Artisanat du machmoum tunisien et bijoux en argent : histoire et fabrication
L’histoire de la Tunisie est riche des différentes civilisations qu’elle a connues et des hommes qui ont perpétué son éclat à travers les temps. Le patrimoine artisanal de la Tunisie porte, aujourd’hui, l’empreinte de chacun d’eux, qu’il soit nomades, carthaginois, romains ou arabo-musulmans. L’artisanat tunisien est un domaine très riche et diversifié qui reflète l’histoire et la culture du pays.
Le contexte culturel et la permanence du "fait main"
Au hasard d’une ruelle, au milieu des poules et des ânes, dans des ateliers parfois vétustes, assis par terre à la maison, en solitaire ou en famille, il y a toujours quelque chose de manuel qui se trame en Tunisie. Dans un contexte politique et économique complexe, le “fait main” demeure plus que jamais sacré et vital pour la préservation des traditions et des savoir-faire. Aujourd’hui, l’artisanat tunisien contemporain est à l’image du pays: moderne avec une empreinte de tradition. A travers une démarche qui consiste à réhabiliter les métiers d’art traditionnels, les maîtres artisans, potiers et céramistes, tisserands de laine de soie, artisanes de tapis, bijoutiers, ébénistes et tailleurs de pierre… perpétuent ces traditions donnant lieu à de superbes créations, certes héritées du passé, mais, mises au parfum et repensées au gré des tendances contemporaines.
Le tissage amazigh et les pièces du trousseau
L’artisanat le plus répondu au Dahar est le tissage. A l’image de la culture Amazigh, il est riche et métissé. Il est le reflet d’un savoir faire ancestral transmis de génération en génération. Fait main à 100% et à partir de laine naturelle, il s’érige pour certaines pièces à de l’art. La place importante qu’occupe le tissage dans le Dahar lui confère une valeur hautement symbolique.
Le Klim est un tissage de laine composé de bandes unies parallèles de diverses couleurs, servant de tenture murale ou de tapis de sol. C’est autre tissage de laine utilisé comme tapis de sol, est richement décoré de motifs “ragma”. Le Bakhnoug est un rectangle de laine utilisé comme châle par les femmes. Il peut être porté sur les épaules ou couvrir la tête. Des motifs géométriques le décorent, tissés avec des fils en coton de couleur blanche ou multicolores. La qualité du tissu ainsi que les motifs qui le parent varient selon les régions et son utilisation prévue.
La plupart des pièces du tissage Amazigh ; Klim, Bakhnoug, Taajira, Ketfia et bien d’autres sont destinées au trousseau de la mariée ; la famille du mari, quant à elle, se charge de tisser le Mergoum. Vous pouvez découvrir ses tissages dans les différentes boutiques d’artisanat. Les tissages des artisans du village de Toujane chez Abdallah Dadi à Escale Belle Vue. Les kilims et couvertures en laine sont tissés sur mesure par Mlouka avec de la laine de mouton. Un art enseigné par sa mère.
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Poterie, faïence et autres savoir-faire liés
Poterie de Sejnane: Ce savoir-faire, exclusivement féminin, se transmet depuis le II millénaire av. J.-C., de mère en fille, au cœur des terres argileuses du massif du Mogod. En 2018, il a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, en reconnaissance de ce geste ancestral. Chaque étape-extraction, façonnage manuel sans tour, séchage à l’air, cuisson à même le sol avec bouse et bois, puis déco enrichie de pigments naturels inspirés des tatouages berbères-fait de la poterie de Sejnane un art vivace et profondément enraciné. Des figures comme Om Jomaa, Lamia ou Habiba symbolisent la transmission de la mémoire collective.
Céramique de Nabeul: La tradition céramique de Nabeul plonge ses racines dans l’Antiquité, déjà active à l’époque romaine pour la production d’amphores d’huile ou de vin. Au Moyen Âge, l’art se maintient, mais c’est à l’arrivée des familles potières andalouses, notamment les Kharraz, que la ville retrouve un nouvel essor, avec l’introduction du vernis au plomb. Aux débuts du XXe siècle, des dynasties comme les Tissier (originaire de France) fusionnent innovation européenne et savoir-faire local, faisant de Nabeul la capitale de la faïence tunisienne.
Foutas, chéchias et verre soufflé : diversité des matières
Foutas: Les foutas, serviettes traditionnelles tissées en coton, trouvent leur origine dans les anciens hammams tunisiens où elles remplaçaient les serviettes-éponge. Légères, absorbantes et à séchage rapide, elles sont devenues au fil du temps un accessoire polyvalent, adopté autant à la plage qu’à la maison. Réinventées par les artisans avec des motifs et couleurs variés, elles s’utilisent aussi comme écharpe, nappe ou élément décoratif, alliant praticité et esthétique.
