Histoire et définition des arts et de l'artisanat
"L'art du savoir-faire". Voilà une jolie expression pour décrire ce qu'est l'artisanat. De plus en plus populaire, ce secteur attire celles et ceux qui souhaitent façonner le monde de leurs propres mains. Mais savez-vous réellement ce qu'est l'artisanat ?
L'artisanat désigne l'ensemble des métiers et des activités qui impliquent la création, la transformation ou la réparation d'objets à la main, en utilisant des techniques et des savoir-faire spécifiques. Les personnes travaillant dans ce secteur sont des artisan·es. Les Chambres de Métiers de l'Artisanat distinguent 4 grands secteurs d'activités qui relèvent de l'artisanat : l'alimentation, le bâtiment, la fabrication et les services. Au total, ce domaine compte près de 250 métiers différents.
Exemples de métiers artisanaux
Pour y voir plus clair, voici quelques exemples de professions artisanales :
- Boulanger·ère
- Coiffeur·euse
- Électricien·ne
- Couturier·ère
- Cuisinier·ère
- Peintre
- Fleuriste
- Esthéticienne
- Maçon·ne
- Ébeniste
- Céramiste
- Sculpteur·ice
- Imprimeur·euse
Origines et évolution historique
Depuis quand l'artisanat existe-t-il ? Eh bien, depuis la nuit des temps ! Les premiers hommes ont commencé à façonner des outils à partir de matériaux naturels tels que la pierre, le bois et l'os. Les invasions barbares, en coupant les courants d'échanges, cantonnent l'activité manuelle dans l'enceinte des villae (domaines ruraux). Cette « économie domaniale fermée » nécessitera la présence de travailleurs de tous les métiers vitaux pour une organisation qui se veut quasi autarcique : boulanger, tisserand, maçon, charron, sellier et autres auxiliaires de l'agriculture ; et aussi métiers des métaux entrant dans la fabrication d'armes et d'outils.
Au Moyen Âge, les artisan·e·s étaient des serfs, des personnes attachées à une terre, dont les biens et le travail reviennent au propriétaire de cette terre. Toutefois, en récompense ou en garantie de leur travail, il leur arrivait d'être affranchis, voire fieffés. À partir du IXe siècle, les artisan·e·s, ont fini par se regrouper en confrérie (confratriae) dont les traditions étaient fortement basées sur la religion. Ces confréries étaient à buts charitables et d'inspiration religieuse (chaque métier vénérait son saint patron).
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À l'époque carolingienne se développe dans les Flandres le travail du drap ; et les grandes foires de Champagne permettront, au Moyen Âge, de comparer expériences, techniques, procédés, malgré l'existence de secrets de fabrication souvent jalousement gardés. Mais, bien vite, surtout dans les monastères, apparaît un mécénat qui fera se déplacer, d'une abbaye à l'autre, les parcheminiers, orfèvres, verriers, sculpteurs.
Mis à part la distinction, selon la taille de l'entreprise et l'effectif employé, entre le « secteur des métiers » et la « manufacture », ancêtre de l'industrie, il faut attendre le XVIe siècle pour que la discrimination soit faite entre les « arts mécaniques » exercés par les « gens de métier » et les « arts libéraux » exercés par les artistes proprement dits.
Lors de l'industrialisation au XVIIIe siècle, l'artisanat s'est vu diviser en 2 catégories : l'artisanat de masse et l'artisanat de proximité. L'un favorisait le travail à la chaîne à la campagne et des productions en grande quantité, tandis que l'autre, une production limitée et diversifiée au cœur des villes. L'ambiguïté se maintiendra jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Ensuite l’artisanat va s’organiser, en réaction à la grande industrie. Ainsi en 1922 est constituée la Confédération générale de l’artisanat français (CGAF) ; et quelques années plus tard, en 1926, seront créées les chambres des métiers qui marqueront le début de l’institutionnalisation de l’artisanat. En 1928, les deux premières chambres du métier et de l'artisanat voient le jour. Puis, les entreprises artisanales sont apparues.
C'est finalement au XXe siècle que l'artisanat se démocratise peu à peu. Au XXe siècle on dénombre 10 arts, dans l'ordre : l'architecture, la sculpture, les arts visuels, la musique, la littérature, les arts de la scène, le cinéma, les arts médiatiques, la bande dessinée et les jeux vidéo. Au XXe siècle, suite à différents courants artistiques, notamment d'Art Nouveau et le Postmodernisme donne une autre dimension à l'artisanat. La notion d'artisanat d'art apparaît alors.
