Affaire Financement Sarkozy : Un Procès Historique sur le Financement Libyen de la Campagne de 2007
Après dix ans d'instruction, le procès du présumé financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy s'est ouvert le 6 janvier 2025 au tribunal de Paris. L'ex-président de la République est poursuivi pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. À ses côtés, 11 autres prévenus sont présents dont Claude Guéant, Brice Hortefeux et Eric Woerth. Trois mois plus tard, le 27 mars 2025, le Parquet national financier (PNF) réclame sept ans de prison ferme, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Retour sur un procès historique.
Un Pacte de Corruption Présumé avec le Régime Kadhafi
L'affaire débute en 2011, quand deux journalistes de Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske, publient une note libyenne évoquant des versements au profit de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy. Ces révélations sont corroborées par des déclarations de Mouammar Kadhafi et son fils, ainsi que par l'intermédiaire Ziad Takieddine.
Selon l'accusation, un "pacte de corruption" aurait été conclu entre Nicolas Sarkozy et le dictateur libyen. "Si on suit le raisonnement de l'accusation, selon lequel une multitude d'éléments montrent qu'effectivement, il y a eu ce pacte de corruption conclu avec Mouammar Kadhafi, qui a mené à de l'argent liquide, au financement de la campagne, mais aussi, de l'autre côté, à des contreparties économiques, diplomatiques, judiciaires, etc., les sept ans d'emprisonnement requis contre Nicolas Sarkozy sont assez logiques", estime la journaliste au service Enquêtes et justice de France Inter Charlotte Piret, qui a suivi de près ce procès historique.
L'affaire dont on va vous parler est l’une des plus folles que la France ait connue. Un président de la République française est soupçonné d'avoir été acheté par un des pires dictateurs de la planète, un dictateur qui était à la tête d'un État terroriste. Ça fait douze ans que les journalistes Fabrice Arfi et Karl Laske travaillent sur cette affaire. Il faut vous rendre compte que sans eux, nous n'aurions jamais rien su de cet énorme secret. Tellement énorme que quand ils l'ont révélé, personne ou presque ne les a crus.
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La Défense Souligne l'Absence de Preuves Tangibles
Tout au long du procès, Nicolas Sarkozy a fermement contesté les accusations, affirmant qu'aucune preuve tangible d'un prétendu pacte de corruption ou de versement d'argent dans sa campagne n'avait été trouvée. "Le seul accord qu'il a pu passer, selon lui, avec Muammar Kadhafi, lorsqu'il s'est rendu en Libye, c'était pour permettre la libération des infirmières bulgares et ce médecin palestinien qui étaient détenus en Libye, sous le coup d'une peine de mort pour avoir soi-disant inoculé le virus du sida à des enfants, et en échange de quoi, il a été tenu d'avoir la visite de Muammar Kadhafi à Paris", rapporte Charlotte Piret.
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Durant les audiences, l'ancien président ne s'est pas montré affaibli par sa condamnation à un an de prison ferme sous bracelet électronique pour corruption et trafic d'influence dans une autre affaire, celle des "écoutes". Selon la journaliste, il était même "très combatif, parfois de manière impressionnante - il a eu des interrogatoires qui ont duré des heures et des heures à la barre - et très éloquent". "On a retrouvé le Nicolas Sarkozy animal politique qu'on connaît par ailleurs".
Nicolas Sarkozy : "Un Réquisitoire Politique et Violent"
Face aux réquisitions du parquet, l'ancien chef de l'État a dénoncé "un réquisitoire politique et violent et un contexte médiatique et politique détestable". Charlotte Piret y voit une allusion à peine voilée au jugement de Marine Le Pen une semaine plus tôt.
"Il y a un changement de doctrine judiciaire en France sur la manière dont on se saisit des affaires politico-financières, c'est une réalité, et Nicolas Sarkozy en est un des exemples. Après, le réquisitoire politique, violent, c'est sa posture et la ligne de défense de tout le monde derrière lui depuis le début. Il soutient véritablement l'idée qu'il y a eu un complot contre lui, donc ses mots face au réquisitoire sont en cohérence avec ce qu'il a toujours dit."
La journaliste rappelle que les trois juges du siège sont parfaitement libres de leur décision, qui sera rendue le 25 septembre 2025. Selon elle, "c'est tout ou rien. Si on se concentre sur le volet de Nicolas Sarkozy et des ministres, soit ils sont tous condamnés, soit pas. C'est difficile de les séparer les uns des autres.
Les Chefs d'Accusation et les Prévenus
Moins d’un mois après la confirmation, par la Cour de cassation, de sa condamnation à trois ans de prison dont un ferme (aménageable avec bracelet électronique) dans l’affaire des écoutes, l’ancien président de la République est cette fois jugé pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et même « association de malfaiteurs ». À ses côtés, ses fidèles lieutenants, les anciens ministres Claude Guéant et Brice Hortefeux, sont soupçonnés d’avoir organisé le transfert de 6 millions d’euros d’argent public libyen, par l’intermédiaire de l’affairiste Ziad Takieddine, lui-même poursuivi.
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Les procureurs ont estimé que "seules des peines d'emprisonnement et d'amende fermes" pouvaient "être prononcées pour assurer la protection de la société" et "restaurer l'équilibre social". Nicolas Sarkozy, qui "a contesté les faits dans leur intégralité", "ne semble pas prendre la mesure des faits qui lui sont reprochés", a déploré le procureur Sébastien de la Touanne. Dès le début de leurs réquisitions implacables, ponctuées de quelques références politiques et de comparaisons qui ont parfois suscité des rires dans la salle, les trois magistrats du PNF avaient décrit l'ancien président de la République comme le "véritable décisionnaire et commanditaire" du "pacte de corruption", qualifié d'"inconcevable, inouï et indécent", noué avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, afin de financer sa campagne électorale victorieuse.
Voici le détail des réquisitions du parquet :
- Nicolas Sarkozy : 7 ans de prison ferme et 300 000 euros d'amende
- Claude Guéant : 6 ans de prison et 100 000 euros d'amende
- Brice Hortefeux : 3 ans de prison ferme et 150 000 euros d'amende
- Éric Woerth : 1 an d'emprisonnement ferme, aménageable ab initio et 3 750 euros d'amende
- Ziad Takieddine : 6 ans de prison et 3 millions d'euros d'amende
- Alexandre Djouhri : 5 ans de prison et 4 millions d'euros d'amende
- Béchir Saleh : 6 ans de prison et 4 millions d'euros d'amende
- Thierry Gaubert : 3 ans de prison ferme et 150 000 euros d'amende
Le tribunal de Paris devra répondre à une question cruciale : Un pacte faustien avec le dictateur arabe Mouammar Kadhafi a-t-il permis d’alimenter en liquidités la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 ? Vingt ans après le début de l’affaire, c’est à cette question que devra répondre le tribunal correctionnel de Paris au cours d’un procès historique.
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