Conséquences économiques et impact sur la TVA d'une troisième guerre mondiale
La guerre détruit des infrastructures, désorganise les économies, brise des trajectoires individuelles et recompose parfois les rentes. En mesurer le coût suppose de tenir ensemble ces différentes dimensions.
Des destructions matérielles massives et des pertes visibles
Les coûts les plus visibles sont matériels. Les conflits contemporains détruisent massivement les infrastructures et désorganisent en profondeur les capacités productives. Certaines villes comme Dresde en Allemagne ou Le Havre en France ont été détruites à plus de 80 %, illustrant l'étendue des destructions. Dans le cas de l’Ukraine, les premières estimations situaient les pertes totales entre 500 milliards et 1 000 milliards de dollars (de 427,9 milliards à 855,8 milliards d’euros) dès 2022. Fin 2024, la Kyiv School of Economics chiffrait la reconstruction des seules infrastructures physiques à des dizaines de milliards de dollars : 60 milliards pour les logements, 38,5 milliards pour les routes, 14,6 milliards pour le secteur énergétique, 14,8 milliards pour l’agriculture. La guerre à Gaza a été caractérisée par une destruction massive des infrastructures civiles, une désorganisation complète de l’économie locale et une crise humanitaire majeure.
Effets macroéconomiques : PIB, investissements et finances publiques
À l’échelle macroéconomique, les effets sont tout aussi sévères. Le génocide rwandais de 1994 s’est accompagné d’une chute de 40 % du PIB par habitant et d’un effondrement des investissements directs étrangers. À Gaza, le PIB réel a reculé de plus de 80 % au premier semestre 2024, tandis que la part de la population en situation de pauvreté multidimensionnelle est passée de 63,7 % avant la guerre à 97,9 % en 2024. La Seconde Guerre mondiale est le conflit le plus meurtrier de l'histoire contemporaine, avec plus de 55 millions de morts. Cette hécatombe humaine entraîne une chute brutale de la population active dans de nombreux pays, freinant la reprise économique immédiate. L'endettement massif et l'envolée de l'inflation : pour financer l'effort de guerre, puis la reconstruction, les États ont massivement eu recours à l'endettement. Ce recours aux emprunts a entraîné une détérioration des finances publiques, avec une dette souveraine en forte hausse. Parallèlement, la création monétaire et la rareté des biens ont généré une inflation généralisée.
Exemples contemporains et projections
Selon une étude de D.R. Henderson, chercheur à la Hoover Institution, le coût total de la guerre pour Moscou s’élèverait à 2 500 milliards de dollars. La conquête s’est faite au prix de plus d’un million de pertes humaines, 12 000 chars d’assaut, près de 25 000 véhicules blindés et environ 400 avions. Le coût représenté par les pertes de matériel militaire est estimé à 125 milliards de dollars, les coûts opérationnels associés à la conduite de la guerre à 3,1 milliards de dollars par mois, et les pertes de richesse (soit le PIB « perdu » en raison de la guerre) à 1 124 milliards de dollars. Du côté de l’Ukraine, les estimations conjointes de la Banque mondiale, des Nations Unies, de la Commission européenne et du gouvernement ukrainien, avancent un coût de 588 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Ukraine après la guerre au cours de la prochaine décennie. Un chiffre qui prend en compte les dégâts infligés sur tout le territoire depuis le début de l'invasion en 2022. La guerre, qui s'apprête à entrer dans sa cinquième année, a déclenché la plus grande crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, plus de 6 millions d'Ukrainiens vivant comme réfugiés à l'extérieur du pays.
Coûts humains et perte de capital humain
Les coûts les plus importants sont souvent les moins visibles. La guerre perturbe les parcours de vie, détruit les actifs des ménages et fragilise durablement les mécanismes économiques de base. Les enfants en sont les premières victimes. Les conséquences sanitaires sont, elles aussi, profondes. Au Nigeria, les femmes exposées à la guerre civile entre 1967 et 1970 présentent, à l’âge adulte, une taille inférieure de 0,75 à 4,5 centimètres selon l’âge d’exposition, signe d’un environnement nutritionnel et sanitaire gravement détérioré (Akresh et coll., 2012). La guerre à Gaza a causé plus de 75 000 morts, dont une majorité de civils, auxquels s’ajoutent plus de 100 000 blessés et des milliers de personnes handicapées à vie. La perte de capital humain - liée aux décès, aux blessures et à la déscolarisation - constitue un facteur majeur de dégradation du potentiel de croissance à long terme.
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Effets sociaux : confiance, inégalités et déplacements forcés
Les effets sur les structures sociales sont plus ambivalents. De nombreux travaux documentent une baisse durable de la confiance et un renforcement des replis identitaires après les conflits, y compris longtemps après la fin des hostilités. D’autres mettent en évidence, dans certains contextes, des dynamiques inverses : montée de l’engagement civique et politique, comportements plus prosociaux, participation accrue à la vie collective. Les conflits exacerbent aussi les inégalités de genre. Près de 80 % des personnes déplacées sont des femmes (Banque mondiale, 2011), exposées à des risques sanitaires accrus et à des formes de violence spécifiques. Les violences sexuelles, documentées dans de nombreux contextes, ne sont pas seulement des effets collatéraux du conflit. Les déplacements forcés constituent une autre dimension majeure et souvent sous-estimée des coûts. Un conflit de faible intensité génère en moyenne 500 000 déplacés, un conflit meurtrier jusqu’à 1,2 million. Ces migrations ne sont pas aléatoires : les individus les plus éduqués et les mieux dotés économiquement sont souvent les plus mobiles.
