Qui a financé le voyage de Christophe Colomb ?
Le 12 octobre 1492, le Génois Christophe Colomb, parti du port de Palos en Espagne dix semaines plus tôt, découvre un nouveau monde, qu’il croit être le continent asiatique, appelé à cette époque « les Indes » orientales.
En réalité, c’est dans l’actuel archipel des Bahamas qu’il débarque alors, sur une île qu’il nomme San Salvador, poursuivant ensuite son exploration jusqu’à Cuba puis Haïti avant de regagner le Portugal en février 1493 puis l’Espagne.
Carte des voyages de Christophe Colomb
Il effectue trois autres expéditions entre 1493 et 1504, explorant les Antilles - la Dominique, la Guadeloupe, Porto Rico et la Jamaïque -, et meurt deux ans plus tard, toujours persuadé d’être parvenu à rejoindre le Japon (« Cipango ») et la Chine (« Cathay ») par l’ouest.
En 1892, le quatrième centenaire de son voyage inaugural est commémoré avec faste en Espagne et le 12 octobre devient même un jour férié dans de nombreux pays d’Amérique latine, aux États-Unis et en Espagne.
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Dès les années 1840, le peintre américain d’origine allemande Emanuel Leutze, parti étudier à Düsseldorf sous la direction de Karl Friedrich Lessing, exécute une série de tableaux glorifiant l’explorateur, accueillie favorablement par la critique : Christophe Colomb devant le grand Conseil de Salamanque (1841), puis Le Retour de Christophe Colomb enchaîné à Cadix (1842) et Christophe Colomb devant la reine (1843).
Vingt ans plus tard, le peintre espagnol Dioscoro Puebla, pensionnaire de l’Académie royale des beaux-arts à Rome, envoie à Madrid une grande toile, Premier débarquement de Christophe Colomb en Amérique, récompensée à l’Exposition nationale des beaux-arts de 1862, qui devient rapidement une image de référence sur le sujet.
Le Financement Initial des Rois Catholiques
Après que le roi du Portugal a refusé de soutenir son projet, il part en Espagne le soumettre aux rois catholiques et doit le défendre devant une commission nommée à Salamanque en 1486.
Dans une grande salle sombre du couvent San Esteban de Salamanque, Leutze figure Christophe Colomb au premier plan, à gauche, au bout d’une longue table couverte d’une draperie rouge, seul face à ses contradicteurs : assis de part et d’autre de la table, divers savants, géographes et théologiens et, à l’autre extrémité, des représentants de l’Église - notamment un cardinal portant la pourpre et un évêque coiffé d’une mitre richement ornée, trônant sur une estrade.
La lumière qui vient de la droite n’éclaire que la scène principale et laisse dans l’ombre un grand nombre d’autres personnages qui écoutent le débat ou conversent au fond de la salle. Elle aboutit à Colomb, vêtu d’une chemise, d’une tunique et d’un manteau de couleurs claires, les cheveux déjà blancs avant quarante ans, qui tient d’une main et montre de l’autre une grande carte blanche sur laquelle est tracé le parcours de son expédition.
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La simplicité de ce document et de son geste contraste avec le fatras d’épais volumes, certains ouverts sur la table, d’autres entassés dessous, sur lesquels se fondent les sages. Colomb se tient bien droit, en équilibre sur ses jambes légèrement écartées, à la fois tranquille et déterminé, et fixe ses interlocuteurs d’un regard franc, tandis que ceux-ci présentent une gamme d’expressions allant du doute à la réprobation en passant par l’ennui.
En 1491, en dépit de la décision finalement défavorable du conseil, Colomb obtient enfin de la reine Isabelle - sans doute grâce à la fin du siège de Grenade, dernier bastion des Maures en Espagne - les financements pour mettre en place, avec les frères Pinzon, une petite escadre de trois navires, les caravelles Pinta et Nina et le vaisseau amiral, la Santa Maria.
C’est son premier débarquement sur l’île de San Salvador, le 12 octobre 1492, que peint Dioscoro Puebla. Fidèle au flatteur Journal de bord de Christophe Colomb transcrit par Bartolomé de Las Casas, le peintre représente le moment où l’amiral et les capitaines Pinzon, ainsi qu’un petit groupe de marins et de soldats venus en barque, accostent au petit matin.
Colomb déploie la « bannière royale », dans les plis de laquelle on devine les armes d’Isabelle de Castille, et les deux capitaines deux bannières portant une croix verte et des lettres couronnées. Des hommes nus - les indigènes Taïnos - émergent d’une végétation dense.
Un frère franciscain, extatique, brandit une croix, allusion probable au séjour que fit Colomb au monastère franciscain Santa Maria de la Rabida en 1485.
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Comme sur une scène de théâtre, Colomb est figuré au centre, tout de rouge vêtu ; levant au ciel des yeux baignés de larmes et un genou à terre, il touche de son épée cette terre nouvelle et semble planter dans le sol la bannière royale, tel un soldat de Dieu.
Rentré en Europe, Colomb se présente au printemps 1493 à Barcelone, où il est reçu par les rois catholiques en leur palais. Pour rendre la magnificence de ce retour triomphal, Devéria reprend la composition théâtrale et la palette de couleurs vives qui avaient fait son succès dans sa Naissance d’Henri IV : la scène principale se joue sous un dais drapé de tentures rouges autour duquel gravitent de nombreux personnages.
