Le Ministère de l’Économie et des Finances à Bercy : Un Monument Républicain

Construit de 1982 à 1989, le Ministère de l’Économie, du Budget et des Finances, communément appelé Bercy, est un édifice emblématique de l'architecture publique française. Ce projet ambitieux a permis de libérer l’aile Richelieu du Palais du Louvre, offrant ainsi au musée du Louvre la possibilité d’accroître sa superficie. Retour sur la genèse et les caractéristiques de ce complexe architectural.

Le 24 septembre 1981, le président de la République, François Mitterrand, décide de rendre le Louvre à l'Histoire, et par conséquent « de transférer le Ministère des finances dans un lieu aussi noble qu'il le mérite », avant l'Exposition Universelle de 1989. Le 5 mars 1982, le quartier de Bercy est retenu pour l'implantation du nouveau ministère. Un concours national d'architecture est lancé quelques mois plus tard.

Le 30 septembre, 137 offres sont remises au maître d'œuvre. Quatre projets sont sélectionnés par un jury et présentés le 22 novembre 1982 au président de la République. Ce dernier choisit pour les bâtiments A, B et C (dénommés en 1993 Colbert, Vauban et Necker) le projet des architectes Paul Chemetov et Borja Huidobro de l'Atelier d'urbanisme et d'architecture, assistés d'Émile Duhart-Harostéguy, architecte conseil.

En juillet, un projet complémentaire le long des voies ferrées sur la dalle gare de Lyon est adopté. Les premiers travaux de démolition et de construction débutent le 5 juillet 1984. 6000 fonctionnaires s'installent progressivement dans le nouvel édifice, entre le début de l'année 1987 (bâtiments Sully et Turgot) et la fin de l'année 1989 (bâtiments Necker, Vauban et Colbert).

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Architecture et Conception

Le ministère occupe 5 bâtiments : Colbert, Vauban et Necker sont conçus par les architectes Paul Chemetov (1928-2024) et Borja Huidobro. Les bâtiments Sully et Turgot sont l’œuvre des architectes Louis Arretche et Roman Karasinsky.

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Baptisé Colbert, le bâtiment principal est long de 310m. Il symbolise un viaduc reliant les voies ferrées de la gare de Lyon au fleuve. Il comporte deux arches monumentales de 70m. L’ensemble du bâtiment est construit à partir d’une échelle de 90 cm x 90 cm : 3 fois 90 cm correspond à la hauteur sous plafond des bureaux ; 4 fois 90 correspond à la hauteur de sol à sol. A l’intérieur, toutes les parois sont modulables au gré des restructurations des services.

La monumentalité, l’emploi de la pierre et la modénature des façades renvoient volontairement à une architecture classique (qui identifie fréquemment un grand bâtiment public) sans toutefois en être un pastiche.

Ministère de l'Économie et des Finances à Bercy

Le Ministère de l'Économie et des Finances à Bercy.

Livré en 1989, ce quasi-viaduc posé perpendiculairement au fleuve enjambe d'un côté la rue de Bercy, de l'autre les quais. De là, il s'avance au-dessus de l'eau et y plonge ses piliers, rétablissant d'un geste fort le lien historique entre la ville et son fleuve, rompu par l'autoroute urbaine des quais. « Cette prise de possession de la Seine était dans le programme, mais mettre les pieds dans l'eau était de notre part un coup de force », souligne Paul Chemetov. Le projet a ainsi rempli un rôle éminemment urbain en constituant une étape décisive dans le développement de l'est parisien.

Un Palais Républicain

Paul Chemetov se souvient d'ailleurs, qu'au départ, « le cahier des charges était celui d'une cité administrative. Mais Borja Huidobro et moi avons décidé de faire un palais républicain qui prend sa place au niveau urbain ». Cet immense ensemble tertiaire présente ainsi bien des points communs avec les grands monuments classiques, à commencer par la pierre de Vilhonneur qui pare façades et murs intérieurs, choisie d'un commun accord avec Mitterrand parmi différents échantillons livrés à l'Elysée.

