Comment créer son entreprise tout en restant salarié
Il est tout à fait possible de créer son entreprise en étant salarié en parallèle. Ce choix présente d’ailleurs plusieurs avantages. Vous pouvez notamment limiter les risques liés à la création d’entreprise en conservant une activité et un salaire stable. Pendant que vous travaillez à développer votre seconde activité, vous percevez toujours une rémunération régulière grâce à votre emploi de salarié. Cela permet de ne pas vous lancer sans filet et d’assurer un train de vie correct.
Pourquoi entreprendre en conservant son emploi salarié
Créer une entreprise en étant salarié présente donc un avantage majeur : la sécurité financière. Se lancer dans l'entrepreneuriat est toujours un pari risqué, car la stabilité financière n’est pas forcément garantie. Cette approche permet également de tester son business model sans risque financier majeur. Lorsque votre entreprise devient stable et rentable, vous pouvez tout à fait quitter votre emploi salarié ou passer à temps partiel, afin d’y consacrer plus de temps. Vous pouvez tout à fait décider de la garder en tant qu’activité secondaire si cela vous convient mieux.
Créer une activité secondaire est un excellent moyen de développer une activité liée à l’une de vos passions, ou de tester un nouveau secteur d'activité qui pourrait vous rendre plus épanoui. Cependant, le lancement d’une activité secondaire demande un temps important. Veillez à avoir suffisamment de disponibilité dans votre planning pour pouvoir accumuler votre emploi de salarié et la gestion de votre entreprise.
Avantages pratiques et financiers
- Conservation du salaire stable, meilleure protection sociale, accès facilité aux financements bancaires, et possibilité de transition professionnelle en douceur.
- Un emploi en CDI est un gage de stabilité financière qui rassure les organismes bancaires. De ce fait, si vous envisagez d’emprunter pour réaliser un projet, créer une entreprise en restant salarié est une bonne option.
- Vous conservez ainsi vos revenus et pouvez monter un dossier bien plus favorable aux yeux des banques. De plus, en gardant votre salaire de salarié, vous pouvez continuer à vivre et éventuellement injecter un budget dans la création de votre entreprise sans contracter de dettes.
- La protection sociale est un atout : en conservant votre emploi salarié pendant la création de votre entreprise, vous continuez de cotiser, d’obtenir des congés payés, et de profiter des avantages prodigués par l’entreprise qui vous emploie (retraite, assurance, mutuelle…).
Les règles contractuelles à connaître
En tant que salarié, vous avez une obligation de loyauté envers votre employeur. Cela signifie que votre entreprise ne doit pas impacter les clauses de votre contrat de travail. Vous devez tout d’abord informer votre employeur de votre projet de création d’entreprise en parallèle de votre emploi, et vérifier que les deux activités n’entrent pas en concurrence (ne touche pas les mêmes clients).
Vous devez également respecter les règles suivantes : travailler pour votre entreprise en dehors de vos horaires de salarié; travailler pour votre entreprise avec du matériel personnel, qui n’appartient pas à l’entreprise dans laquelle vous êtes salarié; ne pas débaucher certains de vos collègues salariés; ne pas dénigrer, discréditer ou porter atteinte à l’entreprise dans laquelle vous êtes salarié.
Lire aussi: Commander un Kbis sans compte bancaire : possible ?
Bon à savoir : L’obligation de loyauté ne s’arrête pas à la fin de votre contrat de salarié. En cas de non-respect, vous vous exposez à des sanctions comme le paiement de dommages et intérêts, des amendes, ou encore une interdiction d’exercer une certaine activité.
La clause d'exclusivité
Une clause d’exclusivité est une clause qui impose au salarié de consacrer 100% de son temps professionnel à l’entreprise dans laquelle il est en poste. Si votre contrat de travail inclut une telle clause, vous n’avez légalement pas la possibilité d’exercer un autre métier ou profession en parallèle. De ce fait, la création d’une micro-entreprise est exclue.
