Qui a Financé la Seconde Guerre Mondiale ? Analyse Économique du IIIe Reich

La question du financement de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement de l'effort de guerre allemand, est complexe et multifacette. Pour comprendre les mécanismes financiers mis en place par le régime nazi, il est essentiel d'examiner les événements qui ont précédé le conflit, ainsi que les politiques économiques mises en œuvre par le Troisième Reich.

Manifestation du NSDAP à Berlin

Manifestation du NSDAP à Berlin.

Les Prémices du Financement Nazi : Autarcie et Réarmement

Dès son arrivée au pouvoir, Hitler a mis en œuvre une politique économique axée sur l'autarcie et le réarmement.

Mais pourquoi les Nazis ont-ils perdu la Guerre Économique (et pourquoi c'était inévitable) ?

L'objectif était de rendre l'Allemagne indépendante des puissances économiques étrangères et de préparer le pays à la guerre. Cette politique s'est traduite par des restrictions aux échanges internationaux, des aides à l'agriculture, la compression des salaires et le désengagement de l'État sur les dépenses sociales.

Le 20 février 1933, Hitler rencontre les grands patrons de l'industrie et leur promet un "avenir tranquille", "le réarmement", et "pour les dix, voir les cent prochaines années", la suppression des élections. Si la communauté de vues est limitée, ils ont suffisamment d'intérêts communs pour que leur alliance soit durable. Hitler entend néanmoins imposer la primauté du politique sur l’économie.

En 1936, le plan de quatre ans est proposé au Reichstag. Son but était d'accélérer le réarmement du Troisième Reich et d'orienter l'économie du Troisième Reich vers l'autarcie, car le pays n'aurait pu mener de guerre du fait de sa dépendance aux matières premières.

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Le Financement de l'Effort de Guerre : Crédits Déguisés, Fiscalité et Exploitation

Le gigantesque effort de guerre a été largement financé par les particuliers et les entreprises. Il le fut aussi par une fuite en avant des grandes entreprises allemandes vers des engagements débiteurs qui ne pourraient être couverts qu’en cas de victoire totale et donc d’exploitation économique de l’Europe asservie. Le financement par un crédit déguisé, en fait un circuit parallèle de traites qui permettait de limiter l’inflation visible, avait été décrit depuis longtemps, mais Adam Tooze le remet à sa juste place.

La société Mefo GmbH avait été formée avec un capital d’un million de Reichsmarks fournis par un consortium d’industriels de l’acier. Les traites que la société émettait devinrent des obligations acceptées par la Reichsbank. « Moyennant un modique escompte, les entreprises travaillant pour le réarmement pouvaient encaisser leurs traites Mefo à la banque centrale ».

Dès 1933, le budget de la Défense fut placé en dehors du contrôle du ministère des Finances. L’énorme effort d’armement fut en réalité financé par ces crédits discrets, mais surtout par la fiscalité, l’épargne forcée imposée aux ménages, puis par l’exploitation ponctuelle des territoires annexés et occupés. L'inflation fut d’ailleurs exportée vers les marges de l’empire.

« L’augmentation des prélèvements fiscaux de 1941-1942, de pair avec les contributions toujours plus lourdes des territoires occupés, permit au ministère des Finances du Reich de financer sur ses recettes 54% des dépenses en 1942 et 44% en 1943. En 1942, les recettes fiscales étaient si florissantes que le Reich put bel et bien diminuer sa dépendance à l’égard de l’emprunt par rapport à 1941. Jusqu’en 1943, de surcroît, l’épargne des ménages fut suffisant pour permettre de financer au moins 17% des dépenses publiques totales par des emprunts sûrs à long terme ».

Hermann Göring lors d'un discours

Hermann Göring lors d'un discours.

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Le Rôle de l'Argent Spolié et des Pays Occupés

Le régime nazi a également financé son effort de guerre en spoliant les biens des Juifs et en exploitant les pays occupés. Les biens confisqués aux Juifs ont été utilisés pour financer l'économie allemande, tandis que les pays occupés ont été soumis à des prélèvements financiers massifs.

Dans les pays occupés d’Europe, la banque centrale allemande, la Reichsbank, avait établi des filiales, les RKK, chargées d’émettre la monnaie pour les besoins de l’armée d’occupation et de l’administration. Dans certains pays, ces Reichsmarks (RM) sont même devenus une monnaie locale couramment échangée.

L’Allemagne était ainsi, avant l’heure, le « partenaire » commercial privilégié de la France : les importations venues d’Allemagne étaient pour l’essentiel des biens rentrant dans les chaînes de valeur d’équipement militaire ; les exportations n’allaient qu’à ce partenaire unique.

Un exemple frappant de cette exploitation est celui de la France, où les frais d’occupation s’élevaient à 320 MF, puis à 500 MF par jour à partir de l’occupation de la zone « libre ». Ce 45 % correspond à peu près à la ponction annuelle opérée par l’Allemagne nazie sur l’État vassal qu’était devenue la France, si l’on omet les prédations directes non officielles de l’occupant et les travailleurs français réquisitionnés pour travailler dans les usines allemandes (1,4 million en 1944).

Avoir un déficit public à près de 45 % du PIB n’est pas commun. Ce fut le cas en 1943 sous l’occupation allemande.

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L'Argentine, Base Arrière Financière du Régime Nazi ?

La découverte d'une liste de 12 000 sympathisants nazis en Argentine révèle un soutien financier opaque dès les années 1930, via une banque suisse. Des milliards d'euros, en partie spoliés, auraient transité, notamment pour le parti d'Hitler. La liste montre des transferts sur un compte ouvert à la Schweizerische Kreditanstalt (SKA), l'ancêtre du Crédit Suisse, lié à la Bank der Deutschen Arbeitsfront, contrôlée par les nazis.

Une partie de l’argent spolié aux juifs allemands et d'autres pays "à la suite de la politique d’aryanisation, et notamment des lois de Nuremberg établies en 1935, a été envoyée en Argentine pour alimenter des entreprises qui fonctionnaient en toute légalité. Par la suite, une partie de cet argent serait retournée en Europe, via notamment la banque suisse." Les caisses du parti d'Hitler auraient ainsi été alimentées via l'Argentine et la Suisse.

Un homme clé au centre du dispositif : Ludwig Freude, entrepreneur allemand dans l’industrie du bois qui s'était caché après-guerre sur l’île de Tigre, près de Buenos Aires. Un homme qui fut proche du Président Juan Domingo Perón et de son épouse Evita.

Sympathisants nazis en Argentine

Sympathisants nazis en Argentine.

Le Crédit Suisse se dit "prêt à se pencher à nouveau sur cette affaire".

Tableau Récapitulatif du Financement de l'Effort de Guerre Allemand

Source de Financement Mécanismes
Crédits déguisés Société Mefo GmbH, traites acceptées par la Reichsbank
Fiscalité Prélèvements fiscaux accrus en Allemagne et dans les territoires occupés
Épargne forcée Imposée aux ménages allemands
Exploitation des territoires occupés Prélèvements financiers massifs, réquisitions de biens et de main-d'œuvre
Spoliation des biens juifs Confiscation et utilisation pour financer l'économie allemande
Soutien financier occulte Transferts via des banques suisses et des sympathisants en Argentine

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