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Le hall Bérégovoy de 140 m de long est rythmé par des colonnes et son sol arbore un patchwork de 28 marbres différents comme dans les palais de la Renaissance. Les murs y sont ornés de toiles de maîtres aux titres qui sont parfois des clins d'œil sans ambiguïté, comme « Pactole » de Paul Rebeyrolle ou « Fluctuations » de Pierre Alechinsky. Un axe monumental, bordé de jardins, dessert l'ensemble des bâtiments depuis la cour d'accueil, pour 6 000 fonctionnaires, jusqu'à la cour d'honneur, carrée comme celle du Louvre, pour ministres et VIP. La passerelle qui conduit au saint des saints -la zone des ministres -évoque la galerie des Glaces.

Mais cette intemporalité se combine avec la technologie dernier cri (de l'époque), comme Télédoc, le système de distribution du courrier sur rails qui irrigue tout le ministère comme un petit train électrique. Les fonctionnaires disposent également d'un ordinateur pour quatre et de plus de deux téléphones chacun…

L'Harmonie des Proportions

L'harmonie de ses proportions, Bercy la doit à la répétition de l'intervalle de la trame de bureau, fixée à 90 cm, pour bénéficier d'une modularité spatiale supérieure à celle habituelle de 135 cm. Impossible d'y échapper, ce pas se répète partout, dans les volumes bâtis, les espaces extérieurs, le second œuvre, le mobilier, les 42 km de couloir… Une trame si prégnante que l'acteur Romain Duris préfère claquer la porte du ministère, devant la perspective d'une existence aussi tramée, dans « L'Auberge espagnole » (2002), de Cédric Klapisch.

Évolution de l'Administration Centrale

Au sein du cabinet du ministre (décret du 17 mars 1908), les services de la bibliothèque et des archives sont associés à un service nouveau, "statistique et législation comparée" (décrets des 6 janvier et 11 octobre 1912), organisation que l'on retrouve après la Première Guerre mondiale (décret du 26 avril 1923). Parallèlement, la direction du personnel conforte ses attributions budgétaires.

En 1994, la DPSG devient direction du personnel et de l'administration (DPA) (décret du 3 octobre 1994). L'intégration des services du ministère de l'industrie entraîne la fusion de la DPA (économie, finances) et de la direction générale de l'administration et des finances (industrie) en une direction du personnel et de la modernisation de l'administration (décret du 2 novembre 1998) chargée de "missions d'impulsion qualitative".

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En 2006, la création d'un secrétariat général (décret n° 2006-947 du 28 juillet 2006 et arrêté du même jour) entraîne le transfert à celui-ci des fonctions de pilotage exercées par la DPMA, qui devient la direction des personnels et de l'adaptation de l'environnement professionnel (DPAEP)(décret n° 2006-948 et arrêté du 28 juillet 2006).

Détails du Projet Architectural

Sur les premiers croquis du duo Paul Chemetov-Borja Huidobro, lauréats du concours lancé en 1982 pour installer le nouveau ministère des Finances dans le XIIe arrondissement de Paris, s'imposait un volume de plus de 350 m de long porté par de gros piliers. Un véritable monument linéaire, baptisé Colbert, qui allait devenir l'épine dorsale d'un vaste ensemble comprenant les immeubles Vauban et Necker.

Une façade horizontale. Longue. Calme. Digne. Elle se reflète dans le bassin latéral qui la longe. Lumière, lignes parallèles, rythmes changeants altérés par les lumières et les ombres des balcons en verre.

La première séquence consiste en panneaux d’aluminium façonné délimités par des joints de cuivre vert-de-gris. La deuxième séquence joue sur la transparence des promenades suspendues. La troisième est constituée par le jeu des meneaux horizontaux et des panneaux des balcons. La séquence finale met en scène des lignes plus fortes et plus espacées de cuivre vert-de-gris qui soulignent la forme arrondie de la proue sur le front de Seine.

Équipe de Maîtrise d'œuvre
Architecte Rôle
Jean Nouvel Maîtrise d’œuvre
Gilbert Lézènes Maîtrise d’œuvre
Pierre Soria Maîtrise d’œuvre
Louis Tournoux Chef de projet
Damien Lécuyer Chef de projet
Paul Chemetov en 1983

Paul Chemetov en 1983.

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