Entreprise, création de réseau social et impact environnemental et social
Les réseaux sociaux ont pris une place colossale dans notre vie quotidienne, principalement chez les jeunes. 51% de la population mondiale est active sur ces plateformes. Avec un temps d’utilisation de 2h30 en moyenne, les utilisateurs consomment et publient de nombreux contenus. Cette consommation massive de contenus est de plus en plus forte chaque année et inquiète.
Nous avons déjà connaissance de la dimension éthique et sociale liée aux réseaux sociaux. Les réseaux sociaux ont un impact, comme tous les outils et plateformes numériques. En scrollant notre fil d’actualité et en publiant du contenu, nous contribuons à l’essor de la pollution numérique. Le numérique représente 4% des émissions totales de CO2 émises chaque année dans le monde. Et cette donnée est en augmentation.
Comment les réseaux sociaux polluent-ils ?
La pollution numérique est principalement due aux appareils électroniques mais les plateformes, sites web et applications y contribuent aussi. De par la quantité astronomique de contenus stockés pour chaque réseau social, leur contribution est importante. L’utilisation croissante des réseaux sociaux est accompagnée par un essor des contenus partagés, qui pèsent lourd sur les serveurs. En effet, photos, vidéos, gif, tweets… Après leur publication, ces contenus sont stockés sur des serveurs dans des datacenters. Ils sont alimentés en électricité 24h/24 pour nous permettre l’accès aux plateformes et à leurs contenus. Plus il y a de contenus à charger sur plus de pages, plus le coût environnemental des serveurs est lourd.
La consommation accrue des réseaux sociaux augmente la pollution numérique. Mais comment la consommation ou le partage de contenu sur les réseaux sociaux polluent-ils ? C’est la quantité d'énergie que les réseaux sociaux consomment qui pollue. Cette énergie a un impact sur l’environnement considérable pour être produite, transformée, conditionnée... D’autant plus si elle est d’origine fossile. La vidéo est le média qui pollue le plus sur les réseaux sociaux, elle représente 18% des données du web. La consommation de streaming est responsable pour 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le partage de fichier sur les réseaux sociaux pollue également.
Enfin, le stockage des données est également responsable de l’impact environnemental des réseaux sociaux. De par la quantité astronomique de contenus stockés pour chaque réseau social, leur contribution est importante. L’utilisation croissante des réseaux sociaux est accompagnée par un essor des contenus partagés, qui pèsent lourd sur les serveurs.
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Données et mesures : études et scénarios utilisateurs
Pour cette étude, les données ont été mesurées via notre solution Greenspector Test Runner qui permet la réalisation de tests automatisés sur smartphone en local. Nous avons mesuré les consommations de ressources (énergie, mémoire, données) et les temps de réponse. Ces données nous ont ensuite permis d’obtenir l’impact environnemental des applications.
Comme tous ces réseaux ne fonctionnent pas de la même façon, nous avons choisi de remesurer un cas d’utilisation commun à tous, à savoir, le parcours et la lecture d’un fil d’actualité des 10 applications mobile de réseaux sociaux les plus utilisés en France. Le scénario utilisateur ici est un défilement du fil d’actualité d’un compte actif pendant 1 minute. Nous avons fait évoluer le parcours utilisateur en réalisant un scénario de défilement du fil d’actualité comportant les étapes suivantes :
- Etape 1 : lancement de l’application
- Etape 2 : lecture du fil d’actualité sans défilement (30 sec)
- Etape 3 : défilement du fil d’actualité avec des pauses intercalées.
- Etape 4 : mise en arrière-plan de l’application (30 sec)
Ce parcours comporte un scroll de 2 secondes suivi d’une seconde de lecture (pause) le tout répété et pondéré sur une durée de 1 minute. Concernant Snapchat, son fonctionnement nous a obligé à considérer un scénario de clic et non de scroll, mais ne remettant pas en cause les temps de pause et de défilement de contenu. Les pauses lors du défilement du fil d’actualité simulent un comportement le plus réaliste possible de lecture. Ce parcours ne transcrit pas des usages les plus fréquents sur ces plateformes (lecture d’un post ou d’un contenu riche associé, d’une vidéo, réaction, échange généré, ….) mais il nous donne une indication sur le niveau de sobriété des applications.
