Rechute et Résilience : Un Parcours Semé d'Embûches

Je tiens ma promesse, car cette fois ça me semble le bon moment pour partager ce chapitre "maudit" de Sparadrap: la narration de ma rechute, en octobre 2004, après 851 jours de sobriété.

Pour la bonne compréhension : quand je parles de "ce que j'ai vécu avec Marguerite" je fais référence à ma première compagne, qui m'a quitté parce qu'elle était aperçu qu'elle préférais les filles.

ADDICTION : LA RECHUTE

Le Déclencheur: Un Anniversaire et des Angoisses

Cette année-là, mon anniversaire tombe un jeudi. Yasmina, depuis quelques semaines, me promet qu’elle rentrera de Cannes pour fêter cela avec moi, et tant pis pour ses cours du vendredi, qu’elle rattrapera.

Ce n’est pas vraiment raisonnable, d’autant qu’elle est en début de formation. Le mercredi soir, vers 20h , alors que je suis tout juste rentré du boulot, Yasmina m’appelle. Elle est désolé, mais elle ne va pas rentrer le lendemain, et elle ne rentrera pas non plus le week-end : elle me parle depuis déjà quelques temps d’une collègue de formation avec laquelle elle s’entend bien.

Tout cela est rationnel, et je lui dis que ça ne me pose aucun problème. Je mens. Le fait qu’elle ne rentre pas pour mon anniversaire m’importe peu : mais le fait qu’elle reste avec une collègue de promo me renvoie directement à ce que j’ai vécu avec Marguerite, que je croyais avoir soldé avec une thérapie.

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Une heure plus tard, je sors de l’appartement, et je me dirige vers la petite épicerie du village pour acheter une bouteille. Que je vais vider dans la soirée. Et que je remplacerais le lendemain soir, puis le week-end qui arrive.

Quand Yasmina reviendra à la maison, le week-end suivant, je lui expliquerais que j’ai fait le beau, et dit que ça ne me dérangeait pas, mais qu’en fait j’étais inquiet qu’elle ne tombe amoureuse de cette collègue. Elle me rassurera, et les faits ont ensuite prouvé que j’avais été victime de mon imagination et des mes angoisses.

Mais j’ai parlé trop tard. J’avais retouché au poison, j’y avais immédiatement repris gout.

Comme si de rien n’était, j’avais effacé deux ans, trois et 28 jours de sobriété. 851 jours de vie pleine et entière.

Qui plus est, j’avais dit à Yasmina mon combat contre l’alcool, lors de notre rencontre. Elle m’avait donc toujours connu sobre.

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Alors, pendant quelques mois, j’ai recommencé à boire en cachette. Seul, et en cachette. Depuis ce jour-là, je déteste fêter mon anniversaire.

Avec le retour de l’alcool, ma vie professionnelle se détraque vitesse grand V. Alors que j’arrivais à rester à flot, je commence à nouveau par me laisser submerger par le stress.

Car il faut savoir une chose : si l’alcool « apaise » le sentiment de stress, celui revient, multiplié par deux au minimum, pendant les périodes de sobriété, précisément dans le cas d’une consommation quotidienne en soirée.

Et face au stress, ma réaction est juste catastrophique : je trouve d’autres choses à faire que celle que je dois faire.

Je voudrais expliquer concrètement cela, car il s’agit typiquement des petits arrangements que fait l’alcoolique avec le monde réel. Le job que j’ai a faire, c’est gérer du personnel, des finances, des relations institutionnelles, tout cela en rendant compte de mon action auprès du conseil d’administration de la structure, et de ses principaux finances.

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A partir de novembre 2004, je vais me passionner pour la mise en place d’un collectif d’acteurs, sur le territoire du quartier où je travaille. Ce collectif est né des rencontres créé par un chargé de mission, avec lequel je vais sympathiser, parce que nous partageons une même vision du monde, et le même gout immodéré pour l’alcool.

Au fil des mois, je vais délaisser la gestion budgétaire, l’instruction des nombreux dossiers administratifs, et traiter par dessus la jambe la gestion du personnel, laissant s’envenimer une tension entre deux salariés, et promettant monts et merveilles à d’autres.