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En 1971, sont créés les centres de formation des apprentis (CFA). Ensuite la loi du 23 décembre 1982 est promulguée relative à la formation professionnelle des artisans ; le stage de gestion, préalable à l’installation est ainsi institué, assurant au futur dirigeant d’entreprise artisanale et à son conjoint une initiation à la comptabilité et une information sur l’environnement économique, juridique et social de l’entreprise artisanale.
Statut, formation et chiffres clés
Le titre d'artisan est encadré par la loi : ne peuvent prétendre au titre d’artisan que les personnes titulaires d’un diplôme de niveau 3 (3 années d’étude), ou d’un CAP ou justifiant d’une expérience professionnelle de 2 ans minimum dans sa discipline. Le titre de maitre artisan ou maitre artisan en métier d’art exigera un brevet de maîtrise ou d'un diplôme équivalent de niveau 4 dans le métier concerné ou après 2 ans de pratique professionnelle dans le métier.
Aujourd’hui l’artisanat représente 1.7 millions d’entreprises, soit 3 millions d’emplois pour un chiffre d’affaires de 300 milliards d’euros. Selon le baromètre de l'artisanat ISM/MAAF en mai 2022, 250 000 entreprises artisanales ont vu le jour en France en 2021. L’institut national des métiers d’art comptabilise 281 professions dans 16 domaines d’activité. 51 000 entreprises sont liées à une activité relative aux métiers d’art. La bijouterie-horlogerie et l’ameublement regroupent à eux seuls la moitié des artisans d’art. Les ateliers de création de bijoux fantaisie ont augmenté de 611 % depuis 2005. 81 % des entreprises d’art sont des sociétés unipersonnelles.
Art vs Artisanat : définitions et distinctions
L'art et l'artisanat sont deux formes d'expression qui ont façonné l'histoire humaine depuis des millénaires. Souvent considérés comme distincts, ils partagent cependant des points communs et des frontières parfois floues. Alors, qu'est-ce qui différencie vraiment l'art de l'artisanat ?
Qu'est-ce que l'Art ?
L'art, tel qu'il est communément perçu, est une forme d'expression créative visant à provoquer des émotions, des réflexions ou des questionnements. Les œuvres d'art sont souvent conçues comme des pièces uniques, où l'artiste cherche à traduire une vision personnelle, une émotion ou une idée abstraite. Peinture, sculpture, photographie, performance - ces œuvres sont souvent exposées dans des galeries ou musées, et visent principalement à enrichir l'esprit ou à questionner la société.
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L'art, dans cette définition, est vu comme une quête de beauté, d'innovation et d'abstraction. L'artiste n'est pas seulement un créateur d'objets, mais un penseur, un visionnaire.
Qu'est-ce que l'Artisanat ?
L'artisanat, quant à lui, désigne la création d'objets utilitaires ou décoratifs, souvent fabriqués à la main. L'artisan travaille avec des matériaux bruts tels que le bois, le métal, l'argile ou le tissu, pour créer des objets qui peuvent être fonctionnels tout en étant esthétiquement plaisants. Le terme "artisanat" met souvent l'accent sur le savoir-faire, les techniques et la tradition. L'artisanat est lié à la maîtrise de compétences spécifiques, souvent transmises de génération en génération. Il ne vise pas uniquement à créer des pièces uniques, mais à produire des objets qui peuvent avoir une utilité pratique.
Les différences principales
Intention : esthétique vs utilitaire
La différence la plus évidente entre l'art et l'artisanat réside dans leur intention. L'art est souvent destiné à provoquer une réaction émotionnelle ou intellectuelle. Il peut n'avoir aucune fonction pratique. L’art abstrait, par exemple, est purement conceptuel et n'a d'autre but que de susciter une réflexion ou un sentiment. L'artisanat, en revanche, tend à allier fonctionnalité et esthétique. Les objets artisanaux sont souvent conçus pour être utilisés : une poterie pour contenir des liquides, une chaise pour s'asseoir.
Reproductibilité
L’art tend à se concentrer sur la création d’œuvres uniques. Une peinture, une sculpture ou une installation sont rarement reproduits en série. L’artisanat, en revanche, peut impliquer une production en série. Bien que chaque pièce soit unique en raison du processus manuel, les artisans produisent souvent objets similaires ou reproduisent des modèles traditionnels avec des variations subtiles.
Similarités, zones grises et artisanat d'art
L'une des grandes similitudes entre l'art et l'artisanat réside dans la maîtrise du savoir-faire. Que ce soit un artiste qui sculpte une forme abstraite ou un artisan qui façonne un meuble, les deux nécessitent un haut degré de compétence, d'entraînement et de dévouement à leur pratique. Le processus créatif, qu'il soit artistique ou artisanal, repose sur une expertise technique que chaque créateur doit acquérir et affiner au fil du temps.
