Quitter son emploi pour créer sa propre entreprise : guide pratique

En France, un créateur d’entreprise sur quatre était salarié avant de se lancer. Démissionner pour créer son entreprise, coup de tête ou décision mûrement réfléchie ? Nous, on penche plutôt pour la deuxième option : prendre le temps de construire un projet qui vous corresponde, assurer ses arrières côté finances et rencontrer les bons alliés nous semble essentiel pour réussir son envol.

Pourquoi quitter son emploi pour entreprendre ?

La première chose que l’on gagne, quand on créé son entreprise, c’est une forme de liberté : la liberté de décider, de construire son propre chemin, de s’ouvrir à des perspectives d’évolution. Donner du sens à son travail, être en phase avec ses valeurs, relever un challenge, explorer de nouvelles compétences peuvent être d’autres sources de motivation. Ceci dit, même si un entrepreneur voit ses revenus diminuer au démarrage, il réalise en fait un investissement sur le long terme.

Options avant de démissionner : tester sans tout quitter

  • Le temps partiel : si la configuration de votre emploi actuel le permet, vous pouvez demander à votre employeur un contrat à temps partiel. Plutôt que de démissionner, vous pouvez à la fois créer votre entreprise tout en restant salarié, à temps partiel. Vous serez rémunéré en proportion de votre temps de travail effectif.
  • Le congé pour création d’entreprise : ce congé d’un an, renouvelable une fois (soit 2 ans maximum), vous permet de vous consacrer à votre projet, tout en étant garanti de retrouver votre emploi à la fin du congé si vous changez d’avis. Vous devez pour cela avoir deux ans d’ancienneté dans l’entreprise. Le congé permet de tester la viabilité d'un projet avant de couper définitivement le lien avec l'employeur.
  • Le passage à temps partiel pour entreprendre : en réduisant son temps de travail, le salarié peut démarrer son activité en parallèle de son emploi.

Les conséquences de quitter un CDI

Quitter un CDI, c’est renoncer à certains avantages : congés payés, droit au chômage, couverture maladie… Sans compter le salaire, qui sera forcément impacté, surtout si vous quittez un emploi de cadre. Quitter son travail, c’est ne plus toucher un salaire régulier. Retrouver un niveau équivalent de rémunération peut prendre quelques mois ou années, le temps de stabiliser l’activité de votre entreprise.

Chômage et démission pour création d’entreprise : ce qui est possible

En principe, une démission ne donne droit à aucune allocation. Toutefois, depuis le 1er novembre 2019, la loi Macron et la réforme qui a suivi permettent, sous conditions, à certains salariés démissionnaires de bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Depuis la loi Avenir professionnel et les réformes récentes, certains salariés disposent désormais d’un véritable droit au chômage dans le cadre d’une démission pour création d’entreprise.

Conditions pour bénéficier de l’ARE après démission

  • Être titulaire d’un CDI (le dispositif concerne uniquement les salariés du secteur privé).
  • Justifier d’au moins 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois (soit environ cinq années d'activité).
  • Faire valider le caractère réel et sérieux du projet par la commission paritaire interprofessionnelle régionale (Transitions Pro / CPIR) avant de démissionner.
  • S’inscrire à France Travail et déposer sa demande d’indemnisation dans les délais (souvent dans les 6 mois suivant l’inscription).

La validation du projet entrepreneurial constitue une étape obligatoire dans la procédure de démission pour création d’entreprise. Respecter cet ordre (CEP → validation Transitions Pro → démission → inscription à France Travail → création) conditionne entièrement l’ouverture des droits. Faites valider votre projet AVANT de démissionner. C'est l'erreur la plus fréquente : certains salariés démissionnent d'abord et cherchent à obtenir la validation après coup. Sans validation préalable de la CPIR, aucun droit au chômage n'est ouvert.