Peut m’importe : pour moi, l’avenir c’est ce collectif d’acteurs de terrains, que je vois devenir structure collégiale et participative de pilotage de l’action sociale, culturelle et éducative sur le territoire.

Ce genre de fuite en avant, vers un projet idéaliste et difficilement réalisable, c’est le cache-misère idéal, pas tellement pour cacher la vérité aux autres, mais surtout pour se la cacher à soi-même.

Car dans un coin de ma tête, cette fois, il y a un Jiminy Cricket qui couine tant qu’il peut. Depuis le 8 juin 2002, je sais que j’ai « un problème avec l’alcool » (il va falloir attendre 2020 avant que je dise « je suis alcoolique ») . Donc il faut que je négocie avec Jiminy.

Tu fais un métier passion, c'est pas donné à tout le monde hein. burn out et qui a dû cesser toute activité pendant six mois.

  • EfficacitĂ© : avec assez de repos et sans alcool.
  • L'Ă©motionnel : Dans un mĂ©tier passion, l'Ă©motion vas de paire, par dĂ©finition. Mais quelle Ă©motions ? S'il s'agit de peur de l'Ă©chec, rassures toi avec Charles PĂ©pin peut-ĂŞtre. Qu'es qui peut t'arriver de pire dans le domaine...bien souvent, le pire dans nos pensĂ©es n'est pas si pire que ça dans le rĂ©el. Sauf pour l'alcool, lui il tien ses promesses de destruction.
  • le stress : ben faut pas rigoler avec ça, autant c'est un moteur qui peut nous sauver la vie, autant il peut nous dĂ©truire. La sophrologie peut aider, entre autre mais on n'a des limites quand mĂŞme. Passion, investissements, travail, temps...tu as dĂ©jĂ  tout fait. Difficile, mais je crois qu'il est lĂ  le truc, la clĂ©. Imagine le stress en moins sans le rĂ©sultats Ă  penser. VoilĂ , c'est juste des idĂ©es comme ça...

Olivier, je peux te le dire de suite : elle m'a quitté 5 ans plus tard quand les huissiers sont venus toqués à la porte de chez nous, et qu'ils ont saisi l'argent du compte commun, parce que j'étais tellement stone que je ne déclarais ni URSSAF ni TVA.

Je me sens secondée par une équipe commando ici les amis! Vider mon sac, puis vous lire, m'a grandement soulagée. J'ai été trop prolixe et je m'excuse d'avoir ainsi monopolisé votre ouïe. Mais le fait de lire le retour de qui, comme vous, a connu ça et lire que ça passe, que ça passera, et lire les conseils avisés d'Olivier m'a vraiment confortée.

Je me suis sentie plus forte aujourd'hui. Pas sortie de tempête, mais j'ai eu enfin de la pluie par rapport à l'orage des jours d'avant. Je me suis décidée à me ménager autant que faire se peut, à ne plus tirer autant sur le moteur quand je peux le faire.

Oui, Oliv, tu as raison. C'est un privilège d'avoir un métier passion et je te remercie de me le remettre en tête. J'ai été sanglante envers moi même dans le dernier message mais il n'est pas question d'arrêter de ramer. En revanche, je voudrais enfin réussir à faire ce que je dis que je dois faire depuis septembre : accepter que c'est un marathon et que si je continue à coup de sprint la course ne se finira pas comme je l'espère.

Ce que décrit Olivier est le résumé exact de ce que je suis effectivement en train de faire: trop de travail, épuisement et moins de résultats. Et oui, tout juste aussi l'objectif d'arrêter de le focaliser sur un résultat sur lequel je n'ai pratiquement aucun contrôle.

Quid d'une reconversion psy? En tout cas, c'est bien toujours le passage à l'acte la source des problèmes des gens. Dans mon cas, c'est le comment y parvenir durablement qui me pose quelques petite difficultés de mise en pratique. J'y bosserai encore.

Rewinder, j'ai deux curiosités si tu veux bien lever le voile. La première, concernant ta réponse à mon message. Comment ta manière de vivre a-t-elle dû évoluer ? Ne répond pas si c'est personnel, bien entendu. La deuxième concernant Le Sparadrap. Elle est vraiment venue de nulle part cette rechute?

