La Définition de l'Artisanat en Allemagne : Un Pilier Économique et Culturel

L'artisanat en Allemagne est un secteur économique vital et un élément essentiel de l'identité culturelle du pays. Il occupe une place prépondérante dans le Mittelstand, le tissu des petites et moyennes entreprises allemandes.

En Allemagne, l'artisanat occupe 20 % de la population active et réalise un chiffre d'affaires annuel d'environ 1 000 milliards de DM, soit trois fois plus que l'automobile. 6,7 millions de personnes travaillent dans les 852 000 entreprises artisanales recensées, ce qui correspond au quart des PME/PMI. En moyenne, elles occupent 11 personnes (les trois quarts d'entre elles cependant n'ont que 1 à 9 employés).

Contrairement à d'autres pays, ni la taille de l'entreprise, ni le volume du chiffre d'affaires ne sont, en Allemagne, des critères de distinction de l'artisanat au sein du Mittelstand. Une seule caractéristique - l'exercice d'un métier dûment répertorié - permet de délimiter statutairement le groupe des entreprises artisanales parmi les PME/PMI, dont il n'est qu'un sousensemble.

L'artisanat est omniprésent et, avec en moyenne un peu plus de huit entreprises artisanales pour 1 000 habitants, il est équitablement réparti sur l'ensemble du territoire. Bien que, ces dernières années, la croissance de l'artisanat soit restée inférieure de quelques points à la croissance allemande, le secteur reste remarquablement stable : avec 4,6 %, son taux d'insolvabilité est moitié moindre que la moyenne nationale (8,5 %).

La stabilité globale de l'artisanat repose surtout sur la réactivité et la flexibilité des entreprises du secteur : elles sont de faible taille, et disposent d'un système de veille assez développé. Cette double représentation institutionnelle reflète elle aussi le multipositionnement économique, structurel et interprofessionnel de l'artisanat allemand.

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Structures de l'Artisanat Allemand

L'artisanat allemand se caractérise par une double organisation : professionnelle et statutaire.

  • Au niveau de chacun des métiers subsiste une corporation (Innung), dont la fonction se limite aujourd'hui au transfert des savoirs professionnels et, plus important, à l'autorégulation éthique et professionnelle de ses membres.
  • Parallèlement à ce mode d'organisation qui traduit l'héritage culturel de l'artisanat, les chambres de métiers (Handwerkskammer) sont le mécanisme réglementaire qui régit ce secteur.

Ce sont des collectivités de droit public à l'échelon de la circonscription auxquelles les entreprises artisanales doivent adhérer obligatoirement. Elles proposent diverses prestations qui englobent des conseils techniques, économiques et juridiques ainsi que des conseils concernant la formation professionnelle. Elles tiennent le registre de l'artisanat et sont responsables de l'organisation des examens et de la délivrance des diplômes professionnels dans le système dual. Les chambres de métiers défendent également les intérêts de l'artisanat envers les pouvoirs publics. Au niveau de chaque Land, ces chambres sont réunies dans les assemblées permanentes régionales des chambres de métiers (Landeshandwerksvertretung). Les 56 chambres de métiers sont en outre rassemblées dans le Deutscher Handwerkskammertag, le DHKT (Assemblée Permanente des Chambres de Métiers Allemandes).

Au total, à tous les échelons administratifs, l'artisanat est ainsi doublement représenté : professionnellement (coutume) et institutionnellement (réglementation) à la fois.

Si l'artisanat fait partie intégrante du Mittelstand, il n'en constitue pas moins un secteur très spécifique, légalement défini par deux critères indissolublement liés :

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  • L'affiliation obligatoire de l'entreprise à la chambre de métiers dès lors qu'elle remplit les critères du Code de l'artisanat (Handwerksordnung).
  • La présence d'un maître-artisan (Meister) à la tête de l'entreprise ou, à défaut, parmi les employés.

Pour relever du Code de l'artisanat, l'entreprise doit remplir un ensemble de critères : faible taille de l'entreprise, prédominance du travail manuel, fabrication sur commande, qualification du personnel, formation d'apprentis et, enfin, présence d'un Meister. Mais ces critères doivent être associés à une seconde caractéristique : l'exercice de l'un des métiers (Beruf) appartenant à la nomenclature établie par la loi régissant l'artisanat (Gesetz zur Ordnung des Handwerks), promulguée en 1953 et amendée pour la dernière fois en 1998.