Impact sur les entreprises et les chaînes de valeur
Les entreprises subissent elles aussi des coûts importants, directs et indirects. La violence perturbe l’offre de travail, désorganise les chaînes d’approvisionnement et accroît l’incertitude sur les décisions d’investissement. Dans les territoires palestiniens occupés, les distorsions liées à l’accès aux intrants importés expliquent environ 70 % de la baisse de valeur ajoutée des entreprises exposées. Mais ces effets ne restent pas confinés aux zones de violence : dans le cas indien, environ trois quarts du coût économique total d’un conflit transitent par les chaînes de valeur, affectant des entreprises situées dans des régions pourtant épargnées.
Gagnants et perdants économiques
Enfin, la guerre génère aussi des gagnants, et la distinction entre gagnants intentionnels et gagnants involontaires est ici essentielle. Les premiers cherchent activement à tirer profit du conflit : l’industrie de l’armement, dont le chiffre d’affaires cumulé atteignait 631,9 milliards de dollars (540,8 milliards d’euros) en 2023 en est l’exemple le plus évident. Les seconds profitent du conflit par un concours de circonstances : la disparition ou l’affaiblissement de concurrents exposés à la violence redistribue mécaniquement des parts de marché en leur faveur, sans qu’ils l’aient recherché. Statistiquement, les guerres sont plutôt favorables aux marchés boursiers. Les cours baissent avant les hostilités et repartent ensuite à la hausse, stimulés par le « patriotisme » et l'augmentation des dépenses publiques.
Guerre, cycles économiques et mondialisation
Si les effets conjoncturels ou à court terme des guerres divergent en fonction des situations, de l’intensité des conflits ou de l'efficacité de la politique adoptée pour les contrer, de nombreux travaux ont avancé l'idée que les conflits majeurs étaient liés aux cycles longs de l'économie. Nikolaï Kondratieff, économiste russe, avait émis, dans les années vingt du siècle passé, l’hypothèse que l’économie capitaliste évoluait selon des cycles longs, d’une durée totale de 50 à 60 ans. N. Kondratieff avait effectivement établi un lien entre guerres et cycles économiques longs : les premières coïncidaient avec les deuxièmes. L’hypothèse d’une périodicité des conflits demeure controversée. Certes, les cycles n'ont pas disparu mais la nature des cycles pourrait avoir été modifiée par la mondialisation et par l'impact des nouvelles technologies.
Risque systémique : énergie, matières premières et chaînes d'approvisionnement
La mondialisation, qui permet un déplacement souvent sans contrôle des individus et des produits, a été un facteur déterminant de la globalisation des conflits (fragmentation des États et inflation de nouveaux États-nations). Une grande partie des déterminants de la politique internationale aujourd'hui est liée à l'accès aux ressources. La lutte pour ces ressources naturelles et énergétiques concerne aussi bien le pétrole, avec pour corollaire la tension persistante au Moyen-Orient, que le gaz et l'or noir de la mer Caspienne, avec un effet déstabilisateur certain sur la région du Caucase. Mais les hydrocarbures ne sont pas les seuls motifs d'affrontements. Les ressources minières - les diamants notamment - et les bois précieux sont autant d'enjeux géostratégiques. La lutte pour l'eau, ressource vitale autant que « transnationale », s’est intensifiée.
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Coûts budgétaires et ajustements fiscaux : la TVA comme levier
Les conflits armés ont toujours des coûts économiques exorbitants, sans parler des pertes humaines. Le coût de la guerre est difficilement chiffrable. Il dépend de la durée de l'enlisement et des « à-côtés ». En fait, les conséquences économiques, tout comme les causes des conflits armés sont toujours complexes à appréhender. Les risques liés aux conflits génèrent de nombreuses incertitudes économiques, directement perceptibles dans les contraintes budgétaires, les performances macroéconomiques. Pour financer l'effort de guerre, puis la reconstruction, les États ont massivement eu recours à l'endettement. Ce recours aux emprunts a entraîné une détérioration des finances publiques, avec une dette souveraine en forte hausse. Dans ce contexte, l'impôt indirect comme la TVA constitue une ressource essentielle pour les budgets nationaux et un levier fréquent.