Cependant, dans les faits, cette clause n’est pas si restrictive que ça : la première est qu’elle ne s'applique pas aux contrats à temps partiel. La seconde est que selon l’article L1121-1 du Code du Travail, la clause d’exclusivité ne peut s’appliquer que si elle est indispensable à la protection des intérêts légitimes de l’entreprise. Les tâches à accomplir par le salarié doivent donc justifier une telle clause. Dans le cas contraire, elle est considérée comme abusive et ne peut être appliquée.
En outre, l’article L1222-5 du Code du Travail précise que l’employeur doit permettre à son salarié de créer ou de reprendre une entreprise pendant une durée d’une année au cours de son contrat de salarié. De ce fait, même en cas de clause d’exclusivité, ce délai doit être respecté.
La clause de non-concurrence
Il est nécessaire de vérifier que le secteur d’activité n’entre pas en concurrence avec celui dans lequel vous travaillez déjà. Veillez à consulter la convention collective de la société qui vous emploie afin de savoir si votre projet de création d’entreprise n’entre pas en conflit avec. Cela signifie notamment que votre micro-entreprise ne doit pas cibler directement les mêmes clients que votre entreprise actuelle. Dans le cas contraire, vous nuisez aux intérêts de l’entreprise.
Lire aussi: CDI et création d'entreprise
La clause de non-concurrence s’applique uniquement à la fin du contrat de travail salarié, et non pendant. Néanmoins, ce point est important à prendre en compte dès la création de votre micro-entreprise, afin d’anticiper la rupture de votre contrat.
Conséquences fiscales et sociales du cumul
Sur le plan fiscal
Cumuler deux activités signifie déclarer deux types de revenus. En tant que salarié, vous effectuez votre déclaration d’impôt sur le revenu tous les ans, dans la catégorie traitements et salaires. Votre chiffre d’affaires de micro-entrepreneur doit quant à lui être déclaré dans la catégorie micro-BNC si vous êtes en activité libérale, et micro-BIC si vous êtes en activité commerciale ou artisanale. Pour optimiser votre fiscalité, considérez les frais professionnels déductibles liés à votre activité entrepreneuriale.
Sur le plan social
Exercer deux activités vous permet de cumuler deux statuts sociaux. Vous êtes prélevé sur votre salaire en tant que salarié, et sur votre chiffre d'affaires en tant que micro-entrepreneur. Vos droits sociaux correspondant quant à eux au statut qui était en place avant votre cumul. De ce fait, si vous étiez salarié avant de lancer une entreprise en parallèle, vous conservez les droits sociaux du régime salarié.
Vous pouvez également choisir de créer une EURL ou une SASU en parallèle de votre activité de salarié. Voici les conséquences sociales dans ces cas précis :
| EURL | SASU | |
|---|---|---|
| Affiliation du contrat de travail | Régime général de la sécurité sociale | Régime général de la sécurité sociale |
| Affiliation au niveau de votre entreprise (si aucune rémunération) | Sécurité sociale des indépendants, cotisations sociales minimales à payer | Aucune |
| Affiliation au niveau de votre entreprise (si rémunération) | Sécurité sociale des indépendants, cotisations sur vos revenus professionnels | Régime général de la sécurité sociale, cotisations sur vos rémunérations brutes |
Résumé : automatiquement affilié à deux régimes de sécurité sociale pour certaines configurations, ou affilié au régime général uniquement selon le statut choisi.
Lire aussi: Guide création entreprise restauration
Les 6 étapes clés pour créer son entreprise en restant salarié
- Audit légal de faisabilité : La première étape est de vérifier la faisabilité légale du projet. Pour cela, analysez toutes les clauses de votre contrat de travail : obligation de loyauté, clause de non-concurrence, clause d’exclusivité. Informez votre employeur de votre projet et maintenez avec lui une communication claire et transparente.
- Définition du projet : Précisez votre secteur d'activité (différent de votre employeur), rédigez un business plan simplifié, estimez vos besoins financiers et temporels. Délai estimé : 2-4 semaines.
- Dialogue avec l'employeur : Présentez votre projet de manière transparente, obtenez un accord écrit si possible, négociez d'éventuels aménagements d'horaires. Délai estimé : 1-2 semaines.
- Choix du statut juridique : Optez pour la micro-entreprise, l’EURL, l’entreprise individuelle ou la SASU selon vos besoins. Chaque statut présente des avantages et des inconvénients. Déclarez votre activité sur les plateformes officielles, ouvrez un compte bancaire professionnel si requis, souscrivez les assurances nécessaires. Délai estimé : 1-3 semaines.
