Le taux de suicide en France: Une analyse détaillée
Chaque année en France, environ 9000 personnes se suicident, et 685 tentent de le faire, d'après les données officielles de l’Union Nationale pour la Prévention du Suicide (UNPS). Avec environ 25 suicides par jour, la France affiche un taux de suicide supérieur à la moyenne des pays européens, se situant derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique.
La tendance générale des conduites suicidaires est à la baisse depuis les années 1980. Toutefois, la situation pourrait évoluer défavorablement en raison de la dégradation de l’état de santé mentale de la population, conséquence de la crise sanitaire qui perdure, combinée à une situation socio-économique difficile.
Les causes du suicide
Les causes du suicide sont difficilement identifiables et restent propres à chacun. Cependant, les individus qui se suicident ou tentent de le faire présentent certaines caractéristiques communes.
- Revenus faibles: Le taux de tentative de suicide est plus élevé chez les personnes à faibles revenus. Par exemple, il est de 19 pour 10.000 habitants pour les individus appartenant au quart de la population qui a le plus faible niveau de vie.
- Chômage: Les personnes au chômage ou sans activité professionnelle sont plus à risque. Ainsi, la situation économique et professionnelle de la personne a un impact sur les comportements suicidaires.
- Troubles mentaux: Le suicide est relativement souvent lié à des troubles mentaux. En effet, 40% des personnes décédées par suicide avaient au moins un trouble mental, avec une prédominance des troubles dépressifs (30%).
- Traumatismes: Certains traumatismes peuvent aggraver le risque de suicide, tels que le viol, les violences conjugales, les violences psychologiques et physiques familiales. Une personne qui subit une de ces formes de violences a un risque près de trois fois plus élevé de tentative de suicide. Un tiers des femmes violées ont tenté de se suicider contre 6% des femmes qui ne l’ont pas été.
Il est important de noter que 25% de la population française a un de ses proches qui est décédé à la suite d’un suicide.
Les jeunes particulièrement touchés
Ce mal-être mental est surtout visible chez les jeunes de 18 à 24 ans, particulièrement frappés par le COVID-19. En 2020, 4,2 % des personnes âgées de 18 à 85 ans interrogées dans le cadre du Baromètre santé déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois.
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On remarque, en outre, la même année, un pic des pensées suicidaires chez les individus âgés de 18 à 24 ans (7,4 %), aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Cette prévalence des pensées suicidaires chez les jeunes s’explique en grande partie par l’aggravation de leur vulnérabilité durant la pandémie.
Cela concerne à la fois les adolescents et les étudiants puisqu’on note deux fois plus de passage aux urgences pour tentative de suicide qu’avant le Covid chez les 11-17 ans, tandis que la moitié des étudiants déclarent avoir souffert de niveaux modérés de dépression ou d’anxiété au début de la crise, et un tiers d’une forme sévère. Leur santé mentale a en effet été brutalement affectée avec la mise en place des confinements, qui les ont notamment coupés de leurs soutiens sociaux et les ont souvent isolés individuellement.
Le rapport de l’Observatoire National du Suicide (ONS) souligne également d’autres facteurs qui expliquent leur mal-être telles que la plus grande précarité économique des étudiants, la mise en péril des emplois étudiants, la déstabilisation des cursus étudiants et l’incertitude accrue de la valorisation des diplômes sur le marché du travail. Finalement, l’impact particulièrement marqué chez les jeunes des mesures de restrictions rappelle le rôle très structurant de l’environnement social dans leur construction personnelle.
Statistiques clés
Le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide est 1,4 fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, alors même que le taux de suicide est près de quatre fois plus élevé pour les hommes que pour les femmes.
Afin d'illustrer ces disparités, le tableau suivant présente une comparaison des taux de suicide standardisés par sexe:
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| Sexe | Taux d'hospitalisation pour tentative de suicide | Taux de suicide |
|---|---|---|
| Femmes | Plus élevé (1,4 fois) | Plus faible (4 fois moins) |
| Hommes | Plus faible | Plus élevé |
Suicide et activité professionnelle
Il est difficile de comptabiliser le nombre exact de suicides en lien avec le travail, mais certaines données permettent d'approcher cette problématique.
Une étude a été menée pour décrire la mortalité par suicide et son évolution au cours du temps dans la population des salariés (hommes) selon les secteurs d'activité auxquels ils appartiennent. La description de la mortalité par suicide provient du projet Cosmop du Département santé travail de l'InVS. Il s'appuie sur les données issues du panel DADS (Déclaration annuelle des données sociales) de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) couplées aux causes médicales de décès du CépiDc (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès) de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).
Les taux de mortalité par suicide (standardisés sur l'âge) ont été calculés chaque année de 1976 à 2002 selon le secteur d'activité de l'employeur et le groupe socioprofessionnel du salarié. Sur la période 1976-2002, le taux standardisé de mortalité par suicide est estimé à 25,1/100 000 (en population ce taux est de 33,4/100 000, même standardisation). On ne constate pas d'évolution notable au cours du temps.
En revanche, les taux de mortalité diffèrent sensiblement selon les secteurs d'activité. Le secteur de la santé et de l'action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé (34,3/100 000) puis viennent ensuite les secteurs de l'administration publique (en dehors de la fonction publique d'État) (29,8/100 000), de la construction (27,3/100 000) et de l'immobilier (26,7/100 000). L'analyse par groupe socioprofessionnel montre des taux de mortalité près de trois fois plus élevés chez les employés et surtout chez les ouvriers par rapport aux cadres.
Cette étude montre des inégalités de mortalité par suicide selon les secteurs d'activité. On observe, en revanche, une relative stabilité dans le temps dans cette population au travail entre 1976 et 2002, superposable à l'évolution observée en population générale.
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Malgré certaines limites (en particulier l'absence de la population d'étude de salariés de la fonction publique d'État) cette étude permet de proposer une première approche des liens entre suicide et activité professionnelle en France.
Mesures de prévention
Le programme national de prévention du suicide s’est doté en 2022 de nouvelles mesures importantes, dont la formation des professionnels de santé pour améliorer la prise en charge des crises suicidaires, un numéro national, le 31 14, ou encore un dispositif de rappel téléphonique après une tentative de suicide pour éviter les récidives à court terme.
De manière générale, il est attendu que cette stratégie favorise la libération de la parole des personnes en souffrance et la demande d’aide et améliore l’évaluation et la prise en charge des crises suicidaires.
