Thierry Brissaud et Marne et Finance : Un Parcours Semé d'Embûches pour les Investisseurs
L'annonce est un vĂ©ritable coup de tonnerre pour de nombreux investisseurs particuliers. Il y a urgence pour les Ă©pargnants ayant investi dans la fonciĂšre Marne et Finance, créée par le mĂȘme entrepreneur que Bio câ bon.
Alors que le groupe Bio câ bon a Ă©tĂ© liquidĂ© lâannĂ©e derniĂšre et ses actifs repris par Carrefour, câest au tour de la sociĂ©tĂ© Marne et Finance, spĂ©cialisĂ©e dans l'investissement en immobilier commercial, de se retrouver officiellement en cessation des paiements. Pour les nombreux Ă©pargnants qui ont investi Ă la fois dans le rĂ©seau de magasins Bio câ bon et dans la fonciĂšre Marne et Finance, ce pourrait ĂȘtre la double peine.
Les groupes Bio câ bon et Marne et Finance ont Ă©tĂ© créés par Thierry Brissaud, connu pour avoir, dans le passĂ©, Ă©tĂ© responsable de plusieurs faillites dâentreprise et condamnĂ© pour banqueroute. Cette annonce est catastrophique pour les 5 500 investisseurs particuliers qui pourraient perdre la majoritĂ© de leur capital investi, Ă lâinstar des 2 200 personnes ayant participĂ© au financement du rĂ©seau Bio câ bon.
La SAS Marne et Finance serait redevable dâenviron 320 millions dâeuros Ă ses apporteurs de fonds particuliers. Les particuliers ayant investi dans Marne et Finance (plus exactement dans 140 sous-filiales) ont Ă©tĂ© dĂ©marchĂ©s par des conseillers financiers, avec la promesse dâun rendement de 6 % par an. Mais celle-ci sâest toujours dĂ©robĂ©e. Courant 2021, de nombreux investisseurs ont demandĂ© le paiement de leur capital et des intĂ©rĂȘts Ă la SAS Marne et Finance. Et le 12 septembre 2022, sans que les Ă©pargnants en aient Ă©tĂ© avertis, le tribunal de commerce de Paris a dĂ©clarĂ© la SAS en redressement judiciaire.
Les Investissements Attractifs de Bio c' Bon et Marne & Finance
En lâespace de 10 ans, Bio c' Bon sâest hissĂ©e parmi les plus importantes enseignes françaises dâalimentaire bio en nombre de points de vente, aux cĂŽtĂ©s de Naturalia, Biomonde ou encore de lâincontournable Biocoop.
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Créé en 2008 par Thierry Brissaud, lâenseigne Bio câ Bon sâest dĂ©veloppĂ©e de maniĂšre fulgurante, dĂ©ployant en lâespace de 10 ans un rĂ©seau qui compte Ă ce jour plus de 150 magasins, essentiellement implantĂ©s en France mais Ă©galement chez nos voisins europĂ©ens, en Espagne, Italie, Suisse et Belgique. Le distributeur a mĂȘme rĂ©cemment investi le marchĂ© japonais en ouvrant une premiĂšre boutique Ă Tokyo en 2016, en association avec Aeon, puis une seconde, plus grande, en avril dernier dans le quartier huppĂ© de Naka-Meguro.
Ce dĂ©veloppement remarquable lâest dâautant plus que Bio câ Bon ne sâappuie pas sur un modĂšle de commerce organisĂ© comme câest le cas de Naturalia, qui se dĂ©veloppe en franchise, ou de Biocoop, qui a adoptĂ© le systĂšme de la coopĂ©rative. Inutile de chercher Ă ouvrir un magasin Bio câ Bon en franchise, le rĂ©seau se dĂ©veloppe exclusivement en succursale.
Le magazine LSA* sâest penchĂ© sur la question et rĂ©vĂšle que le modĂšle financier de Bio câ Bon se base Ă 75% sur le crĂ©dit bancaire et ses fonds propres, via la sociĂ©tĂ© dâinvestissement commercial Marne & Finance Ă laquelle il appartient. Les 25% restant sont assurĂ©s par des investissements de particuliers-associĂ©s. Bio câ Bon sâappuie donc sur des investisseurs individuels Ă qui il propose des produits financiers particuliĂšrement attractifs, ICBS et BCBB Rendement, qui affichent des perspectives de rendement annuel de 6 Ă 8,5%. Ainsi, sâil nâest pas possible de devenir franchisĂ© Bio câ Bon, il est quand mĂȘme possible de profiter de la dynamique de dĂ©veloppement de lâenseigne en devenant investisseur-associĂ©.
Magasin Bio c' Bon
Plusieurs observateurs mettent toutefois les investisseurs en garde quant Ă la fiabilitĂ© de ce placement, expliquant quâen cas de dĂ©faillance de lâentreprise, ce sont les fonds des particuliers qui serviront Ă rembourser les banques avec un risque rĂ©el de perte de capital Ă la clĂ©. Pour autant, Bio câ Bon ne semble pas avoir de mal Ă trouver des souscripteurs. Il faut dire que lâenseigne a de quoi convaincre et rassurer.
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Si Bio câ Bon ne lĂ©sine pas sur les loyers de ses magasins, conscient que lâemplacement est le nerf de la guerre en matiĂšre de commerce, lâenseigne se rattrape sur les autres postes de dĂ©pense et notamment lâapprovisionnement. Certains reprochent Ă lâenseigne de ne pas faire du local et de commercialiser des produits importĂ©s de destination parfois bien lointaines. Certes, cette dĂ©marche ne sâinscrit pas dans lâesprit de la consommation bio qui sâapparente Ă une consommation durable et donc privilĂ©giant le local et les circuits courts. Cependant Bio câ Bon est loin dâĂȘtre le seul acteur du secteur Ă avoir recours Ă lâimportation et pour cause ; lâagriculture bio française nâa pas la capacitĂ© de Ă rĂ©pondre Ă la demande toujours croissante en produits estampillĂ©s bio.