- Formalités administratives : En micro-entreprise, vous n’avez qu’une déclaration à remplir sur le site de l’Urssaf pour obtenir votre numéro SIRET. En EURL ou SASU, rédigez les statuts, déposez le capital social, enregistrez la société auprès du Greffe et publiez dans un journal d’annonces légales. Délai estimé : 1-3 semaines.
- Organisation opérationnelle : Vous ne pouvez en aucun cas travailler pour votre propre entreprise pendant les horaires légaux de votre contrat de salarié. Organisez votre planning : définissez vos créneaux de travail dédiés à l'entreprise, mettez en place vos outils de gestion (comptabilité, facturation), planifiez votre communication et prospection. Délai estimé : 2-4 semaines.
Durée totale moyenne : 8 à 16 semaines.
Exemple pratique
Cas pratique : Sarah, développeuse web en CDI. Situation : Sarah travaille comme développeuse dans une ESN en CDI. Elle souhaite créer une activité de formation en ligne sur les langages de programmation.
- Vérification contractuelle : Pas de clause d'exclusivité, secteur différent (formation vs développement).
- Information employeur : Discussion ouverte, accord oral obtenu.
- Statut choisi : Micro-entreprise pour débuter.
- Organisation : 10h/semaine le soir et weekend.
- Résultat : 15 000 € de CA la première année, transition progressive vers l'entrepreneuriat.
- Clés du succès : Transparence totale avec l'employeur, secteur d'activité complémentaire (pas concurrent), gestion rigoureuse du temps, développement progressif de l'activité.
Témoignage : Comment Jérémy Picaudé a créé son entreprise tout en étant salarié
Aides et dispositifs utiles
Les créateurs d’entreprises sont éligibles à des aides telles que le dispositif de France Travail d’aide à la création d’entreprise qui permet notamment de maintenir les allocations pendant un certain temps pendant le développement du projet. Cependant, pour y avoir accès, il faut quitter son emploi de salarié et se consacrer entièrement au projet entrepreneurial. De ce fait, si vous fondez une entreprise à côté de votre emploi de salarié, vous n’avez pas accès à ce type d’aide.
Néanmoins, l’Aide à la Création d’Entreprise (ACRE) est disponible, ce qui vous permet de réduire temporairement vos cotisations sociales. L'exonération de cotisations sociales ACRE peut représenter une économie de plusieurs milliers d'euros la première année. Cette aide s'élève à 50% de réduction sur les cotisations pendant 12 mois. L’ACRE est accessible aux micro-entrepreneurs, sous conditions, et doit être demandée dans les 45 jours qui suivent l’immatriculation.
Si vous quittez votre emploi dans le cadre d’une rupture conventionnelle ou d’un licenciement, vous pouvez toucher l’ARE et, dans certains cas, la convertir partiellement en capital grâce à l’ARCE. Certaines régions, collectivités locales ou réseaux d’accompagnement proposent aussi des aides spécifiques : prêts d’honneur, dispositifs jeunes ou seniors créateurs, voire accompagnement à la recherche de financement bancaire.
Congés et aménagements pour créer son entreprise
Le congé création d'entreprise : Saviez-vous qu'en tant que salarié, vous avez le droit légal de demander un congé création d'entreprise ? Ce dispositif, prévu par l'article L3142-78 du Code du travail, vous permet de vous absenter temporairement pour développer votre projet entrepreneurial. Les conditions d'éligibilité : avoir au moins 24 mois d'ancienneté dans l'entreprise, effectuer la demande 2 mois avant la date souhaitée, la durée maximale est de 1 an, renouvelable une fois.
Le congé pour création d’entreprise est d’une durée maximale d’un an, renouvelable une fois, en l’absence de convention collective ou accord collectif. Le congé sabbatique et le temps partiel sont également des options : le temps partiel permet de libérer du temps pour votre activité sans renoncer totalement à votre emploi, tandis que le congé sabbatique suspend le contrat de travail pendant la période choisie.
