Définition PMEA défense : rôle, enjeux et protections des PME de la Base industrielle et technologique de défense
Les petites et moyennes entreprises (PME) de la défense demeurent aujourd’hui des cibles privilégiées, dans un contexte d’intensification des menaces, à la fois nationales et internationales. Historiquement, la Base industrielle et technologique de défense (BITD) reposait sur neuf géants (Airbus Defence&Space, Ariane, Arquus, Dassault, MBDA, Naval Group, KNDS, Safran et Thales) ainsi que sur… 4 500 PME. Selon le gouvernement, « le portrait-robot d’une entreprise de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) est une PME d’environ 50 employés, réalisant 6 à 8 millions d’euros de chiffre d’affaires dont moins de 20 % pour le secteur de la défense ».
PME de la défense : nouvelles héroïnes de l’innovation
La guerre en Ukraine a tout changé. Elle a surtout révélé la capacité des PME et start-ups à fournir rapidement des solutions décisives aux armées. Henri Seydoux, président de Parrot, le confesse : l’usage des drones a surpris tout le monde. Les petites et moyennes entreprises participent à la conception, la production et la maintenance des composants essentiels, tels que les pièces mécaniques, les systèmes électroniques et optiques ou encore les logiciels embarqués.
Menaces et vulnérabilités : cyber, physique et humaines
Les attaques ne se cantonnent pas au champ numérique. Les menaces cyber sont les plus répandues, car quotidiennes. Elles vont du ransomware (attaque qui encrypte des fichiers contre une rançon), qui a par exemple touché une entreprise non préparée à ce genre de risque, l’immobilisant pendant des semaines, aux opérations d’espionnage menées par des services étrangers. La DRSD a établi que ces clés USB comportaient des logiciels malveillants capables de capter les données sensibles.
En avril 2025, le général Philippe Susnjara, commandant de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), alertait sur l’explosion du nombre d’attaques contre les entreprises de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), avec une hausse de près de « 50 % des attaques physiques et de 60 % pour les attaques cyber ». Les attaques physiques sont aussi en nette augmentation. Comme mentionné plus haut, les intrusions ont touché plus de cinquante entreprises en 2022, dont une attaque au cocktail Molotov mentionnée par la DRSD.
Mais ce sont surtout les tentatives d’approches humaines qui sont en hausse. Les attaquants profitent ainsi des failles humaines par des scénarios poussés de manipulation. Lors du salon Eurosatory de 2022, des agents de puissances étrangères, se faisant passer pour des étudiants étrangers, ont déjà essayé d’obtenir des informations via des questions intrusives ou d’infiltrer des entreprises par le biais d’alternance. Durant le SIAE 2023, des ingénieurs français se sont vu promettre plusieurs opportunités de carrières par un maître d’œuvre étranger.
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Menaces internes et juridiques
La menace peut aussi être interne : un salarié en fin de contrat, frustré, peut voler des données ; la DGSI illustre ainsi le cas d’un cadre français ayant copié des milliers de fichiers confidentiels sur un disque dur externe peu avant son départ pour un concurrent étranger. À l’international, de nombreux États font usage d’outils juridiques pour affaiblir les entreprises françaises, ce dont alerte la DGSI dans une note de janvier 2024. Sous couverts d’audits, des informations confidentielles peuvent être exigées d’une entreprise française, constituant autant de captations d’informations au profit de puissances étrangères.
Les manœuvres d’ingérence incluent aussi la désinformation : des acteurs hostiles peuvent chercher à manipuler l’opinion afin de porter atteinte à la réputation d’une ou de plusieurs entreprises. La DRSD a par exemple décrit un cas concret d’une manifestation d’une association pro-russe devant les usines d’un industriel français afin de manipuler l’opinion et de porter atteinte à la réputation de l’entreprise.
Risques de transferts illicites et biens à double usage
Les PME doivent aussi être vigilantes sur les biens à double usage (BDU). La PME française Attax, spécialisée dans les pièces détachées aéronautiques, est sollicitée en 2023 par Enütek Makina, société turque. La commande, expédiée en Turquie, a été ensuite réexpédiée en Russie, à une filiale de Promtech, connue pour ses liens avec le complexe militaro-industriel russe. Par manque de vigilance, une PME peut ainsi se retrouver involontairement complice de transferts illicites.
Les déplacements à l’étranger sont également des facteurs de risque. Sans équipement adapté (par exemple, des PC « blancs » dédiés) et sans une sensibilisation renforcée, le risque de fuite est multiplié. Les escroqueries sophistiquées, où de faux fonds d’investissement étrangers approchent une société innovante en se disant intéressés, ont pour véritable objectif de soutirer des informations techniques ou financières.
Freins internes : vulnérabilité économique et culture de sécurité
La vulnérabilité économique des PME de défense est un des principaux freins à l’instauration d’une culture de sécurité. Le ministère des Armées reconnaît que « depuis 2020, industriels de la défense et parlementaires signalent des difficultés de financement, en particulier pour les PME et ETI de la BITD ». Les PME de la défense ont un endettement plus élevé et des marges plus faibles que les PME civiles.
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La culture de sécurité est moins diffusée au sein des PME que dans les grands groupes. La sécurité est souvent vue comme un sujet secondaire, et passe après le développement de la croissance de l’entreprise. Le manque de sécurité tient aussi, pour certaines PME, à un manque de connaissances sur les nombreuses aides à disposition. Les procédures pour exporter du matériel à l’étranger peuvent être considérées comme étant trop lourdes par les chefs d’entreprises, ce qui multiplie les risques de détournement.
