Comment Marine Le Pen finance son programme politique

Le Rassemblement national (RN) a récemment dévoilé les détails de son programme économique, un document destiné aux entreprises et aux marchés, dont la publication avait été reportée pendant six mois. Le RN a préféré axer sa campagne des législatives sur la figure de Jordan Bardella, plutôt que de mettre en avant ce document de 66 pages intitulé « La France entreprend ».

La mesure phare de la campagne de Jordan Bardella, qui figurait en tête de sa profession de foi, a disparu : il s'agissait de la baisse de TVA de 20 % à 5,5 % pour les carburants, l'électricité, le gaz et le fioul domestique, une mesure qui aurait coûté 17 milliards d'euros par an.

Marine Le Pen Programme

Le RN maintient une baisse immédiate de 30 % des prix de l'électricité et promet de « refaire de la France un paradis énergétique au service des entreprises ». Mais quand et avec quelle énergie la France a-t-elle déjà été un paradis ? Quel serait ce paradis énergétique décrit par le RN ?

Un paradis énergétique tout nucléaire ?

Emmanuel Macron a lancé le chantier de 6 nouveaux réacteurs EPR. Le RN en voudrait une vingtaine, en stoppant l'énergie solaire et les éoliennes, dont certaines seraient démantelées. Le livret présidentiel de Marine Le Pen l'exprime clairement : « L'urgence est de rompre avec une écologie dévoyée par un terrorisme climatique ».

Pour les entreprises, le RN promet également un paradis fiscal :

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  • Suppression de la cotisation foncière des entreprises (CFE), qui a rapporté 9 milliards d'euros l'an dernier.
  • Suppression partielle de la cotisation sociale de solidarité des sociétés (C3S), 5 milliards d'euros.
  • Exonération des cotisations patronales sur les hausses de salaires de 10 %, au moins 10 milliards d'euros.
  • Exonération d'impôt sur le revenu des moins de 30 ans : une exonération sans plafond, pour tous les moins de 30 ans, y compris les traders, les stars du foot et Jordan Bardella. 3 milliards et demi.
  • Exonération d'impôt sur les sociétés créées par les moins de 30 ans.
  • Suppression de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), au profit d'un impôt sur la fortune financière, qui exonèrerait la résidence principale.
Marine Le Pen finance

Le vrai visage de Marine Le Pen

Retraites et financement du programme

Pour les retraites, Marine Le Pen fait miroiter un âge minimum de départ variant entre 58 et 62 ans, selon l'entrée dans la vie active, avec une durée de cotisations de 40 à 42 ans. Le coût de cette mesure est estimé à plus de 30 milliards d'euros par an.

Pour financer tout cela, le RN compte sur :

  • Une hypothétique chasse à la fraude, avec un ministère dédié.
  • Une chasse aux immigrés, avec une priorité nationale qui rendrait obligatoire « d’inscrire la nationalité parmi les critères de choix d’un candidat » à un emploi, et supprimerait les aides sociales aux étrangers.

Ces mesures feraient basculer des centaines de milliers de familles dans la pauvreté et ne rapporteraient que quelques milliards, au cas improbable où elles ne seraient pas jugées contraires à la Constitution et aux traités européens. Sur ce principe de ségrégation, le parti d'extrême droite n'a pas varié depuis plus de 40 ans.

Hervé Juvin, député européen RN et conseiller régional dans les Pays de la Loire, est un proche conseiller de Marine Le Pen. Il connaît bien les mondes de la banque et des finances publiques.

Les jeunes, une priorité ?

Les jeunes sont la catégorie la plus pauvre de la société française. Marine Le Pen propose d'exonérer d'impôts les moins de 30 ans et d'encourager l'apprentissage et le rapprochement entre les entreprises et les universités. Pour les jeunes qui travaillent, l'objectif est de diminuer l'impact fiscal.

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Certaines mesures du programme de Marine Le Pen, comme les baisses de TVA, ne sont pas ciblées sur les plus pauvres et bénéficieraient également aux plus riches.

Un programme dispendieux ?

Plusieurs instituts estiment que le programme présidentiel de Marine Le Pen est dispendieux et accentuerait largement le déficit public, encore plus que celui d'Emmanuel Macron. Le financement du projet repose en partie sur le Fonds souverain français, qui vendrait des parts sociales aux Français.

Marine Le Pen assure avoir changé et présente un programme à l'équilibre, axé sur le pouvoir d'achat. Elle propose de mettre en place un "patriotisme économique" et un "localisme" pour "réindustrialiser et produire les richesses en France".

