Artisanat traditionnel du pandanus en Nouvelle-Calédonie : techniques de tressage
Indissociable de l’identité intrinsèque des Polynésiens, il fait partie de notre quotidien. Son usage est tellement commun qu’il en devient presque invisible aux yeux de qui l’a toujours vu. Bien que son usage soit quelque peu tombé en désuétude du fait de la modernité, le tressage n’en est pas pour autant obsolète. Tisser, lier, nouer, tresser, c’est maintenir ce lien indicible entre passé et présent.
Histoire et role culturel
De tous temps, les Polynésiens ont eu recourt au tressage, en témoignent les premières vagues migratoires des peuples originaires d’Asie du Sud-Est. On tend à l’oublier mais le triangle polynésien fut peuplé en partie grâce au nape, aux voiles de pandanus tressé et aux paniers en nī’au qui servirent à transporter les vivres. Navigation, habitation, pêche, le travail des fibres naturelles a longtemps compensé l’inaccessibilité aux ressources dont jouissaient les continents.
Dans la société Kanak, la vannerie est avant tout symbole de vie. Pendant les cérémonies suivant la naissance, l'oncle maternel offre une natte au nouveau-né. Lors du mariage, des objets en vannerie (nattes, jupes monnaies, sacs, paniers) sont offerts aux mariés comme contribution à leur début de vie de couple.
Le pandanus : espèces et récolte
Vous vous en doutez, la vannerie polynésienne repose sur le tissage des essences végétales qui abondent dans nos îles. Elément phare de la vannerie, le pandanus se trouve souvent en bord de mer. S’il en existe des dizaines de variétés, les deux plus connues sont indiscutablement le tectorius, plus connu sous le nom de fara, et le levis, appelé pae’ore. Le pandanus (fara en tahitien) est une plante tropicale aux longues feuilles. Il y en a plusieurs espèces en Polynésie, dont le rau fara (nom en langue rimatara = pae’ore en tahitien), une espèce dont le bord des feuilles est lisse et ne pique pas, contrairement au fara classique. Le rau fara pousse abondamment à Rimatara, où il est également cultivé pour en faire des rouleaux de pandanus.
Bien qu’il pousse toute l’année, le pae’ore est taillé tous les deux mois. Les feuilles, d’une longueur de 1m à 1,5m sont coupées à la base à l’aide d’une machette et les pointes sont nouées par deux ou trois pour constituer un gigantesque rideau végétal. Pour couper les feuilles de rau fara, il faut scier avec un couteau sans dents au plus proche du tronc, puis couper d’un coup sec pour retirer la base de la feuille, plus épaisse. S’il n’y a rien de particulier à faire pour que ça pousse, il faut quand même couper régulièrement les feuilles de rau fara - environ tous les 3 mois sinon le bout des feuilles finissent par tomber - pour entretenir les plants, et surtout surveiller la météo. On coupe les feuilles de rau fara quand il fait froid.
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Préparation des feuilles
Une fois sèches, les feuilles sont lissées une à une dans le sens de la longueur à l’aide d’un petit couteau ou d’un bout de pūrau. On en coupe les extrémités et portions trop fines avant de les trier par taille, largeur et couleur. Pour transporter toutes les feuilles, on les tresse ensemble à une extrémité. Malin non ?
Nelly nous apprend ensuite l’astuce pour avoir des feuilles souples et qui ne se cassent pas quand on les enroule : il faut retirer la nervure centrale ! Ni trop ni pas assez de feuille, elle enlève juste ce qu’il faut. Pour avoir des feuilles souples et aplaties, on les aplatit et on les assouplit grâce à un savant jeu d’enroulé-déroulé autour de nos mains. Maintenant que les feuilles sont souples et aplaties, on en fait des rouleaux, qu’on appelle pipita.
Quand le plant est trop grand et qu’on ne peut plus couper ses feuilles, on coupe le coeur et on le fait bouillir dans de l’eau avec du jus de citron et des feuilles de papayer toute une journée. On utilise le bouillon pour faire blanchir les feuilles de pandanus. Les chapeaux et la vannerie aux couleurs claires et blanche sont typiques des Australes ! Il y a aussi d’autres méthodes pour colorer naturellement les feuilles.
