Histoire et raison sociale de l'hôpital psychiatrique Maison Blanche
C’est une exploration qui aura demandé plusieurs visites afin de pouvoir tout visiter. Réalisée en 2014, je publie aujourd’hui cet article comme le site n’est plus faisable. Exploratrice et photographe passionnée d’histoire, mon travail s’articule autour de 2 axes : la photographie documentaire et la photographie artistique.
Origine et décision de création
La capacité de l’asile de Ville-Evrard étant jugée insuffisante, un deuxième complexe est construit. La capacité de l’asile de Ville-Evrard devenue insuffisante, malgré la construction de nouveaux quartiers, le Département de la Seine prend en 1894 (délibération du 6 juillet) la décision de construire un nouvel ensemble au nord de la route de Strasbourg (RN34). On lui donne le nom du lieu-dit où il est construit : Maison Blanche. Ce 5e asile de la Seine prendrait le nom de Maison-Blanche, du nom d'un lieu-dit du domaine de Ville-Evrard.
Concours d'architecture et architecte
Afin de définir l’architecture des lieux un concours public est mis en place. Le concours d'architecture est remporté par l'architecte Morin-Goustiaux, avec son projet de grand édifice bâti en forme de château. Louis Morin-Goustiaux dirige lui-même les travaux de Maison Blanche qui débutent en 1896. Quelques mots à propos de Georges Morin-Goustiaux, architecte de l’asileNé en 1859 dans le Loiret, Georges Morin-Goustiaux entre à l’Ecole des Beaux Arts de Paris en 1878. Il est l’élève de Julien Guadet, lui même un élève de Labrouste et qui dirigea l’atelier de construction des frères Perret. Morin-Goustiaux est diplômé en 1890. Il devient membre de la Société centrale des architectes et se voit médaillé au salon de 1897. Il se rend aux États-Unis où il obtient, en 1904, le Grand Prix de Saint-Louis. Morin-Goustiaux participe aux concours publics pour la construction de collèges (Epinal, Joigny, 1891), de mairie (Ivry, 1894), d’hôpitaux (Bretonnaux et San Francisco), d’écoles et d’asiles. Il obtient le premier prix et construit l’hôpital français de San Francisco, l’immeuble de la compagnie La New-York à Paris, le 5e asile de la Seine, Maison Blanche domaine de Ville-Evrard et l’asile d’aliénés de Trieste. Cet architecte réalise, entre autres, le pavillon des États-Unis à l’Exposition Universelle de 1900, le monument commémoratif dans le cimetière de Puebla au Mexique, quelques constructions particulières et des immeubles de rapports comme le n°6-8 de la rue Monttessuy (7e) à Paris où il vécut de 1890 à 1892.
Construction et plan initial
Le projet propose un asile pour 700 femmes, un asile spécial d'alcooliques pour 500 hommes, des services généraux communs. Le projet définitif de construction est approuvé le 28 décembre 1895. Du plan initial conçu symétriquement de part et d’autre de l’axe central des services généraux, seule la première tranche est réalisée au moment de l’ouverture. Les pavillons, en briques, alternativement séparés par une cour ou un jardin, comportent un étage et, du côté extérieur, s'achèvent en une rotonde à cinq pans abritant la salle de jour. Louis Morin-Goustiaux dirige lui-même les travaux de Maison Blanche qui débutent en 1896. Finalement réservé aux femmes, selon une décision du Conseil général de la Seine en 1898, "l'asile de Maison Blanche", dit-on jusqu'au décret du 5 avril 1937 (qui substitue au terme "d’asile" celui "d’hôpital psychiatrique"), et continue-t-on encore couramment à dire, ouvre le 1er juillet 1900.
