Démission pour création d'entreprise et droits au chômage
Créer son entreprise tout en conservant un filet de sécurité est possible en France grâce au dispositif de démission-reconversion mis en place depuis 2019. Cette possibilité s'adresse aux salariés en CDI qui souhaitent quitter volontairement leur emploi pour se lancer dans l’entrepreneuriat, à condition de respecter une procédure précise et des critères stricts.
Les principes essentiels du dispositif
Traditionnellement, la démission ne permet pas d'accéder à l'allocation chômage, car elle est considérée comme un départ volontaire. Depuis 2019, un dispositif spécifique a été mis en place par l’État : la démission pour reconversion professionnelle. Il permet aux salariés en CDI qui ont un projet réel et sérieux de création ou de reprise d’entreprise de bénéficier des allocations chômage (ARE) après leur démission.
Pour être éligible, le salarié doit avoir travaillé au moins 1 300 jours au cours des 60 derniers mois (environ 5 ans). Ces contrôles garantissent que votre projet est solide. Vous devez respecter des règles strictes pour ouvrir vos droits. Vous pouvez toucher le chômage si vous remplissez les conditions d’éligibilité du dispositif.
Trois points qui sécurisent votre situation
- Vos conditions d’accès au chômage
- La validation obligatoire de votre projet
- Les cas particuliers qui ouvrent déjà des droits
Conditions d’accès au chômage après une démission
Vous devez respecter des règles strictes pour ouvrir vos droits. Voici les critères principaux : avoir 1 300 jours travaillés dans les 5 ans ; avoir un projet de création ou de reprise d’entreprise réel et sérieux ; suivre la procédure avant la démission et non après. La durée de travail exigée doit être continue. Si vous avez connu des interruptions, même de quelques jours, entre deux emplois sur la période de référence, vous ne pourrez pas bénéficier de ce dispositif.
Ces conditions sont vérifiées lors de votre inscription à France Travail. Vous devez ensuite respecter la procédure d’actualisation mensuelle pour percevoir vos allocations. Pour pouvoir bénéficier des allocations chômage, vous devez être inscrit sur les listes de demandeurs d'emploi. France Travail vérifiera si vous remplissez les conditions d'ouverture de droits à l'allocation de retour à l'emploi.
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La validation obligatoire de votre projet
Votre projet doit être validé avant votre départ. Il doit obtenir une attestation du caractère réel et sérieux du projet. Cette validation est délivrée par la CPIR (Commission paritaire interprofessionnelle régionale), aussi appelée Transitions Pro. La CPIR vérifie la cohérence, la faisabilité et le sérieux de votre projet.
Le mécanisme : vous construisez votre idée avec un conseiller dédié ; vous déposez un dossier complet avant votre démission ; la CPIR vérifie la cohérence, la faisabilité et le sérieux de votre projet. Sans cette attestation, vous ne pouvez pas percevoir l’ARE après votre démission. C’est donc une étape clé pour sécuriser votre revenu lors du lancement.
Le dossier doit notamment comporter : une présentation détaillée du projet (activité, objectifs, modèle économique) ; une analyse du marché (clients, concurrence, tendances) ; une stratégie commerciale (canaux de vente, communication) ; un budget prévisionnel avec estimation des charges et des revenus ; une estimation des besoins en financement (apports personnels, prêts éventuels) ; les démarches prévues ou engagées (formations, études, contacts professionnels). Selon les cas, des pièces justificatives peuvent être demandées : devis, attestations, promesses de collaboration…
Le rôle du Conseil en Évolution Professionnelle (CEP)
Avant toute chose, vous devez prendre rendez-vous avec un conseiller en évolution professionnelle. Cette étape est gratuite et obligatoire. Le rôle du CEP est d’accompagner le salarié dans la formalisation de son projet et de vérifier sa cohérence. Le CEP prépare votre dossier. Ce dossier sera transmis ensuite à la commission régionale chargée de valider votre projet.
Le volet CEP rempli par votre conseiller CEP et cosigné par vous retrace le contenu de votre projet, les démarches à effectuer, des études de marché, les besoins financiers de la future entreprise, les recherches de financement, etc. Vous allez élaborer votre dossier avec votre conseiller CEP. La demande du CEP doit intervenir avant la démission. Attention : la démission ne doit pas intervenir à ce stade de la procédure. Il est encore trop tôt.
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La validation par la CPIR et la suite
Le volet réservé à la commission paritaire interprofessionnelle doit attester du caractère réel et sérieux de votre projet pour que votre démission puisse vous permettre de bénéficier d'allocations chômage. Envoyez votre dossier à la CPIR "Transitions Pro" de votre région de résidence ou de la région dans laquelle se situe votre lieu de travail. Vous devez pouvoir justifier de la date de réception de votre dossier par Transitions Pro.
En pratique, rien ne vous empêche de démissionner dès que vous avez transmis votre dossier complet à Transitions Pro. En revanche, il est impératif d’attendre l’accord de Transitions Pro avant de prétendre au dispositif ; si vous démissionnez avant l’obtention de cette validation, vous perdez toute possibilité de bénéficier du dispositif.