Aucun signe avant coureur même après réflexion ? Ça doit te faire trembler ce souvenir. J'imagine comment tu dois avoir été secoué par les anticipations qui t'ont assailli ce jour-là. Mais quelle rechute vertigineuse! Je comprends pourquoi tu le postes aujourd'hui. Oui, il tombe à propos.

Je me trompe si je pense que ton incroyable capacité à croire que peu importe si on tombe tant qu'on se relève aussitôt a été nourrie par cette expérience ? Je vois bien comment, bien exploité, le souvenir de cette rechute si soudaine peut alimenter l'idée que, parfois les rechutes peuvent être inévitables mais que si on peut tomber aussi vite, alors on peut aussi se relever d'un bond.

J'ai un profond respect pour cette conviction que je sens enracinée en toi à travers tes messages, ceux du début, quand tu tenais ton journal de bord, ainsi que dans ces magnifiques regards croisés que tu as eu avec Olivier au sujet des rechutes.

Je continue de penser qu'il vaut mieux que je ne tombe pas, puisque je n'ai jamais vraiment réussi à me relever sans avoir de nouveau touché le fond, mais la conviction que, si même ça devrait arriver ça ne serait qu'une passade puisque j'ai décidé de ma trajectoire, me conforte énormément.

Première question : je me suis aperçu que l'une des choses qui me mettait, en permanence, en situation de fragilité, était d'être en couple. C'est lié au fait que j'ai été victime d'un tonton trop affectueux dans mon enfance : du coup la dimension sexuelle de la relation de couple est une chose qui me stresse terriblement, que je vis à chaque fois comme un "examen", avec un jugement à fort impact ; mais que je me sentais toujours obligé de faire, car c'est en quelque sorte le "contrat minimal" d'une relation de couple.

Vivant seul, et en l'assumant complétement, l'une des sources de pression qui pesait sur moi a disparu. Aujourd'hui, donc, je suis l'ami tres fidéle de mon ancienne compagne : je veille sur elle, je l'accompagne dans ses projets, je suis disponible à n'importe quelle heure du jour et de la nuit pour parler avec elle, rire avec elle, m'indigner avec elle, m'enthousiasmer avec elle : mais je n'ai plus à m'imposer de contacts physiques qui me mettent dans un état de mal-être profond.

Deuxième question : Non, je n'ai vraiment rien vu venir, et c'est pourquoi j'incite toujours ici à la vigilance face à la "petite voix" : par moment, elle peut te hurler aux oreilles soudainement alors qu'elle se taisait depuis longtemps. Mais j'ai appris un truc, depuis : il m'est arrivé à nouveau des moments ou, après un long silence, la petite voix venait hurler à mes oreilles. Et be : elle ne hurle pas longtemps. Et si tu arrives à détourner ton attention, elle perd le match.

Mais ce soir d'octobre 2004, je n'ai pas cherché à détourner mon attention. Doc c'est elle qui a gagné le match. Concernant les rechutes : tu as bien résumé ma position. Bien sur qu'il faut ne jamais rechuter. Bien sur qu'il faut lutter. Mais c'est l'histoire du chene et du roseau : le chene résiste au vente, résiste et résiste, et un jour de trop grand vent, il casse et ne se releve pas. Le roseau plie, mais toujours se reléve.

Rest une chose : chaque sevrage est plus terrible que le précédent. Et le sevrage est un mécanisme terriblement éprouvant pour le corps. Donc je dirais qu'il faut absolument éviter de chuter : mais qu'en cas de chute, se relever IMMEDIATEMENT en évitant de se morigéner est une meilleure solution.

Cet épisode de 2004 explique pourquoi j'ai eu aussi tant de mal a fêter mon premier anniversaire de sobriété. Je sais par expérience que le vampire est toujours là. Par contre, je crois que le 24 mars 2025, qui sera mon 852e jours de sobriété, je vais FAIRE PETER HUIT CAISSES DE CHAMPOMY.

