Histoire et patrimoine de l'église Saint-Mathieu de Saint-Mathieu-de-Tréviers

Au pied du Pic Saint-Loup, Saint-Mathieu-de-Tréviers offre de beaux paysages de garrigues et de vignobles. Mais le village mérite aussi qu'on s'attarde dans ses ruelles. La commune de Saint Mathieu de Tréviers est à l’origine composée de deux villages : Saint-Mathieu sur sa colline et Tréviers dans la plaine.

Le village de Tréviers nait de l’union de plusieurs mas ou hameaux situés dans la plaine entourant le cours d’eau du Terrieu. La cohabitation entre les deux villages se révèle plutôt difficile, surtout dans la deuxième moitié du 19e siècle. La situation finit par s’apaiser au fil des décennies et, à partir des années quatre-vingt, l’urbanisation venant et la population augmentant, Saint Mathieu de Tréviers devient un bourg-centre associant équipements modernes et environnement préservé.

Le site abbaye - vestiges et évolution du bâti

L'abbaye de Saint-Mathieu occupe un site complexe où se lisent les transformations des siècles. Emplacement des anciens bâtiments du monastère bénédictin. Restes du monastère mauriste. En gras, les ruines actuelles. L'ancienne tour à feu fortifiée devenue clocher, dont la hauteur a été réduite de moitié.

Ce bâtiment massif est sans doute le plus ancien de l'ensemble de l'abbaye. Il était autrefois nettement plus élevé que l'église. Ses gros contreforts, ses ouvertures loin du sol, font penser à un donjon fortifié du XIe siècle et il est bien possible qu'il ait constitué un refuge lors des attaques que le site a subies durant le Moyen Age.

Il suffit d'observer la façade que nous avons sous les yeux pour voir qu'au cours des siècles les ouvertures ont subi de nombreux remaniements. Une grande archère, par exemple, a été rebouchée. Des fenêtres ont été agrandies puis partiellement rebouchées. Sur la gravure du Monasticon Gallicanum on a peut-être remarqué des armoiries au-dessus d'une fenêtre. Elles ont été démontées au XIXe siècle lorsque la partie supérieure de la tour a été démolie.

Lire aussi: Villeneuve-Saint-Georges : Analyse de l'élection et de son impact financier

Bien que ces armoiries qui autrefois étaient peintes de couleurs vives soient aujourd'hui très dégradées, on devine les bandes horizontales, les fasces, de l'écu des Du Chastel, les puissants seigneurs de Trémazan qui ont toujours revendiqué la création de l'abbaye. Nous reviendrons à cet endroit à la fin de la visite.

Le cœur de l'abbaye : l'église abbatiale

L'église, même en ruines, est bien sûr le bâtiment principal de l'abbaye. Nous allons entrer dans l'église abbatiale par l'une des portes latérales à partir de l'emplacement du cloître. Par cette porte, les moines accédaient directement aux stalles qui leur étaient réservées dans le chœur liturgique. Contre les colonnes : restes de mur du chœur liturgique.

On verra plus loin que ce chœur qui obstruait la nef n'a pas toujours existé. L'arc intérieur est en plein cintre. Comme le portail, une porte secondaire latérale aujourd'hui fermée par une grille donne sur le terrain militaire. Le bas-côté nord est étroit et sombre. Les fenêtres hautes sont en plein cintre. Selon certains spécialistes, ce procédé de construction destiné à rattraper par endroits des niveaux différents serait typiquement roman. Cette partie de l'édifice daterait du deuxième quart du XIe siècle.

Les quatre piliers des deux premières travées de la nef sont en calcaire. On le reconnaît facilement car la pierre se dégrade. Mais les premiers arcs que ces piliers supportent ne sont pas romans. On est à la fin du XIe siècle. C'est l'époque où le duc de Normandie Guillaume le Conquérant vient d'envahir l'Angleterre. Celle aussi des grands pèlerinages, et l'on va préparer la première croisade. Il est déroutant car à l'origine, il était aussi étroit que le bas-côté nord.