L’amiral est au centre du tableau, cette fois les cheveux noirs et une barbe en pointe, vêtu d’un riche manteau noir, agenouillé devant la reine dont il baise humblement la blanche main. Resplendissante dans sa somptueuse robe dorée, elle semble être la véritable héroïne de cette cérémonie. A ses côtés, le roi et un cardinal sont, comme elle, en grande tenue d’apparat.
A gauche de Colomb, dans l’ombre, devant les frères Pinzon, un homme barbu porte une couronne et des bijoux sur un coussin, peut-être pour évoquer le titre de vice-roi des Indes qui lui avait été promis avant son départ. Assistent à cette scène des courtisans, des soldats en armes, des pages, ainsi que, au premier plan, à gauche, des indigènes ramenés des « Indes » - les hommes, debout, fièrement parés de plumes et de peaux de bêtes, les femmes assises languissantes, leurs enfants nus à leurs pieds.
A droite, la présence d’un serviteur noir rappelle que la traite négrière avait été initiée par les Portugais dès les années 1440. Le butin de l’expédition évoque un cabinet de curiosités : coiffes à plumes, vaisselle et bijoux en or et perles, coraux, coquillages (une grosse conque nacrée au premier plan), un ananas - fruit alors inconnu - et même une étrange idole en or.
Leutze le présente comme un pionnier de l’esprit scientifique : en confrontant une simple carte de la Terre à toutes les connaissances accumulées par les pères de l’Église dans de poussiéreux volumes, il oppose l’intuition géniale de Colomb, supposé seul à savoir que la Terre était sphérique et que l’on pouvait en faire le tour, au conservatisme des théologiens.
La composition de Puebla fait de l’amiral un instrument de Dieu et des rois catholiques espagnols pour civiliser et évangéliser ce nouveau monde, dont il prend littéralement possession en leur nom.
Si Puebla reproduit les détails du récit de Las Casas, le traitement par Devéria de la réception du navigateur à Barcelone est totalement fantaisiste et teinté d’orientalisme. Le palais royal de Barcelone dans lequel il a été reçu n’est pas de style mauresque, mais gothique catalan.
Les portraits des hommes amenés des Antilles sont inspirés du « musée indien » de George Catlin, ouvert à Paris en 1845, tandis que les femmes indigènes, curieusement vêtues de draperies à l’antique, évoquent plutôt des esclaves orientales.
Colomb apparaît dans cette mise en scène fastueuse comme un héros romantique, chevalier servant de sa reine, aux pieds de laquelle il dépose les infinies richesses du nouveau monde.
La glorification de Colomb en Europe et aux États-Unis à partir des années 1830 coïncide avec l’essor de l’idéologie colonialiste, les prémisses de la révolution industrielle et le renouveau de la foi catholique.
En un temps où la chrétienté repousse les derniers musulmans des terres qu'ils occupent encore dans le sud-ouest de l'Europe (→ Reconquista en Espagne), la pensée d'agrandir le royaume de Dieu va guider constamment le découvreur du Nouveau Monde.
Auparavant, l'accès direct aux terres mystérieuses de l'Asie orientale, où les toits de Cipango (l'actuel Japon), comme l'a conté Marco Polo, sont couverts d'or, donnera aux souverains chrétiens les richesses qui leur permettront l'effort ultime vers les Lieux saints.
Débarquement de Christophe Colomb à San Salvador
Grâce à l'appui du trésorier de la Maison du roi, Santagel, et après une volte-face d'Isabelle, des accords, les capitulations, sont signées au camp de Santa Fe, près de Grenade, le 17 avril 1492.
L'étranger obtient des Rois Catholiques des privilèges tout à fait exceptionnels, qui ne peuvent s'expliquer que par le peu de foi accordé à sa réussite : il est nommé « amiral de la mer Océane », titre héréditaire, et surtout vice-roi de toutes les terres qu'il peut être amené à découvrir et à acquérir pour le compte des « Rois ».
Il pourra garder le dixième de l'or, des pierres précieuses et des épices qui seront trouvés au cours de l'expédition. Ces conditions si généreuses porteront en elles-mêmes leur nullité dès que l'importance du Nouveau Monde se révélera : leur respect aurait fait de Colomb et de ses descendants les princes les plus puissants de toute la chrétienté !
Mais les procès auxquels allaient donner lieu ces accords seront la source la plus précieuse pour écrire l'histoire de Colomb.
Le Génois prépare enfin son expédition : il reçoit l'appui obligé des gens du port de Palos de Moguer (en Andalousie), qui sont à l'amende pour quelque acte de piraterie et qui doivent armer deux navires pour l'expédition : la Santa Clara, que l'on appellera plutôt la Niña, et la Pinta, commandée par Martín Alonzo Pinzón.
Un troisième bateau, le plus grand (mais il ne devait guère jauger plus de cent tonneaux), est affrété par Colomb lui-même : la Santa María. C'est une « nao » ronde et épaisse, lourde et lente, peu faite pour la navigation en haute mer.
Le tableau suivant résume les principaux aspects du financement et de l'expédition de Christophe Colomb :
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Financement Initial | Rois Catholiques (Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon) |
| Soutien additionnel | Trésorier de la Maison du roi, Santagel; population du port de Palos de Moguer |
| Navires | La Niña, la Pinta, la Santa María |
| Privilèges accordés à Colomb | Amiral de la mer Océane (titre héréditaire), Vice-roi des terres découvertes, 10% des richesses trouvées |
La conquête européenne de l'Amérique - Résumé sur cartes
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