Comprendre le Risque Systémique en Finance : Définition, Impact et Gestion
Le risque systémique est un concept fondamental en finance, crucial pour comprendre la stabilité des marchés financiers et la gestion des investissements. Il se distingue des autres types de risques financiers par sa capacité à affecter l'ensemble du système financier, entraînant potentiellement une défaillance en chaîne des institutions financières et des marchés. Cet article explore en détail le risque systémique, sa définition, son impact et les stratégies pour le gérer.
Définition du Risque Systémique
Un risque systémique est un risque qui peut mettre en danger la survie du système financier. On peut ainsi dire que la faillite de Lehman Brothers en 2008 était un risque systémique car, dans la foulée, elle a entraîné une grave crise de liquidité qui a failli précipiter le système financier mondial à sa perte.
Il est toujours difficile de mesurer ex ante un risque systémique. En général, on ne sait que c'est un risque systémique qu'après, lorsqu'il est trop tard. Ainsi les autorités financières britanniques ont-elles décidé de se porter au secours de Northern Rock qui n'est pas une grande banque, mais elles ont estimé en voyant se former la queue du public aux guichets de cette banque que potentiellement un risque systémique pouvait se matérialiser.
Caractéristiques du Risque Systémique
Le risque systémique est inhérent au système bancaire et financier, du fait des interrelations existant dans ce secteur entre les différentes institutions et les différents marchés.
Quelques signes caractéristiques d’une crise systémique sont :
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- L’assèchement des liquidités sur le marché interbancaire.
- La propagation et l’amplification du risque.
- Le défaut de confiance entre des agents économiques confrontés à des pertes qu’ils ne parviennent pas à chiffrer.
- Les faillites bancaires.
Ces risques ne sont pas toujours pressentis avant que la crise n’éclate bien que le renforcement des dispositifs de surveillance et des règles prudentielles permettent de les anticiper avec davantage d’acuité. On peut identifier les institutions financières et les marchés susceptibles d’être touchés par une crise systémique.
Risque Systémique : Incitations et Activités Mal Tarifées
Dans un rapport sur le risque systémique écrit peu après la crise des subprimes à la demande du ministère des Finances, l’économiste Jean-François Lepetit (ancien président du Conseil national de la comptabilité et de la Commission des opérations de bourse) identifiait des mécanismes d’incitations provenant :
- d’investisseurs qui, faute de disposer de la bonne perception des risques supportés, n’exigent pas une rémunération appropriée ;
- de l’organisation des activités financières, dont les risques ne sont pas correctement couverts.
Ce faisant, les enseignes impliquées obtiennent des rendements excessifs, cette sous-tarification résultant notamment de failles dans la régulation micro-prudentielle. Ce sont essentiellement les activités comme la titrisation de crédits, les activités de marché au sens large (dont les dérivés OTC) et certain pans de la gestion d’actifs (fonds monétaires ou “hedge funds”) qui cumulent le maximum de risques. Ce cumul rend l’ensemble du secteur financier vulnérable à un choc.
Prévention du Risque Systémique
Du fait de l’ampleur des conséquences de la crise des subprimes sur la sphère financière et celle de l’économie réelle, la prévention et de la gestion du risque systémique ont été placées au centre du G20 de Pittsburgh (2009). Des mesures de prévention et de résolution de crise par les institutions financières systémiques ont été retenues. A savoir :
- La supervision du risque systémique grâce à la surveillance des signes avant-coureurs d’une situation à haut potentiel de risque.
- Le renforcement des mesures réglementaires permettant de réduire le risque d’éclatement de nouvelles crises.
- La résolution du risque systémique des défaillances des institutions financières avec la reprise de tout ou partie d’une institution défaillante par le privé si les pouvoirs publics sont confrontés à la question du “too big to fail” (trop gros pour tomber).
En pratique, les Etats-Unis, le Japon et les Etats européens ont pris des mesures coordonnées pour sauver le système financier et limiter les risques futurs. En 2014, l’Europe a créé un mécanisme (MSU) chargé d’établir et de contrôler des normes prudentielles communes à l’ensemble des banques européennes et un autre (MRU) afin de résoudre et fournir les fonds nécessaires au sauvetage d’un établissement financier en difficulté.
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Les Différents Types de Risques Financiers
Il existe une large diversité de risques financiers identifiés. Certains risques tiennent à l’actif lui-même (risque de marché) tandis que d'autres s'intéressent au sous-jacent et à son environnement (le risque politique par exemple). Comprendre et être capable d’identifier les risques pesant sur vos investissements, c’est la première étape pour les maîtriser (et surtout éviter les placements proposant des rendements mirobolants en prenant bien soin de vous cacher les risques associés).
