Réforme des Concours de Contrôleur des Finances Publiques : Enjeux et Perspectives

La réforme de la fonction publique est lancée, et l’administration se modernise pour faire peau neuve. Dans cette optique, certaines réformes sont déjà en route, notamment la remise à plat des épreuves des concours. L'objectif principal est de professionnaliser le recrutement afin de diversifier le profil des candidats, répondant ainsi aux besoins en compétences professionnelles et relationnelles qui ne sont plus toujours visibles dans le système actuel.

Le principe du concours est une expression forte de la fonction publique car il permet le respect de l’égalité d’accès par l’anonymat et joue un rôle d’ascenseur social. L’entrée dans la fonction publique dépend d’un système de concours dans sa forme la plus répandue (épreuves écrites générales et/ou techniques, épreuves orales dont un entretien avec le jury) qui a mal vieilli.

Les inscriptions pour les concours externes de contrôleur et inspecteur généralistes des Finances Publiques sont ouvertes du 30 août au 2 octobre. Lors du groupe de travail formation du 18 avril 2024, la DGFiP a annoncé son intention de modifier les épreuves pour ouvrir la DGFiP à de nouveaux profils.

Cependant, certains acteurs restent sceptiques quant aux motivations réelles de cette réforme. En effet, la DGFiP ne cherche pas tant de nouveaux profils que de rendre plus sélectifs les concours en augmentant le nombre des participants aux épreuves. Sur le dernier concours d'inspecteur externe, près d'un quart des présents a été admis, ce qui laisse penser à la DGFiP que le filtre est trop large.

Accueillir des publics plus variés est une intention louable. Toutefois, un autre problème risque de se poser, notamment concernant la formation initiale. Une scolarité raccourcie et donc accélérée risque de mettre en difficulté les stagiaires qui n'auront pas de notions de comptabilité ni de droit.

Lire aussi: CFE : comprendre les changements

Par ailleurs, le poids de l'oral devient plus important, même si pour l'inspecteur externe l'épreuve orale de spécialité disparaît. Le coefficient des oraux égale voire même dépasse le total des écrits pour l'inspecteur externe, ce qui peut faire craindre une part accrue de la subjectivité dans la sélection.

Concours de la fonction publique : 3 conseils pour l'oral

Les Changements Proposés et leurs Implications

La professionnalisation souhaitée passe par des changements d’ordre quantitatif et qualitatif. Quantitatif, d’une part : il est proposé de diminuer le nombre d’épreuves, de supprimer celles ne correspondant pas au niveau de diplôme requis pour le concours et d’alléger les programmes. Qualitatif, d’autre part : progressivement l’idée est de mettre fin à l’académisme de certaines épreuves et à leur contenu trop universitaire. Cela permettrait entre autres, de lutter contre la place prise par les surdiplômés.

Voici un aperçu des modifications apportées à certaines épreuves :

  • Épreuve n° 1 : Réponses à des questions, à partir d’un dossier documentaire de 20 pages au maximum, sur un sujet contemporain en matière sociale, économique ou financière (durée 3 heures ; coefficient 4 - note éliminatoire 5).
  • Épreuve orale d’admission : L’entretien avec le jury débute par une présentation par le candidat de son parcours, durant cinq minutes au plus. Il se poursuit par des échanges destinés à apprécier les aptitudes du candidat, acquises notamment dans le cadre de son parcours, ainsi que ses motivations pour rejoindre la Direction Générale des Finances Publiques (durée 25 mn ; coeff. 6 - note éliminatoire 5).

Sur le concours B externe, l'alliance syndicale rejoint l’administration sur la suppression du QCM d’admissibilité. En revanche, elle est plus dubitative sur l’épreuve n°1 et la formulation d’un avis argumenté. Compte tenu de la suppression de l’oral « technique », l'idée de l’allongement de la durée de l’entretien avec le jury a été portée, ce à quoi l’administration a donné une suite favorable.

Un point de désaccord persiste : l'administration positionne une épreuve d’anglais dans le QCM de l’épreuve 2, rendant ainsi cette matière obligatoire alors qu’antérieurement elle n’était que facultative. Une contre-proposition a été formulée, restée sans réponse : prévoir une épreuve d’anglais (QRC) dans la partie 2 de l’épreuve n° 2.