Acteurs et dispositifs d’accompagnement
Pourtant, il existe de nombreux acteurs : les délégués à l’information stratégique et à la sécurité économique (DISSE) sont chargés de conseiller les acteurs locaux et de remonter les alertes. De même, la DRSD et la DGSI peuvent être contactées en cas de soupçon d’ingérence, et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) peut assister en cybersécurité et sensibiliser les acteurs. Mais le retour terrain est encore trop faible : en 2023, seulement « 56 diagnostics cyber » ont été effectués à la demande d’entreprises de défense.
Le ministère des Armées s’est récemment engagé à « renforcer l’écoute des attentes des entreprises en relation avec le ministère par une sensibilisation au plus haut niveau ». Au niveau cyber, un référentiel listant les protections minimales à posséder, notamment pour les PME, a été créé en collaboration avec les grandes entreprises de défense. Les institutions de l’État proposent une littérature de plus en plus abondante sur le sujet de l’intelligence et de la sécurité économique.
DEVENIR ANALYSTE CYBERSÉCURITÉ DANS L'ARMÉE (avec @Valentin-Cheneau )
Politiques de soutien et initiatives : Pacte Défense PME et plans d’action
Le Pacte Défense PME décline en 40 actions la stratégie globale du ministère de la Défense en faveur du développement des PME et ETI de tous les secteurs d’activité : armement, soutien des matériels et achats courants (infrastructures, fournitures, services, nourriture...). Le ministère des Armées a lancé en 2018 le plan Action PME d’aide aux PME, ETI et start-up stratégiques pour la défense, avec pour objectif de faciliter leur accès aux différents dispositifs d’achats et de soutien du ministère des Armées.
Depuis le début, 2020, le ministère entend piloter de façon plus resserrée et plus lisible son action en faveur des PME. « Deux ans après sa mise en place, ce plan livre de premiers résultats concrets et positifs » considère aujourd'hui la ministre Florence Parly. Une task force pour plus d’écoute. 70 rencontres pour informer des milliers d’entreprises sur la commande publique les dispositifs de soutien du ministère des Armées ont été organisées. « Elle a apporté un soutien direct à 15 % d’entre elles, sous forme d’accélération de paiement, d’anticipation de commandes ou d’aide à l’obtention de prêts garantis ».
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Mesures concrètes et accompagnements régionaux
Ces rencontres incluent des rendez-vous B to B pour faciliter les contacts des PME avec les services du ministère et parfois des maîtres d’œuvre industriels. Une journée d’échanges entre la DGA et les acteurs régionaux du développement économique (DIRECCTE, Conseil Régional, BPI France, CCI, pôles et clusters...) a été organisée. La participation ou l’invitation d’entreprises régionales aux différents salons, forum innovation DGA ou ateliers thématiques a été soutenue.
Le soutien et l’accompagnement du cluster EDEN Centre, dont la stratégie est de développer des synergies business avec des PME de la défense, sécurité et sûreté. Accompagnement spécifique de la DIRECCTE pour l’émergence de sa branche EDEN Cyber Centre. 4 PME régionales ont bénéficié du dispositif DGA « RAPID » d’appui à l’innovation - Plusieurs autres dossiers non retenus - 2 dossiers à intervenir. L’attribution du label DGA « Certificat de bonne exécution » à une PME orléanaise. 1 entreprise accompagnée par BPI France au travers du prêt « SOFIRED - PME Défense ».
| Dispositif | Objectif | Exemples |
|---|---|---|
| Pacte Défense PME | Soutien et actions pour PME/ETI | 40 actions, rendez-vous B to B |
| Plan Action PME (2018) | Faciliter accès aux achats et soutien | Accélération de paiement, anticipations |
| DGA - Pôles d'innovation | Fluidifier échanges innovation | 7 pôles, fonds Innovation Défense (€200M) |
| Dispositifs régionaux | Accompagnement local et financement | EDEN Centre, RAPID, SOFIRED |
Innovation et rayonnement : labels, certificats et fonds
Le ministère des Armées indique renforcer l’image du savoir-faire des PME-ETI dans les secteurs civil et militaire : 362 certificats de bonne exécution des contrats et 155 labels "Utilisé par les armées françaises" (UAF) ont été délivrés, contribuant à soutenir leurs produits tant sur le territoire national qu’à l’export. Sur le volet innovation, la Direction générale de l’armement (DGA) a créé sept pôles d’innovation technique pour animer les écosystèmes régionaux des PME-ETI et start-up autour de ses centres d’expertise et d’essais. Il s'agit de fluidifier et accélérer les échanges entre les armées, les universités, écoles et les industriels autour de l’innovation et son intégration dans les équipements de défense.
Un fonds "Innovation Défense" de 200 millions d’euros a par ailleurs été créé. Mise en avant des PLE et innovation - Le ministère des Armées indique renforcer l’image du savoir-faire des PME-ETI dans les secteurs civil et militaire.
Pour peser et préserver la souveraineté militaire
Pour peser, elles doivent mener une bataille d’influence : maîtriser les codes institutionnels, investir les médias, et s’allier aux grands groupes. Les grands groupes français sont sommés d’accélérer. Pour peser, elles doivent mener une bataille d’influence : maîtriser les codes institutionnels, investir les médias, et s’allier aux grands groupes.
Le legs sentencieux du Premier ministre aux industriels de l’armement : « la souveraineté n’est pas une rente ». Alors que l’Ukraine fait le choix de l’armement américain pour 100 milliards de dollars, les grands groupes français sont sommés d’accélérer. La réglementation américaine ITAR : une menace pour la souveraineté française ?
Bâtir une culture de l’intelligence économique : quelle stratégie pour l’industrie de défense française ? Ce pacte implique différentes entités de la défense, les grands maîtres d’œuvre industriels et les entreprises. La PME doit donc combiner innovation, sécurité renforcée et alliances stratégiques pour rester autonome et compétitive face aux défis actuels.
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