Renaud Labaye, directeur de cabinet de Marine Le Pen, reconnaît qu'"on ne peut pas tout relocaliser" et qu'un focus sera mis sur "l'industrie", les produits nécessaires à la "souveraineté" et les secteurs à "forte valeur ajoutée".

Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France, estime qu'il est impossible de ne pas tenir compte des voisins européens, car "la France est un très petit marché, moins attractif pour les entreprises que l'Union européenne" et "des chaînes de valeur existent déjà au niveau européen".

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Marine Le Pen souhaite également réduire la contribution française au budget de l'Union européenne de "cinq milliards d'euros". Certains économistes estiment qu'une ristourne est "tout à fait envisageable", mais qu'elle ne sera pas de l'ampleur espérée par le RN.

Priorité nationale et pouvoir d'achat

Marine Le Pen souhaite instaurer une "priorité nationale" dans l'accès aux marchés publics, mais cette mesure violerait le droit européen de la concurrence.

La candidate promet de "baisser la TVA de 20% à 5,5%" sur les produits énergétiques. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, explique que cela équivaudrait à "subventionner des ménages aisés qui sont fortement consommateurs de carburant parce qu'ils ont des gros véhicules".

Marine Le Pen souhaite inciter les entreprises à augmenter de 10% les salaires inférieurs à trois fois le montant du smic en exonérant cette hausse de cotisations patronales.

Elle propose également la suppression de la TVA sur une "centaine de produits de première nécessité (...) tant que l'inflation sera supérieure d'un point à la croissance".

La politique fiscale du programme de Marine Le Pen avantagerait surtout les plus aisés et les entreprises. La candidate propose ainsi l'exonération d'impôts sur le revenu pour tous les jeunes actifs jusqu'à 30 ans, afin qu'ils "restent en France et fondent leur famille chez nous".

Marine Le Pen souhaite remplacer l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) par un impôt sur la fortune financière, d'où sera exonéré la résidence principale. Elle prévoit également de réduire la taxation sur l'héritage.

Chiffrage du programme et crédibilité

Marine Le Pen a publié un document de chiffrage pour détailler la manière dont elle équilibrera son budget, mais ses explications n'ont pas convaincu les économistes, qui jugent que le coût des mesures prévues est largement sous-estimé. L'Institut Montaigne évalue le montant des dépenses à 119,6 milliards d'euros, bien loin des 68,3 milliards prévus.

Mesure Estimation du coût par Marine Le Pen (milliards d'euros) Estimation du coût par l'Institut Montaigne (milliards d'euros)
Exonération d'impôt sur le revenu pour les jeunes de moins de 30 ans 2 3,7
Exonération de cotisations patronales sur les hausses de salaires de 10 % (jusqu'à 3 SMIC) 0 10,5
Baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % pour les carburants, l'électricité, le gaz et le fioul domestique Sous-estimé 10,3

Les recettes qui viendraient compenser les dépenses identifiées par la candidate sont peu claires. La lutte contre la fraude est censée rapporter 15 milliards d'euros. Certaines recettes, comme la prévision que "la forte baisse de l'immigration va permettre de faire baisser de nombreuses dépenses liées à l'insécurité", chiffrée à deux milliards d'euros, semblent encore plus floues.

Le programme de Marine Le Pen est une liste de dépenses nouvelles, largement sous-estimées, financées à l'aide de recettes en partie fictives. Les économies liées à des mesures sur l'immigration reposent sur du vent, car les études montrent que les immigrés ne coûtent quasiment rien en termes d'argent public.

Le coût du programme de dépenses semble très sous-estimé, en particulier sur le sujet des retraites. Pour financer son programme et attirer les entreprises créatrices d'emplois, Marine Le Pen aura besoin de la confiance des investisseurs.

La confiance repose aussi sur les attitudes. Comme Poutine et Trump, Marine le Pen exècre les experts reconnus, assimilés à une « élite hors sol » et surtout contradicteurs potentiels.

Si Marine Le Pen ne parle plus de quitter l’Europe et l’Euro (le "Frexit"), son programme revient à s'asseoir sur les règles européennes et créera immédiatement une profonde crise de l’Union, avec des répercussions immédiates sur la crédibilité budgétaire de la France.

Les Français qui souffrent d’un manque de pouvoir d’achat, dont le travail est difficile, qui s’inquiètent quant à leur avenir et celui de notre planète, les jeunes en quête d’emploi et de formation ne trouveront pas dans ce programme de réponses à leurs attentes.

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