreprises britanniques hésitent à contracter directement avec des freelances étrangers par peur de la complexité fiscale. Si vous travaillez pour un client anglais, vous entendrez forcément parler de l'IR35. Le détachement permet de rester rattaché à la Sécurité sociale française tout en effectuant des missions ponctuelles en Angleterre. L'expatriation implique de vivre en Angleterre et de cotiser au système local (National Insurance).
Le plus grand défi du portage salarial en Angleterre est la gestion du taux de change. La plupart des sociétés de portage utilisent des banques classiques pour recevoir les fonds internationaux. Attention : les banques traditionnelles appliquent souvent une marge de 2 % à 3 % sur le taux de change, en plus des frais de virement SWIFT. Vous pouvez obtenir jusqu'à 20 numéros de compte en devises avec des services spécialisés comme Wise.
Résidence fiscale et visas
Si vous résidez plus de 6 mois par an au Royaume‑Uni, vous devenez résident fiscal britannique. Sans visa vous ne pouvez rester que 6 mois d’affilée et vous n’êtes pas autorisé à travailler. Avec un visa, généralement vous êtes sponsorisé par une entreprise britannique. Le Royaume‑Uni n’a pas (à date récente) de visa « digital nomad » pour les télétravailleurs indépendants ; d’autres visas existent (Global Talent, High Potential Individual, Innovator Founder, UK Expansion Worker, visas de conjoint, etc.), mais chacun a des conditions spécifiques.
Affiliation sociale au Royaume‑Uni
Le système britannique de protection sociale est fondé sur la National Insurance (NI). Les cotisations NI distinguent les contributions des employés (employee’s contributions) et celles des employeurs (employer’s contributions). Les travailleurs indépendants sont soumis aux classes 2 et 4 : classe 2 pour des bénéfices au‑dessus d’un seuil, classe 4 si vos bénéfices annuels sont supérieurs à un certain montant (6% entre les limites, puis 2% au‑delà). Les taux et seuils sont publiés annuellement par l’HMRC.
Situation au 1er avril 2025 (à titre indicatif) : taux patronal catégorie A : 15% au‑dessus du Secondary Threshold (96 £/semaine). Taux salarié catégorie A : 0% entre 125 £ et 242 £/semaine, 8% entre 242 £ et 967 £/semaine, puis 2% au‑delà.
Impact pour un freelance français travaillant pour un client UK
Si vous travaillez à distance (teletravail) depuis la France, aucun visa n'est requis pour les missions et le client UK facturera généralement hors TVA (autoliquidation). Si vous vivez au Royaume‑Uni, vous serez en principe affilié au régime britannique et devrez vous enregistrer auprès de l’HMRC et cotiser à la NI. En l’absence de détachement, les cotisations sociales françaises devraient cesser et les cotisations britanniques prendre le relais. Si l’employeur ne met pas en place un payroll UK, il est possible d’utiliser une "Umbrella Company" ou un Employer of Record local pour gérer l’affiliation et les prélèvements.
En règle générale, après déduction des frais de gestion, des cotisations patronales et salariales, un freelance perçoit environ 45 % à 50 % du montant facturé HT via une umbrella ou portage, selon le montage. Attention aux implications : en devenant résident fiscal UK (>183 jours), vous paierez l’impôt britannique sur vos revenus et devrez notifier le fisc français de votre départ pour éviter les doubles impositions (convention fiscale franco‑britannique de 2008).
Comparaison synthétique : charges UK vs France
- Des taux inférieurs au Royaume‑Uni (salarié : par tranches 8%/2%, employeur : 15%) contre des prélèvements beaucoup plus élevés en France (environ 23% salarié et entre 25 et 42% employeur, en moyenne).
- Une assiette souvent plus étroite au Royaume‑Uni (moins de risques collectifs financés par NI ; NHS financé par l’impôt), tandis que la France finance de nombreux dispositifs via les cotisations.
- Avantage côté net pour les salariés au Royaume‑Uni, mais couverture parfois moins large que la France.
Conseils pratiques pour freelances
- Ne dépensez jamais 100 % de ce que vous encaissez : provisionnez pour charges sociales et impôts.
- Listez vos charges récurrentes et totalisez‑les pour connaître la somme à mettre de côté chaque mois.
- Servez‑vous des dispositifs d’allègement (ACRE, exonérations CFE) si vous y êtes éligible.
- Si vous collaborez avec des clients UK, anticipez la gestion des devises, frais de change et modalités de facturation (TVA/IR35).
- Pour une installation au Royaume‑Uni, renseignez‑vous sur les visas, l’affiliation NI, l’Immigration Health Surcharge et l’inscription au HMRC.
- Consultez un expert‑comptable ou un fiscaliste pour simuler les situations (EURL, SASU, micro‑entreprise) et éviter les mauvaises surprises.
France vs United Kingdom (UK) - Which country is more liveable? (Animated)
FAQ rapide
Quelles différences majeures avec la France ?
Le Royaume‑Uni applique des cotisations moins lourdes (en % du brut), pour une protection sociale de base plus restreinte, complétée par des dispositifs privés. La France prévoit des prélèvements sociaux élevés qui financent un système de solidarité sociale plus étendu.
À partir de quels seuils sont dues les cotisations sociales au Royaume‑Uni ?
En 2025/2026, pour les salariés : à partir de 242 £/semaine (seuil principal). Pour les employeurs : à partir de 96 £/semaine (soit environ 5 000 £/an).
Quel est l’impact sur le salaire net ?
Le salarié britannique profite, en moyenne, d’un salaire net supérieur à celui d’un salarié français pour un même brut, grâce à des cotisations sociales et une imposition moins élevées (sauf cas particuliers). Attention toutefois, la couverture sociale peut être moins large.
Qu’en est‑il pour un employeur étranger ?
Tout employeur avec une activité au Royaume‑Uni doit appliquer les règles anglaises, sauf détachement ou convention particulière. Il devra donc verser les NIC à l’HMRC, localement, ou recourir à un intermédiaire (EOR/umbrella) pour gérer la paie.
Vous vous lancez et vous avez du mal à évaluer les charges en freelance que vous allez devoir payer chaque mois ? Pour vous aider à y voir plus clair et faciliter votre gestion, listez vos charges (cotisations sociales, impôts, TVA, CFE, frais déductibles) et simulez plusieurs scénarios. Si vous jugez que vos charges atteignent un niveau trop élevé, envisagez un changement de statut juridique après des simulations précises. Un expert‑comptable spécialisé dans la création d’entreprise peut vous aider à simuler précisément votre revenu net selon chaque option et à éviter les mauvaises surprises dès le démarrage.
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