Les Risques de Marché
Souvent assimilé à la volatilité, le risque le marché est certainement le premier risque auquel sont confrontés les investisseurs sur les marchés boursiers. Le risque de marché correspond simplement au risque associé à la variation à la hausse ou à la baisse d’un actif. C’est d’ailleurs grâce à ce type de risque que les traders se rémunèrent : il parie sur la hausse ou la baisse d’une valeur en vue d’empocher la différence.
Le risque de marché comprend différente sous-catégorie de risque :
- Le risque de taux : il s’agit de la perte de valeur d’un actif en raison d’une augmentation ou d’une diminution des taux d’intérêt. Les produits de taux comme les obligations ont une valeur d’échange qui fluctue en fonction des taux. Si le taux des nouvelles obligations est plus élevé que les anciennes, ces dernières perdent en valeur.
- Le risque de change : il correspond au risque lié à la fluctuation des devises les unes par rapport aux autres. Si vous achetez un actif en dollar américain et que vous êtes ressortissant de la zone euro, la valeur de votre investissement dépendra aussi de l’évolution du taux de change. Un risque financier à prendre obligatoirement en compte si vous souhaitez diversifier vos investissements au-delà des frontières européennes.
- Le risque action : il s’agit ni plus ni moins du risque lié à la variation de valorisation d’une action entre son achat et sa revente.
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Les Risques de Contrepartie
Le risque de contrepartie est un risque très souvent occulté par les investisseurs, généralement obnubilé par le risque de marché. Il s’agit du risque lié à la défaillance de votre cocontractant dans ses obligations juridiques (payer une dette, transférer la propriété d’un actif, etc.). Ce risque est peu présent sur le marché des actions cotées en raison des réglementations et des différents organismes en charge d’assurer et de contrôler les contreparties (chambres de compensation).
Par contre, le risque de contrepartie est bien réel lorsque vous réalisez des investissements en dehors des marchés réglementés. Par exemple, le risque principal du crowdfunding immobilier ( prêter sur 2 ans de l’argent à un taux de 10 % par an à des promoteurs immobiliers) est le fait que le promoteur ne puisse pas vous rembourser les sommes empruntées.
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Le Risque de Liquidité
Le risque de liquidité est le risque financier relatif à votre capacité à transformer facilement votre investissement en monnaie liquide. Plus il est difficile de trouver une contrepartie pour votre opération (vendre une action par exemple), plus on dira que votre investissement est illiquide. Grosso modo, c’est comme si vous disposiez d’une marchandise que personne ne veut acheter.
Le risque de liquidité est présent sur de nombreux marchés tels que :
- le marché côté des PME (Alternext par exemple) ou tout simplement dans les opérations de private equity. Les volumes de transactions étant tellement faibles qu’il faudra du temps avant que vous puissiez trouver un acheteur potentiel.
- le marché de l’immobilier dans les zones géographiques peu dynamiques où il peut falloir attendre plus d’un an avant de trouver un acheteur pour sa maison. Même sur les marchés liquide, une vente immobilière se réalise en 3 mois environ. La liquidité n’est pas instantanée.
Forcément, le risque de liquidité peut impacter la valeur de vos actifs en vous obligeant à diminuer le prix. De plus, il peut éventuellement mettre à mal vos finances personnelles en vous empêchant de disposer d’argent immédiatement si cela s’avère nécessaire (d’où l’importance de prévoir une épargne de précaution).
Le Risque Opérationnel
Le risque opérationnel regroupe les risques liés à la défaillance des établissements financiers ayant pour résultat une perte directe ou indirecte. Ce risque financier fait écho à toutes les erreurs et/ou dysfonctionnement du système toutes causes confondues. Par exemple, cela peut être une insolvabilité d’une banque qui se retrouve dans l’incapacité de restituer les avoirs de ses clients. Ce risque est rare en principe, mais peut tendre à se réaliser dans les pays où le secteur bancaire est faiblement régulé.
Le Risque Politique
Le risque politique est un risque financier exogène aux marchés et aux entreprises en lien direct avec les décisions politiques d’un pays. Il peut s’agir d’une déclaration de guerre ou plus simplement l'édition de critères normatifs de mise sur le marché de certains produits.
