Absentéisme des Enseignants : Causes et Conséquences en France

L'absentéisme des enseignants est une problématique complexe au sein de l'Éducation nationale en France. Avec plus d’un million d’agents - soit près de la moitié des effectifs de la fonction publique d’État -, dont 900 000 enseignants, le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports consacre une large part de ses activités à la gestion de ses ressources humaines, et doit, dans ce cadre, gérer les absences des professeurs. Les spécificités du métier des enseignants, en particulier les obligations hebdomadaires de service et le calendrier scolaire, complexifient la mesure de leurs absences et faussent les comparaisons avec d’autres catégories de salariés. Il est donc crucial de comprendre les causes et les conséquences de ce phénomène pour améliorer le fonctionnement du système éducatif. Najat Vallaud-Belkacem veut "en finir avec ce préjugé" : "l'absentéisme n'est pas plus fort dans l'Education nationale que dans le reste de la Fonction publique, voire du privé". Vrai.

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Nature et Mesure de l'Absentéisme

Le rapport souligne que ces absences, loin de constituer un phénomène global, recouvrent en réalité deux catégories bien distinctes : les absences pour motifs personnels (liées notamment à la santé), et celles relevant de l’organisation scolaire elle-même (formation continue, examens, sorties scolaires…). À titre d’illustration, un enseignant qui n’est pas en capacité d’assurer un cours parce qu’il est appelé par sa hiérarchie à une autre tâche - telle que la participation à un jury d’examen - est considéré comme absent par les familles de ses élèves. Or, il contribue par cette activité au fonctionnement de l’institution scolaire. De plus, « une partie des absences provient du fonctionnement même de l’Éducation nationale », note la Cour des comptes.

Prévalence de l'Absentéisme

Pour se rendre compte de l'absentéisme dans la Fonction publique ou pour l'ensemble des travailleurs, le critère le plus simple est de regarder les congés de maladie ordinaire. Ce qui ne veut pas dire que ces congés sont injustifiés. Sur l'année scolaire 2012-1013, un peu moins de la moitié des enseignants en classe ont pris au moins un congé de maladie ordinaire. Leur durée moyenne était de 16,2 jours en moyenne. Mais si l'on rapporte à l'ensemble des enseignants face aux élèves, l'absentéisme par fonctionnaire était de sept jours par an, d'après une étude de la DEPP, le service d'études du ministère de l'Education nationale. Plus ou moins que les autres fonctionnaires ?Si l'on compart avec les autres agents de la fonction publique d'Etat, ce chiffre n'est effectivement pas le plus élevé. Une enquête publiée en 2013 sur le nombre de jour de congé maladie ordinaire par agent et ministère montre que les fonctionnaires de l'Education nationale prennent moins de jours que la moyenne. Plus ou moins que les salariés du privé ?Le service statistique du ministère du Travail s'est penché sur "la probabilité d'absentéisme pour raisons de santé (la sienne ou celle de ses enfants)" à partir des données de l'enquête emploi de l'Insee. Et on peut en tirer deux constats. D'abord, sur la période 2003-2011, au cours d’une semaine de référence, le taux d'absentéisme est comparable entre les salariés du privé en CDI depuis plus d'un an et les agents de la Fonction publique : 3,7% contre 3,9%. Ensuite, si l'on regarde les taux d'absentéisme par secteur d'activité, on se rend compte que celui de l'enseignement n'est effectivement pas parmi les plus élevés.

Nombre de jours d'absence pour maladie ordinaire par an

En moyenne, les agents du service public ont moins d'un épisode d'absence pour maladie ordinaire par an (0,81) et 6,7 jours d'absence pour maladie ordinaire par an. La cour des comptes affirme que 45% des enseignants du secteur public ont été absents pour raison de santé au cours de l’année scolaire 2018-2019. Quant à la durée de ces absences, elles sont « courtes pour environ un tiers d’entre eux (moins de 30 % arrêtés entre un et trois jours) » et « longues » pour un enseignant sur cinq (22 % pour 30 jours ou plus).

Les absences dites « de courte durée »

Les absences dites « de courte durée », c’est-à-dire inférieures à 15 jours, représentent à elles-seules près de 2,5 millions d’heures, dont seules un peu plus de 500 000 ont été remplacées. Problème : deux fois sur trois, ces absences ne relèvent pas de raisons personnelles propres à l’enseignant, mais plutôt de l’Éducation nationale elle-même.

