Histoire et panorama des entreprises de cosmétique françaises
L’histoire des cosmétiques c’est avant tout l’histoire d’un regard, le regard que nous portons sur nous-même, le regard que nous portons sur les autres. De la Préhistoire à nos jours, ce regard a changé dictant des modes et édictant des règles qui tour à tour paraissent obsolètes ou bien au contraire le comble de la modernité. Très tôt, l’Homme s’est soucié de son apparence. Avec les matériaux dont il disposait, il s’est appliqué à modeler de ses mains la silhouette idéale à ses yeux. Les vénus prennent des formes variables. Elles sont tout en seins, fesses et cuisses pour les vénus germaniques (vénus d’Hohle Fels et de Willendorf), le corps strié de scarifications, ou bien longilignes à l’extrême pour la vénus impudique de Lauguerie-basse. La beauté est déjà plurielle.
Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir que les cosmétiques sont apparues il y a au moins 10 000 ans. Des palettes de maquillages et soins pour la peau ont en effet été retrouvés sur plusieurs sites historiques. La recherche de la beauté, le besoin d’embellir sa peau et d’en prendre soin est liée à l’histoire des civilisations. L’homme a ainsi inventé au fil des âges les formules, processus de fabrication et de conservation des produits de beauté et articles de maquillage. Les Égyptiens considéraient l’intérêt porté aux soins du corps comme un signe de raffinement. Ils utilisaient des poudres végétales et minérales pour fabriquer des produits de maquillage. Ils obtenaient des fards et du khôl en les mélangeant à divers ingrédients, graisse, lait, miel, cires et résines. Ils savaient aussi fabriquer des masques visage, lotions, crèmes, pommades.
Antiquité et Moyen Âge : premiers usages et rites
De l’Homme des cavernes aux grecs antiques, si l’obsession de la beauté demeure, les moyens mis en œuvre se raffinent. Pour le poète Anacréon (550 av. J.C. - 464 av. J.C.), la beauté est une arme spécifiquement féminine. Les grecs ont inventé la beauté comme le pense Jean d’Ormesson, les romains se sont, quant à eux, passionné pour les cosmétiques. Ovide dans « L’art d’aimer » et « Les cosmétiques » n’est pas avare de conseils. Propreté (du corps, des dents), et blancheur éclatante sont recommandés. Le bain obéit à un rituel bien précis ; les parfums sont consommés sans modération et parfument aussi bien l’atmosphère que l’eau du bain. Il est de bon ton de ne pas « offenser l’odorat » de son voisin.
Corne de cerf, graisse de crocodile (les jusqu’aux-boutistes parlent même d’excréments de crocodile !) entrent dans la composition des préparations destinées à éclaircir le teint. Œufs de mouches et de fourmis sont les ingrédients d’une poudre noire qui permet de maquiller les sourcils trop peu fournis. Les belles romaines dilatent leurs pupilles grâce à un collyre contenant de l’atropine extrait de la belladone. On est, alors, fort peu regardant en ce qui concerne le profil toxicologique des ingrédients utilisés.
Au Moyen Âge, on est pragmatique. Les Romans de la table ronde décrivent une beauté pleine de verdeur. La reine Guenièvre « était la plus belle femme qui fût alors en la Bretagne Bleue : sous sa couronne d’or et de pierreries, son visage était frais et justement coloré de blanc et de vermeil ; quant à son corps, il n’était ni trop gras ni trop maigre, les épaules droites et polies, les flancs étroits, les hanches basses, les pieds blancs et voûtés, les bras longs et gros, les mains blanches et grassettes ; c’était une joie. » Rien de bien romantique.
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Renaissance et temps modernes : naissance de la parfumerie et raffinement
Durant la Renaissance, le Franciscain italien Fra Luca di Burgo propose de mettre la beauté en équation. Dans son ouvrage « Divine proportion », il propose un nombre d’or permettant de réaliser des formes géométriques qui donnent l’illusion de la perfection. La perfection n’étant pas de ce monde, chacun cherche par un moyen ou par un autre à mettre en place les artifices qui conduiront à l’illusion de la beauté. Les cosmétiques constituent des artifices de choix. La quête d’un teint pâle est toujours d’actualité. Les recettes abondent. Nos rois de France n’échappent pas à la règle. Henri III, dont on n’ignore pas la préciosité, redécouvre le masque de Poppée et n’hésite pas à en faire usage.