Résultats représentatifs
Selon une étude de Greenspector, un utilisateur de réseaux sociaux sur mobile serait la cause de 102 kgEqCO2 à l’année, soit l’équivalent de 914 km effectués en véhicule léger moyen en France. En clair, poster et consommer du contenu a un impact environnemental. Les dix principales plateformes de réseaux sociaux émettent ensemble plus de 262 millions de tonnes de CO₂e, ce qui représente environ 0,61% des émissions mondiales. Pour Instagram, cela représenterait 262 000 tonnes eqCO2/jour, soit près de 96 millions de tonnes à l’année.
En projetant l’impact environnemental sur une année pour chaque application, l’impact environnemental représente de 20 à 40 kg eqCO2 selon le réseau social. Quand on projette l’impact environnemental sur une année pour chaque application, l’impact environnemental représente de 20 à 40 kg eqCO2 selon le réseau social. Cela représente 185 km en voiture pour le réseau le moins sobre.
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Classement et différences entre plateformes
Dans une récente étude de Greenspector, l’entreprise classe les réseaux sociaux les plus connus selon leur impact carbone, leur consommation d’énergie et les données chargées. Bien que ce réseau social soit plus récent que les autres, il reste le plus pollueur avec 2,63 gEqCO2/min, 0,27 litre d’eau et 1,88m2 de surface au sol occupé. En second place, on retrouve le réseau Reddit, qui consomme en moyenne 2,48 gEQCo2/min, 0,23 litre d’eau et 1,35 m2 de surface au sol occupé. Enfin, en 3e position, on retrouve Pinterest avec ces 1,30gEQCo2/min, 0,15 litre d’eau et 1,25m2 de surface au sol occupé. Le meilleur élève reste le même qu’en 2020 : Youtube.
Youtube, quant à lui, ne propose que des miniatures qui s’animent après 2 secondes dessus. Un impact environnemental positif ? N’oublions pas que les réseaux sociaux peuvent avoir un impact positif. En effet, la base des réseaux sociaux se compose de la plateforme et de sa communauté.
Mode sombre, préchargement et sobriété
Nous avons réalisé nos mesures une seconde fois avec les applications en mode sombre pour pouvoir comparer les impacts énergétiques engendrés. Les mesures ont été réalisées sur un Samsung S10, détenteur d’un écran à technologie AMOLED, connue pour le fait qu’un pixel sombre sera en réalité un pixel partiellement éteint, ce qui explique que les modes sombres réduisent la consommation d’énergie. Lors de cette étude nous avons remarqué qu’uniquement 8 des 10 applications étudiées proposaient le dark mode. On peut observer que l’activation du mode sombre entraîne une diminution de la consommation d’énergie mesurée sur la batterie. On peut constater que lorsque le dark mode est activé sur l’application, la consommation d’énergie est réduite en moyenne de 20%.
En revanche, les contenus textuels sont beaucoup moins lourds à charger ou énergivores. Les applications offrant beaucoup de contenu multimédia sont très consommatrices d’énergie et demandent de nombreux échanges de données sur le réseau pour afficher ces contenus. Une vidéo préchargée consomme plus d’énergie et génère plus d’échanges de données qu’un post de texte préchargé. L’application précharge de nombreux contenus, si l’utilisateur est hors connexion, il peut tout de même accéder aux vidéos. Celle-ci n’échange qu’un très faible volume de données au chargement de l’application, ainsi que lors du scroll du fil d’actualité.
Impacts sociaux : RSE, greenwashing et mobilisation
La responsabilité sociale et environnementale (RSE) décolle sur les réseaux sociaux. Plus que jamais centrale dans les discussions menées par les entreprises auprès des internautes, elle constitue un argument de plus en plus fort en matière d’image de marque. #Impact, #inclusion, #écologie, #transition… La responsabilité sociale et environnementale (RSE) est plus que jamais au cœur de la communication des entreprises sur les réseaux sociaux.