Si votre dossier est validé, vous pouvez transmettre ensuite votre lettre de démission à votre employeur. Vous pouvez aussi anticiper votre préavis selon votre poste. La démission pour création d’entreprise n’ouvre pas droit à une dispense automatique de préavis. Le préavis reste en principe obligatoire et sa durée dépend de la convention collective ou du contrat de travail. Toutefois, il peut être réduit ou supprimé si l’employeur l’accepte expressément.
Inscription à France Travail et versement de l'ARE
Une fois l’avis favorable obtenu, le salarié peut démissionner sereinement. Après la démission, l’inscription à France Travail constitue la prochaine étape. Vous devez vous inscrire sur le site de France Travail après votre démission. Vous devez vous inscrire sur le site de France Travail (ex-Pôle emploi) dans les 6 mois suivant la validation de votre projet. Vous aurez à fournir : votre attestation CPIR ; vos justificatifs professionnels ; vos éléments liés à votre création d’entreprise ; vos démarches futures via le guichet de formalités des entreprises.
Le site dédié www.demission-reconversion.gouv.fr vous permet de suivre les étapes à accomplir et les conditions à remplir pour avoir droit à l'allocation chômage. La législation n’impose pas de délai strict entre la démission et la création d’entreprise. Toutefois, le salarié doit déposer sa demande d’allocation auprès de France Travail dans un délai raisonnable après la démission, et présenter son projet de création ou de reprise d’entreprise dans les six mois suivant l’inscription comme demandeur d'emploi.
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Aides mobilisables pendant la création
Après la validation, vous pouvez bénéficier d’aides qui renforcent votre stabilité pendant le lancement : les aides France Travail comme l’ARE et l’ARCE ; l’ACRE pour réduire vos charges ; les accompagnements extérieurs tels que le NACRE ou les prêts d’honneur.
Vous pouvez garder un revenu pendant votre lancement. Vous pouvez percevoir l’ARE pendant votre création d’entreprise. Vous gardez un revenu régulier. Vous pouvez aussi choisir l’ARCE. Cette aide vous verse une partie de vos droits sous forme de capital. ARCE : vous touchez 60 % de vos droits chômage sous forme de capital, en deux fois (à la création, puis 6 mois après). Maintien ARE : vous touchez vos allocations mensuellement, tout en créant votre entreprise.
Vous pouvez demander l’ACRE (Aide à la Création ou à la Reprise d’une Entreprise) si vous créez votre structure. L’ACRE s’applique à plusieurs statuts. Elle concerne aussi bien la micro-entreprise que les sociétés. Vous pouvez la demander dès l’immatriculation. Cette aide diminue vos cotisations sociales la première année.
Les autres soutiens : NACRE (nouvel accompagnement pour la création ou la reprise d’entreprise) : un suivi long pour structurer votre projet. Les réseaux comme France Active, la CCI ou les incubateurs : un appui technique et stratégique. Les prêts d’honneur proposés par des organismes comme Initiative France ou Réseau Entreprendre : des financements sans garantie personnelle. Le CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise) : un cadre pour tester votre activité. Les aides spécialisées, comme celles de l’Agefiph, si vous êtes en situation de handicap.
Alternatives à la démission immédiate
Si vous souhaitez avancer sans quitter votre CDI trop vite, plusieurs solutions permettent de limiter les risques : le congé pour création ; le temps partiel ; la création en parallèle de votre emploi.
Le congé pour création d’entreprise
Vous pouvez demander un congé pour création d’entreprise. Ce dispositif suspend votre contrat. Vous gardez un lien avec votre employeur. Ce congé vous permet de vous consacrer pleinement à votre projet ; d’éviter une démission trop rapide ; de revenir en poste si votre activité ne fonctionne pas. Le congé pour création d’entreprise : le contrat de travail est suspendu jusqu’à 24 mois, sans perte de poste.
Le passage à temps partiel
Vous pouvez réduire votre temps de travail pour avancer. Vous pouvez demander un temps partiel pour entreprendre. Vous gardez un revenu stable. Vous libérez du temps pour créer votre activité. Cette option convient si vous lancez une micro-entreprise ou une petite activité en freelance. Vous devez vérifier si votre employeur accepte cette demande et les règles prévues par votre contrat de travail.
Créer votre activité en parallèle
Vous pouvez lancer votre projet en parallèle de votre CDI. C’est une méthode sûre : vous testez votre marché sans pression financière. Mais vous devez respecter votre clause d’exclusivité, votre clause de non-concurrence et votre devoir de loyauté. Il est conseillé de s’assurer, avant de lancer son activité indépendante en parallèle de son emploi salarié, qu’aucune clause de votre contrat de travail ne s’y oppose.
