Procédure de redressement judiciaire pour une startup en France
La procédure de redressement judiciaire est l’une des réponses juridiques aux difficultés rencontrées par une startup. Elle a pour objectif de faciliter la réorganisation de l’entreprise afin de permettre la poursuite de l’activité économique, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.
Quand et qui peut saisir le tribunal ?
Toute personne physique exerçant une activité soit commerciale, artisanale, libérale ou agricole et toute personne morale de droit privé peuvent bénéficier de l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. De manière générale, le tribunal est saisi par le chef d’entreprise, qui demande l’ouverture de la procédure dans les 45 jours à compter du constat de l’état de cessation des paiements.
Attention, le tribunal peut également être saisi par un créancier qui n’a pas été payé et qui a délivré à l’entreprise une assignation en redressement judiciaire ou par le Ministère public, par voie de requête.
Pour bénéficier de la procédure de redressement judiciaire, le débiteur doit se trouver en situation de cessation des paiements au moment de la demande. L’état de cessation des paiements est caractérisé lorsque la startup n’a pas d’actifs disponibles suffisants pour faire face à son passif exigible.
Compétence territoriale et matérielle
Le tribunal de commerce est compétent si le débiteur exerce une activité commerciale ou artisanale ; le tribunal judiciaire dans les autres cas (professions libérales, associations …). Le tribunal territorialement compétent est celui dans le ressort duquel le débiteur, personne morale, a son siège ou le débiteur, personne physique, a déclaré l'adresse de son entreprise ou de son activité.
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En cas de changement de siège de la personne morale dans les six mois ayant précédé la saisine du tribunal, le tribunal dans le ressort duquel se trouvait le siège initial demeure seul compétent.
Comment saisir : dossier et dépôt
La demande d’ouverture de la procédure de redressement judiciaire et ses annexes sont déposées auprès du greffe du tribunal compétent, le débiteur étant convoqué à une audience dans un délai d’environ deux semaines à compter du dépôt de la demande.
La demande d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire doit exposer les difficultés rencontrées par le débiteur et les raisons pour lesquelles il n'est pas en mesure de les surmonter. Elle doit être accompagnée, en plus des comptes annuels du dernier exercice, de différentes pièces : extrait K-bis ou attestation d'immatriculation, état du passif exigible et de l'actif disponible et déclaration de cessation des paiements, nombre de salariés, état chiffré des créances et des dettes, état actif et passif des sûretés, inventaire sommaire des biens de l'entreprise, comptes annuels du dernier exercice, situation de trésorerie datant de moins d'un mois, attestation sur l'honneur relative à l'absence de conciliation ou mandataire ad hoc précédents.
Le jugement d’ouverture et ses effets
Les juges convoquent, tout d’abord, le chef d’entreprise à un entretien afin de mieux comprendre la situation de l’entreprise. Puis, si le redressement de l’entreprise leur semble possible, ils prononcent un jugement d’ouverture du redressement judiciaire. Le jugement fait l’objet d’une publicité.
Le jugement d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire comporte les renseignements suivants : il détermine provisoirement la date de cessation des paiements, il détermine la durée de la période d'observation et désigne les organes de la procédure en fonction de la situation.
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La date de cessation des paiements fixe la période suspecte. Elle correspond à la durée qui sépare la date de cessation des paiements et la date du jugement d’ouverture. Certains actes passés pendant cette période pourront tomber sous le coup d’une nullité.
Durée de la procédure et période d’observation
Le tribunal ouvre une période d’observation de six mois, renouvelable une fois et exceptionnellement une deuxième fois à la demande du Procureur de la République. La procédure ne peut donc pas excéder 18 mois. La période d'observation permet de faire un diagnostic de la situation et d'établir un bilan du patrimoine, des revenus et des dettes pour déterminer les mesures qui permettront de poursuivre l'activité.
À l’issue de la période d’observation, les juges ont trois possibilités : adopter un plan de redressement si la reprise de l’activité est possible ; prononcer la liquidation judiciaire si la reprise de l’activité est impossible ; ou constater l’exécution du plan et son achèvement définitif lorsque les engagements ont été tenus.
Les organes de la procédure : rôles et missions
Le jugement désigne les organes nommés pour la procédure : le juge-commissaire, un ou plusieurs mandataires judiciaires, un ou plusieurs administrateurs judiciaires (facultatif selon seuils d’effectifs et de chiffre d’affaires), des contrôleurs parmi les créanciers (facultatif) et un commissaire-priseur.