Chéchias: Les chéchias, des calottes de laine rouge, sont un élément traditionnel de la tenue masculine tunisienne. Elles sont fabriquées à la main et peuvent être décorées de Venue d’Espagne avec les Morisques, la chéchia s’ancre durablement en Tunisie. Dès la fin du XVIIe siècle, trois souks entiers dans la médina de Tunis lui sont dédiés, témoignant de l’essor économique de cet artisanat. Sa fabrication était collective : tricotage à l’Ariana, couture à Bab Souika, teintures à Zaghouan… Un processus long, parfois segmenté en plusieurs mois. À partir des années 1950, la chéchia décline face aux productions industrielles ; les artisans ont alors tenté un renouveau dans les années 1990 avec des modèles plus modernes, mais le secteur reste fragile.
Verre soufflé: Le verre soufflé en Tunisie perpétue un savoir-faire artisanal introduit durant l’Antiquité, puis perfectionné à l’époque islamique. Les maîtres verriers, travaillant la matière en fusion à plus de 1000 °C, lui donnent forme en soufflant à travers une canne creuse. Chaque pièce - qu’il s’agisse de vases, de lampes ou de verres - se distingue par de légères variations, signe d’un travail entièrement manuel. Aujourd’hui encore, des ateliers, notamment autour de Tunis et de Djerba, préservent cet art où transparence, couleur et lumière se rencontrent.
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Bijoux en argent : héritage, techniques et symbolisme
L’orfèvrerie en argent en Tunisie est un art séculaire où tradition et finesse se conjuguent pour donner naissance à des pièces uniques. Des souks animés aux ateliers d’artisans, plongez dans l’univers fascinant de la fabrication des bijoux en argent et découvrez les secrets d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Le travail de l’argent est répandu dans plusieurs régions d’Afrique. De nombreux peuples d’Afrique centrale et de l’ouest l’utilisent pour créer des bijoux. Les Berbères, réputés pour leur savoir-faire, auraient introduit cette technique en Afrique du Nord, expliquant ainsi la popularité de cette tradition en Tunisie.
En Tunisie, le travail de l’argent est une tradition ancienne, autrefois perpétuée par la pratique de la dot. Autrefois, pour obtenir la main d’une jeune fille, les hommes offraient de nombreux bijoux et objets en argent à leur future belle-famille. Bien que cette pratique soit aujourd'hui en déclin, on trouve toujours des orfèvres utilisant les techniques traditionnelles telles que le repoussé ou le filigrane dans le quartier des bijoutiers de la médina. En martelant leur ciseau avec un marteau, ils parviennent à façonner des dessins élaborés dans l’argent, témoignant du raffinement et du savoir-faire ancestral des artisans locaux.
Des techniques traditionnelles: Le filigrane : Tresser des fils d’argent pour créer des motifs délicats. La gravure : Réaliser des motifs complexes et symboliques sur les pièces. Les Phéniciens et les Romains ont laissé leur empreinte sur la fabrication des bijoux en Tunisie, utilisant l’argent pour confectionner des pièces uniques et sophistiquées.
Les bijoux en argent de Djerba reflètent un héritage berbère et andalou transmis depuis des siècles. Ornés de motifs géométriques ou symboliques, ils sont souvent travaillés en filigrane ou incrustés de pierres colorées comme le corail ou l’ambre. Bracelets, colliers, boucles d’oreilles et pendentifs ne sont pas seulement des ornements : ils portent aussi une valeur protectrice et identitaire, liée aux traditions des communautés juives et musulmanes de l’île. Aujourd’hui encore, ces pièces uniques, façonnées à la main, figurent parmi les souvenirs les plus prisés des visiteurs.
Identités régionales et symboles
Des bijoux aux identités régionales fortes: À Gabès : Les bijoux en argent se caractérisent par des formes géométriques distinctives. À Djerba : Les influences berbères se font particulièrement sentir dans les créations. Des bijoux chargés de symbolisme: Les bijoux en argent ne sont pas de simples accessoires. Dans les zones rurales et chez les femmes berbères, de gros bijoux rustiques étaient portés et sont aujourd'hui porteurs de significations culturelle et spirituelle. Par exemple, certaines bagues et bracelets sont censés protéger contre le mauvais œil. La khomsa.
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Ateliers, souks et transmission familiale
Les souks de la médina de Tunis sont une concentration de tous les savoir-faire. Les tanneurs, bijoutiers, vendeurs d’épices ou tisserands sont rangés par quartiers. Plus loin, dans le souk de l’argent, Hamed el-Mnouchi fabrique sur mesure les plus beaux bijoux de la médina. Bracelets en argent massif, merveilles berbères et autres fibules de Djerba et de Saxe sont cachés par centaines dans des tiroirs en bois.
