La Révocation Ad Nutum du Gérant de SARL : Définition et Implications
Chargé d’administrer une société et de la représenter aux yeux des tiers, le gérant exerce ses fonctions en vertu d’un mandat social conféré par les associés d’une structure. Les fonctions des dirigeants de société peuvent prendre fin par leur révocation, qui est organisée par le Code de commerce pour chaque type de société. La révocation des dirigeants de société est libre, sous réserve d’en respecter les conditions et modalités, lesquelles diffèrent selon le type de société. Ce principe de libre révocation est d’ordre public.
La révocation ad nutum, expression latine signifiant « d’un simple signe de tête », désigne une faculté de mettre fin à un acte juridique ou à une relation contractuelle de manière unilatérale et discrétionnaire, sans avoir à justifier d’un motif particulier ni à respecter un préavis. Elle est un pouvoir de résiliation ou de destitution exercé librement par une partie à un contrat ou une relation juridique.
Gérant de la SARL : Responsabilité, Révocation et Démission
Ainsi, le législateur a imposé une limite en stipulant que la révocation doit faire preuve d’une justification fondée sur un juste motif. La révocation du gérant ad nutum, qui signifie “au moindre signe”, consiste à révoquer le dirigeant de la société sans juste motif, mais aussi sans préavis ni indemnités. Toutefois, cette liberté est encadrée pour éviter les abus et protéger les droits des personnes concernées.
Cadre Légal de la Révocation du Gérant de SARL
En effet, l’article L223-25 du Code de commerce prévoit que « le gérant peut être révoqué par décision des associés dans les conditions de l’article L223-29, à condition que les statuts prévoient une majorité plus forte. Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages et intérêts. Cette révocation ne doit par ailleurs jamais être abusive (portant atteinte à l’honneur ou à la réputation du gérant).
Suivant l’article L223-25, la révocation sans juste motif du gérant peut donner lieu à des dommages et intérêts. Le juste motif constitue une cause légitime concernant uniquement une incompatibilité entre l’intérêt de la société et la poursuite des fonctions du dirigeant de la SARL ou Société à Responsabilité Limitée. Cependant, lorsque les raisons de la révocation ne sont pas précisées, le gérant peut se retourner en justice contre la décision de la société et réclamer des dommages et intérêts. Ces derniers peuvent aussi être demandés lorsque le gérant de la SARL juge les motifs avancés injustes.
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Motifs Acceptés pour la Révocation
Parmi les motifs acceptés pour la révocation du gérant d’une SARL se trouvent des manquements à une obligation statutaire ou légale, surtout lorsque ceux-ci sont répétés ou réalisés de manière délibérée. Dans la plupart des cas, ces infractions portent sur l’obligation de convoquer une assemblée générale pour l’approbation des comptes.
Qu’elle soit délibérée ou non, une mauvaise gestion de la SARL constitue un motif pouvant être invoqué pour la révocation du gérant. En effet, cela peut entraîner des conséquences négatives sur la société comme des difficultés financières engendrées par l’achat démesuré de marchandises dont l’utilité n’est pas prouvée. Par ailleurs, la perte de bénéfices suite à la réalisation d’un audit inutile constitue une autre preuve de la mauvaise gestion de la société par le gérant.
Pour que la divergence d’opinion puisse être acceptée comme juste motif à la révocation du gérant d’une SARL, celle-ci doit constituer une raison sérieuse altérant le bon fonctionnement de la société. Il peut s’agir par exemple d’un désaccord portant sur la manière de redresser la société. De plus, dans le cas où le gérant confie le contrôle d’une filiale à un tiers en dépit de l’interdiction de l’associé majoritaire, sa révocation est valable.
Procédure de Révocation du Gérant de SARL
La révocation du gérant de la SARL doit être réalisée suivant une procédure définie. Le respect de certaines étapes est indispensable avant de procéder à cette éviction. La procédure est fixée par l’article L223-25 du Code de commerce précisant que la révocation du gérant peut être appliquée suite à la décision des associés représentant plus de la moitié des parts.
Il faut aussi préciser que la convocation d’une assemblée des associés incombe au gérant de la SARL. En effet, même majoritaire, un associé ne dispose pas du pouvoir de convoquer l’assemblée des associés. Bien souvent, le gérant ne souhaitera pas convoquer une assemblée générale qui a pour but de l’évincer de ses fonctions. Dans le cas où la société n’est dirigée que par un seul gérant, ce dernier peut être réticent à convoquer une assemblée dont la décision porterait sur sa propre révocation.
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Lorsqu’aucun commissaire aux comptes n’a été nommé, une des solutions alternatives consiste à demander la révocation judiciaire du gérant de la SARL comme le permet l’article L.223-25 du Code de commerce. En outre, cette alternative vaut aussi lorsque le gérant est un gérant majoritaire capable de bloquer la décision. La demande pouvant être effectuée auprès du président du Tribunal de commerce du lieu d’immatriculation de la SARL au RCS par tout associé.
Ordre du Jour et Vote
Hormis le cas où la révocation se fait sur incident de séance, il est nécessaire d’inscrire à l’ordre du jour la révocation du gérant. Cela va de pair avec le principe du contradictoire : le gérant doit avoir été prévenu de l’intention des associés afin de préparer sa défense. Pour rappel, l’ordre du jour constitue une partie de la convocation qui répertorie les questions qui seront abordées lors de l’assemblée.
La révocation du gérant d’une SARL doit être votée par un ou plusieurs associés représentant plus de la moitié des parts sociales après évaluation. Selon l’article L.223-25 du Code de commerce, toute clause contraire est réputée non écrite. Lorsque la majorité prévue n’est pas obtenue, une seconde consultation ou convocation des associés est prévue par les dispositions légales.
Dans le cas où le gérant participe au capital social de la société (gérant majoritaire ou gérant minoritaire de la SARL), il dispose également d’un droit de vote pouvant constituer un obstacle à toute possibilité de révocation. Il est important de noter que le gérant, même s'il est associé, a le droit de voter sur sa propre révocation. Cela signifie qu'un gérant majoritaire peut être difficile à révoquer, sauf s'il ne participe pas à l'assemblée ou ne vote pas.
Contestation de la Révocation
Les moyens qui permettent la contestation d’une révocation reposent essentiellement sur le cas d’espèce. Tout d’abord, la révocation peut être contestée si elle est abusive quand bien même la décision serait motivée par l’existence de justes motifs. Il s’agit d’une révocation qui porte atteinte à l’honneur ou à la réputation du gérant. Cela signifie que le principe du contradictoire s’applique également dans la procédure de révocation du dirigeant.
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Un arrêt de la chambre commerciale de la Cour de cassation en date du 26 novembre 2013 entérine ce principe en affirmant que la société doit pouvoir démontrer les justes motifs qui ont conduit à la révocation du dirigeant lorsque ce dernier n’est pas révocable ad nutum. En outre, si la décision de révocation n’a pas été motivée par de justes motifs, le dirigeant peut également saisir le juge. Un juste motif se constitue par exemple en raison du non respect des obligations légales ou statutaires, de la faute de gestion ou d’une grave mésentente qui compromettrait l’intérêt social.
Lorsque la révocation est réclamée par les associés, celle-ci prend effet au moment où les associés invoquent un juste motif (prélèvements injustifiés sur les fonds de la société, actes de concurrence déloyale, mauvaise gestion…). En revanche, si la révocation est demandée en l’absence de juste motif, le gérant de la SARL a la possibilité d’agir en justice pour réclamer le versement de dommages et intérêts. Toutefois, pour en bénéficier, il doit aussi justifier d’un préjudice réel et certain.
| Motif de révocation | Conséquences |
|---|---|
| Juste Motif | Révocation effective, pas de dommages et intérêts (sauf abus). |
| Absence de Juste Motif | Révocation effective, possibilité de dommages et intérêts pour le gérant. |
| Révocation Abusive | Révocation effective, dommages et intérêts pour atteinte à l'honneur ou réputation. |
Conséquences de la Révocation
Enfin, on peut noter que la révocation du gérant n’a aucune incidence sur les parts qu’il peut avoir dans le capital de la société. Si le gérant révoqué est également un gérant associé de SARL, sa révocation de ses fonctions n’a aucune incidence sur sa qualité d’associé. En d'autres termes, il reste propriétaire de ses parts sociales et conserve tous les droits qui y sont attachés. Comme le droit de vote en assemblée générale et le droit aux dividendes.
Pour un gérant non associé de SARL, la situation est légèrement différente. À moins que les statuts de la société n’aient prévu une clause de non-concurrence, le gérant révoqué est libre d’exercer une nouvelle activité professionnelle. Y compris de gérer une autre société. La possibilité d'indemnisation du gérant révoqué dépend également des clauses prévues dans le contrat de mandat ou les statuts de la société. Si une clause de non-concurrence est prévue, le gérant peut être indemnisé pour la période durant laquelle il est tenu de respecter cette clause.
La révocation du gérant prend effet immédiatement à la date de la décision des associés. Cette décision n’a pas d’effet rétroactif, ce qui signifie que toutes les actions et décisions prises par le gérant avant sa révocation restent valides.
Formalités Post-Révocation
Une des conséquences immédiates de la révocation est l'obligation de nommer un nouveau gérant pour assurer la continuité de la gestion de la société. Le gérant de la SARL doit être nommé en assemblée générale par le ou les associés qui représentent plus de la moitié des parts sociales. Sa nomination donne lieu à un PV d’assemblée générale de la SARL et à une mention dans le registre dédié.
Le changement de gérant de SARL doit être publié dans un journal d’annonces légales dans un délai d’un mois. Après la publication, un dossier doit être déposé au guichet unique pour mettre à jour le registre du commerce et des sociétés (RCS). Une fois la modification déclarée, elle est automatiquement insérée au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (Bodacc) par le greffe.
Questions Fréquentes
- Le gérant révoqué peut-il contester sa révocation ? Il peut saisir le tribunal de commerce s’il estime que la révocation est abusive, notamment si elle a été prononcée dans des conditions vexatoires ou sans respect du contradictoire.
- Peut-on révoquer un gérant statutaire de la même manière qu’un gérant non statutaire ? Oui, la procédure est identique, mais la révocation du gérant statutaire implique en plus une modification des statuts, nécessitant une décision en assemblée générale extraordinaire.
- Peut-on nommer un nouveau gérant immédiatement après la révocation ? Oui, les associés peuvent, lors de la même assemblée, procéder à la nomination d’un nouveau gérant, afin d’assurer la continuité de la direction de la société.
Afin d’éviter de recourir à la révocation, les associés doivent donc faire preuve d’une vigilance lors de la nomination du gérant. LegalPlace vous propose de vous décharger des formalités administratives de création de la SARL.
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