Baisse des Subventions en Pays de la Loire : Crise et Contestations
Le budget 2025 des Pays de la Loire a été adopté vendredi 20 décembre par le conseil régional, une séance marquée par des tensions. L’opposition a vivement critiqué les coupes drastiques dans la culture, l’agriculture et le sport.
Alors que la baisse de l’aide de l’État aux finances locales représente 40 millions d’euros pour les Pays de la Loire, Christelle Morançais a annoncé aller au-delà, avec 82 millions d’euros de moins pour le budget 2025, provoquant une levée de boucliers notamment dans le monde de la culture. L’annonce de la présidente de la région Pays de la Loire Christelle Morançais (Horizons) d’opérer des coupes claires dans les subventions allouées notamment à la culture n’en finit pas de créer des remous.
« C’est un budget d’économies, de choix politiques forts pour l’avenir et de recentrage sur nos compétences prioritaires », a fait valoir Christelle Morançais dans un communiqué publié à l’issue du vote, estimant que « le sens des responsabilités l’a emporté sur les attaques, les caricatures et les mensonges ».
C’est « un budget de trahison (…) et de renoncement aux conséquences irréversibles », a déclaré l’élue Pascale Hameau (Les Écologistes) lors de la session. « Vous assumez de fracasser des vies (…) vous menez ce qu’on appelle un plan social », a renchéri l’élue Céline Véron (Place Publique).
Les passes d’armes dans l’hémicycle se sont multipliées entre élus, les uns pointant « une violence sans nom » à l’égard de Christelle Morançais, d’autres soulignant « le mépris » et des « appels au lynchage ».
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Manifestations et Inquiétudes
Dehors, quelques centaines de personnes ont manifesté devant l’hôtel de région, enchaînant les slogans contre un budget « criminel » pour le secteur de la culture, l’un des secteurs les plus touchés par les coupes budgétaires, comme l’agriculture. Ils étaient plus de 2 400 à manifester la veille, au début de l’examen du budget, et plus de 3 000 fin novembre.
« Concrètement, ça signifie que nous perdons d’ici deux semaines les deux tiers des subventions que nous touchons de la région, soit 30 % de notre budget annuel », s’est inquiété Jérémy Fabre, directeur de la Maison Gracq à Saint-Florent-le-Vieil, qui accueille régulièrement des écrivains en résidence. « Nous ne pouvons pas tout annuler à la dernière minute des résidences d’écriture, des événements littéraires. On nous oblige à être déficitaire. »
Pour Juliette Béranger, du Plongeoir, le Pôle National Cirque basé au Mans (Sarthe), le budget voté signifie « 100 000 € en moins en 2025 ». « C’est tout un écosystème qui est fragilisé », a-t-elle regretté.
Joanna Bartowiak, qui travaille dans le cinéma, a regretté « une décision terrible qui aura un impact pour toute la région. » « On parle souvent de la France qui rayonne à l’international grâce à sa culture.
À l’issue du vote, seules quelques dizaines de manifestants scandaient encore leur colère devant l’hôtel de région.
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Impact sur les Institutions Culturelles
Comme redoutées depuis décembre 2024, les coupes budgétaires ont bien eu lieu. La Région des Pays de la Loire finance à plus de 3 millions d’euros le budget de l’ONPL, mais n’a pas renouvelé la subvention supplémentaire de 190 000 €.
L’Orchestre des Pays de la Loire (ONPL) perd quant à lui 190 000 euros, soit 6% de sa subvention, selon Jean-Philippe Marteau, cor anglais solo de l’orchestre et représentant syndical Force ouvrière (FO).
D’autres mauvaises nouvelles sont arrivées début 2025 des départements de Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire, eux-mêmes confrontés à des difficultés budgétaires. Le budget de l’ONPL se chiffre à 12 millions d’euros, dont une enveloppe (1) de subventions et de participations statutaires de 8 762 656 €. La Sarthe et la Mayenne n’y contribuent pas. « La perte s’élève à plus d’un million d’euros.
Institution phare de la musique classique des Pays de la Loire, Angers Nantes Opéra perd près de 350 000 euros de la région, soit l’intégralité de sa subvention de fonctionnement - c’est-à-dire tout ce qui touche aux salaires, au matériel, aux décors, etc. La structure se voit aussi amputée d’environ 100 000 euros des départements ; des coupes budgétaires qui représentent au total 5% du budget annuel de la structure. « Le retrait de notre subvention de fonctionnement va déstabiliser un modèle économique qui avait déjà été fragilisé et pourrait abîmer le fonctionnement de l’Opéra, craint Alexandra Lacroix, directrice générale et artistique désignée d’Angers Nantes Opera.