- Le juge-commissaire est chargé de veiller au bon déroulement de la procédure.
- L’administrateur judiciaire est chargé d’assister l'entrepreneur ou d'assurer seul, entièrement ou en partie, l'administration de l'entreprise en fonction de la mission que le tribunal lui a confiée. Il est généralement investi d’une mission d’assistance de la société (rarement de gérance) ; il doit s'assurer du respect par le débiteur des obligations légales et conventionnelles s'imposant au chef d'entreprise.
- Le mandataire judiciaire est chargé de représenter la collectivité des créanciers et constituer le passif du débiteur.
- Le commissaire-priseur est chargé de dresser un inventaire des biens de l’entreprise et de les évaluer.
Le dirigeant reste à la tête de l’entreprise et n’est pas dessaisi de ses fonctions, sauf dans le cas exceptionnel où l’administrateur judiciaire se voit attribuer une mission de gérance.
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Effets pratiques pendant la période d’observation
Durant la période d'observation, le dirigeant reste en fonction et l’entreprise continue, en principe, son activité. L’administrateur l’assiste et le surveille. Les actes étrangers à la gestion courante de l’entreprise doivent être autorisés par le juge-commissaire.
Le débiteur ne peut payer aucune créance née antérieurement au jugement. En revanche, les créances nées régulièrement après le jugement d’ouverture pour les besoins du déroulement de la procédure sont payées à échéance. Les créanciers, quant à eux, ne peuvent plus réclamer le paiement des créances antérieures au jugement d’ouverture et doivent les déclarer au mandataire judiciaire.
En pratique, l’administrateur judiciaire peut solliciter l’ouverture d’un nouveau compte bancaire (ou peut garder le compte déjà ouvert par la société) qui fonctionnera sous la double signature de l’administrateur et du gérant. L’administrateur co-signe les règlements effectués par la société pendant la période d’observation.
Protection des créanciers et gel du passif
L’ouverture de la période d’observation a pour effet d’interdire le paiement de la plupart des créances dues par le débiteur et de suspendre toute instance en cours tendant au paiement d’une somme d’argent ou à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement. Les créanciers doivent déclarer leur créance dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC auprès du mandataire judiciaire.
Les créances postérieures au jugement d'ouverture, régulières et utiles, c’est-à-dire nées pour les besoins de la procédure, de la période d'observation ou en contrepartie d'une prestation fournie au débiteur pendant cette période, sont payées à leur échéance.
Contrats en cours et relations sociales
Le jugement d'ouverture ne provoque pas la résiliation automatique des contrats en cours. L’administrateur judiciaire détermine les contrats qui se poursuivent et ceux qui s’arrêtent. Le contrat de bail commercial obéit à un régime particulier : le bailleur ne pourra agir en résiliation du bail pour non-paiement de loyers et charges postérieurs à l'ouverture de la procédure qu'à l'issue d'un délai de 3 mois suivant le jugement d'ouverture.
Les contrats de travail se poursuivent normalement. Lorsque des licenciements économiques sont urgents, inévitables et indispensables, le juge peut les autoriser. En cas de redressement judiciaire il existe la possibilité de faire intervenir l’Association des Garanties des Salaires (AGS) qui garantit les salaires, primes et indemnités de rupture dus au salarié au jour du jugement d’ouverture.
Le bilan économique et social et l’élaboration du plan
L'administrateur judiciaire établit un bilan économique et social de l'entreprise. Le bilan économique et social est élaboré par l'administrateur judiciaire avec l'assistance du débiteur au début de la période d'observation et analyse l'origine, la nature, et l'ampleur des difficultés de l'entreprise.
Sur la base du bilan économique et social, l'administrateur élabore avec le débiteur le projet de plan de redressement. Le projet de plan comporte les perspectives de redressement, les modalités de règlement du passif et les garanties éventuelles que le débiteur doit souscrire pour en assurer l'exécution, le niveau et les perspectives d'emploi, ainsi que les conditions sociales envisagées pour la poursuite de l'activité.
Le projet recense, annexe et analyse les offres d'acquisition, portant sur une ou plusieurs branches d'activité, par des tiers. Il indique la ou les activités qu'il propose de cesser, céder ou d'adjoindre. Le projet peut également indiquer la possibilité de proposer aux créanciers la conversion de leurs créances en titres de capital.