Les arts décoratifs brouillent souvent les frontières entre l'art et l'artisanat. Des objets tels que les tapisseries, les céramiques, les bijoux, ou le verre soufflé peuvent être à la fois des pièces utilitaires et des œuvres d'art. Ils sont souvent exposés dans des galeries et musées au même titre que des sculptures ou des peintures, et leurs créateurs peuvent être aussi bien perçus comme des artisans que des artistes.
Depuis le XXe siècle, la notion d'artisanat d'art se développe : l'artisan d'art est le gardien de techniques ancestrales tout en interprétant la matière de façon contemporaine. L’artisan d’art a une sensibilité artistique, d’esthète ET il maîtrise un savoir-faire technique appliqué à des matériaux non périssables.
Perspectives contemporaines
Dans notre société contemporaine, l'art et l'artisanat se complètent souvent. L'intérêt croissant pour les objets faits main, l'artisanat local et les produits durables a renforcé l'importance de l'artisanat dans le monde du design et de la décoration intérieure. De nombreux designers et artistes contemporains intègrent des techniques artisanales dans leurs œuvres, cherchant à reconnecter leur création avec un savoir-faire traditionnel tout en réinterprétant ces techniques à travers le prisme de l'art.
Consommer artisanal permet avant tout de préserver le patrimoine culturel de son pays. Consommer artisanal permet de contribuer à la préservation de la planète. Contrairement aux biens industriels qui font le tour du monde afin d'être assemblés, les produits artisanaux sont conçus localement. Tout comme leurs matières premières ! Céramique, terre, argile... Bien souvent, les artisan·e·s favorisent des matériaux éco-responsables et éthiques en circuit-court, c'est à dire, qu'ils·elles peuvent se procurer près de leur atelier. Moins de transports, c'est moins de gaz à effet de serre !
Enfin, consommer artisanal c'est choisir la qualité et la durabilité. Parfois plus chers que les produits industriels trouvés en magasin, les créations artisanales sont conçues pour durer dans le temps. Plus besoin d'acheter le même produit chaque année. Certains biens fabriqués à la main peuvent même durer toute une vie.
Débats et réflexions : l'interprétation compte
La frontière entre l'art et l'artisanat est donc très mince, voire subjective. Philosophe et sociologues s’entendent sur les notions d’utilité et de cause formelle de l’objet fabriqué. Dès le XVIIIe siècle, D’Alembert distingue l’art de l’artisanat par l’utilité de l’objet. Le philosophe Alain, en 1920 dans Le système des beaux-arts, ajoute la notion de cause formelle (chère à Aristote).
Ainsi, un créateur qui fabrique selon des plans, des mesures, pièce par pièce, relève de l’artisan. Un menuisier découpe du bois, prépare une assise puis un dossier, pour façonner une chaise. En cela, il est un artisan. L’objet préexiste à son exécution et à la pensée de l’artisan. En revanche, si au cours de son travail, il imagine une nouvelle version améliorée, il devient un artiste.
Pour certains créateurs, la distinction dépend de l'intention : si l'objet, qu'il soit utilitaire ou non, est conçu avec une volonté artistique, alors il transcende sa fonction pour devenir une œuvre d'art. En ce sens, il est possible que la différence entre l'art et l'artisanat ne soit qu'une question de perception et d'intention.
Vous êtes artisan d'art ou créatif?
L'artisanat d'art : cadre légal et sens
En France, l’artisanat d’art bénéficie d’un cadre juridique défini par l’article 22 de la loi Artisanat, Commerce et Très Petites Entreprises (ACTPE) de 2014, qui stipule : "Relèvent des métiers d’art les personnes physiques et les dirigeants sociaux des personnes morales qui exercent à titre principal ou secondaire une activité indépendante de production, de création, de transformation ou de reconstitution, de réparation et de restauration du patrimoine, caractérisée par la maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière et nécessitant un apport artistique." Cette définition fixe des critères tangibles : une maîtrise technique, une dimension artistique, et une production généralement réalisée à l’unité ou en petites séries.
Mais cette codification, aussi précise soit-elle, n’explique qu’une facette de l’artisanat d’art. Le cœur de cet artisanat, sa valeur intrinsèque, reste bien plus difficile à cerner. La diversité des profils et des pratiques fait de l’artisanat d’art un domaine en perpétuelle redéfinition. Pour beaucoup, l’artisanat d’art n’est pas seulement un métier, c’est une manière de vivre, une façon de voir le monde et d’y participer activement, avec sensibilité et conscience.