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Première conclusion, les internautes n’ont jamais autant parlé du sujet qu’en 2022. 20 millions de messages ont ainsi été publiés dans le monde l’année dernière. Cela représente une augmentation de plus 39% par rapport à 2021 et plus 102% par rapport à 2019. En France, Visibrain comptabilise 1,2 million de publications en 2022, dont 30% mentionnent des marques.
Attention au greenwashing. L’environnement représente en effet le sujet le plus abordé sur les réseaux sociaux en matière de RSE : il est au centre de 40% des messages publiés, loin devant les autres tendances. Mais il fait également l’objet d’une attention particulière. "La sémantique associée à la RSE sur les réseaux sociaux est composée de beaucoup d’expressions comme écologie, climat ou biodiversité, mais aussi greenwashing". Cette dimension dévoile les attentes de la société civile, qui n’hésitent pas à pratiquer le name and shame sur les réseaux sociaux lorsque les actions des entreprises ne reflètent pas leurs engagements.
Les réseaux sociaux ont néanmoins aidé à la mobilisation collective. Face à l’urgence climatique, une mobilisation collective se crée sur différents réseaux sociaux. Plusieurs exemples de challenges montrant des gestes écoresponsables ainsi que des hashtags se multiplient pour alerter, agir et sensibiliser la population. En 2019, on a par exemple pu voir apparaître le challenge #FillTheBottle. Celle-ci montrait un avant/après d’un lieu pollué puis nettoyé. N’oublions pas le mouvement “On est prêts” qui a rassemblé plusieurs dizaines d’influenceurs sur les réseaux sociaux pour sensibiliser leur communauté et leur partager des gestes pour limiter leur pollution.
Que peuvent faire les entreprises qui créent un réseau social ?
Comme tout logiciel, site web et application, il est possible d’éco-concevoir un réseau social. Du côté des concepteurs, cela reviendrait à adapter le design, le développement et l’hébergement de la plateforme en y intégrant les principes de développement durable. Repenser les réseaux sociaux pour limiter leur pollution est un point clé et efficace face à l’utilisation croissante de celles-ci. En les rendant plus frugales et sobres, les géants du web bénéficient de plusieurs avantages : temps de chargement nettement diminué (important sur smartphone), meilleure expérience utilisateur, plus de lisibilité…
Pour s’attaquer à ce problème, il convient d’adopter une approche à deux volets. Tout d’abord, des solutions au niveau macro doivent être mises en place que ce soit à l’international ou au national par le biais de réglementations et d’incitations destinées aux entreprises et aux particuliers afin de réduire l’impact des réseaux sociaux. Les entreprises de réseaux sociaux elles-mêmes peuvent réduire considérablement leur impact en adoptant des sources d’énergie renouvelables pour leurs centres de données et en améliorant l’efficacité de leurs infrastructures.
Chaque année depuis 2007, Google (et donc, Youtube) est neutre en carbone via le principe de compensation carbone. Ce type de processus est cependant souvent critiqué car pour beaucoup il éloigne les entreprises d’un réel engagement sur leurs propres services et/ou produits. Pour le moment, aucune plateforme à ma connaissance (et recherches) n’a émis d’engagement concernant l’intégration de l’aspect environnemental durant la phase de conception.
Bonnes pratiques techniques et éditoriales
- Minimiser le nombre de réseaux sociaux : essayez de réduire le nombre de réseaux sociaux sur lesquels vous communiquez. Concentrez-vous sur les réseaux sociaux qui sont utilisés par vos clients.
- Réduire la qualité de vos vidéos : pour les médias que vous partagez sur vos réseaux sociaux, favorisez une résolution moins importante (240p).
- Limiter le préchargement : réduire le préchargement de vidéos et d’images lourdes permet de diminuer les échanges de données et la consommation serveur.
- Informer vos clients : informez vos clients de vos engagements et de votre communication des réseaux sociaux sobre et respectueuse.
- Suivre vos objectifs : mettre en place des actions pour réduire votre bilan carbone et pouvoir suivre votre travail et analyser ses impacts.