Les effets économiques de la guerre en Ukraine se font de plus en plus sentir en Russie. En réponse, le ministère russe des Finances a proposé cette semaine une mesure : augmenter le taux de TVA de 20 à 22 % au 1er janvier 2026. L'objectif : financer les dépenses militaires et essayer de freiner son déficit budgétaire. Mais selon des médias indépendants russes relayés par le Courrier International, cette augmentation montre bien la situation du pays : Moscou n'a plus d'argent pour faire la guerre. Le ministère des Finances a reconnu que l'augmentation de la TVA vise à financer les dépenses de "défense et de sécurité" de la Russie, autrement dit, à soutenir la poursuite de la guerre contre l'Ukraine, selon le média russophone Meduza, basé en Lettonie. Cette décision contredit les promesses faites par Vladimir Poutine en 2024. Celui-ci avait alors assuré que la TVA ne serait pas augmentée avant 2030 au minimum.
Conséquences économiques d'une hausse généralisée de la TVA
Il reste toutefois encore difficile d'estimer les recettes que pourrait générer cette mesure. Selon les estimations de The Bell relayé par le Financial Times, cette hausse pourrait générer 1000 milliards de roubles (12 milliards de dollars) supplémentaires par an. D'autres économistes russes estiment cela à plus de 30 milliards de dollars. La TVA constitue déjà une ressource essentielle pour le budget fédéral russe : selon Reuters, elle représentait 37 % des recettes de l'État en 2024. Cet impôt, considéré comme difficile à contourner, est donc particulièrement attractif pour le Kremlin en période de difficulté. À noter que la Russie avait déjà relevé son taux de TVA de 18 à 20 % en 2019.
L'augmentation de la TVA peut limiter la marge de manœuvre budgétaire en comprimant la demande, alimenter l'inflation en accroissant les prix à la consommation et peser sur le pouvoir d'achat des ménages, ce qui peut à son tour freiner la reprise économique après un conflit. Pour les pays déjà confrontés à une inflation forte et à une dégradation des équilibres macro-financiers, comme cela a été observé dans plusieurs contextes, la combinaison de dépenses militaires élevées et d'une hausse de la TVA peut aggraver la récession. Les dépenses publiques russes ont explosé de plus de 75 % depuis le lancement de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022.
04 Comment fonctionne la TVA?
Scénarios globaux : propagation mondiale et risques systémiques
Une troisième guerre mondiale aurait des conséquences économiques désastreuses sur le monde. Les guerres ont toujours eu un impact négatif sur l’économie mondiale, mais une guerre de cette ampleur serait catastrophique. Les États-Unis sont actuellement la plus grande économie mondiale, mais leur dette publique est très élevée. Si une guerre éclatait, leur dette publique exploserait, ce qui entraînerait une inflation massive et un effondrement de leur économie. La Chine est la deuxième plus grande économie mondiale et est en train de devenir une superpuissance. Une guerre avec la Chine serait dévastatrice pour l’économie mondiale, car elle est le principal exportateur de biens manufacturés. La Chine possède également la plupart des réserves mondiales de terres rares, qui sont essentielles pour la production de technologies modernes. Si la Russie était impliquée dans une guerre mondiale, cela entraînerait une augmentation des prix de l’énergie. La Russie est le plus grand exportateur de gaz naturel et le deuxième plus grand exportateur de pétrole au monde. Une extension du conflit à l’Iran et au Golfe introduit une dimension systémique globale. La perturbation du détroit d’Ormuz - axe par lequel transite environ un tiers du pétrole mondial - fait peser un risque de choc énergétique comparable à celui des années 1970, avec des projections de prix du pétrole pouvant atteindre 150 à 200 dollars le baril en cas de blocage prolongé. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque déjà une crise énergétique et alimentaire majeure, susceptible d’entraîner inflation, récession et instabilité financière à l’échelle mondiale.
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Impacts différenciés selon les pays et recommandations de politique
Les pays en développement seraient également touchés par une troisième guerre mondiale. Ces pays dépendent souvent de l’exportation de matières premières, comme le pétrole, les minéraux et les produits agricoles. Si une guerre éclatait, la demande pour ces produits diminuerait considérablement, ce qui affecterait l’économie de ces pays de manière significative. Les conflits peuvent aussi engendrer des contraintes budgétaires immédiates et des recettes fiscales supplémentaires via des hausses d'impôts indirects comme la TVA, mais au prix d'une contraction économique et de pertes durables de capital humain et physique. Une vraie économie de guerre implique des transformations radicales de la production et une politique publique volontariste, mais elle suppose aussi des sacrifices durables pour les populations.
Tableau récapitulatif (exemples sélectionnés)
| Conflit | Estimation coût direct | Principaux impacts |
|---|---|---|
| Ukraine | 500-1 000 Md$ (estimations initiales); reconstruction 588 Md$ | Destruction infrastructures, réfugiés massifs, perte PIB |
| Gaza | 53 Md$ besoins de relèvement (estim.) | Destruction logement, pertes productivité, crise humanitaire |
| Russie (coût de la guerre) | 2 500 Md$ (estimation Henderson) | Pertes matérielles, dépenses opérationnelles élevées, hausse TVA |
La mesure ou le chiffrage du coût de la guerre en cours au Moyen-Orient est encore impossible, en ce sens qu’elle ne se limite pas aux frappes contre l’Iran, elle n’est pas encore achevée et une incertitude pèse sur son escalade, son rythme d'intensité, ses territoires d'extension, englobant Gaza, le Liban, et les pays du Golfe et Israël.
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