Louis XIV, « le Roi le plus doux fleurant », est un grand consommateur de cosmétiques. Teint pâle, lèvres rouges, le courtisan ainsi paré est prêt pour la représentation. Caché sous une épaisse couche de fard, il n’affiche plus ni âge, ni sentiments. Après avoir souffert de la rébellion des nobles au cours de la fronde, Louis XIV muselle l’opposition, l’étourdissant de fêtes parfumées en son palais de Versailles. L’aqua admirabilis ou eau de Cologne est inventée par Paul Féminis. Elle va parfumer toutes les cours européennes et finira par se démocratiser et descendre dans la rue au XIXe siècle.
Les femmes ne sont pas seulement belles. Elles sont intelligentes. Elles réunissent dans leur salon des « honnêtes gens » qui sont capables de discourir des heures durant sur les sujets les plus divers. Les esprits bouillonnent dans les salons, le vin fermente grâce à Dom Perignon ! Ninon de L’Enclos passe être la plus belle femme du XVIIe siècle. Elle aime à se vanter de sa fraîcheur qui perdura affirment certains, jusqu’à un âge fort avancé.
Révolutions, XIXe siècle et industrialisation de la cosmétique
La Révolution française met un frein à une consommation de poudre jugée excessive. Il n’est pas de bon ton d’être trop soigné. Les aristocrates à la lanterne ! La pommade Samson, le parfum à la guillotine remplacent les cosmétiques d’antan… Les temps sont à la peur. En réaction, à peine Thermidor passé, Incroyables et Merveilleuses s’aspergent de parfum à la muscade et tentent d’oublier en s’étourdissant les malheurs passés. Les cosmétiques reprennent du service. Les bains de fruits frais font alors la peau douce…
Le XIXe siècle voit les régimes se bousculer. Les esprits bouillonnent dans tous les domaines et les cosmétiques se mêlent à la vie de tous les jours. Les Français sont pleins d’imagination. Le parfumeur Rimmel met au point une préparation pour le maquillage des yeux : le mascara est né. Décriées par les uns, prônées par les autres, les préparations pour éclaircir le teint occupent toujours le devant de la scène. Elles sont toujours aussi dangereuses pour la santé. Les femmes se protègent du soleil au maximum et évitent à tout prix le hâle qui caractérise les gens du peuple.
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Joseph-Albert Ponsin se lance dans la fabrication des fards. Son successeur fera fructifier la société Bourjois avec brio. Pierre-François Pascal Guerlain compose des parfums hardis pour l’époque et inspire Honoré de Balzac pour son César Birotteau ; il sait se faire courtisan, offrant à Napoléon III, l’eau de Cologne impériale, à l’occasion de son mariage. La poudre de riz constitue la base de tout l’arsenal féminin. Des actrices comme Sarah Bernhard en vantent les mérites. Une préparation à base de cire d’abeille, de beurre et de raisin est utilisée pour le maquillage des lèvres. Le bâton de rouge à lèvres moderne est en germe. Les premiers instituts de beauté voient le jour, Klytia à Paris est l’un des tous premiers.
XXe siècle : industrialisation, L'Oréal et naissance d'un écosystème
1909 est une date importante dans l’histoire des cosmétiques puisque le chimiste Eugène Schueller fonde la « Société française de teintures inoffensives pour cheveux ». L’Oreal, le fleuron national n’est pas loin. Après s’être attaqué aux teintures capillaires, Eugène Schueller mettra son expertise au service des autres branches de la cosmétologie. Il sera l’un des pionniers dans le domaine de la photoprotection et saura exploiter au mieux les innovations spécifiques à chaque époque.
Le XXe débute très doucement dans le domaine des cosmétiques. Ceux-ci sont encore d’un autre âge. Paul Poiret tente de libérer les femmes de leur corset. Après la Première Guerre mondiale, il faut réparer les Gueules cassées. Suzanne Noël s’y emploie et pose, avec d’autres, les bases de la chirurgie esthétique. Les femmes se libèrent mais se poudrent toujours le bout du nez. Caron et T-Leclerc sont en compétition. Les vernis à ongles des frères Revson traversent l’Atlantique. Ils sont merveilleusement opaques et très couvrants. Le rouge à lèvres « Rouge Baiser » vient compléter la panoplie. Il résiste dit-on au baiser ! Les premiers shampooings modernes voient le jour. Le tensioactif qui le compose est obtenu par synthèse. Les crèmes Simon et Nivea sont de bons basiques qui protègent la peau tout en ayant des compositions très simples.
On commence à prendre goût au bronzage. La peau hâlée qui a fait le désespoir de plus d’une par le passé est désormais le canon à atteindre. Les premières huiles solaires voient le jour (Ambre solaire® est l’une d’elles). L’accueil est toutefois mitigé. Coiffeurs, écrivain (Colette) entrent dans la danse, tout le monde veut profiter de la manne qu’est la toute jeune industrie cosmétique. Il y a de la place pour tout le monde ! Après la seconde guerre mondiale, la société Lancaster est créée. Son nom est un hommage aux bombardiers anglais, les « avro Lancaster ».