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Facteurs Influant sur l'Absentéisme

Plusieurs facteurs peuvent influencer l'absentéisme des enseignants :

  • Conditions de travail : L’Insee précise que le recours aux congés de maladie ordinaire est plus élevé dans le réseau d’éducation prioritaire, résultat « susceptible de refléter des conditions de travail plus difficiles ».
  • Genre : Les femmes sont plus souvent et plus longtemps absentes pour raison de santé.
  • Âge : L’âge moyen des personnels sur la période peut aussi influencer.
Facteurs influant sur l'absentéisme

Impact du Jour de Carence

La loi de finances publiée le 31 décembre 2017, qui visait une réduction des dépenses, a donc instauré un jour de carence dans les trois versants de la Fonction publique en cas d’arrêt maladie. Ce délai de carence fixé à un jour a plusieurs fois été remis en question. L’Insee souligne que « l'efficacité économique et sociale de ce type de mesure est a priori ambiguë. L’application du jour de carence peut « encourager les personnes malades à poursuivre leur activité professionnelle ». Autre dérive observée par l’Insee : les femmes sont davantage pénalisées financièrement par l’application du jour de carence, surtout lorsqu’elles exercent dans le réseau d’éducation prioritaire. Étant la population représentant le nombre d’épisodes d’absence pour maladie ordinaire le plus élevé, elles sont « donc davantage pénalisées financièrement par l’application du jour de carence ». Si le jour de carence a un effet sur les comportements des agents de l’Éducation nationale, il pourrait aussi avoir des incidences sur les performances scolaires des élèves.

L’étude fait un lien direct entre la diminution forte du nombre d’arrêts et la durée de l'arrêt maladie : « l’effet estimé est de - 44 % pour les épisodes d’un jour, - 26 % pour les épisodes de deux jours, - 25 % pour les épisodes de trois jours. Le constat est donc sans appel : la fréquence des absences diminue. Cependant, l’Insee met en lumière quelques exceptions.

Effets pervers du jour de carence

L’application du jour de carence peut « encourager les personnes malades à poursuivre leur activité professionnelle ». ainsi qu’une hausse des dépenses publiques associées. être nettement moins productives que les journées de travail « ordinaires ». de médicaments, visites médicales, hospitalisations). données administratives, ainsi que sur les dépenses publiques associées.

Les résultats montrent que les femmes et les personnels travaillant dans le réseau d’éducation prioritaire réduisent effectivement davantage la fréquence de leurs absences lorsque cette mesure est appliquée, par rapport aux hommes et aux autres personnels hors réseau d’éducation prioritaire. Cependant, ces populations continuent de présenter un nombre d’épisodes d’absence pour maladie ordinaire plus élevé que les autres catégories de la population, et sont donc davantage pénalisées financièrement par l’application du jour de carence.

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Conséquences de l'Absentéisme

L'absentéisme des enseignants a des conséquences multiples :

  • Pour les élèves : Si le jour de carence a un effet sur les comportements des agents de l’Éducation nationale, il pourrait aussi avoir des incidences sur les performances scolaires des élèves. La continuité pédagogique, valeur cardinale de l’Éducation nationale, a été malmenée depuis bientôt deux ans par la crise sanitaire dans les écoles, collèges et lycées. Les confinements successifs et le principe de précaution en cas de maladie ont ébranlé le lien entre professeurs et élèves.
  • Pour l'organisation scolaire : Chaque année, le coût des absences des enseignants s’élève à près de 4Md€, dont plus du tiers a pour origine le fonctionnement même du système éducatif, cause principale des absences de courte durée, mal remplacées dans le second degré.
  • Remplacement des enseignants : En revanche, dans le secondaire, la situation est plus délicate, comme le révèle la Cour des comptes. Les absences de plus de quinze jours des enseignants y sont remplacées à plus de 96 % mais près de 10 % des heures de cours ont néanmoins été perdues lors de l’année scolaire 2018-2019.

Solutions et Recommandations

La Cour des comptes invite l’Éducation nationale à « piloter » la gestion des absences en mettant à niveau ses systèmes d’information : « Pourquoi ne pas programmer la formation d’un enseignant le jour où il n’a pas cours ? Ou, lorsqu’une formation réunit dix professeurs, recourir à des outils informatiques pour choisir le jour qui occasionne le moins d’heures perdues pour les élèves ? La mise en place d’un forfait annuel d’heures de remplacement et le renforcement des prérogatives du chef d’établissement, ajoutés à l’inscription du remplacement dans les missions des enseignants (recommandation formulée par la Cour dès 2017) donneraient une assise solide au remplacement de courte durée.

Dans sa réponse à la Cour, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, évoque les solutions numériques, des élèves pouvant être encadrés par un assistant d’éducation pour suivre des cours en ligne. Ou encore les journées de formation qui, depuis 2019, peuvent être dispensées pendant les vacances scolaires, évitant aux élèves de perdre des heures de cours.

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