Souheil Fitouri, la petite trentaine, fabrique des babouches (balgha en tunisien), fameux chaussons de cuir qui firent la renommée d’une confrérie du XIIIe siècle, dès l’époque hafside. Il est la 4e génération d’une famille de fabricants. Nasser Chaouachi est fabricant de chéchias. Mehdi, qui travaille ici depuis quinze ans, nous confesse que la tradition se perd et qu’ils sont dans les derniers à les réaliser encore dans les règles de l’art. Mohamed Mkni, c’est l’as de la djellaba, qu’on appelle ici la “djheba”. Trente-cinq ans qu’il a commencé ici comme apprenti et qu’il enseigne à son fils l’art de la broderie.
Marchés, salons et diffusion internationale
Le produit artisanal issu de ce savoir-faire répond aux standards internationaux en termes de qualité et de style. Neuf créateurs de l’artisanat haut de gamme tunisien dont le savoir-faire allie tradition et modernité, vous proposent leur inspiration tunisienne. Déjà repérés par des marques prestigieuses pour la décoration, des particuliers ou des acheteurs professionnels, ils seront réunis cette année au salon international Maison & Objet. Une sélection composée d’accessoires de mode et complétée par de l’aménagement d’extérieur et intérieur, l’art de la table et le linge de maison.
Toutes ces collections inédites et de qualité sont réalisées dans des matières issues de l’artisanat traditionnel local et revisitées à la lumière des tendances urbaines et internationales. Une opportunité privilégiée pour s’informer sur les dernières innovations et tendances de l’artisanat tunisien, et dénicher des produits d’exception. Un concept responsable: La tendance est aux valeurs sûres, aux objets qui véhiculent une histoire et dont l’esprit éthique apporte ses lettres de noblesse dans l’acte d’achat.
Où trouver des bijoux en argent et pièces artisanales
Les souks et marchés artisanaux de Tunisie constituent des lieux idéaux pour dénicher des pièces uniques et authentiques. Joyaux de la Médina: Depuis 1988, Joyaux de la Médina perpétue l’art de la bijouterie tunisienne avec passion et raffinement. Alliant traditions ancestrales et touches contemporaines, chaque création reflète un savoir-faire unique, mêlant élégance et authenticité. HM Bijoux: Découvrez HM Bijoux, des créations originales qui ajoutent une touche d'élégance à votre quotidien.
Exemples d’ateliers et de projets contemporains
La Liste Tunisienne est née d’une passion que Laurence entretient depuis toujours avec l’artisanat. En travaillant avec les artisans des quatre coins du pays, elle rend hommage à son pays, à sa famille, dont elle admire le talent, et à sa chère mère Odette qui l’a toujours inspirée. À La Soukra, dans leur show-room de deux étages, c’est plusieurs savoir-faire et plusieurs régions que l’on reconnaît au travers des meubles, objets, étoffes et autres créations raffinées.
De retour vers le quartier carthaginois de Salammbô, nous faisons la connaissance des Sfar, une famille à l’origine de “Tinja”, un concept unique d’aménagement intérieur qui aspire à une relecture contemporaine des traditions artisanales tunisiennes. À l’origine de ce projet, Salah Sfar, d’une élégance rare, son épouse Zeineb Sfar, styliste de mode passionnée de voyages et de matières, et leur fille Yasmine, architecte d’intérieur. Derrière Tinja repose une tradition de la transmission, celle d’une famille qui voue une passion à l’enrichissement et à la modernisation du patrimoine tunisien.
Tableau récapitulatif des savoir-faire mentionnés
| Artisanat | Région / Origine | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Tissage (Klim, Bakhnoug, Mergoum) | Dahar, régions amazighes | Laine naturelle, motifs géométriques, trousseau de la mariée |
| Poterie de Sejnane | Massif du Mogod | Transmission féminine, cuisson au sol, pigments berbères |
| Céramique de Nabeul | Cap Bon, Nabeul | Faïence, influences phénicienne/andalouse, production de masse artisanale |
| Bijoux en argent | Djerba, médina de Tunis, Gabès | Filigrane, repoussé, symbolisme protecteur |
| Verre soufflé | Tunis, Djerba | Soufflage manuel, variations singulières |
Qu’il est bon de se perdre dans les ruelles et les patios intimes de cette médina. Pousser les portes de ses galeries d’art, aborder ses passants et se laisser conter sa vie communautaire et l’histoire de son architecture. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, elle regorge de coins et recoins méconnus.
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