Choix du statut juridique après démission
Vous devez choisir un cadre solide pour lancer votre activité. Voici quatre options clés : la micro-entreprise ; la SASU ; l’EURL ; l’entreprise individuelle (EI).
| Statut | Avantages | Points d'attention |
|---|---|---|
| Micro-entreprise | Simple, rapide, obligations allégées | Revenus pris en compte dans le calcul ARE |
| SASU | Flexible, protection du patrimoine, pas de cotisations si pas de salaire | Rédaction des statuts, formalités d'immatriculation |
| EURL | Cadre structuré, responsabilité limitée | Formalités de création, statut protecteur |
| Entreprise individuelle (EI) | Simple à mettre en place | Peut impacter plus directement le calcul des allocations |
Pour une EURL ou une SASU, la rédaction des statuts constitue une étape essentielle. Vous devez déposer le capital social sur un compte bancaire professionnel et publier un avis de création dans un journal d’annonces légales. Toutes les formalités d’immatriculation s’effectuent désormais via le Guichet unique en ligne. Une fois le dossier validé, vous recevez votre numéro SIREN et, pour les sociétés, votre extrait Kbis.
Démarches administratives et bonnes pratiques pour le démarrage
Vous devez structurer votre projet avant l'ouverture officielle. Ce choix influence votre gestion et vos obligations. Vous devez ensuite préparer vos démarches comme : la création de votre dossier auprès du guichet de formalités des entreprises ; l’immatriculation de l’entreprise ; l’ACRE, qui doit désormais faire l’objet d’une demande spécifique, quel que soit le statut juridique choisi.
Vous devez lancer votre activité avec une base solide : vérifier vos besoins financiers avant vos premiers mois ; anticiper votre organisation pour éviter les imprévus ; respecter vos obligations auprès de France Travail pendant votre lancement ; suivre votre projet de reconversion professionnelle avec méthode. Vous pouvez vous appuyer sur votre conseiller en évolution professionnelle si vous devez affiner votre organisation.
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Cas particuliers et démissions légitimes
Certaines situations ouvrent toutefois droit au chômage sans passer par le dispositif de démission-reconversion. Ce sont les démissions dites « légitimes ». Vous pouvez toucher le chômage sans passer par la procédure de démission-reconversion si votre démission est dite légitime. Plusieurs cas existent, parmi lesquels : vous suivez votre conjoint ; vous êtes victime de faits graves comme le harcèlement ; vous démissionnez d’un nouveau contrat avant que ne se soient écoulés 65 jours travaillés, à la suite d’un licenciement, d’une rupture conventionnelle ou d’une fin de CDD ; vous rompez votre contrat via une rupture conventionnelle.
La rupture conventionnelle reste l’alternative la plus simple. Vous percevez alors l’ARE sans validation de projet. Vous recevez aussi une indemnité de rupture conventionnelle. Cette option rassure souvent les salariés qui veulent limiter le risque financier.
Risques à anticiper et conseils pratiques
Démissionner pour créer son entreprise est une très belle aventure… mais pas sans risques. Si votre dossier n’est pas validé, vous ne toucherez pas le chômage après démission. Il peut s’écouler plusieurs semaines entre la validation, la démission et le premier versement de l’ARE. Si votre entreprise ne fonctionne pas, vous conservez vos droits à l’ARE pour le temps restant. En cas d’échec, vous pourrez rebondir (formation, emploi salarié, nouveau projet) mais il vaut mieux avoir un plan B.
Un projet non validé = pas d’indemnités chômage. Pour bénéficier de l’ARE après une démission pour création d’entreprise, il est impératif de démontrer le caractère réel et sérieux du projet. Cette preuve passe par la présentation d’un dossier solide devant une commission paritaire régionale. Il doit inclure une étude de marché, un business plan détaillé, la description du projet, les démarches déjà entreprises et, idéalement, des preuves d’accompagnement.
Formez-vous aux bases de l’entrepreneuriat, échangez avec des pairs, soyez accompagné·e : un bon programme ou une structure d’accompagnement peut faire toute la différence dans la clarté, la motivation et la concrétisation. La CCI et d’autres opérateurs régionaux agissent concrètement aux côtés des futurs entrepreneurs pour informer et accompagner.
FAQ synthétique
- Comment s’inscrire comme demandeur d’emploi après la démission ? Vous devez vous inscrire sur le site de France Travail dans les 6 mois suivant la validation de votre projet et fournir l’attestation de validation du projet, votre attestation employeur, et le justificatif de votre CEP.
- Quelle est la différence entre ARCE et maintien des ARE ? ARCE : 60 % de vos droits sous forme de capital, versés en deux fois. Maintien ARE : versement mensuel des allocations pendant la création.
- Qu’est-ce qu’une CPIR ? La CPIR (Transitions Pro) est l’organisme régional chargé de valider le caractère réel et sérieux de votre projet après le CEP.
- Dois-je déjà avoir choisi un statut juridique pour faire mon dossier ? Non, ce n’est pas obligatoire à l’étape de validation, mais il est conseillé de préciser le statut envisagé.
Vous savez désormais comment démissionner en sécurité pour créer une entreprise : clarifier votre projet avec un CEP, obtenir la validation de la CPIR, vous inscrire à France Travail et mobiliser les aides adaptées. Préparez un dossier solide, anticipez les étapes administratives et choisissez le statut juridique le plus adapté à votre projet.
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