Pour agrandir l'édifice, les moines ont tiré profit du terrain qui s'étendait vers la mer, au sud de l'église abbatiale. Le nouveau bâtiment ( repère rouge ) vu du phare. Mais dès la troisième travée, nous voyons que l'architecture change encore. Et l'on passe ensuite à des piliers tantôt octogonaux, tantôt ronds en granite. Les arcs, plus élevés, sont moins massifs. Les pierres de schiste gris qui les constituent ainsi que celles du mur qui les surplombe sont plus petites et d'origine différente.

Lire aussi: Analyse de SARL CVF et HOLDING CVF

Manifestement, la partie supérieure du pignon Ouest a été dédoublée afin d'accueillir une charpente moins élevée. Vue depuis l'extérieur : au premier plan, le mur Nord au sommet arasé. Comme le nouveau bâtiment ne suffisait pas, les moines ont construit perpendiculairement à la nef deux nouvelles extensions, plus ou moins copiées sur l'aile Sud du transept.

Les extensions possédaient dans le nouveau mur Sud plusieurs sorties en plein cintre que l'on a murées. Pour la petite communauté, ces travaux colossaux ont dû prendre des dizaines d'années. Et pendant ce temps, les techniques évoluaient. De nouveaux moines arrivaient, venant d'autres abbayes. Ils avaient participé à d'autres chantiers, avaient vécu d'autres expériences.

L'influence anglaise et la transition gothique

Le duc Conan IV, sous la menace d'une guerre avec le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt, laisse les Anglais maîtres de la Bretagne depuis 1158 jusqu'à sa mort en 1168. Et le maître d'œuvre breton du chantier est remplacé par un Anglais qui va imposer l'architecture pleinement gothique qu'il connaît bien.

Des sondages effectués par Michel Le Goffic au pied de deux piliers du collatéral Sud ont révélé un denier tournois en argent de Louis VIII qui a régné de 1223 à 1226. Or de part et d'autre de la nef, le long de ces colonnes, on observe la présence d'un ressaut ou d'une colonnette. On en déduit qu'une cloison transversale devait s'y appuyer.

Au Moyen Age, les fidèles assistaient debout aux offices. Mais nous sommes dans une abbaye. Seuls les moines, à l'abri des regards dans le chœur liturgique, disposaient de stalles équipées d'une miséricorde qui leur permettait de s'asseoir discrètement. Ce mur pourtant très épais a été détruit puis réparé sommairement. Une démolition volontaire car on voit mal quelle autre cause aurait pu en venir à bout. On a donc, à une époque, voulu supprimer le chœur liturgique et plus tard on l'a rétabli. Une destruction lors d'un pillage ?

Lire aussi: Activités de COQUEN ERIC SARL à Saint-Nazaire

Le transept, le déambulatoire et les chapelles

Le transept de l'église a été considérablement modifié. Il ne subsiste de son aile Nord qu'un pan de mur et des traces d'arrachement. La grande fenêtre ogivale que l'on voit à gauche éclairait un passage vers la prison et la tour à feu. De hautes voûtes en croisées d'ogives surplombent encore la partie centrale du transept. Ces fenêtres hautes sont très ouvragées.

Le bas-côté Nord de l'édifice court vers l'Est en ligne droite. Au-delà du transept, il est prolongé par un déambulatoire qui fait le tour du chœur. Le bas-côté Nord et au fond le déambulatoire qui débouche sur l'unique chapelle rescapée. Trois absides occupées par des chapelles prolongeaient autrefois le chevet plat de l'église. Mais la construction du phare n'a laissé en place que celle située au Nord.

Dès que l'on quitte le chœur par son mur éventré, on se trouve dehors à l'emplacement de l'abside centrale détruite. Elle était longue de deux travées. La chapelle qui l'occupait était dédiée à Notre Dame de Lorette. La chapelle Sud, dédiée à Sainte Marguerite, n'existe plus. On peut s'interroger sur la raison qui a conduit l'architecte du phare à raser deux chapelles de l'église alors que cette nouvelle construction pouvait être décalée de quelques mètres vers l'Est.