C'est le cas notamment de l’ensemble baroque indépendant Stradivaria qui perd l’intégralité de sa subvention de 40 000 euros : 1/3 de son budget de fonctionnement. « C’est la remise en question de l’existence-même des structures comme les nôtres, des ensembles indépendants », nous dit Arnaud Auray, administrateur de Stradivaria. Depuis le vote, la semaine dernière, l’ensemble cherche donc de nouveaux financements : « On a lancé depuis quelques jours une campagne de financement participatif. Et puis, on va aller voir les entreprises, mais tout le monde va faire la même chose. Les entreprises vont toutes être très sollicitées pour participer au financement de la culture. »
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« Dès l’année prochaine, on va être obligés de faire des économies très importantes sur la programmation et sur les emplois d'intermittents. Les intermittents ont déjà été prévenus il y a une semaine qu’ils ne seraient pas réengagés l’année prochaine. »
Le Centre national de danse contemporaine (CNDC) d’Angers a par exemple appris le retrait de l’intégralité de sa subvention par téléphone, 30 minutes avant son conseil d’administration annuel, nous rapporte sa directrice adjointe Marion Colleter. Et depuis, impossible d’entrer en contact avec la région, nous dit-elle : « Il n’y a pas eu d’échange ! ».
Voici le tableau des coupes que Mediacités a pu vérifier à l’heure où nous publions (pas de confirmation officielle de la Région en revanche), avant le vote du budget 2025 le 19 décembre. Ce tableau est mis à jour régulièrement.
| Secteur | Impact |
|---|---|
| Culture | Perte d'environ deux tiers de l'enveloppe budgétaire |
| ONPL | Perte de 190 000 € (6% de la subvention) + 1 million d'euros par les départements |
| Angers Nantes Opéra | Perte de 350 000 € de la région et 100 000 € des départements |
| Stradivaria | Perte de l’intégralité de sa subvention de 40 000 € (1/3 du budget de fonctionnement) |
Sidérés, terrassés. Ce sont les mots employés par certains acteurs du secteur musical qui ont appris, depuis quelques semaines déjà, la baisse de leur subvention.
« Ces coupes budgétaires drastiques, qui touchent des secteurs essentiels comme la culture, le sport, l’insertion des jeunes, la solidarité et la transition écologique, auront des conséquences dramatiques pour nos communes et leurs habitants.
Au-delà de la Région, il ne faut pas oublier les concours importants des autres collectivités territoriales au financement de la culture.
Elle avait donné le ton en novembre 2024 sur le réseau social X, niant l’idée même de la culture comme un service public : «La culture serait donc un monopole intouchable ? Le monopole d’associations très politisées, qui vivent d’argent public ? […] Quelle est la pérennité d’un système qui, pour exister, est à ce point dépendant de l’argent public ?» La présidente Horizons de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, fière de mettre fin à ce qu’elle qualifie d’un «tabou français», ouvrait alors le bal des coupes sèches dans la culture.
A peine annoncé, le montant total de baisse de subvention pour l’année 2025 - 82 millions d’euros de réductions, dont 4,7 pour la commission culture, le sport et la vie associative soit moins 62 % sur le fonctionnement de la culture - a été voté le 20 décembre 2024. En Île-de-France, la ligne « Culture » devrait être amputée de 20 % et revenir de 10,15 à 7,7 millions d’euros, rapporte l’hebdomadaire dans son numéro du 18 décembre 2024.
De leur côté, l’intersyndicale et les acteurs du secteur culturel se réuniront en janvier pour initier une réflexion commune, nous dit le représentant syndical Jean-Philippe Marteau qui l’assure : « Nous restons mobilisés. »
Plus d'un quart (25,4%) des artistes-auteur·ices et entrepreneur·ses individuel·les anticipent la fin probable de leur activité. La crise de l'emploi culturel aura des répercussions sur d'autres secteurs d'activité liés à la culture, tels que la sécurité événementielle, la billetterie, la restauration, l’hôtellerie, la communication...
Les structures expriment leur inquiétude et craignent un resserrement de leurs activités sur leur cœur de métier et qu'elles n'aient plus les moyens de mener une action plus large d’accès à la culture pour toutes et tous.
Face à ce constat alarmant, les pôles culturels des Pays de la Loire appellent à une prise de conscience collective et à une mobilisation des pouvoirs publics afin de préserver la richesse et la diversité du paysage culturel de la région. La culture est un vecteur essentiel de développement économique, social et territorial.
Depuis le printemps, les services de la Région travaillaient au budget 2025. Mais, début octobre, l’heure n’est plus à la modération mais à la rigueur après les annonces gouvernementales. En toile de fond, des projections dont la plus alarmiste prévoit une capacité de désendettement de la Région qui explose à 19,1 ans en 2028, contre 9,6 ans en 2024, si aucune austérité n’est appliquée. Il faut donc faire des économies.
Christelle Morançais annonce soudainement à Ouest‐France 100 millions d’euros en moins sur les dépenses de fonctionnement. Tout le budget prévisionnel est à revoir pour début de novembre et les premiers arbitrages de la présidente et de son cabinet.
En revanche, la fameuse commission culture, sports, associations voit finalement son budget baisser de 66 %, selon nos informations [voir le détail ci‐dessous]. Mais les dernières coupes révélées par les acteurs montrent qu’aucun secteur n’est tabou.
Six mois après la baisse drastique des subventions de la région, les professionnels de la culture et les associations constatent de réelles conséquences sur leurs activités.
Les acteurs de la culture manifestent à Nantes contre les coupes budgétaires de la région
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