Cette nomenclature évolutive, établie en annexe à la loi sur l'artisanat, se compose de deux volets. Chacun de ces volets (les annexes A et B à la loi) rassemble un certain nombre de métiers dans les sept groupes suivants, qui correspondent à autant de branches :

  • Alimentation
  • Bâtiment
  • Habillement
  • Textile et cuir
  • Travail du bois
  • Travail du métal et électricité
  • Santé, soins corporels et propreté
  • Verre, papier, céramique et divers

L'annexe A, qui régit l'artisanat au sens strict du terme, énumère 94 métiers, de boulanger et menuisier à imprimeur, luthier ou photographe. 680 000 entreprises relèvent de l'artisanat au sens de cette annexe A. Il s'y ajoute une seconde liste (l'annexe B), comprenant 57 « métiers assimilés » (handwerksähnlich), par exemple : esthéticienne, polisseur de métal ou accordeur de pianos. Cette catégorie compte un peu plus de 150 000 entreprises. Ces deux annexes régissent l'ensemble de l'artisanat allemand, qui occupe ainsi près de 6,7 millions de personnes au total.

Le fait que deux listes distinctes aient été établies tient à un seul critère : la présence (annexe A) ou l'absence (annexe B) d'un maître-artisan (Meister) à la tête de l'entreprise ou dans l'équipe. Autrement dit, ce compromis permet de renouveler en le modernisant le parc d'entreprises et, de maintenir un certain niveau de l'emploi (quatre emplois en moyenne par entreprise nouvellement créée).

Le Meister : Spécialiste, Entrepreneur et Instructeur

L'artisanat allemand au sens strict se caractérise en effet par la présence obligatoire d'un Meister dans l'entreprise. Ce « maître-artisan » a un statut unique : il réunit les qualités de spécialiste dans son métier, d'entrepreneur et d'instructeur. Ce triple statut le distingue de son homologue de l'industrie qui s'assimile au contremaître français, né avec l'adaptation du système dual au monde nouveau qu'était l'industrie au début du siècle.

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Pour devenir Meister, il faut en effet avoir été apprenti et gravir les échelons de la formation continue (Aufstiegsfortbildung). A l'issue de sa formation qui dure en règle générale trois ans, l'apprenti passe un examen à l'issue duquel il est Geselle (ouvrier qualifié). Ensuite, s'il veut devenir Meister, ce Geselle doit exercer son métier pendant trois ans dans une entreprise artisanale, puis suivre une formation continue (Meisterkurs), sanctionnée par un examen : le « Grand Brevet d'Aptitude » (Groβer Befähigungsnachweis) qui lui donne, avec le titre de Meister, le droit de se mettre à son compte et l'habilitation à former des apprentis.

Le défi majeur pour l'avenir de l'artisanat allemand consiste dès lors à préserver la qualité du recrutement à la fois professionnel et patronal.

Meisterbrief

Exemple de Meisterbrief

L'Instructeur de la Nation

L'artisanat joue un rôle-clef dans la formation professionnelle duale allemande : alors qu'il occupe 20 % seulement des actifs allemands, il forme 40 % des apprentis, soit 625 000 apprentis par an, dont environ 200 000 entrants. C'est donc sur l'artisanat que repose pour l'essentiel la formation en alternance qui constitue non seulement l'un des éléments de la compétitivité, mais également un facteur essentiel de la cohésion sociale allemandes.

La prééminence de l'artisanat dans le système dual allemand s'explique par la rentabilité de ce type de formation. L'apprenti est un salarié dont la productivité progresse rapidement au fil de sa formation, ce qui permet à l'entreprise formatrice de rentabiliser rapidement son investissement. Au fil du siècle écoulé, ce modèle où s'affirme le primat de l'entreprise comme lieu dispensateur de qualification et d'éthique professionnelle s'est certes généralisé à l'industrie et aux services, mais l'artisanat est demeuré le principal ‘instructeur de la nation’, culturellement et économiquement à la fois.

Apprentissages par groupes de métiers

Les places d'apprentissages par groupes de métiers

Les métiers artisanaux les plus importants en nombre ou les plus dynamiques recrutent le plus d'apprentis. Aujourd'hui, près de la moitié des apprentis est formée dans les métiers du métal et de l'électricité (47,2 %).

Globalement, dans sa version idéaltypique, le système dual continue de faire ses preuves, malgré quelques ratés largement médiatisés. Or si ce cas particulier n'est que le fruit d'une imprévoyance conjoncturelle, l'artisanat subit depuis quelques années plusieurs tendances structurelles, moins médiatisées, mais autrement graves dans leurs effets potentiels. Elles se traduisent principalement par un problème de recrutement - à tous les échelons -, d'origine à la fois conjoncturelle et structurelle.

Tableau récapitulatif de l'artisanat allemand

Caractéristique Description
Population active 20%
Chiffre d'affaires annuel Environ 1 000 milliards de DM
Nombre d'entreprises 852 000
Personnes employées 6,7 millions
Taux d'insolvabilité 4,6 %
Affiliation Obligatoire à la Chambre de métiers (Handwerkskammer)
Condition essentielle Présence d'un maître-artisan (Meister)

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