Histoire, difficultés et enjeux de la SASU Française des Roues à Diors, dernier fabricant français de jantes automobiles

La SASU Française des Roues, fondée à Diors dans l'Indre, incarne un pan central de l'industrie automobile française grâce à son rôle de dernier fabricant national de jantes en aluminium. Son histoire, jalonnée de reprises, de plans de sauvegarde et de situations de crise, témoigne des difficultés structurelles de la filière, mais aussi de la mobilisation des salariés, de l'État et des acteurs locaux pour maintenir ce savoir-faire unique.

Origines et évolutions de la Française des Roues

En 2010 à Diors, aux portes de Châteauroux, la fonderie spécialisée dans la fabrique de jantes alu F2R, se détache de sa maison mère Montupet (reprise, elle, par le groupe Canadien Linamar en 2016, qui continue de fabriquer notamment des culasses pour la plupart des constructeurs européens). Elle devient alors la propriété du groupe indien Deltronix. Les débuts sont éblouissants avec une progression du chiffre d'affaires de 48%, saluée par les revues économiques.

  • 2009 : Montupet roues est racheté par l’entreprise indienne Deltronix, et devient la Française de roues (F2R).
  • 2010 : L'usine se détache officiellement de Montupet.

Mais dès 2014, la situation se dégrade fortement : l’entreprise est placée en redressement judiciaire et des transferts de fonds « étonnants » provoquent la nomination d’un administrateur provisoire. Le premier sauveur à faire surface est Thierry Morin, ancien PDG de Valeo et grand nom des équipementiers automobiles.

Chronologie des principales procédures collectives

Année Événement Conséquence
2014 Redressement judiciaire Nomination d'un administrateur provisoire
2015 Reprise par Thierry Morin (TM France) Plan d'investissements et poursuite de l'activité
2018 Nouveau redressement judiciaire Activité fortement ralentie, commandes à l'arrêt
2022 Rachat par EDS Holding (Saint-Jean Industries) Relance sous l’enseigne Impériales Wheels
2024 Dépôt de bilan, nouvelle procédure de redressement Incertitudes sur l'avenir des salariés et de l'outil industriel

Modernisation et investissements : les tentatives de sauvetage

C'était déjà à l'issue d'une période de redressement judiciaire de 18 mois que Thierry Morin, ancien PDG de Valeo, investit 4 millions d'euros dans la modernisation de l’outil de production fin 2015. Le portefeuille clients, alors, comprend les deux constructeurs français, PSA et Renault-Nissan, auxquels s'ajoutent Seat, Fiat ou encore Aixam.

Mais l'entreprise, qui a réalisé 60 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016, produit environ 100 000 roues par mois. Il aurait fallu en réaliser 125 000 pour être à l'équilibre.

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Alertés par le dirigeant, les élus locaux ont saisi le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). D'importantes aides publiques (État et Région) sont accordées lors des différents plans de relance : la Région injecte 5M€, l'État 40M€, et un plan de sauvetage d’un montant de 60 millions d’euros est négocié en 2022.

Le projet industriel initialement présenté lors de la reprise par EDS Holding n’a pas été suivi, et le site historique de Diors n’a pas été réhabilité. Le nouveau site acheté au Poinçonnet (Indre) n’avait quant à lui « jamais été mis en service » faute de moyens pour terminer la « ligne de production ».

Mise à jour et ambitions technologiques

  • La direction elle-même prévoyait, après une année 2024 déficitaire, un retour aux bénéfices dès 2025.
  • La nouvelle usine qui devait accueillir huit chaînes de fabrication automatisées, n’en compte qu’une à ce jour - et il lui manque un élément.

Ligne de production de jante de roue en acier de voiture

Fragilité structurelle et relations avec les constructeurs

Les constructeurs français PSA et Renault ne passent pas assez de commandes au dernier fournisseur français de roues de voitures, déplore Christophe Bouvet (CFDT). Selon les syndicats, Renault et Stellantis ne prennent pas en compte l’augmentation des coûts de l'énergie dans les prix d’achat des jantes, si bien que l’usine perd 40 à 50 euros par jante, alors que sa capacité de production atteint 20 000 jantes par jour.

Le placement sous la protection de la justice suspend les créances provisoirement, et notamment un arriéré de cotisations sociales de 2,6 millions d'euros. Elle permet aux salariés d’être payés fin janvier, mais le délai est court.

Multiplication des difficultés sociales

Au sein de l'intersyndicale et des salariés, ce nouvel épisode social laisse un goût amer. L’entreprise, basée à Diors, fabrique des jantes en aluminium. Elle est en redressement judiciaire depuis le 1er avril 2014 et pour l'instant, les repreneurs ne se bousculent pas. À trois reprises, elle a déjà échappé à une liquidation judiciaire.