Lire aussi: Explications réforme TVA

La DGFIP recherche des profils ( les fameux « nouveaux talents » ). Les compétences comportementales - ou les soft skills en bon anglais - sont parfois difficilement détectables par les épreuves académiques. Quels savoir-être recherche la DGFIP ? Sans identification de ces compétences au préalable, la refonte des concours ne sera qu’un rendez-vous manqué. L’alliance considère que l’identification des savoir-être n’est possible qu’à travers les épreuves orales. Les épreuves écrites n’identifient pas ou que très peu ce type de compétences : elles valident plutôt un niveau rédactionnel et de synthèse.

Infographie sur la réforme de la fonction publique

Infographie sur la réforme de la fonction publique.

Réactions et Recommandations

Solidaires Finances Publiques a toujours revendiqué la professionnalisation des jurys pour éviter toute dérive. L'absence de bilan ou d'observatoire sur les concours, qui permettrait une certaine transparence et le regard nécessaire des organisations syndicales, est regrettée.

Les réformateurs rappellent qu’en 50 ans, la société a profondément évolué : le nombre des bacheliers ou des diplômés de l’enseignement supérieur a triplé. De nouveaux outils de recrutement ont été récemment introduits, se substituant au mode traditionnel des concours (PACTE, contrats aidés, RAEP). Pour autant, l’idée reste que le concours constitue un des piliers de la fonction publique.

Il est également suggéré pour les professions réglementées de recourir plus fréquemment aux « concours sur titres » : les candidats sont présélectionnés sur dossier, et passent ensuite un entretien d'embauche classique et il faut, pour postuler, posséder le diplôme demandé (assistante sociale, médecin, psychologue, infirmier territorial…).

Lire aussi: Auto-entrepreneurs : Tout savoir sur la TVA

Les auteurs se prononcent pour une différenciation accrue selon les publics visés (candidatures internes, externes, 3e concours, promotion). Ainsi, le « concours externe » qui s’adresse à tout candidat remplissant les conditions pour se présenter au concours qui l’intéresse, doit répondre selon eux, plus directement au besoin de renouvellement. Il doit permettre aux candidats qui achèvent leurs études une insertion rapide dans la vie professionnelle et au service recruteur de rechercher les qualifications et compétences attendues.

Signe que la réforme des concours, même si elle semble modeste, est déjà significative : l’arrêté portant modification des épreuves d’accès au corps des attachés (catégorie A) des IRA pour le concours externe : plus d'épreuve de « culture générale » ni d'épreuves sur options. Le secrétaire d'État à la Fonction publique a annoncé qu'il marginaliserait cette épreuve, « signe d'un élitisme stérile ».

L'admissibilité repose désormais sur deux épreuves : l’une portant sur la place de l’État et son rôle dans les grands domaines de l’intervention publique (société, économie, emploi, santé, territoires…) et l’autre portant sur un contrôle des connaissances « basiques » (droit public, finances publiques…) et directement liées au métier de cadre, sous forme de QRC. L’admission ne s’assimile plus à un « grand oral » testant des connaissances souvent éloignées des exigences du métier de cadre A mais est fondée sur un entretien de recrutement avec mise en situation du candidat.

Pour terminer, les auteurs esquissent une série de scénarios « plus audacieux », dont celui de « l’ouverture de concours par niveau, communs à plusieurs filières, suivis d’une formation par métier dans une école d’application et enfin, d’une affectation par direction ». Il s'agirait de remplacer les différents « concours ministériels d’un niveau donné par un concours interministériel ». Cette « interministérialité » pourrait être organisée par filière professionnelle (fonctions d’administration générale, spécialisée, technique…). Autre projet gigantesque : faire disparaître les 700 corps existants par une cinquantaine de familles de métiers regroupées en sept filières afin d’offrir plus d’homogénéité au niveau des recrutements dans les différents ministères, ce qui serait un « levier pour la mobilité ».

balises: #Financ

Articles populaires: