Sources de financement de la redistribution des richesses

Selon N. Leandri, ce système permet de réduire significativement les inégalités rappelant que « la France est un pays où les inégalités sont parmi les plus faibles des pays riches ». Du côté des recettes, c’est le principe de l’impôt progressif qui permet d’assurer une redistribution plus égalitaire des revenus. Sur ce point, N. Selon lui, c’est du côté des dépenses que le système fiscal contribue le plus efficacement à réduire les inégalités. En effet, les recettes, initialement prélevées par l’Etat, vont être reversés sous forme de prestations monétaires, des remboursements de soin par exemple. Elles vont également permettre de financer des services publics gratuits tel que l’enseignement. Dans l’ensemble, ce système de redistribution « parvient à réduire par trois les niveaux d’inégalité de revenu initial« .

La France serait donc un exemple à suivre en matière de réduction des inégalités ? Pas si sûr. Si on peut comparer les inégalités dans l’espace, c’est à dire par rapport à d’autres pays, on peut également les comparer dans le temps, rappelle N. En partie responsable de ce rebond des inégalités en France ces dernières années, la crise financière. Pourtant dans les premiers temps de la crise, « les inégalités ont eu tendance à reculer. Pourquoi ? Cette crise financière s’est ensuite déclinée en une crise économique impactant négativement la plupart des indicateurs conjoncturels tels que l’emploi. Résultat, « alors que l’on avait dans la crise une progression des inégalités par le haut, c’est à dire par les hauts revenus […], aujourd’hui, on assiste à une progression des inégalités par le bas, par le creusement des revenus des plus modestes » déplore N.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la moitié du patrimoine en France est détenu par les 10 % les plus aisés, les 90 % restants se partageant l’autre moitié. Notamment mise en cause, une transmission plus forte de patrimoine entre générations privilégiées. Pour éviter cette reproduction intergénérationnelle des inégalités, l’un des leviers d’action prioritaire retenu par N. Leandri est celui du système scolaire : »en France, on possède un système éducatif parmi les plus inégalitaires des pays avancés » citant plusieurs études réalisées sur cette thématique par l’OCDE.

La redistribution est un mécanisme de solidarité mis en place par la collectivité (l’État, les collectivités locales, les partenaires sociaux) qui consiste à prélever des revenus chez certains, par le biais des cotisations sociales et des impôts pour les redistribuer à d’autres, sous forme d’allocations ou de prestations. L’Observatoire des inégalités est indépendant, il ne dépend pas d’une institution publique. Avec votre soutien, nous continuerons de produire une information de qualité et à la diffuser en accès libre. Chaque contribution, grande ou petite, compte. C’est le moment de nous aider.

Selon la typologie proposée par R. La présente fiche décrit les instruments de mesure des inégalités et de la redistribution des revenus, les résultats obtenus en France, notamment par comparaison avec les autres pays, et les limites de ces analyses. Les analyses de la redistribution partent des « revenus primaires » des ménages, à savoir leurs revenus avant tout prélèvement obligatoire et toute prestation sociale. Cependant, les revenus primaires des retraités sont relativement faibles et ceux des actifs font l’objet de prélèvements très importants (les cotisations de retraite) pour financer les pensions versées aux retraités. Les inégalités de revenus primaires apparaissent donc très fortes mais sont corrigées par le système de retraite qui assure une redistribution entre actifs et retraités. En outre, pour une même personne, les pensions reçues sont liées aux cotisations versées et celles-ci peuvent être considérées comme un « salaire différé ».

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Un revenu de 10 000 € ne pouvant pas être considéré comme équivalent pour un célibataire sans enfant et un couple avec des enfants, les revenus des ménages sont divisés par un indicateur de leur taille appelé « unités de consommation ». Il vaut 1 pour un célibataire sans enfant mais il est inférieur à quatre pour un couple avec deux enfants, par exemple, pour tenir compte du fait que certaines dépenses sont communes à l’ensemble de la famille. Il existe de multiples indicateurs de la « distribution des revenus » et des inégalités. La plus fréquente méthode consiste à classer les ménages par « quantiles » (déciles, centiles…) de revenus croissants et à rapporter les revenus moyens ou médians des quantiles extrêmes (le premier et le dernier décile par exemple) ou les plafonds et planchers des quantiles extrêmes ou encore de les rapporter au revenu moyen ou médian de l’ensemble de la population.

Il existe toutefois un indicateur synthétique de mesure des inégalités et de la redistribution qui est très utilisé pour établir des comparaisons internationales : le « coefficient de Gini ». Il est calculé à partir d’un graphique représentant la distribution des revenus, dit « courbe de Lorenz », qui met en relation les x % de ménages les plus pauvres avec leur part du total des revenus. Le coefficient de Gini est égal à la surface entre la courbe de Lorenz de la population considérée et cette courbe à 45 ° représentant une distribution égalitaire. L’impact redistributif d’un prélèvement obligatoire, ou d’une prestation, est mesuré par l’écart entre le coefficient de Gini de la distribution des revenus avant ce prélèvement, ou cette prestation, et celui de la distribution des revenus après ce prélèvement ou cette prestation.

La redistribution est opérée par les prélèvements obligatoires et les dépenses publiques mais, pour mesurer leurs effets redistributifs, il faut pouvoir déterminer quels ménages, disposant de quels revenus, supportent ces prélèvements ou bénéficient de ces dépenses, ce qui est souvent difficile en pratique. Les instituts statistiques retiennent en conséquence une liste limitée de prélèvements et prestations sociales qui est harmonisée au niveau international de façon à permettre les comparaisons. Le « revenu disponible » est le revenu primaire (majoré des pensions de retraite et allocations de chômage et minoré des cotisations retraite et chômage comme indiqué plus haut) dont sont déduits les prélèvements obligatoires précédents et auquel sont ajoutées les prestations sociales précédentes.

Le coefficient de Gini des niveaux de vie est estimé à 30,0 en France en 2024 par Eurostat, ce qui est supérieur à la moyenne de l’Union européenne et quasiment égal à celle de la zone euro. La France est donc moins égalitaire que la moyenne de l’Union européenne. Le graphique montre que l’ampleur de la redistribution en France en 2024 est supérieure à la moyenne européenne et à celle de la plupart des grands pays européens à l’exception de la Belgique. Les inégalités primaires, c’est-à-dire avant redistribution, sont en effet en France parmi les plus élevées et nettement supérieures à la moyenne européenne.

Si on considère les inégalités primaires avant pensions et cotisations de retraite, la France est le pays le plus inégalitaire. La série temporelle du coefficient de Gini de la France publiée par Eurostat présente des ruptures qui rendent difficile l’interprétation de son évolution avant 2023. On peut néanmoins relever que ce coefficient est passé de 29,7 en 2023 à 30,0 en 2024 selon Eurostat alors que le coefficient moyen est passé de 29,8 à 29,9 pour la zone euro et de 29,6 à 29,4 pour l’Union européenne. Les données publiées par Eurostat montrent que les inégalités primaires ont baissé en France en 2024. C’est donc l’ampleur de la redistribution qui a augmenté, mais il n’est pas encore possible d’identifier les impôts ou les prestations sociales qui en sont à l’origine.

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On peut seulement noter que, selon une analyse de la DGFIP, la croissance du produit de l’impôt sur le revenu a été assez nettement inférieure à celle des revenus, notamment pour les ménages les plus aisés. Le graphique suivant présente l’évolution du coefficient de Gini mesuré par l’Insee pour la France. Sur longue période, le coefficient de Gini du niveau de vie montre une tendance à la hausse en France, comme dans la plupart des autres pays développés, depuis le milieu des années 1990 et jusqu’au début des années 2010. Une pointe est observée après la crise financière, dans les années 2010 à 2012, suivie d’une baisse en 2013 et d’une quasi-stabilisation dans les années 2013-2029 à l’exception d’une nouvelle pointe temporaire en 2018. Le coefficient de 2020 est peu significatif en raison de la crise.

Le niveau de vie des 10 % les plus pauvres est de 393 euros par mois au moyen des prestations et du revenu primaire, tandis que les 10 % les plus riches atteignent près de 8 300 euros par mois en moyenne. Après redistribution, les plus aisés touchent environ 6 200 euros et les plus modestes 997 euros. En moyenne, les plus aisés versent plus de 2 000 euros à la solidarité nationale par mois, dont 909 euros de cotisations et 1 182 euros d’impôts. La redistribution vise à diminuer les écarts, mais les 10 % les plus riches restent significativement favorisés par rapport aux plus pauvres après redistribution.

La redistribution est importante dans notre pays pour deux raisons. D’abord parce que la population est solidaire des plus pauvres et parce que la France est l’un des pays où les inégalités de revenus avant redistribution sont parmi les plus importantes au sein des pays riches. Le débat porte sur le niveau des impôts et des prestations sociales et sur la répartition de la richesse avant impôts. Il faut aussi interroger les rendements du patrimoine et les coûts des mécanismes de redistribution, tout en reconnaissant la complexité de mesurer l’impact des services publics.

Pour dresser un panorama complet, il faudrait aussi compter les impôts indirects et chiffrer la valeur des services publics. Malgré ces limites, l’Insee calcule la redistribution élargie qui tient compte de l’effet des services publics. Selon l’organisme, l’écart entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches est de un à 21 avant redistribution (donnée 2021). L’Observatoire des inégalités demeure indépendant et sans lien direct avec une institution publique. Avec votre soutien, nous continuerons de produire une information de qualité et à la diffuser en accès libre. Chaque contribution, grande ou petite, compte. C’est le moment de nous aider.

La redistribution

En mettant en œuvre des méthodes semblables, un document de l’Insee de 2026 montre que le rapport entre les revenus par unité de consommation des 10 % des ménages les plus aisés et des 10 % les plus modestes en 2023 est de 26 pour les revenus primaires, de 14 pour les revenus primaires majorés des retraites et minoré des cotisations de retraite, de 11 pour les revenus après redistribution monétaire et seulement de 3,5 quand on tient compte de l’ensemble des recettes et dépenses publiques. Ces analyses de la redistribution élargie aux services publics ne font pas encore l’objet de comparaisons internationales. Il faut enfin souligner que ces indicateurs ne renseignent pas sur la mobilité dans l’échelle des revenus d’une génération à l’autre. Il a souvent été affirmé qu’elle est nettement plus faible en France que dans les autres pays et l’OCDE a observé qu’il faut plus de 6 générations en moyenne pour passer du premier au cinquième décile.

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  • Le niveau de vie post- redistribution montre des écarts importants mais atténués par les prestations et les services publics.
  • Les impôts directs et indirects jouent un rôle clé dans la redistribution, mais les mesures relatives aux services publics contribuent aussi fortement à l’égalité des chances.

En résumé, la redistribution des richesses en France repose sur des mécanismes d’impôt progressif, des prestations sociales, et des services publics qui ensemble réduisent les inégalités, tout en laissant persister des écarts significatifs et des débats sur l’efficacité et la répartition des charges.

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