La guerre est déclarée aux bourrelets, aux chairs affaissées, aux rides… On met de tout dans les cosmétiques (des embryons de poulet, du placenta…). Chaque y va de sa spécificité, l’un les huiles essentielles, l’autre les plantes entières… Les cosmétiques se segmentent. Pour exister, il faut inventer une histoire, créer un univers. Tout s’accélère, on nous parle d’acide de fruits, de collagène, d’élastine, de liposomes, les termes sont de plus en plus techniques. Paris au cours du XXe siècle a attiré beaucoup de pionnières du domaine de la beauté, Helena Rubinstein, Nadia Grégoria Payot, Ella Baché…
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XXIe siècle : exigences, controverses et renouveau du made in France
Le XXIe siècle est le siècle de la grande peur, marqué par des polémiques. Les parabens sont pointés du doigt, les filtres UV sont jugés oestrogéniques (voir notre avis). Suite à ces menaces, la vague Bio déferle mettant sur le marché des produits solaires de piètre efficacité (voir item produits solaires). Les actifs cosmétiques ressemblent de plus en plus à des principes actifs médicamenteux. Les actifs botox like, les extraits de venin de serpent, tout est mis en œuvre pour conserver l’éternelle jeunesse. Les BB, CC, DD crèmes arrivent sur le marché laissant le consommateur étourdi sous cette avalanche d’initiales.
On fait la chasse aux ingrédients controversés, parabènes, perturbateurs endocriniens, on est entrés dans l’air du bio, du naturel, de la beauté engagée et responsable. « Le made in France en cosmétique, ce n'est même pas un choix, c'est une évidence », tranche d'emblée Anne-Marie Gabelica, fondatrice de oOlution , marque de cosmétique basée sur les ingrédients bio et français. D'ailleurs, dans le secteur, aucune marque ne craint d'afficher clairement son origine française. La plus connue d'entre elles étant L'Oréal Paris. « Le terme France ou Paris est une marque sur la marque. On voit de plus en plus de cosmétiques apposer des drapeaux français ou des coqs bleu-blanc-rouge. »
Si l'on en croit les chiffres, en 2017, dans le Top 10 mondial des marques de cosmétique établi en fonction de leur valorisation, trois étaient françaises : L'Oréal, en première position ; Lancôme, quatrième ; Garnier, sixième. S'il est donc un secteur économique où la France bénéficie au maximum de son « soft power », c'est bien la cosmétique. « Les cosmétiques made in France sont associés aux châteaux de la Loire, à la tour Eiffel… On achète un morceau de France, une culture, un art de vivre », narre Marc-Antoine Jamet, président de la Cosmetic Valley, le pôle de la filière en France, chargé de coordonner les actions entre les différentes entreprises françaises.
Un écosystème très foisonnant et garant de qualité
Au-delà de son image raffinée, la France est aussi mondialement reconnue pour la qualité de son savoir-faire. Pour Marc-Antoine Jamet, la cosmétique française offre quatre garanties. Premièrement, la sécurité : « On parle de produits que le consommateur se met sur la figure, il faut qu'il soit assuré que cela n'est pas dangereux. » Ensuite, l'irréprochabilité des matières et l'authenticité des produits. Enfin, l'innovation. « On sait qu'il n'y a pas plus avancé ailleurs. » Une primauté du produit qui permet aussi aux produits d'origine française d'être plus à l'aise sur le prix, « pas un critère déterminant comparé à la qualité, la provenance ou l'efficacité du produit choisi », assure le président de Cosmetic Valley, pour qui il n'est pas question de se reposer sur ses lauriers.
La France est aujourd'hui leader mondial du secteur, avec 25 % de part de marché, assure Cosmetic Valley. En 2017, la filière a exporté pour 13,6 milliards d'euros, un record et une progression de 12 % par rapport à l'année précédente selon la Fédération des entreprises de la beauté (Fébea). Marc-Antoine Jamet voit encore une possible progression. « Avoir plus de conquêtes du marché est possible, si les consommateurs sont mieux informés de la qualité de nos produits. »
Acteurs, boutiques et initiatives locales
Découvrez les marques qui proposent des cosmétiques de fabrication française (maquillages, crèmes, sérum anti-âge, produits de beauté, ...). Couleur Safran Parfums : Couleur Safran porte une attention toute particulière à la sélection de matières nobles, notamment celles issues du pays Grassois. 3 cocottes est un concept store Made in France et éthique à Pont-l'Évêque en Normandie. Jolie Ti de France, petite sœur de La Bel'France à Cluny en Bourgogne, véhicule les mêmes valeurs : la fabrication française, la mise en valeur de l'artisanat, des savoir-faire.
