La Définition de SDF selon l'INSEE et la Précarité du Logement en France
Dans le débat public, le terme de « sans domicile fixe » (SDF) renvoie aux personnes qui dorment dans la rue. Selon cette définition, la grande majorité des sans domicile ne dort pas dehors une nuit donnée. C’est le Conseil national de l’information statistique (Cnis) qui, dès les années 1990, a suggéré que la statistique publique ait une approche plus large que celle des seules personnes à la rue en raison de la forte perméabilité entre les situations.
Une personne en centre d’hébergement d’urgence un jour peut en effet se retrouver à la rue le lendemain, et inversement. Pendant l’hiver, des dispositifs temporaires d’hébergement sont mis en place : une personne peut donc par exemple être sans-abri l’été et mise à l’abri l’hiver. Bien que large, cette définition des sans domicile ne permet pas à elle seule de décrire l’ensemble des situations précaires vis-à-vis du logement.
De nombreux autres cas de figure existent, par exemple les personnes vivant dans des squats ou celles hébergées chez un tiers faute de pouvoir disposer d’un logement. Les personnes sans domicile qui ne sont pas à la rue dorment dans des structures d’hébergement qui correspondent à des situations variées. Il y a un hébergement dit d’urgence, qui est le plus précaire, et d’une durée relativement limitée. Il existe également un hébergement dit de stabilisation ou d’insertion (notamment dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale ou CHRS) où la durée d’hébergement est plus longue et où les personnes peuvent bénéficier d’un accompagnement social plus poussé.
Le dispositif national d’accueil prévoit quant à lui des structures d’hébergement spécialisées pour les étrangers demandeurs d’asile et les réfugiés, avec un nombre de places qui a presque doublé depuis 2015. Une fois les définitions mieux posées, la première question posée à la statistique publique est le plus souvent celle du « combien » : combien de sans domicile en France, dans telle région ou agglomération ? Combien de sans-abri ?
Quelques chiffres révoltants sur la pauvreté en France - DES CHIFFRES ET LE MONDE
Les Défis du Dénombrement des SDF
Le dénombrement des personnes sans domicile considéré de manière isolée pose d’abord des questions d’ordre éthique. Si la connaissance de ces publics se limitait à un simple dénombrement, elle renforcerait l’idée qu’il s’agit d’une population homogène « à part », en marge de la population générale. Or, toutes les populations méritent également d’être décrites et c’est une des tâches de la statistique publique de décrire les conditions de vie et les parcours individuels pour restituer la diversité de la société.
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Par ailleurs, d’un point de vue méthodologique, il est en réalité très difficile de disposer d’une estimation robuste du nombre de sans domicile sur un territoire donné. Les sans domicile se caractérisent en effet par l’absence de logement, et donc de localisation précise, dans un contexte de forte perméabilité entre les situations de rue et d’hébergement. Toute opération de dénombrement présente donc des risques importants de doubles-comptes, ce qui suppose de l’effectuer sur une durée suffisamment courte.
Malgré ces difficultés, des opérations de dénombrement des sans-abri ont régulièrement lieu en France. Un tel dénombrement est en particulier réalisé par les communes tous les cinq ans dans le cadre du recensement de la population française. En 2016, le nombre total de personnes sans-abri recensées dans ce cadre s’élevait à 27 000 personnes en France métropolitaine. Ce résultat est néanmoins entouré d’une marge d’incertitude importante, puisqu’en pratique les communes ont deux jours pour recenser les sans-abri et le comptage dépend fortement des moyens et de l’implication des communes sur cette opération.
Au-delà du recensement de la population, certaines municipalités ont mis en place récemment des opérations plus régulières visant à dénombrer les personnes sans-abri sur leur territoire, mais également à recueillir des informations sur leur profil et à encourager l’engagement bénévole. C’est en particulier le cas à Paris, qui a lancé la première édition de la Nuit de la Solidarité en février 2018. Les résultats d’une telle opération informent sur la situation à un moment donné au sein d’un territoire donné, si bien que toute comparaison temporelle ou spatiale doit être considérée avec une grande précaution.
L’enjeu majeur n’est pas seulement de décompter une population dont les contours sont relativement flous, mais aussi et surtout de progresser dans la connaissance des personnes sans domicile. Ces travaux gagnent à être complétés par les enquêtes de la statistique publique.
L’enquête quadriennale ES-DS pilotée par la Drees couvre ainsi de manière exhaustive le champ des centres d’hébergement de type généraliste et du dispositif national d’accueil. Ces informations recueillies auprès des responsables d’établissements sont précieuses. Mais elles ne suffisent pas à disposer d’éléments détaillés sur les parcours et conditions de vie de ces personnes, ni à comprendre les processus et phénomènes structurels à l’origine de l’exclusion.