Lire aussi: Devenir entrepreneur après un CDI

Dispositifs complémentaires : ARCE, maintien partiel de l’ARE, ACRE

  • ARCE : transforme vos droits ARE en capital (60 % des droits restants versés en deux fois). Utile pour financer les premiers investissements, mais renonce au versement mensuel de l’ARE.
  • Maintien partiel de l’ARE : permet de cumuler chaque mois une part de l’allocation avec les revenus de la nouvelle activité, dans la limite des droits restants (incompatible avec l'ARCE).
  • ACRE : exonération partielle de cotisations sociales la première année (conditions 2026 : recentrage sur créateurs en fragilité, exonération 25 %, demande sous 60 jours, 11 catégories éligibles).

Les procédures légales et le respect du contrat de travail

Lorsque vous êtes titulaire d’un contrat à durée indéterminée, vous pouvez démissionner librement afin de créer votre entreprise. La principale obligation concerne le respect du préavis, dont la durée est fixée par votre contrat de travail ou votre convention collective. La démission pour création d’entreprise n’ouvre pas droit à une dispense automatique de préavis. Le préavis reste en principe obligatoire et sa durée dépend de la convention collective ou du contrat de travail. Toutefois, il peut être réduit ou supprimé si l’employeur l’accepte expressément.

Si vous créez une entreprise dans le même secteur que votre employeur actuel, attention à ne pas lui causer préjudice. D’abord, relisez votre contrat de travail : y a-t-il une clause de non-concurrence ? Même sans clause de non-concurrence - rien ne vous interdit de créer une entreprise similaire -, il y a un principe de loyauté et d’éthique lié à votre contrat de travail : vous ne pouvez pas démarcher les mêmes clients ou utiliser des documents internes.

Modes de sortie du salariat : comparatif

Mode de sortie Droits au chômage Préavis Indemnités
Démission classique Aucun (sauf démission légitime) Oui, selon contrat Aucune indemnité de rupture
Rupture conventionnelle Oui, droits ARE complets Non (délai de rétractation 15 jours) Indemnité spécifique (minimale)
Congé pour création d’entreprise Non (contrat suspendu) Non applicable Aucune (contrat maintenu)

La rupture conventionnelle est la plus avantageuse pour un employé souhaitant quitter son travail si l'employeur accepte : elle permet de percevoir les allocations chômage tout en lançant son projet. Avant d'envisager une démission, explorez toujours cette piste avec votre employeur.

Choisir le statut juridique adapté

Micro-entreprise, entreprise individuelle ou société : chaque statut possède ses avantages selon votre activité, votre chiffre d’affaires prévisionnel et votre stratégie de développement. Pour une entreprise individuelle ou une micro-entreprise, une simple déclaration d’activité sur le guichet unique suffit à lancer le projet. En revanche, la création d’une société comme une SARL, une EURL ou une SASU suppose plusieurs étapes préalables : rédaction de statuts, dépôt du capital social, publication d’un avis de création dans un journal d’annonces légales, puis transmission du dossier au guichet unique pour immatriculation.

La micro-entreprise, régie notamment par l’article 50-0 du Code général des impôts, permet de bénéficier d’un régime simplifié. L’EURL constitue une société à associé unique. La SASU se caractérise par une grande liberté statutaire.

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Les étapes clés avant de partir

Avant de remettre votre lettre de démission, planifiez chaque détail. Voici une checklist pratique :

  1. Vérifier la clause de non-concurrence et la clause d’exclusivité (et négocier leur levée si nécessaire).
  2. Évaluer ses droits potentiels à l’ARE (ancienneté, mode de rupture, démission légitime possible).
  3. Constituer une épargne de précaution couvrant au minimum 6 mois de charges personnelles fixes.
  4. Valider son statut juridique (micro-entrepreneur, SASU, EURL...) et ses implications fiscales et sociales.
  5. Établir un business plan avec prévisionnel de trésorerie sur 12 à 24 mois.
  6. Identifier ses sources de financement : ACRE, prêt d'honneur, ARCE, Bpifrance, dispositifs régionaux.
  7. Organiser sa protection sociale et anticiper les cotisations TNS / SSI.
  8. Récupérer ses documents importants : bulletins de salaire, attestation employeur, relevé de carrière retraite.
  9. Informer son réseau professionnel clé sans violer l’obligation de loyauté.
  10. Choisir la date de rupture en optimisant les droits (fin de trimestre, primes, etc.).