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En mars dernier déjà, le tribunal de Châteauroux avait prolongé la période d'observation en redressement judiciaire de F2R. Trois repreneurs étaient intéressés, mais il n’y avait pas eu de suite.

Le carnet de commandes de l’entreprise est pourtant bien garni, une centaine d’intérimaires s’ajoutait alors aux 365 salariés en CDI pour répondre à la demande, mais F2R continuait de perdre de l'argent mensuellement.

Un seul repreneur était intéressé, mais il n’a pas déposé de dossier au tribunal de commerce de Châteauroux : il s’agissait encore une fois de Thierry Morin, ancien PDG de Valéo.

Liquidations et licenciements : impacts pour le bassin de Diors

La société Alvance Aluminium Wheels était la « dernière société française de fabrication de jantes automobiles ». Sévèrement touchée par plusieurs liquidations, le 20 juin 2024, la liquidation judiciaire a été prononcée par le tribunal de commerce de Villefranche-Tarare.

Aucune « proposition de reprise » n’avait été formulée par la suite, entraînant le licenciement de 162 salariés en contrat à durée indéterminée sur les 166 postes supprimés.

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Entre septembre 2024 et janvier 2026, l’inspecteur du travail puis le tribunal administratif de Limoges ont validé une vague de licenciements économiques, y compris pour 17 salariés protégés, décision ensuite contestée sans succès jusqu'au stade du Conseil d'État.

Les salariés n’apportent au bout du compte « aucun élément de nature à caractériser l’existence d’un emploi dans lequel [ils auraient] pu être reclassé[s] ». Dans ces conditions, « aucune possibilité de reclassement n’existait » et les requérants ne sont pas « fondés à reprocher au liquidateur de la société d’avoir méconnu son obligation de recherche de reclassement ».

Un savoir-faire en voie de disparition

Cela ne rassure pas vraiment les 166 survivants des près de 400 salariés qui travaillaient autrefois à ce qui s’appelait encore La Française des Roues. Désormais, la perspective basse est de voir disparaître purement et simplement les jantes alu du paysage indrien… et donc de France.

L'entreprise Impériales Wheels était la dernière usine française de production de jantes alu. Une quarantaine de salariés sont venus remettre la dernière roue produite dans l’usine à la mairie de Diors, signée par une centaine d’employés, en guise de remerciement à la commune pour son soutien.

Les réactions et enjeux pour la filière automobile

  • Conseiller régional communiste de l’Indre, Dominique Boué partage les inquiétudes des travailleurs d’Impériales Wheels, estimant à 4/10 seulement les chances de survie de l’usine.
  • L’État n’a pas versé la totalité des 50 millions promis, en désaccord avec le dernier repreneur.
  • La question de l'engagement des constructeurs nationaux aux côtés de leurs fournisseurs est centrale, d’autant plus qu’ils ont bénéficié d'aides publiques lors de situations difficiles.

Données administratives récentes et structure juridique

La SASU FRANCAISE DE ROUES est une société par actions simplifiée, créée le 10/11/2008 et immatriculée sous le SIREN 508 961 539. Son activité principale selon le code NAF/APE est la fonderie de métaux légers. Elle a connu plusieurs adresses à Paris et Diors, son siège social le plus récent étant à Paris 8e puis Paris 15e.

Dénomination FRANCAISE DE ROUES (SAS)
Date création 10/11/2008
Siège social Paris/Diors (selon les périodes)
Code APE 2454Z (Fonderie de métaux légers)
Situation administrative Dépôt de bilan et liquidation à plusieurs reprises (2014, 2018, 2024)
Effectif (variable selon années) Entre 390 et 166 salariés lors des principaux plans de sauvetage récents

Procédures collectives illustrées

  • 01/04/2014 : prononcé du redressement judiciaire.
  • 01/10/2014, 18/03/2015 : renouvellements de la période d’observation pour six mois à chaque fois.
  • 14/10/2015 : jugement d’un plan de cession au profit de TM France.
  • 29/06/2016 : prononcé de la liquidation judiciaire.
  • 22/02/2024 : nouvelle déclaration de cessation des paiements, redressement judiciaire.

Ligne de production de jante de roue en acier de voiture

C’est ainsi que s’écrit la chronique d’un fleuron industriel en grand danger de disparition. Celle de la SASU Française des Roues témoigne non seulement des grandes mutations de l’industrie automobile française, mais aussi de la fragilité de ses sous-traitants historiques face à la conjonction des coûts, des aléas commanditaires et des transformations technologiques. Un patrimoine menacé, qui interroge l’avenir de toute une filière régionale.

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