Pour les startups et entreprises à impact social, la quête d’un réseau social éco-responsable à l’échelle mondiale se pose comme une question évidente. Le monde de la startup est un environnement souvent propice au développement d’idées innovantes ayant un impact positif sur la société.
Actions individuelles : rôle des utilisateurs
Est-il possible, chacun à notre échelle, de limiter l’impact environnemental de nos réseaux sociaux ? Oui. En effet, ce sont nous, utilisateurs, qui consommons et partageons du contenu sur ces plateformes. De ce fait, nous pouvons, dans une moindre mesure, agir pour diminuer la pollution des réseaux sociaux. Premièrement, sur tous les réseaux sociaux, nous pouvons limiter le temps passé dessus. Et oui, de plus en plus d’applications permettent de le réguler. Apple a par exemple mis en place le paramètre “temps d’écran”. Cet onglet est disponible dans les réglages de tout iPhone ou iPad. Nous y retrouvons l’outil “limites d’app” qui va permettre de mettre une limitation de temps d’utilisation de n’importe quelle application, notamment les réseaux sociaux. Google, quant à lui, a mis en place une application appelée “bien-être numérique” disponible sur Android et qui offre les mêmes possibilités.
En ce qui concerne les réseaux sociaux basés sur le streaming vidéo, il est possible de réduire leur impact en diminuant le temps passé sur les plateformes ainsi qu’en diminuant le poids de la vidéo. Pour ce qui en est du temps, nous l’avons évoqué précédemment. Pour le poids de la vidéo, nous pouvons diminuer la qualité de la vidéo regardée. Cela est possible sur Youtube notamment, où passer une vidéo en 1080p à 720p a un réel impact reporté à l’année. Enfin, pour limiter l’impact environnemental des réseaux sociaux, il faut en éviter l’excès. Cela veut dire de ne pas “poster pour poster” et réfléchir à la pertinence de notre publication.
Comportements recommandés
- Réfléchir avant de poster : évitez le "poster pour poster".
- Réduire le temps d’usage quotidien et activer des limites d’app.
- Activer le mode sombre si votre appareil utilise une dalle AMOLED.
- Préférer les contenus textuels et images optimisées plutôt que la surproduction de vidéos lourdes.
- Vérifier les sources avant de partager et éviter la diffusion d’informations erronées.
Perspectives : alternatives et innovations
Pour le moment, des projets existent mais il n’y a pas de réel réseau social écologique reconnu. En creusant, j’ai vu des projets comme Orizzon, Voyage To Me et Greensbear. La quête d’un réseau social éco-responsable à l’échelle mondiale se pose comme une question évidente. Les entreprises de réseaux sociaux elles-mêmes peuvent réduire considérablement leur impact en adoptant des sources d’énergie renouvelables pour leurs centres de données et en améliorant l’efficacité de leurs infrastructures.
De nombreuses sociétés se développent dans l’évaluation de l’impact sociétal et social des entreprises. L’innovation est un véritable levier pour permettre de développer des options de consommation responsable. Monrhmica (sic) s’engage à réduire l’impact écologique des réseaux sociaux en offrant des outils et informations qui sensibilisent les utilisateurs à la question.
Bilan et appel à l’action
Les réseaux sociaux participent sans aucun doute à la pollution numérique. Leur essor entraîne un partage et un stockage de données immenses, de quoi surcharger les serveurs et augmenter leur impact environnemental. Cependant, ces réseaux ont amené une motivation collective, force d’actions pour notre planète. Les réseaux sociaux polluent dans leur conception et gestion. Néanmoins, les utilisateurs de ces plateformes peuvent (et doivent) contribuer à diminuer la pollution de celles-ci et avoir un impact positif. Vous connaissez peut-être déjà l’impact environnemental du numérique, mais saviez-vous que les réseaux sociaux ont une grande part à jouer ?
À l’heure où l’urgence climatique est de mise, il est temps d’examiner notre rapport à nos écrans et d’adopter des gestes écologiques, de réduire le temps passé en ligne et d’activer le mode sombre sur les applications mobiles. Si vous êtes éditeurs d’applications, vous avez aussi votre rôle à jouer !
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