Comme Avant, boutique située dans le quartier du Marais, à Paris, sur la rive droite de la Seine. Ateliers de l’Hexagone est une boutique indépendante multimarques qui propose des articles fabriqués en France. Les vêtements et accessoires sont réalisés sur place dans l’atelier de couture. Comme Avant, boutique située dans le quartier Arnaud-Bernard, au centre historique de la ville. Cent pour Cent Français, concept-store situé en centre-ville de Grenoble et entièrement dédiée à la fabrication locale et française. Vous y trouverez des produits exclusifs et originaux, pour toute votre famille et pour faire plaisir à vos amis. Les Traits Français propose une sélection de vêtements 100% fabriqués en France. Voici quelques boutiques et magasins indépendants où vous pourrez trouver votre bonheur.
Réglementation, sécurité et substances controversées
Par ma double casquette, de chargée d’études en toxicologie - santé - environnement, je vois trop souvent passer des raccourcis qui brouillent les messages de santé publique et font passer nos instances publiques pour des criminels ! Explications. Dans un cosmétique, on ne peut pas utiliser n’importe quelle substance chimique. Il existe un règlement européen qui fixe les bases. L’avantage avec les produits made in France et made in Europe est que d’office, ils respectent ces règles. Vous imaginez bien qu’un fabricant français de cosmétiques ne peut pas s’approvisionner d’une substance qui est interdite sur le marché.
Ce règlement interdit toutes les substances chimiques pour lesquelles les effets néfastes sur la santé ont été prouvées. Les substances dites controversées ou suspectes, sont des substances pour lesquelles un doute existe mais les données scientifiques actuelles ne permettent pas de trancher. Les cosmétiques se sont civilisés : métiers de savoir et de tradition, il est utile pour ceux qui travaillent dans la filière, mais aussi pour tous, de connaître l’histoire de la cosmétique. Mais aussi pour comprendre et anticiper.
Innovation, formation et transmission
Enfin la cosmétique, est devenue une mosaïque de sciences, de techniques et de recherches permettant à l’industrie cosmétique une évolution permanente. Produits de soins, de maquillage ou de toilette sont devenus de véritables concentrés de technologies. Cette page regroupe également une série de documents en relation avec l’histoire de la cosmétique française. - Pour répondre à ces objectifs, la Cosmétothèque a développé une série de modules sur ces thématiques. Episode 3 : Une histoire de la propreté concernant l’histoire de l’hygiène et des cosmétiques adaptés. Episode 4 : Une histoire d’inventivité par l’histoire des produits de maquillage, du teint aux lèvres en passant par les ongles et les yeux. - Des années folles aux 30 glorieuses.
Perspectives pour les entreprises françaises
La cosmétique française offre sécurité, irréprochabilité des matières, authenticité et innovation, des atouts pour poursuivre son rayonnement mondial. « Le made in France en cosmétique, ce n'est même pas un choix, c'est une évidence », tranche d'emblée Anne-Marie Gabelica. Pour exister, il faut inventer une histoire, créer un univers. Tout s’accélère, on nous parle d’acide de fruits, de collagène, d’élastine, de liposomes, les termes sont de plus en plus techniques. Pour Marc-Antoine Jamet, la cosmétique française offre quatre garanties. Premièrement, la sécurité. Ensuite, l'irréprochabilité des matières et l'authenticité des produits. Enfin, l'innovation.
La France reste un leader mondial qui vend un morceau de culture, un art de vivre. Les cosmétiques made in France sont associés aux châteaux de la Loire, à la tour Eiffel… On achète un morceau de France, une culture, un art de vivre. Ne nous laissons pas déstabiliser par les bruits que nous entendons ici ou là. Le domaine de la cosmétologie est un domaine passionnant qui permet d’embellir le regard que nous portons aux autres ou à nous-mêmes.
| Période | Faits marquants |
|---|---|
| Préhistoire - Antiquité | Palettes de maquillage, poudres minérales, khôl, masques, bains et parfums |
| Moyen Âge - Renaissance | Recherche du teint pâle, poudre de céruse, parfumerie naissante |
| XIXe siècle | Industrialisation, naissance du mascara, Bourjois, Guerlain |
| XXe siècle | Création de L'Oréal (1909), montée des marques internationales, segmentation |
| XXIe siècle | Controverses (parabènes), vague bio, made in France, innovation technique |
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