Définition et calcul du déflateur du PIB selon l'Insee

Pour mesurer les tensions inflationnistes dans l’économie, l’Insee collecte des prix à différents niveaux de la chaîne de valeur, depuis le stade de la production jusqu’à celui de la consommation, donnant ainsi naissance à plusieurs familles d’indices de prix. Une autre façon d’appréhender les évolutions de prix se fonde sur la comptabilité nationale et les rapports entre valeurs et volumes. Avantage majeur par rapport aux différents indices de prix, les déflateurs, nés des équilibres ressources-emplois, constituent un système cohérent où les prix sont reliés entre eux.

En comptabilité nationale, les prix sont ce qui lie les valeurs (mesure « à prix courants ») aux volumes (mesure « en termes réels » ou « à prix constants ») des agrégats sur lesquels ils portent (la consommation, le PIB, etc.). Indices et déflateurs sont évidemment intimement liés : en effet, lorsque les comptables nationaux mesurent une valeur, le partage entre volume et prix se fait bien souvent en utilisant les indices de prix au niveau fin, qui sont ensuite agrégés de la manière adéquate (voir Aeberhardt et Bidault, 2018, pour une documentation complète). Les déflateurs diffèrent cependant des indices à partir desquels ils sont estimés par des écarts de champ et de pondération.

Le travail des comptables nationaux consiste entre autres à équilibrer pour chaque produit les ressources, c’est-à-dire d’où le produit provient (production et importation), et les emplois - ce pour quoi ce produit est utilisé (consommation, investissement, exportation), à la fois en valeur et en volume. Ce faisant, les comptables nationaux assurent la cohérence des déflateurs du côté de la demande (issus par exemple de l’IPC, ou encore des indices de prix à l’exportation) et du côté de l’offre (issus des indices de prix à la production ou à l’importation). Le cadre de la comptabilité nationale permet également de comparer les différentes grandeurs entre elles, en les ramenant à leur poids dans l’économie dans leur ensemble.

À travers ces équilibres et les égalités comptables, les déflateurs sont donc reliés simplement entre eux, le déflateur d’un agrégat (par exemple le PIB) pouvant être exprimé comme la somme pondérée des déflateurs de ses composantes (par exemple les composantes de la demande). On peut ainsi expliquer les évolutions du prix du PIB par celui de ses composants côté offre (production et importations) ou côté demande (consommation, investissement et exportations).

Quelle est la spécificité du déflateur du PIB ?

Comme son nom l’indique, le déflateur de la consommation des ménages va être pertinent du point de vue du consommateur final. Le déflateur du PIB, quant à lui, apparaît plus pertinent pour mesurer l’évolution du prix de la valeur ajoutée accumulée sur le territoire : il permet de mesurer l’inflation intérieure, qui découle du processus de production en France, par opposition à l’inflation importée.

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Si la question est d’évaluer le taux d’intérêt réel auquel font face les entreprises résidentes pour leurs projets d’investissement, il est plus logique de déduire du taux d’intérêt nominal l’évolution du déflateur du PIB que celle des prix à la consommation. L’intérêt de la comptabilité nationale par rapport aux indices pris isolément est de proposer un système cohérent et exhaustif des prix.

Différences entre IPC et déflateurs

L’indicateur d’inflation phare, le plus connu et le plus mis en avant sur le site de l’Insee, mesure la hausse de l’Indice des prix à la consommation (IPC). Diffusé chaque mois et fondé sur l’observation d’un panier de biens et services représentatif du budget des ménages et mis à jour tous les ans, il est la référence pour les mécanismes d’indexation nationaux. Il existe toutefois une palette d’autres indicateurs de prix dans les statistiques de la comptabilité nationale, nommés « déflateurs ».

La résurgence récente de l’inflation a remis sous les projecteurs les évolutions de prix. Or, si l’inflation se définit comme un mouvement général de hausse des prix, tous les prix n’augmentent pas d’autant ni au même moment. Les déflateurs diffèrent des indices à partir desquels ils sont estimés par des écarts de champ et de pondération. De fait, les déflateurs du PIB et de la consommation évoluent suivant des facteurs qui leur sont propres et les écarts entre eux peuvent être importants suivant les périodes.

Lecture et utilisation des déflateurs dans l’analyse économique

Les déflateurs permettent d’expliquer les évolutions du prix du PIB par celui de ses composants côté offre (production et importations) ou côté demande (consommation, investissement et exportations). On l’a vu, les principaux déflateurs affichent des évolutions marquées et surtout d’ampleur différente. Par exemple, au T2 2022, le déflateur des ressources (PIB + Importations) était supérieur de 5,7 % à son niveau du T1 2019 : le PIB y contribue pour 2,4 points et les importations pour 3,3 points.

Le cadre de la comptabilité nationale permet aussi de comparer les différentes grandeurs entre elles, en les ramenant à leur poids dans l’économie dans leur ensemble. En pratique, les comptables nationaux utilisent des indices de prix au niveau fin, qui sont ensuite agrégés de la manière adéquate pour produire les déflateurs des agrégats.

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Évolutions récentes et enseignements

Sur la période récente, plusieurs faits ressortent. D’une part, au deuxième trimestre 2020, lors du premier confinement, le déflateur du PIB a augmenté, tiré par le déflateur de la consommation des administrations publiques (APU). En effet, les fermetures d’activités non marchandes (salles de spectacle, musées, guichets de certaines administrations, etc.) lors des différents confinements ont réduit la production en volume, et le maintien des salaires a stabilisé la production en valeur (Houriez, 2020) : les agents économiques ont ainsi payé, via les prélèvements obligatoires, pour un service quantitativement moins important - ce qui correspond à une hausse de prix.

Par la suite, à partir de 2021, les différents prix ont commencé à augmenter. Les déflateurs des échanges extérieurs, qui avaient reculé au début de l’année 2020, augmentent assez nettement à partir du quatrième trimestre de cette année, et accélèrent considérablement en 2021. Le déflateur des importations est notamment tiré par le prix des matières premières, l’accélération se faisant encore plus nette à partir du premier trimestre 2022, en lien avec la guerre en Ukraine et le redoublement des tensions inflationnistes. Le déflateur de la consommation des ménages accélère avec un peu retard, au deuxième semestre 2021, le temps que les prix d’imports se diffusent aux prix de consommation.

De fait, les importations se replient certaines années et les exportations restent dynamiques d’autres années, ce qui pèse sur la composition du déflateur global. Le déflateur des échanges extérieurs et le déflateur du PIB peuvent donc évoluer différemment selon l’importance de l’impact des prix de l’énergie, des matières premières ou des biens industriels sur le commerce extérieur et sur la production nationale.

Exemples numériques et interprétations

Lecture : En 2024, la croissance du PIB est de 1,2 %. et des APU contribue pour 0,9 point à cette croissance. En 2024, l’investissement diminue de 1,1 % en volume, après +0,4 % en 2023. Au total, l’investissement en construction est en baisse de 1,5 % sur l’année.

Lecture : au T2 2022, le déflateur des ressources (PIB + Importations) était supérieur de 5,7 % à son niveau du T1 2019 : le PIB y contribue pour 2,4 points et les importations pour 3,3 points. Sur l’année 2023, certaines composantes liées à l’énergie ont fortement contribué à la hausse des prix, puis une partie de cette contribution s’est atténuée en 2024, les importations énergétiques reculant principalement en gaz et en pétrole brut.

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AgrégatRôleCommentaire
Déflateur du PIB Mesure l’inflation intérieure Pertinent pour évaluer le coût réel de l’investissement des entreprises
Déflateur de la consommation Prix perçus par le consommateur final Proche de l’IPC mais diffère par champ et pondération
Déflateur des importations Mesure l’inflation importée Tiré notamment par les prix des matières premières et de l’énergie

Utilisations pratiques et limites

Les déflateurs sont utilisés pour convertir des séries en valeur (à prix courants) en séries en volume (à prix constants), permettant ainsi d’estimer la croissance « réelle » des agrégats. Ils sont également utiles pour isoler l’effet prix de l’effet volume dans l’analyse conjoncturelle et structurelle. L’intérêt de la comptabilité nationale est de fournir un système cohérent des prix liés entre eux, contrairement à l’utilisation isolée d’indices.

Les déflateurs ont toutefois des limites : ils diffèrent des indices de prix par des écarts de champ et de pondération et peuvent réagir différemment selon le calendrier et l’intensité des chocs (par exemple, chocs sur l’offre, chocs sur la demande, variations des prix internationaux). Tous les prix n’augmentent pas d’autant ni au même moment, d’où la nécessité d’interpréter les déflateurs dans leur contexte économique et structurel.

Présentation du calcul du déflateur du PIB

Points clés à retenir

  • Les déflateurs proviennent des équilibres ressources-emplois et constituent un système cohérent des prix.
  • Le déflateur du PIB mesure essentiellement l’inflation intérieure et sert notamment à calculer des taux d’intérêt réels pertinents pour les entreprises.
  • Les déflateurs diffèrent des indices de prix (comme l’IPC) par leur champ et leurs pondérations.
  • Les évolutions récentes montrent des dynamiques différentes selon les composantes : importations, consommation, investissement, administrations publiques.

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