Adoption, exécution et durée du plan
Le tribunal n'arrête un plan de redressement que s'il considère que l'entreprise peut être sauvée. Il recueille également l'avis du ministère public. Le plan adopté par le tribunal doit impérativement préciser la désignation des personnes tenues de l'exécuter, l'exposé et les justifications du niveau et des perspectives de l'emploi, la durée du plan et la nomination d'un commissaire à l'exécution du plan.
Le plan de redressement peut avoir une durée de 10 ans. Autrement dit, l’entreprise peut disposer d’une durée maximale de 10 ans pour rembourser ses dettes tout en poursuivant son activité. Lorsque les engagements ont été tenus, le tribunal constate l’exécution du plan et son achèvement définitif. Si l’entreprise n’exécute pas ses engagements dans le délai fixé par le plan, le tribunal peut prononcer la résolution du plan de redressement.
Risques pour le dirigeant et obligations de déclaration
Le dirigeant de la société en difficulté doit demander l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire au plus tard dans les 45 jours de la cessation des paiements. Le chef d'entreprise qui a tardé à demander l'ouverture d'un redressement judiciaire dans un délai de 45 jours peut être condamné par le tribunal à une peine d'interdiction de gérer, de diriger ou d'administrer une entreprise commerciale ou artisanale.
La procédure de redressement judiciaire ne peut pas être demandée lorsqu’une procédure de conciliation est en cours. Pour demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, il faut s'adresser au tribunal compétent et déposer le dossier complet au greffe ou via le tribunal digital lorsque cela est possible.
Alternatives et contexte startup
Les premières difficultés financières pour une startup n’entraînent pas forcément un dépôt de bilan. Si la startup n’est pas en état de cessation des paiements, une procédure de sauvegarde peut être ouverte. La sauvegarde judiciaire intervient lorsque les difficultés financières ne sont pas encore trop graves. Mais lorsque la situation de l’entreprise a atteint un point de non-retour, celui de l’état de cessation des paiements, seules deux solutions sont alors possibles : le redressement judiciaire ou la liquidation judiciaire.
La liquidation judiciaire intervient pour toute entreprise en état de cessation des paiements tel que son activité ne pourra pas se poursuivre. Un liquidateur judiciaire va être nommé. Celui-ci va procéder à la liquidation de la startup. L’objectif est de régler les créanciers par ordre de priorité et de stopper l’activité.
La Redressement Judiciaire : [Droit des entreprises en difficultés]
Conseils pratiques pour le dirigeant de startup
- Anticiper les difficultés : réaliser un business plan solide et mettre en place des outils de suivi de trésorerie.
- Se faire accompagner : un avocat spécialiste en droit des entreprises en difficulté peut vous accompagner et vous guider tout au long de la procédure adaptée.
- Préparer les dossiers salariés si la société a du retard dans le paiement des salaires (contrat, fiches de paie, pièce d’identité, RIB) pour faciliter une intervention de l’AGS si nécessaire.
- Ne pas tarder à saisir le tribunal : la déclaration dans les 45 jours protège le dirigeant contre des sanctions pour insuffisance d’actifs.
- Collaborer avec l’administrateur et le mandataire judiciaire : l’objectif commun est la poursuite de l’activité et l’apurement du passif lorsque c’est possible.
Tableau récapitulatif : étapes clés et délais
| Étape | Délai ou durée | Effet principal |
|---|---|---|
| Déclaration cessation des paiements | Dans les 45 jours | Saisine du tribunal |
| Audience et jugement d’ouverture | ≈ 2 semaines après dépôt | Ouverture du redressement judiciaire et publicité |
| Période d’observation | 6 mois, renouvelable (max 18 mois) | Diagnostic et élaboration du plan |
| Adoption du plan | À l'issue de l'observation | Exécution du plan (durée possible : jusqu'à 10 ans) |
| Liquidation judiciaire | Immédiate si reprise impossible | Vente des actifs, licenciements, dessaisissement dirigeant |
La procédure de redressement judiciaire peut offrir une seconde chance à une startup en difficulté, à condition d'agir vite, de constituer un dossier complet et de s'entourer de conseils adaptés. L'objectif est toujours de concilier la poursuite de l'activité, le maintien des emplois et l'apurement du passif lorsque cela est possible.
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