Comment le Nouveau Front Populaire (NFP) compte financer son programme économique
Pour aborder la question du SMIC à 1 600 €, il est essentiel de contextualiser l’accord qui a été établi entre différentes forces de gauche et le programme qui en découle. A neuf jours du premier tour des élections législatives, le Nouveau Front populaire (NFP) s'est targué, vendredi 21 juin, d'être "la seule force politique à présenter un budget et un programme".
La coalition de gauche, qui promet un programme de "rupture", table sur 25 milliards d'euros de nouvelles dépenses publiques dès juillet. Pour "relever le pouvoir d'achat" des Français, le point d'indice des fonctionnaires serait augmenté de 10%, le SMIC de 14% (à 1 600 euros net), les aides aux logements (APL) de 10% et l'école publique intégralement gratuite (fournitures, cantine, périscolaire…). Une autre phase portera les dépenses à 100 milliards d'euros à la fin de l'année 2025 avec l'embauche d'enseignants, de professionnels du soin et du médico-social, l'intensification de la rénovation thermique des bâtiments ou encore la mise en place de la "garantie d'autonomie", un revenu minimal pour les jeunes.
Le coût du programme du NFP est évalué à 150 milliards d’euros. Notre programme est estimé à 150 milliards d’euros, sur trois ans. Le gouvernement et les médias mainstream font tout pour le décrédibiliser. Rappelons que leurs prévisions de croissance ou de déficit sont systématiquement démenties par les faits.
Toutes les dépenses du NFP sont gagées par des recettes. Et, dans nos calculs, nous n’avons pas pris en compte celles que va générer notre politique. Quand vous augmentez les salaires, vous augmentez les rentrées fiscales et de cotisations.
Comment financer le programme ?
Pour financer ces mesures, le Nouveau Front populaire mise sur plusieurs leviers. Le principal est fiscal, avec une ponction sur "les rentes indues du capital". Afin d'absorber les 25 milliards d'euros de dépenses dès 2024, la gauche veut une loi de finances rectificative votée le 4 août - clin d'œil au jour de la suppression des privilèges féodaux en 1789.
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Objectif : mettre en place une taxe sur les superprofits, notamment dans les secteurs de l'énergie et de l'agroalimentaire, et réinstaurer un impôt de solidarité sur la fortune (ISF) - transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI) par Emmanuel Macron en 2018 - avec "une composante climatique". Autre mesure de recette majeure : une réforme de la progressivité de l'impôt sur le revenu, avec la mise en place d'un barème de 14 tranches - contre cinq actuellement -et l'instauration d'une CSG (contribution sociale généralisée) évolutive en fonction des revenus. Elle rapporterait 5,5 milliards d'euros. Une révision de l'impôt sur les successions, ciblant les plus hauts patrimoines, permettrait quant à elle de générer 17 milliards d'euros de recettes supplémentaires.
Avec ce "choc fiscal" et la hausse des salaires, l'alliance de gauche mise sur la reprise de la consommation, et donc de la croissance. Celle-ci a atteint 0,2% au premier trimestre 2024 et a fortement ralenti l'an dernier, à 0,9% (après avoir atteint 2,5% en 2022), dans un contexte d'inflation et de taux d'intérêt élevés.
En 2023, la part des dépenses publiques par rapport au PIB a reculé de 1,5 % alors que les recettes ont baissé de 2 %. Ces recettes, nous allons les récupérer. Nous allons reprendre au capital les dizaines de milliards d’euros que Macron lui a donnés depuis 2017.
Depuis 2017, les 500 plus grandes fortunes de notre pays ont vu la part du patrimoine national doubler. Elles en détiennent aujourd’hui 40 %. Nous voulons rendre l’impôt sur le revenu plus juste en supprimant des niches fiscales. Assujettir les multinationales qui paient très peu d’impôts en France en s’établissant dans des pays où la fiscalité est plus faible rapportera 26 milliards d’euros.
Autres leviers de financement
- Développement d’un pôle public bancaire : Un pôle public bancaire autour de la Caisse des Dépôts et de la Banque Publique d’Investissement fournirait des instruments pour investir et soutenir les entreprises et collectivités publiques.
- Un autre levier crucial est la question du pôle bancaire. Depuis les années 80, la France est devenue vulnérable aux marchés financiers en raison de la libéralisation des flux de capitaux et de la vente de la dette publique à des investisseurs internationaux.
- L’objectif du pôle public bancaire est de renationaliser la dette. Il s’agit de faire en sorte que la dette publique soit davantage détenue par des investisseurs nationaux, réduisant ainsi la vulnérabilité aux sorties de capitaux.
La première est un contrôle des marges pour empêcher les superprofits. En période de choc inflationniste, certains augmentent leurs prix excessivement, comme on l’a vu dans les secteurs de l’énergie et de l’alimentation.
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La deuxième condition est que le contrôle des prix doit être une réponse à l’urgence, non une solution permanente. À long terme, un tel contrôle pourrait mener à des pénuries. Ainsi, il doit être accompagné d’une politique de réserve et de précaution. Des stocks énergétiques, par exemple, peuvent absorber les fluctuations de prix au niveau international. Cela vaut aussi pour les matières premières agricoles et certains biens de consommation.
Enfin, il est important de noter que le contrôle des prix fonctionne bien en conjonction avec l’indexation des salaires, également prévue dans le programme.
Aux États-Unis, les citoyens sont taxés sur leurs revenus mondiaux, peu importe où ils résident. Il n’y a pas de possibilité d’échapper à l’impôt sans renoncer à votre citoyenneté. La crainte que les capitalistes arrêtent d’investir, entraînant récession et chômage, est un enjeu clé.
Le programme économique du Nouveau Front populaire est-il vraiment un "délire total" ?
Les mesures fiscales envisagées
Le programme du nouveau Front populaire ne vise pas une relance par la dette, mais plutôt à résorber les déficits progressivement grâce à une politique fiscale ambitieuse.
Renforcement de l’Exit Tax : Cette taxe, qui existe déjà mais qui est peu efficace, impose aux résidents français quittant le pays de déclarer leurs plus-values latentes sur certains actifs. Actuellement, les mécanismes de report et de sursis d’imposition affaiblissent cette mesure.
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Impôt Différentiel de Nationalité : Actuellement, en France, comme dans la plupart des pays, les impôts sont basés sur la résidence. Les conventions fiscales permettent de neutraliser la double imposition pour les résidents ayant des revenus étrangers. On pourrait imaginer un mécanisme complémentaire pour les citoyens français résidant à l’étranger. Le fisc français comparerait l’impôt qu’ils auraient payé en France avec ce qu’ils payent à l’étranger et leur réclamerait la différence.
Ces mesures visent à limiter les départs motivés par des raisons fiscales tout en assurant une justice fiscale.
La question des tranches fiscales est cruciale et mérite une attention particulière. Actuellement, il y a une discussion autour de l’introduction de quatorze tranches fiscales, une proposition qui a été initialement avancée par la France Insoumise en 2016-2017.
Neutralité pour la majorité des contribuables : L’idée est de s’assurer que pour 90% des foyers fiscaux, soit ceux ayant des revenus inférieurs à 4 000-4 500 euros mensuels, la réforme soit neutre, voire légèrement favorable en termes de baisse d’impôt.
Augmentation des taux pour les plus hauts revenus : La réforme propose de rehausser les taux d’imposition les plus élevés. Historiquement, le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu était de 65% en 1982, alors qu’il n’est plus que de 45% aujourd’hui. Il est évident que des calculs précis et des projections sont en cours pour déterminer les détails exacts de cette nouvelle grille fiscale.
Réactions et critiques
Bruno Le Maire a annoncé que le pays va connaître une grave crise de la dette si le programme du RN ou du NFP était intégralement appliqué. Selon lui, la France risquerait même d’être mise sous tutelle en raison de l’insoutenable légèreté financière de ces programmes.
Sans surprise, ce programme économique est sévèrement attaqué par le camp présidentiel. L'économie française "ne résisterait pas à un tel choc fiscal et budgétaire", a estimé dans un communiqué l'équipe de campagne de Renaissance.
L'autre mesure fortement critiquée par les adversaires de la gauche est l'augmentation du SMIC à 1 600 euros net, accusée par le gouvernement et les patrons de représenter un danger pour l'emploi dans les entreprises.
Du côté des économistes, les tenants d'une vision libérale, comme Lisa Thomas-Darbois, directrice adjointe des études France à l'Institut Montaigne, considèrent également que "ces mesures peuvent avoir des effets économiques délétères. Ce n'est pas neutre pour l'image de la France et son attractivité financière", a-t-elle estimé auprès de l'AFP.
Pour Henri Sterdyniak, économiste interrogé sur franceinfo, ce programme est "keynésien" car "l'on a besoin en France et en Europe d'impulser la demande", "social car il comprend des garanties de revenus" et "écologique car on se donne comme objectif de réorienter l'activité en tenant compte des contraintes écologiques".
Tableau récapitulatif des mesures et de leur financement
| Mesure | Coût estimé | Financement |
|---|---|---|
| Augmentation du SMIC à 1600€ | 19 milliards d'euros | Hausse des cotisations, reprise de la consommation |
| Abrogation de la réforme des retraites | 58 milliards d'euros | Cotisations supplémentaires, taxation des dividendes |
| Gratuité intégrale à l'école | 13 milliards d'euros | Réforme de l'impôt sur le revenu |
| Taxe sur les superprofits | 15 milliards d'euros | Taxation des secteurs de l'énergie et de l'agroalimentaire |
| Réforme de l'ISF | 15 milliards d'euros | Rétablissement de l'ISF avec composante climatique |
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