Risque Systématique vs. Risque Non Systématique
L'étude des risques systématique et non systématique est une composante essentielle pour comprendre le fonctionnement des marchés financiers et des décisions d'investissement. Ils influencent la manière dont les investisseurs évaluent les actifs.
Différences Entre Risque Systématique et Non Systématique
La différence principale entre le risque systématique et le non systématique réside dans leur portée et leur management. Voici en quoi ils diffèrent :
- Risque systématique : Affecte l'ensemble du marché, souvent mesuré par le bêta (\(\beta\)), il est impossible à diversifier.
- Risque non systématique : Limité à une entreprise ou une industrie spécifique, il peut être réduit grâce à la diversification du portefeuille.
Le risque non systématique représente la part de risque qui peut être évitée par la diversification. Il est également appelé risque spécifique.
Un portefeuille bien diversifié peut presque éliminer le risque non systématique mais pas le risque systématique.
Exemples de Risque Systématique et Non Systématique
Quelques exemples concrets qui illustrent ces notions :
- Risque systématique : Un changement dans les politiques gouvernementales affectant l'ensemble du secteur des technologies provoque une chute des actions de l'industrie entière.
- Risque non systématique : Un incendie dans une usine d'un fabricant automobile impacte uniquement cette entreprise et ses fournisseurs directs.
Ces exemples montrent clairement que l'origine du risque détermine sa catégorie.
Comparaison Risque Spécifique et Risque Systématique
Comprendre les différences entre le risque spécifique et le risque systématique peut améliorer la gestion des portefeuilles. Voici quelques points clés :
- Risque spécifique : Lié à une société ou un secteur particulier, il est diversifiable. Exemple : les problèmes opérationnels d'une entreprise.
- Risque systématique : Affecte l'ensemble du marché et n'est pas éliminable par la diversification. Exemple : une récession économique.
Une gestion efficace du portefeuille vise à minimiser le risque spécifique par la diversification et à comprendre l'exposition au risque systématique pour mieux prévoir les mouvements de marché.
Mesure du Risque Systématique en Finance
La mesure du risque systématique est indispensable pour tout investisseur cherchant à optimiser son portefeuille. Le coefficient bêta (\(\beta\)) est la métrique la plus couramment utilisée pour quantifier ce risque.
Les caractéristiques fondamentales du bêta incluent :
- Un \(\beta > 1\) signifie que l'actif est plus volatile que le marché.
- Un \(\beta < 1\) évoque que l'actif est moins volatile que le marché.
- Un \(\beta = 1\) indique que l'actif suit la volatilité du marché.
La formule classique de calcul du bêta est :
\[ \beta = \frac{\mathrm{Cov}(R_i, R_m)}{\mathrm{Var}(R_m)} \]Où \( R_i \) représente le rendement de l'actif et \( R_m \) le rendement du marché.
Gestion du Risque Systématique en Finance
La gestion du risque systématique est essentielle pour minimiser les impacts négatifs des fluctuations de marché sur un portefeuille. Bien que ce risque ne puisse être éliminé, plusieurs stratégies permettent d'atténuer ses effets :
- Détenez un portefeuille diversifié incluant des actifs de différentes régions ou catégories. Bien que cela ne réduise pas le risque systématique directement, cela pallie à d'autres types de risques potentiels.
- Utilisez des instruments de couverture tels que les dérivés ou les options pour se prémunir des mouvements extrêmes du marché.
Les modèles de marché comme le MEDAF peuvent aussi apporter des indications précieuses. La formule du MEDAF, qui lie le rendement attendu à son bêta et aux primes de risque du marché, est la suivante :
\[ R_i = R_f + \beta_i (R_m - R_f) \]Ici, \( R_f \) est le taux sans risque et \( R_m \) le rendement espéré du marché.
Quel Peut Être l’Impact du Changement Climatique sur les Risques Financiers ?
En progressant lentement mais sûrement, le réchauffement climatique fait peser un véritable risque sur l’humanité et par effet de bord aux marchés financiers. En effet, il y a un nouveau risque financier dont on n’a pas encore parlé : le risque météorologique. Le but n’étant pas de jouer à se faire peur, mais d’envisager l’avenir pour en déduire certains risques.
Le Risque Météorologique et Son Impact Économique
Le réchauffement climatique introduit un risque météorologique croissant, affectant particulièrement le domaine agricole. Les variations climatiques, comme le manque de précipitations, peuvent perturber les chaînes d'approvisionnement alimentaire, entraînant une volatilité accrue sur le marché des matières premières. Cette volatilité a un effet en cascade sur la disponibilité et le coût des produits agricoles, soulignant l'importance de comprendre et d'agir face aux implications économiques du changement climatique.