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La première enquête nationale sur les sans domicile a été réalisée en 2001 conjointement par l’Insee et l’Ined et a été suivie d’une seconde édition en 2012. Il s’agit d’une enquête particulièrement exigeante d’un point de vue méthodologique et opérationnel, qui nécessite plusieurs années de préparation. Cette enquête repose sur le principe d’aller à la rencontre des personnes sans domicile dans les services d’aide qu’elles fréquentent (hébergement et restauration), à travers la passation d’un questionnaire permettant de recueillir de nombreuses informations.
En 2012, plus de 10 000 personnes sans domicile ont ainsi été interrogées. L’objectif principal est de décrire de manière statistiquement fiable les profils et les trajectoires des personnes sans domicile, ainsi que leurs conditions de vie au moment de l’enquête. Une telle opération contribue à interroger les idées reçues sur ces populations et apporte donc un éclairage utile pour guider l’action publique et la recherche. Par sa méthodologie rigoureuse, l’enquête permet également de fournir une estimation du nombre de sans domicile au niveau du territoire.
Depuis 2012, la situation des sans domicile a significativement évolué, notamment avec l’accentuation de la crise migratoire depuis 2015, et plus récemment, avec la crise sanitaire. De nouveaux chiffres circulent d’ailleurs dans le débat public, en particulier ceux de la fondation Abbé Pierre qui, en novembre dernier, a estimé à 300 000 le nombre de sans domicile en France sur le champ de l’enquête de 2012.
Du fait des difficultés méthodologiques à disposer d’une estimation robuste à l’échelle du pays, il n’est pas question ici de produire une analyse critique de ces chiffres. Toutefois, les différents faits objectivables (forte hausse du nombre de places d’hébergement, quasi-saturation des différentes structures) vont effectivement dans le sens d’une forte hausse du nombre de sans domicile par rapport au chiffre de 2012.
Les sources d’information sur ces populations sont aujourd’hui très nombreuses mais disparates. De nouveaux dispositifs, comme les Nuits de la Solidarité ou la mise en place du SI-SIAO (système d’information - service intégré d’accueil et d’orientation), sont venus compléter des sources plus anciennes, comme l’enquête ES-DS ou certaines enquêtes à l’échelle régionale. Par exemple, l’enquête Une Nuit Donnée menée dans les structures hivernales d’hébergement franciliennes par la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (DRIHL) et par la fédération des acteurs de la solidarité (FAS) d’Île-de-France.
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L’ensemble du champ est ainsi couvert et une plus grande coordination des différentes parties prenantes devrait permettre d’améliorer l’éclairage du débat public sur les populations sans domicile. Enfin, d’autres enquêtes traditionnelles (enquête Logement, enquête Statistique sur les Ressources et Conditions de Vie des ménages) permettent, à travers des modules spécifiques, de compléter l’observation des personnes résidant en logement ordinaire mais en situation de précarité vis-à-vis du logement ou de leurs conditions de vie.
L’ensemble de ces dispositifs vise à produire un panorama complet de la question du logement jusqu’à son absence, afin de décrire le continuum des situations par rapport au logement, dans la lignée des recommandations du Cnis.
Situation Professionnelle des SDF
Près de sept sans-domicile sur dix ont déjà travaillé au cours de leur vie. Parmi ceux qui fréquentent les services d’aide ou de distribution de repas, 39 % étaient au chômage et 37 % étaient inactifs. Parmi les sans-domicile qui fréquentent les services d’aide ou de distribution de repas, 39 % étaient au chômage et 37 % étaient inactifs.
La part des hommes est plus importante parmi les sans-domicile qui fréquentent les services d’aide ou de distribution de repas; Insee, enquête Emploi 2012. Parmi les sans-domicile de nationalité française, 91 % occupent un emploi et 67 % sont actifs. Près de la moitié des sans-domicile en emploi sont à temps partiel. Moins d’un sans-domicile sur trois bénéficie d’un CDI (32 % contre 45 % pour les Français).
Deux cinquièmes des sans-domicile sont au chômage. Avant d’être au chômage, 73 % des sans-domicile occupaient un emploi. La perte d’emploi est due à la fin d’un CDD (45 %) ou d’une mission d’intérim (17 %).
Les revenus des sans-domicile étrangers sont inférieurs à ceux des Français. Près d’un étranger sans domicile sur deux dispose de moins de 300 euros par mois, contre le cas pour à peine un Français sans domicile sur cinq.
La moitié des sans domicile a entre 30 et 49 ans (34 % en population générale). La progression de près de 50 % depuis 2001 en France métropolitaine début 2012, notamment d’Afrique).
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