Séchage et conservation
Voici l’étape qui demande le moins d’efforts : le séchage ! C’est au soleil d’entrer en jeu pendant plusieurs semaines. Une fois séchées, les feuilles sont enroulées les unes sur les autres pour former des rouleaux. Certaines feuilles, débarrassées de leurs nervures centrales puis grossièrement tressées ensemble pour un séchage de trois semaines à un mois, sont d'abord pendues au toit des maisons ou dans les arbres avant d'être étalées sur le sol.
Techniques de tressage : gestes et apprentissage
Il vous suffit ensuite d'entrecroiser les différentes bandes en respectant le schéma « dessus-dessous » comme indiqué sur les photos. L’essentiel est de veiller à avoir 3 bandes orientées vers la droite et trois autres vers la gauche. Munissez-vous d’une feuille et retirez la nervure à l’aide d’une aiguille. A présent, intercalez l’angle à 45° entre ces deux coins qui constitueront les extrémités de votre base.
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Le tressage est à l'origine une spécialité des îles Australes, mais on trouve aujourd'hui des articles tressés dans toute la Polynésie. Les fillettes commencent leur apprentissage vers l'âge de 9 ans. Comme vous avez vu, c’est un travail long et minutieux que de confectionner chapeaux, paniers, éventails et autres objets tressés.
Ateliers et transmission vivante
L’atelier commence dans un champs de pandanus. La toute 1ère étape est la coupe de feuilles de cette plante. Nelly nous montre 3 fois puis nous fait essayer chacun notre tour. Nelly est très rapide et ne nous fait pas essayer cette fois. Encore une fois, les doigts de Nelly dansent et s’agitent trop rapidement pour nous. En moins de temps qu’il en faut pour le dire, elle a terminé et nous danse que les Rimatara (= habitants de Rimatara) avaient l’habitude de faire lorsqu’ils travaillaient le pandanus. Cette danse reprend les différents gestes et étapes de la culture du pandanus, et explique que c’est un travail laborieux et fatigant.
Dans la 2ème partie de l’atelier, nous sommes passés au tressage. On a vu très simple : un éventail chacun. Pour cela, il faut : du pandanus (travaillé comme précédemment), une petite tige de bambou pour rigidifier l’éventail, et du fil et une aiguille pour coudre des petites décorations dessus. L’éventail est relativement simple à réaliser, mais on a un peu plus de mal à faire les roses qui viendront les orner. Nelly est patiente, rit de notre maladresse, s’affaire sur les roses de son côté. Au bout d’une demi-heure peut-être, on a tous fini et on est pas peu fiers de nos oeuvres.
Produits, usages contemporains et enjeux
Vous en trouverez plein dans les marchés, chez les mama et au Heiva rima’i si vous allez à Tahiti début juillet. On trouve désormais des porte-monnaie, des étuis, des éventails, des bracelets, des sandales, etc... Ensemble de fibres de pandanus dont une partie a été tressée en formant un triangle. 2500 le nombre de rouleaux de pandanus exporté chaque année de Rimatara vers Papeete.
Il faut environ 2 ans pour qu'un pandanus puisse donner des feuilles utilisables en vannerie. Malgré un rythme assez rapide, la matière première est nettement limitée et c'est un obstacle important au développement de cet artisanat. La maison de la Biodiversité organise un atelier d'apprentissage des techniques de vannerie traditionnelle afin de transmettre les savoir-faire utiles pour une alternative aux sacs plastique à usage unique.
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Tableau : étapes principales et durées
| Étape | Description | Durée approximative |
|---|---|---|
| Culture | Pandanus cultivé et entretenu (rau fara/pae’ore) | Plant prêt en ~2 ans |
| Coupe | Découpe des feuilles au couteau/machette | Régulièrement tous les 2-3 mois |
| Séchage | Séchage au soleil, feuilles pendues puis étalées | 3 semaines à 1 mois |
| Préparation | Retrait de la nervure, lissage, roulage en pipita | Variable (heures à jours) |
| Tressage | Assemblage « dessus-dessous », fabrication d'objets | Heures à jours selon l'objet |
J’espère que cette immersion dans l’artisanat de Rimatara, en particulier le tressage et la vannerie, vous a plue ! Vous pouvez aussi visionner cette vidéo (pas de moi) pour voir ce que donne l’atelier « en vrai ».
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