L'Augmentation de la Volatilité sur les Marchés Financiers
L'incertitude croissante liée au réchauffement climatique peut provoquer une hausse de la volatilité des marchés financiers. Cette instabilité est particulièrement notable sur le marché des matières premières, où les fluctuations des prix peuvent affecter la rentabilité de nombreux secteurs économiques. Les investisseurs se trouvent face à un niveau d'incertitude accru, nécessitant une réévaluation constante de leurs stratégies d'investissement face aux risques climatiques émergents.
Risques Politiques et Sociaux Liés au Climat
Le changement climatique engendre également des risques politiques et sociaux significatifs. Les migrations climatiques, résultant de conditions de vie devenues insupportables dans certaines régions, peuvent entraîner des tensions et des défis d'accueil dans les pays récepteurs. De plus, la transition vers une économie moins énergivore pourrait créer un "prolétariat climatique", des groupes sociaux lésés par les nouvelles politiques d'austérité énergétique. Ces dynamiques soulignent l'importance d'une approche prudente et proactive pour gérer les conséquences sociales du changement climatique.
La Nécessité d'Une Transition Vers des Pratiques Durables
Face à l'urgence climatique, les entreprises qui n'adaptent pas rapidement leur modèle de production aux impératifs écologiques risquent de voir leur rentabilité chuter ou même de faire faillite. Il est donc crucial d'investir dans des entreprises engagées dans une transformation vers des pratiques plus durables.
Quelle Stratégie d’Investissement Mettre en Œuvre Pour Limiter les Risques Financiers ?
Au regard des risques financiers et de la conjoncture économique, il apparaît nécessaire de constituer un portefeuille d’investissement résilient capable de traverser les changements à venir. La meilleure manière pour ce faire est de constituer un portefeuille diversifié basé sur une stratégie d’investissement long terme orienté vers les secteurs d’avenir.
La Diversification Pour Diluer les Risques Financiers
La diversification est la base de toutes les stratégies d’investissement. Elle consiste à investir dans une multitude d’actifs afin de diluer le risque de perte. L’objectif étant de sélectionner des secteurs d’activité différents afin de limiter le risque de marché dans des zones géographiques différentes (afin notamment de diluer les risques politiques). Elle présente deux avantages notables :
- l’optimisation de votre couple rentabilité risque. En d’autres termes, la multiplicité des valeurs offre une meilleure performance au regard du risque encouru.
- la réduction du risque de volatilité. En effet, la variation à la baisse de certains actifs à court terme peut être compensée par une variation à la hausse d’autres actifs.
L’Horizon de Placement Pour Gommer les Effets de Volatilité
L’autre élément important pour réduire drastiquement vos risques financiers est d’investir sur le temps long. Certes, l’idée n’est pas d’investir comme si vous étiez éternel, mais de définir un horizon de placement suffisamment long pour gommer les effets de la volatilité (10 ans environ). Par exemple, la plupart des actions suivent dans leur ensemble une tendance haussière à long terme de sorte que plus vous investissez sur le temps long plus vous réduisez vos risques de pertes. Forcément, certaines actions vont perdre de la valeur, mais elles sont loin d’être majoritaires (d’où l’intérêt de diversifier votre portefeuille).
Les Différents Risques en Fonction de la Classe d’Actif
Voici une liste d'actifs avec les potentiels risques associés. Attention, cette liste n’est pas exhaustive en termes de risque. Chaque titre au sein d’une même classe peut avoir des risques spécifiques ! De plus, nous ne tenons pas compte de la probabilité d'occurrence de ces risques.
| Type d’actif | Risques courants associés |
|---|---|
| Actions cotées | Risque de marché, Risque de liquidité, Risque de volatilité |
| Obligations | Risque de marché, Risque de liquidité, Risque de taux d'intérêt, Risque de crédit |
| Immobilier | Risque de marché, Risque de liquidité, Risque locatif |
| Fonds d'investissement | Risque de marché, Risque de gestion, Risque de concentration, Risque de contrepartie |
| Cryptomonnaies | Risque de marché, Risque de volatilité, Risque de liquidité, Risque de contrepartie, Risque réglementaire, Risque technologique |
| Produits dérivés (options, futures) | Risque de marché, Risque de liquidité, Risque de levier, Risque de contrepartie |
| Or et autres métaux précieux | Risque de marché, Risque de liquidité, Risque de volatilité |
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