Cas particuliers et secteurs réglementés
Dans certains secteurs d’activité, créer une entreprise en étant salarié nécessite des précautions supplémentaires. Des règles spécifiques encadrent le cumul d’activités, souvent pour des raisons de sécurité, de confidentialité, ou de neutralité.
Fonction publique : Les agents de la fonction publique (fonctionnaires ou contractuels à temps plein) ne peuvent pas exercer librement une activité indépendante. Par défaut, la règle est l’interdiction du cumul. Cependant, des exceptions existent : activités accessoires (ex. : rédaction, formation, expertise) soumise à autorisation préalable, création d’entreprise via une mise en disponibilité ou un temps partiel de droit, accordé pour une durée maximale de 2 ans.
Professions réglementées : Certaines professions sont soumises à des codes déontologiques ou obligations professionnelles spécifiques qui peuvent rendre la création d’entreprise délicate, voire interdite : avocats, experts-comptables, commissaires aux comptes, médecins, pharmaciens, notaires, huissiers, etc. Toute activité indépendante doit faire l’objet d’une validation par l’ordre professionnel ou l’autorité compétente.
Organisation personnelle et bonnes pratiques
Développer son business sans sacrifier sa carrière demande de l’organisation. Créer un plan d’action et définir ses priorités : notez vos objectifs (chiffre d’affaires, clients visés, temps à y consacrer). Découpez votre projet en étapes réalistes. Réservez des plages horaires fixes (soirées, week-ends). Automatisez ce qui peut l’être : facturation, communication, relances. Entourez-vous de partenaires fiables.
Gérer son temps efficacement entre emploi et projet entrepreneurial : réservez des créneaux fixes, mettez en place des outils de gestion, et planifiez votre prospection. Le cumul n’est toutefois pas toujours possible en pratique, cela dépend de l’activité envisagée et du temps devant être consacré à la nouvelle entreprise.
Questions fréquentes
- Peut-on créer une entreprise en étant en CDI ? Bonne nouvelle : oui, il est tout à fait possible de créer une entreprise en étant salarié. Mais ce droit s’exerce dans un cadre précis. Vous devez notamment veiller à respecter certaines obligations liées à votre contrat de travail et à votre relation avec l’employeur.
- Faut-il prévenir son employeur ? L’employeur n’a pas à autoriser la création d’entreprise sauf si une clause d’exclusivité vous en empêche. Il est cependant recommandé d’être transparent, surtout si vous travaillez dans un domaine proche du vôtre.
- Est-ce rentable de cumuler deux activités ? Le cumul permet de tester une idée, de valider un marché, et d’élargir son réseau professionnel sans renoncer à la sécurité du salaire.
- Est-ce que je vais payer plus d’impôts ? Oui, les revenus issus de votre activité indépendante seront déclarés à part, et soumis à cotisations spécifiques. Les revenus - qu’ils soient issus de votre activité salariée ou de votre activité indépendante - sont soumis à l'impôt sur le revenu.
- Quel statut choisir pour cumuler ? Le statut d’auto-entrepreneur (micro-entreprise) est l’un des cumuls les plus courants et particulièrement adapté aux salariés souhaitant tester une activité sans prendre de risques majeurs.
Alternatives au statut d'entrepreneur
Si vous souhaitez limiter les contraintes liées à la création de votre future entreprise et tester votre activité, plusieurs alternatives existent : le portage salarial, qui permet de devenir consultant indépendant sans créer une structure, ou la Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE) qui s’occupe de la gestion administrative, comptable et juridique.
Le cumul du statut micro-entrepreneur et du statut salarié vous permet de tester votre idée, mais vous êtes limité par l’étendue de votre activité et l’importance de votre chiffre d’affaires. Si vous aspirez à devenir indépendant tout en restant salarié, optez pour le portage salarial.
Quelques chiffres et tendances
"25 % des créateurs d'entreprise exercent une activité entrepreneuriale en complément de leur emploi salarié." Tendance croissante : 25 % des créateurs d'entreprise exercent une activité entrepreneuriale en complément de leur emploi salarié (BPI France, INSEE - 2024), offrant sécurité financière et limitation des risques. 20% des entreprises sont en effet créées en France par des salariés.
balises: #Entreprise