Certains, notamment LâEau Vive et Biocoop via leur soutien Ă l'association Terre de Liens, sâengagent directement dans le dĂ©veloppement de lâagriculture bio. De son cĂŽtĂ©, Bio câ Bon entend Ă©galement contribuer Ă lâexpansion des surfaces agricoles bio sur le territoire, mais fait une nouvelle bande Ă part avec son projet Bio ConquĂȘte, Ă©galement prĂ©sentĂ© par LSA*. Alors quâil vient tout juste dâinaugurer son nouveau complexe de 12.500m2 Ă Athis-Mons, qui intĂšgre une plateforme logistique mais Ă©galement un laboratoire de production de plats prĂ©parĂ©s, le groupe sâapprĂȘte donc Ă se doter de ses propres exploitations bio. Cette stratĂ©gie lui permettra dâavoir une meilleure maitrise de son approvisionnement, de pouvoir augmenter la part de produits français dans son catalogue et, bien sĂ»r, de valoriser une production locale auprĂšs de sa clientĂšle. A terme Bio câ Bon jouira dâune maitrise totale de sa chaine de valeur, de la production Ă la vente, en passant par la logistique et le financier.
ProcĂšs pour pratiques commerciales trompeuses
Thierry Chouraqui et Jean-Bernard «Thierry» Brissaud, respectivement ancien dirigeant et fondateur des supérettes Bio C'Bon, seront jugés en mai 2025 pour pratiques commerciales trompeuses, accusés d'avoir trompé des milliers de petits investisseurs en leur vendant des produits financiers risqués, pour un préjudice estimé à environ 400 millions d'euros.
Il est reproché aux deux hommes d'avoir pu induire en erreur au sujet des «caractéristiques» des produits proposés à la vente par l'intermédiaire de conseillers financiers ou en gestion de patrimoine. Les deux produits en question, «Immo Capital Builder System (ICBS)» et «Bio C Bon builder» (BCBB), devaient permettre de contribuer au développement de l'activité commerciale de Bio C'Bon, ou à acquérir des locaux commerciaux.
Un retraité a témoigné auprÚs de l'AFP, également sous condition d'anonymat, avoir vendu en 2018 une «propriété dans le FinistÚre», devenue «un peu lourde à entretenir». Le produit de la vente, 200.000 euros, est investi sur le produit ICBS, sur les conseils d'amis.
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Est en outre reproché aux deux hommes d'avoir omis «sciemment» de signaler aux partenaires et investisseurs la présence dans l'écosystÚme Marne & Finance et Bio C'Bon de Jean-Bernard Brissaud, généralement connu sous le nom de Thierry Brissaud, faussant possiblement leur perception.
Les sommes collectĂ©es sont vertigineuses: dans un tableur saisi fin 2021 par la RĂ©pression des fraudes chez Marne & Finance, il est question, selon une source proche, de plus de 7.600 investisseurs en produit ICBS pour un engagement total, intĂ©rĂȘts inclus, de prĂšs de 330 millions d'euros. CotĂ© BCBB, le montant collectĂ© serait compris entre 100 et 150 millions d'euros. Les avocats dĂ©fendant certains particuliers, Philippe Julien du cabinet PDGB et Dimitri Pincent, estiment que 2.800 personnes ont souscrit ce second produit.
Tribunal de Commerce
Fin 2018, un avertissement de l'Autorité des marchés financiers (AMF) refroidit l'appétit des investisseurs et de nombreux conseillers. La situation économique de Bio C'Bon se tend en 2019 et 2020, et un vent de panique souffle chez les investisseurs demandant à se faire rembourser, infructueusement dans la majeure partie des cas.
Quant aux biens immobiliers, d'une valeur estimée par le tribunal de commerce à 437 millions d'euros à fin 2020, ils ont été logés dans une filiale, BoissiÚres Part renommée Pierres Investissement au premier semestre 2022, qui n'avait pris aucun engagement financier à l'égard des investisseurs. Dit autrement: impossible pour ces derniers de récupérer tout ou partie de leur mise.
Quels Recours pour les Ăpargnants ?
« Les milliers dâinvestisseurs particuliers dĂ©couvrent tout dâun coup que Marne et Finance ne respectera jamais son engagement de paiement du capital et dâun intĂ©rĂȘt contractuellement garanti de 6 %. En rĂ©alitĂ©, ils ne sont que des associĂ©s marginalisĂ©s dans des sociĂ©tĂ©s-supports dont les actifs immobiliers leur sont inconnus tout comme le niveau dâendettement bancaire », commente un proche du dossier.
Le plus urgent pour ces Ă©pargnants consiste Ă dĂ©clarer leur crĂ©ance le plus rapidement possible auprĂšs des mandataires judiciaires nommĂ©s par le tribunal de commerce de Paris (1). Les plaignants nâont en effet que jusquâau 25 novembre prochain pour le faire.
La situation est dâailleurs dâautant plus sĂ©rieuse quâun certain Patrick Schiltz, ancien juge au tribunal de commerce de Bobigny, chercherait Ă reprendre les actifs du groupe Marne et Finance, sans le passif associĂ©, grĂące Ă une possible autorisation du tribunal de commerce de Paris.
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