Accompagnement : clé de la réussite

On ne le dira jamais assez : se faire accompagner, c’est la clé de la réussite pour votre entreprise, surtout si c’est votre première expérience. Rencontrer un Conseiller en Évolution Professionnelle (CEP) auprès d’un organisme agréé (APEC, Cap emploi, Mission locale…) pour lui présenter votre projet d’entreprise est une étape obligatoire pour l’ouverture des droits en cas de démission pour création d’entreprise. Depuis la réforme de 2019, certains dispositifs régionaux d’accompagnement (héritiers de l’ancien NACRE) aident au montage du projet, à la recherche de financement et au démarrage de l’activité.

Pièges à éviter

  • Démarrer son activité commerciale avant de vérifier l'absence d'une clause d'exclusivité.
  • Démissionner avant d'avoir obtenu la validation du projet par la CPIR / Transitions Pro.
  • Sous-estimer le délai d’affiliation SSI et les premières cotisations TNS.
  • Oublier de se couvrir en prévoyance ou de provisionner les charges et impôts.

Financer son lancement

Plusieurs aides financières complètent le chômage pour soutenir un salarié qui démissionne pour créer son entreprise. Si vous avez des droits ARE ouverts, vous pouvez choisir entre le maintien mensuel partiel, l'ARCE (capital versé en deux fois) ou le déblocage partiel des droits (ex. 45 % des droits en deux fois pour certains cas). Pour financer le démarrage, d’autres sources existent : prêt à la création, prêt d'honneur, crowdfunding, love money, Bpifrance, dispositifs régionaux.

Comment démissionner pour créer son entreprise ? 💰🏢

Après la création : gérer et piloter son activité

La création est une chose, la gestion en est une autre. Gestion d'entreprise : planification, suivi, adaptabilité. Maîtrisez les bases pour piloter efficacement votre business et assurer sa croissance durable. L’Expert-Comptable ou des structures d'accompagnement (CCI, incubateurs, cabinets spécialisés) peuvent vous aider du choix du statut jusqu'à la tenue de la comptabilité.

Cas pratiques et conseils

La démission pour création d’entreprise s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de reconversion professionnelle. Changer de carrière pour lancer sa propre entreprise est un parcours audacieux, mais gratifiant. Créer son entreprise après plusieurs années de salariat est aujourd’hui une démarche de plus en plus fréquente en France. Que ce soit dans le cadre d’une reconversion professionnelle ou d’une envie de liberté, de nombreux salariés choisissent désormais de quitter leur CDI pour entreprendre.

Lire aussi: nos conseils pour changer d'entreprise avec succès

Avant de démissionner pour créer votre entreprise et toucher le chômage, le salarié doit suivre un parcours précis qui commence bien avant la remise de la lettre de démission. Le dossier de validation doit inclure une étude de marché, un business plan détaillé, la description du projet, les démarches déjà entreprises et, idéalement, des preuves d’accompagnement (suivi par un organisme spécialisé ou un incubateur).

En résumé des conseils concrets

  • Ne vous précipitez pas : préparez votre dossier et faites valider votre projet avant toute démission.
  • Explorez toutes les options de sortie (rupture conventionnelle, congé création, temps partiel) avant d'opter pour la démission.
  • Anticipez financièrement et sécurisez au moins 6 mois de trésorerie personnelle.
  • Faites-vous accompagner : CEP, chambres consulaires, experts-comptables, incubateurs et dispositifs régionaux.

La différence entre ceux qui réussissent et ceux qui abandonnent dans les 3 ans tient rarement à l'idée de départ - elle tient presque toujours à la préparation financière, au soutien de l'entourage et à la capacité à trouver ses premiers clients avant même d'avoir quitté son emploi.

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