Valeur culturelle et sociale
Ces métiers représentent également des valeurs communes : la création, la durabilité, l’engagement humain. Les œuvres réalisées ne sont pas seulement des objets ; elles racontent une histoire, reflètent une culture, un territoire, et deviennent une forme de résistance à la mondialisation des biens standardisés. Ce n’est pas un hasard si le "slow made" séduit de plus en plus de consommateurs en quête de sens.
Pour comprendre la valeur de l’artisanat d’art, il est essentiel de plonger dans les réflexions de Richard Sennett. Dans son ouvrage "Ce que sait la main : La culture de l'artisanat", Sennett décrit l’artisanat comme une quête de qualité, plus qu’une simple production de biens. Il parle d’une valeur intrinsèque qui va au-delà des objectifs financiers, où le travail bien fait est une finalité en soi. Le processus de création s’appuie sur une maîtrise acquise par la pratique constante et la répétition, évoquant le système d’apprentissage des compagnons.
Pour Sennett, cette maîtrise ne se limite pas aux compétences techniques, elle engage une relation intime entre la main et l’esprit. L’artisan s’adapte, façonne la matière, et trouve sa satisfaction dans cette interaction directe, voire symbiotique, avec le matériau. Ce travail est à la fois un acte physique et un processus de réflexion intellectuelle qui redéfinit, à chaque geste, la nature de l’objet fabriqué.
Pratiques contemporaines et identité
J’ai cherché aussi la définition de ces deux termes dans le dictionnaire. Quand on ouvre virtuellement le Larousse on peut lire que l’artiste exerce un des beaux-arts, ou un art appliqué à un niveau supérieur à celui de l’artisan. Alors que l’artisan, il justifie d’une qualification professionnelle, d’une immatriculation au répertoire des métiers pour l’exercice d’une activité manuelle. Dans le Petit Robert, la définition de l'artisan est plus tendre : Personne qui fait un travail manuel, qui exerce une technique traditionnelle à son propre compte. Alors que l’artiste se voue à l’expression du beau.
La création commence-t-elle quand le geste devient artistique ? L’artisanat d’art réconcilie-t-il les deux ? La réponse dépend souvent du créateur : certains se sentent tour à tour artiste et artisan·e d’art selon les projets, les intentions et le contexte.
Cas pratiques et témoignages
L’art et l'artisanat coexistent, chacun enrichissant l'autre. L'artisanat est l'une des valeurs qui composent l'ADN de Meanwhile Boutique. Décoration, sacs, bijoux... Le collectif engagé de créateur·ices imagine, crée et façonne des solutions pour un monde durable. Chez Morta Bijoux, la créatrice oublie ces réflexions quand elle imagine, dessine et conçoit une nouvelle pièce de sa collection de colliers, bracelets ou boucles-d’oreilles.
Dans la pratique, certains artisans deviennent artistes en cherchant à pousser leur travail au-delà du fonctionnel pour en faire une œuvre symbolique ou conceptuelle. À l'inverse, des artistes peuvent emprunter des techniques artisanales pour leurs créations, brouillant encore davantage la ligne entre ces deux domaines.
Organisation professionnelle et terminologie
Faute de définition légale, les organismes professionnels eux-mêmes adoptent des appellations telles que Confédération nationale de l'artisanat et des métiers de France, ou Institut suisse de recherche pour les arts et métiers. Dans les pays méridionaux, les désignations reflètent fidèlement l'origine latine (ars) : que ce soit en Italie (artigianato), en Espagne (artesanado), au Portugal (artezanato). Les pays septentrionaux se réfèrent à la notion de travail manuel (Handwerk, handicraft).
Si l'on englobe dans l'artisanat, à l'instar du décret français du 1er mars 1962, les activités de production, de transformation, de réparation ou de prestation de services, son histoire est aussi vieille que celle des techniques qu'il applique. Il a subi en outre les avatars des sociétés et des civilisations.
Un domaine vivant et en mutation
La diversité des pratiques et des profils fait de l'artisanat d'art un domaine en perpétuelle redéfinition. Chaque artisan, par son histoire, ses choix, et sa manière unique de travailler la matière, contribue à redéfinir ce qu'est l'artisanat d'art. En fin de compte, il est probablement impossible d'enfermer cette pratique dans une définition unique, tant elle est vivante, diverse, et profondément humaine.
Ce témoignage vivant, entre tradition et innovation, apparaît comme un pont entre passé et présent : un artisanat qui préserve le patrimoine tout en s'inscrivant dans les enjeux contemporains de durabilité, d'esthétique et de sens.
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