Autre chose : "se relever aussitôt" après avoir rechuter est dur, très dur. Vous l'avez lu dans ce fil, que je tiens depuis le début de mon "combat final", en aout 2020, j'ai rechuté 7 fois avant de réussir à tenir. Il m'est arrivé une fois de me réarrêter au bout d'une semaine, une ou deux autres fois au bout d'un mois. Mais il faut savoir que le craving, juste aprés avoir rechuter, est extrêmement fort. Pas tout de suite après la rechute, mais dans les jours qui suivent.

Bonjour Liv, bonjour Rewinder, bonjour tous. Il y a des choses qui marque. Pendant mon sevrage à l'hôpital c'est tenu une réunion aa. La seule et unique à laquelle j'ai assisté. D'abord l'histoire de ce type à l'anniversaire de ses 17 années d'abstinence qui a bu un verre, pour voir, pour fêter ça... J'ai lu des dizaines d'histoires similaires depuis, mais cette première m'avait marqué. Je découvrais, après quelque jours d'abstinence que ma vulnérabilité à l'alcool ne me quitterait jamais.

Là, j'avoue, j'ai mis beaucoup plus de temps à comprendre. Mais un ans Rewinder, c'est quand même pas rien, même si ce n'est pas la première fois. Un ans c'est tout les anniversaires passé sans alcool, toutes les fêtes, 52 week-ends, les vacances, les première terrasses de café au début de l'été...

Ce que j'aimerais lire Rewinder, c'est :si je peux 852 je peux 1704. Pas pour avoir raison, mais parce que ça me semble logique. :-)... Mais un jour, on ose même plus...perso, ça me fait trop vieillir de compter comme ça. Au lieu de compter le temps passé à ne pas boire, pourquoi ne pas compter le temps à venir sans alcool.

Imaginer les fêtes de fin d'année, et 2024 sans alcool. Ce n'est pas la même chose qu'avec... Comparez... Mais mieux encore, compter toutes les galères évités grâce à l'abstinence...

Liv, tu ne sera jamais trop prolixe ici, bien au contraire. Je n'avais pas bien lu, l'option 2 dans ton post du 4 de ce mois . Peux-tu le relire avec moi ? Perso je les relu 3 fois... Soi sûr d'une chose. Les grands de ce monde qui était dans les addictions non pas réussis grâce à celle-ci mais bien malgré elles...un peu comme l'herbe qui pousse entre les joints des trottoirs.

C'est un peu le drame de l'humanité, accepter qu'on ne sera jamais à 100% satisfait, ce sera quand j'aurai ce truc que je serais heureux...mais ça ne marche pas, on en veut toujours plus, c'est comme ça. Être bien là où on est, sans rien vouloir de plus est un défis quasi impossible.

Je crois que penser qu'on se relèvera toujours nous donne du courage pour continuer. C'est ce que les gens font en général et moi aussi. À t'ont vraiment le choix ? Seulement nous ne sommes plus pareil à chaque fois. Il reste des cicatrices, et quelques fois des plaies ouvertes qui ne se refermerons jamais, on apprend à vivre avec, à voir ce que cela nous apprend, nous rend plus fort ou pas...

La pire des pensé serait de me dire, j'ai réussi à m'arrêter une fois, pourquoi pas une autre ? Ce genre de pensé, c'est la rechute garanti. Non ? Je n'ai pas de conseil à donner Liv, je ne m'en sent pas légitime. Mais j'aime vous lire.. Et j'aime écrire.. Alors...

Je sors d'une période vraiment pénible, qui aurait du être une période pourtant joyeuse : la création d'un spectacle, un "BD concert" pour être précis, c'est un dire un concert de 30 minutes joué pendant la projection d'un film fait avec les images d'une BD. Un projet de commande, pour lequel je m'étais investi, comme souvent, à fond.

Et puis voilà, le lendemain de la générale, la président de l'association qui produisait le spectacle me demande des modifications qui foutent en l'air le film, son rythme et sa narration. Je suis engagé contractu...

Le jeudi 13 février 2014, Hélène Ségara et Julien Dassin étaient à la télévision québécoise dans l'émission District V.

Le jeudi 13 février 2014, Hélène Ségara était dans Jeudi 16 heures, une émission parodique sur telequebec.tv : la webTV canadienne ! Le Jeudi 16 heures, c’est deux minutes de folie chaque jeudi, à 16h, évidemment !

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