Mais au début du XIXe siècle, on n'avait pas la même notion de patrimoine qu'aujourd'hui. L'église abbatiale était en ruines depuis presque une centaine d'années. Elle ne pouvait plus avoir aucune utilité puisque les bâtiments du monastère avaient été détruits. Pour des raisons de sécurité, bien avant la Révolution, les offices ne se déroulaient plus que dans la chapelle Notre-Dame de Grâce voisine qui était l'église paroissiale. Et les ruines n'avaient plus aucun intérêt. Le phare, au contraire, représentait la modernité, la vigilance et le secours aux marins.

Problèmes structurels et conservation

Les visiteurs sont toujours intrigués par l'étonnante inclinaison des pignons des deux extensions. On a vraiment l'impression qu'ils ne vont pas tarder à s'écrouler. Les spécialistes proposent diverses causes à cette inclinaison vers la mer : une trop importante poussée de l'ancienne toiture en ardoises, insuffisamment contenue par les premiers contreforts. Ou encore un tassement du sol dû aux coups de boutoir des vagues dans les grottes marines sous-jacentes.

Des traces semblables, comportant même des débris d'ardoises, se prolongent jusqu'au sommet du bâtiment. Lorsqu'en 1656 le Parlement de Bretagne avait confié l'abbaye de St-Mathieu à la congrégation bénédictine réformée de Saint-Maur, l'état des bâtiments monastiques était déplorable. C'est grâce à des fouilles archéologiques dans le terre-plein précédant la tour que cette plateforme a été mise au jour.

La cave du monastère mauriste est une pièce voûtée, tout en longueur, et éclairée par deux fenêtres semi-enterrées tournées vers l'Est. Assez humide, elle a été partiellement couverte d'un plancher pour assurer la sécurité des visiteurs. L'association des Amis de Saint-Mathieu y a installé provisoirement des chevalets avec des panneaux explicatifs. Du vin de messe, bien entendu.

Le site aujourd'hui : parcours, visites et mise en valeur

La commune de Saint-Mathieu-de-Tréviers possède un riche patrimoine historique et archéologique, parcours patrimoine. Plusieurs sites du néolithique, des cimetières Wisigoth, des vestiges romains, et surtout l’emblématique château de Montferrand bâti à partir du 11e siècle, et qui fait l'objet d'un grand projet de réhabilitation.

Le parcours du patrimoine que décrit Margareth Alcaide Villanova, guide conférencière, est situé en face du caveau Vignoble des 3 Châteaux, la cave coopérative. La balade vous mènera sur un parcours de 4km vers différents lieux emblématiques de la commune, allant du milieu du XIXe siècle au dernier quart du XXe. Un bon moyen d'en savoir plus sur l'histoire des deux villages à l'origine, et de leurs habitants, grâce à des panneaux explicatifs.

Sur chaque panneau une photo d'autrefois, des informations et un QR code qui vous dirige vers le site de la ville et vous permettra d'en savoir encore plus. Programme des visites guidées et inscriptions sur le site grandpicsaintloup-tourisme.fr.

Informations pratiques

  • Visites guidées et balades patrimoine proposées par l'Office de tourisme du Grand Pic Saint-Loup.
  • Parcours pédestre d'environ 4 km, panneaux explicatifs avec photos anciennes et QR codes.
  • Le site comporte des ruines ouvertes à la découverte, une cave mauriste aménagée pour les visiteurs et des espaces où les Amis de Saint-Mathieu exposent des panneaux.

Tableau récapitulatif des éléments patrimoniaux visibles

ÉlémentDescription
Tour à feu / clocherAncienne tour fortifiée, hauteur réduite, armoiries démontées au XIXe siècle
Église abbatialeÉvolution romane à gothique, nef, transept, chœur liturgique, déambulatoire et chapelles
Monastère mauristeVestiges, cave voûtée, emplacements du logis abbatial et des dépendances
PhareConstruction du XIXe ayant entraîné la destruction de deux chapelles

Nous en avons terminé avec cette longue visite d'un patrimoine exceptionnel. Il vous reste à mettre un peu d'ordre dans les images dont vous vous souviendrez.

balises:

Articles populaires: