Gestion d'une station de sports d'hiver : fonctionnement, enjeux et stratégies d'adaptation
Les stations de sports d'hiver regroupent un ensemble complexe d'activités économiques, techniques et sociales qui reposent sur la conjonction d'infrastructures, d'un modèle de gouvernance et d'une relation avec un territoire naturel sensible. La montagne touristique, structurée depuis plus d’un siècle par l’économie des sports d’hiver et l’activité des domaines skiables, activité météo-sensible par excellence, subit fortement les impacts du changement climatique.
Construire et gérer une offre skiable : remontées, pistes, hébergements et personnel
Construisez votre propre royaume des sports d'hiver en partant d’une montagne vierge. Installez des remontées mécaniques, dessinez des pistes et placez des hôtels pour accueillir vos skieurs. Construisez différents types de remontées mécaniques : téléskis, télésièges, télécabines et téléphériques. Chaque modèle de remontées mécaniques possède ses propres caractéristiques. Vitesse, nombre de passagers ou encore altitude maximale, investissez dans les meilleures remontées pour vous adapter aux différents défis de la montagne.
Dessinez des pistes qui raviront vos skieurs, des pistes vertes dans la forêt pour les débutants aux pistes noires avec des bosses sur le flanc de la montagne pour les skieurs les plus confirmés. La dynamique de l’hébergement touristique ou résidentiel représente un autre levier important de renouvellement des stations de montagne. Investissez dans la communication pour mettre en avant votre station auprès des vacanciers. Choisissez votre cible, familles ou skieurs aisés par exemple, et faites en sorte de contenter vos vacanciers avec des résidences pour les familles et des chalets cossus pour les publics fortunés. La satisfaction de vos visiteurs est essentielle pour faire de votre domaine un incontournable des sports d’hiver.
Embauchez du personnel qualifié pour gérer votre station. Des pisteurs pour secourir les skieurs en détresse aux opérateurs pour s’occuper des remontées mécaniques, sans oublier les mécaniciens ou encore les dameurs qui entretiennent vos pistes. Investissez dans la recherche pour améliorer vos infrastructures, former vos employés et développer votre station. La décision et la mise en œuvre de la production de neige de culture relèvent ainsi essentiellement du gestionnaire du domaine skiable.
Modes de gouvernance et modèles de financement
Plusieurs modes de gouvernance existent en France pour la gestion des stations de ski. Spécificité française, les remontées mécaniques sont qualifiées d'activités de service public par la loi. Il y a également d’autres modes assez connus, comme la délégation de service public, où une société privée assume les risques financiers, la société d’économie mixte, où une collectivité est actionnaire majoritaire, ou encore le format en régie directe, qui tend à disparaître au profit de la SPL.
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La SPL (société publique locale) a plus de souplesse, notamment pour le fonctionnement commercial de la station, tout en maintenant des fonds publics, sans autres actionnaires que des collectivités locales. Récemment, Tignes et Sainte-Foy-Tarentaise ont créé de manière commune une SPL, pour « reprendre la main sur l’avenir de la vallée », avec le souhait de développer des actions pour la vie du territoire, en parallèle de la gestion des domaines skiables. La notion de partage du risque induit des choix, particulièrement pour les petites stations, notamment lorsqu'elles atteignent que difficilement le petit équilibre économique, telle la régie intéressée : ce mode de gestion externalisé fait peser le risque d'exploitation sur l'autorité délégante et non sur l'exploitant.
L'externalisation de l'exploitation à un tiers, titulaire d'un contrat de concession et supportant le risque d'exploitation, s'impose alors. La mise en concurrence pour sélectionner le ou les actionnaires privés autre que l'actionnaire public permet de créer une société d'économie mixte à opération unique (société anonyme à capitaux publics ou privés). Tous ces modes de gouvernances ont leurs forces et leurs faiblesses, beaucoup de stations ont évolué avec le temps, et pas que dans les Alpes.
Financement et dépendance aux soutiens publics
Une étude récente a estimé l’empreinte carbone d’un skieur sur une journée : 48,9 kg eqCO2 (équivalent à 250 km en voiture). Cela fragilise l’équilibre financier des remontées mécaniques, pénalise l’économie locale et pèse sur les finances publiques des collectivités dont les subventions peuvent représenter plus du quart du chiffre d’affaires des petites stations. Des politiques d’adaptation ont donc été menées, mais elles restent insuffisantes. En matière de gouvernance, l’échelon communal est trop restreint. Enfin, en termes de soutien public, il devient nécessaire de repenser le modèle de subventionnement.
Enjeux climatiques, techniques et de diversification
La montagne apparaît désormais comme un objet de consommation, investie comme espace disponible pour l'usage des citadins. La production de neige de culture est développée par les opérateurs pour garantir l’exploitation des domaines skiables, notamment aux moments clefs de la saison. Le recours aux canons à neige est coûteux, de moins en moins efficace et consommateur d’une ressource en eau qui tend à s’amenuiser.
Les stations, plus ou moins ancrées dans leur territoire support, ont engagé des stratégies d’adaptation, dès les années 1990, d’abord de manière progressive, ponctuelle, puis plus systématiquement, avec de possibles soutiens publics à partir des années 2000. Rares sont les exemples de réduction ou d’arrêt de l'exploitation, tels Métabief dans le Jura et Sankt Corona am Wechsel en Autriche. Cette dernière s’est engagée, ces dernières années, dans une transition touristique : une partie du parc de remontées mécaniques a été démantelée, avec un investissement fort dans le tourisme d’été.
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La diversification des activités est encore marginale, et mal coordonnée entre les collectivités. La demande et l’évolution des attentes des touristes, sachant que moins de 10 % des Français partent en vacances au ski, constituent un facteur important de transformation des pratiques de loisirs et de tourisme : réduction du temps passé sur les skis, demandes d’activités neige hors ski ou de découverte du patrimoine culturel et/ou environnemental sont autant de tendances à prendre en compte dans l’offre proposée.
Gouvernance territoriale et coopération à l’échelle de la destination
La mise en place de la diversification touristique suppose de mobiliser un écosystème d’acteurs variés (acteurs touristiques mais également acteurs de la culture, de l’environnement…) et localisés dans un territoire plus vaste que la station, dépassant les limites communales et intercommunales. Ceci passe par l’élaboration d’une gouvernance territoriale ad hoc, à l’échelle de la destination, qui permet d’animer le territoire dans la durée et de réaliser les actions prévues.
Dans cette perspective, depuis 2007, l’État et les Régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes accompagnent les stratégies de diversification et de transition des territoires de montagne dans le cadre du programme « Espaces valléens » (51 % des actions touristiques programmées sur la période 2014-2020 relèvent de la diversification). Dans le cadre du contrat « Stations demain » porté par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (2016-2020), 75 % des subventions régionales et 56 % des opérations réalisées s’inscrivent dans cette logique de soutien au domaine skiable.
La question de la cohésion territoriale et de l’échelle de mise en œuvre de la transition des territoires touristiques est également présente dans la nouvelle génération des contrats stations lancée en 2022 par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur (« Contrats Stations 2030 : un cap d’avance »). Au-delà des dispositifs et de leur implémentation, c’est bien la vision future du territoire qui est en jeu : comment concevoir un projet touristique territorialisé dans un contexte de changement climatique ? Quelle démarche prospective à l’échelle du territoire ? Quelles cohérences entre les différentes stratégies d’adaptation au changement climatique ?
Les stations de montagne à l’heure du réchauffement climatique - Reportage #cdanslair 23.02.2023
Histoire et massification : le poids des choix passés
La pratique du ski développée dans les années 1930 dans des villages déjà fréquentés l'été connaît un essor important dans les années 1960, à une époque où les vacances deviennent un phénomène de masse. Un Plan Neige est alors appliqué, reposant sur l'idée que seul le tourisme de l'or blanc peut sauver l'économie montagnarde. De 1965 à 1975, des stations dites intégrées sont ainsi aménagées, essentiellement dans des espaces vierges des Alpes. Les stations de sports d'hiver connaissent de fait une véritable explosion.
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On passe de 137 stations en 1966 à 200 en 1975, alors que l'on n'en comptait qu'une trentaine en 1946 et 50 en 1960. Sont notamment créées La Plagne, les Arcs, les Ménuires, Avoriaz et Isola. En 1972, ce sont 1,6 million de skieurs qui se rendent dans les stations de sports d'hiver. Pourtant l'exploitation de l'or blanc laisse apparaître rapidement quelques limites : le ski demeure une pratique de catégories aisées - les inégalités sociales constatées pour les vacances d'été s'observent encore plus pour les vacances d'hiver - et la clientèle étrangère n'afflue pas massivement vers les stations françaises.
Stratégies opérationnelles recommandées pour les gestionnaires
- Investir dans la modernisation des remontées mécaniques et la maintenance préventive pour réduire les coûts d'exploitation et améliorer la capacité.
- Développer la production de neige de culture avec prudence en évaluant coûts énergétiques et disponibilité de l'eau.
- Mettre en place une gouvernance territoriale à l'échelle de la destination pour coordonner diversification et transition.
- Favoriser la diversification des activités (été/hiver, culture, patrimoine, activités hors-ski) pour lisser l'activité et réduire la dépendance à l'ensoleillement et à la neige.
- Repenser les modèles de financement et de subventionnement afin de soutenir les petites stations vulnérables sans encourager des politiques coûteuses et non soutenables.
- Engager des plans de communication ciblés selon des segments (familles, clientèles aisées, amateurs de hors-piste) pour optimiser la satisfaction et la fidélisation des visiteurs.
Vers une transformation durable et territorialisée
La mise en place de la diversification touristique suppose quant à elle de mobiliser un écosystème d’acteurs variés et localisés dans un territoire plus vaste que la station. Cette question de la cohérence territoriale et de l’échelle de mise en œuvre de la transition est centrale pour penser l’avenir des stations. L'analyse de ces stratégies d’adaptation au changement climatique dans le massif alpin invite à questionner les processus de gouvernance des territoires touristiques de montagne, et ce à plusieurs niveaux.
La montagne offre encore la beauté du calme des chutes de neige et l'euphorie des journées ensoleillées, et les gestionnaires doivent concilier attraction touristique, protection des ressources et viabilité économique. Créez un domaine skiable qui vous ressemble et contemplez la beauté de la montagne, appréciez chaque ambiance unique que la montagne offre.
| Enjeux | Actions possibles | Contraintes |
|---|---|---|
| Maintenabilité des remontées | Modernisation, maintenance préventive | Coût et financement |
| Enneigement | Neige de culture, diversification | Ressources en eau, coût énergétique |
| Gouvernance | SPL, SEM, DSP, coopération territoriale | Équilibre des risques financiers |
| Demande touristique | Segmentation, nouvelles activités | Evolution des préférences, saisonnalité |
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