Agrandissements et évolutions architecturales
Les agrandissements successifs de l'hôpital psychiatrique de Maison Blanche traduisent aussi bien les besoins de place toujours croissants que l'évolution des conceptions thérapeutiques. En 1909, une nouvelle section de pavillons ouvre. En 1909, il est de nouveau complété par de nouveaux bâtiments et réalisé sur un modèle allemand de « village asile ». Ils sont répartis dans un jardin à l'anglaise selon les préceptes appliqués en Allemagne de "l'asile village", jugé moins contraignant pour les malades. Pendant l'Entre-deux-guerres, le manque de place est chronique. Il faut cependant attendre 1932-1935 pour voir construire un sanatorium dans l'enceinte de l'hôpital, un château d'eau, une morgue, une centrale thermique et un jardin d'agrément. En 1934, une nouvelle section de sept pavillons est ouverte. Ceux-ci, construits en tôle d'acier selon le procédé constructif Fillod, reprennent la trame du plan de la première série de pavillons du début du siècle, ceux de 1909. Le procédé imaginé par Ferdinand Fillod consiste en des constructions métalliques à base de profilés et de tôles d’acier, entièrement modulables, à montage et démontage rapide, principalement destinées à un usage temporaire dans un lieu déterminé. Après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux pavillons sont mis en service à la périphérie des anciens, les "manivelles" (béton et brique de parement), puis les "patios" (préfabriqués) que l'on retrouve également à Ville-Evrard. La superficie totale du domaine qui était d’environ 27 hectares en 1900, occupe 37 hectares en 1848.
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Fonctionnement et équipements au début du XXe siècle
En plus des bâtiments, il offre un parc, un potager, des serres et ses jardiniers, une importante blanchisserie et ses blanchisseuses ainsi qu'une équipe de pompiers. Les bâtiments des services généraux et les pavillons pour le logement des médecins et du pharmacien sont également édifiés dès cette première tranche. L'institution peut accueillir jusqu'à 3200 malades. C'est la grande époque asilaire.
Maison Blanche pendant les deux conflits mondiaux
La Première Guerre Mondiale modifie la destination du lieu. Pendant le premier conflit mondial, l'asile d'aliénées est converti en hôpital militaire après que les malades aient été évacuées les 4 et 5 septembre 1914. On y trouve alors un service d'amputés, un de gazés, un de "confus", un service de médecine générale et un service de convalescents. La France prend une série de mesures destinées à organiser la défense passive de son territoire et l’hôpital s’y prépare doucement à partir de 1938. Lors d'une réunion relative à la défense passive tenue le 17 septembre 1938 à la Direction des Affaires départementales, et en présence de représentants de tous les établissements départementaux, notamment des hôpitaux psychiatriques, il est annoncé que la préfecture remettra "des masques (à gaz) à tous ses agents non mobilisables, mais non aux pensionnaires et malades qui font partie de la population civile et en seront munis par les soins de l'Etat". Le directeur de Maison Blanche demande que soient également munis de masques "quelques malades tranquilles capables de rendre des services en cas de panique, donc assimilables au personnel" et que soit à cet effet constituée une petite réserve de masques. L'hôpital se prépare au pire et diverses mesures sont prises, comme la constitution de stocks, le camouflage de bâtiments en tôle d'acier, l'aménagement de tranchées, l'installation d'un poste de secours dans un sous-sol, la formation d'équipes de secours, ainsi que l'essai des masques à gaz par chaque agent et certaines malades tranquilles.
En dépit de ses demandes réitérées, l'établissement n’est pas évacué. Quelques dizaines de malades seulement sont transférées à Rodez le 15 juin 1940. En juillet 1940, Maison Blanche se retrouve en zone occupée, où les conventions d'armistice prévoient que l'administration continuera à relever du Gouvernement français. Lors de l'invasion, l'hôpital ne subit aucun dommage, et les réquisitions allemandes se limitent à du matériel de literie. Le taux de mortalité s’en trouve touché et va en augmentant, à cause des différents rationnements et du manque de chauffage. Dès le deuxième semestre de 1940, la pénurie est générale et le rationnement, comme pour l’ensemble de la population, touche les produits courants, linge, chaussures, vaisselle, essence, tabac, combustibles ainsi que l'alimentation. Les difficultés de chauffage obligent en 1942 à regrouper les malades et à fermer plusieurs pavillons.
Conditions sanitaires et mortalité durant la guerre
En 1940, l'hôpital compte près de 2600 malades réparties dans cinq "sections", dont un service spécial de traitement des aliénées tuberculeuses du département de la Seine. Chaque section est dirigée par un médecin-chef assisté d'un interne, soit un seul médecin et un seul interne pour plus de 500 malades, situation courante à l’époque. Ne recevant que des malades femmes, le personnel est presque exclusivement féminin et n’est pas touché par la mobilisation. Les malades reçues à Maison-Blanche viennent de Sainte-Anne, établissement central chargé de recevoir, observer et répartir tous les aliénés en placement d'office (PO) ou placement volontaire (PV).
La pénurie générale se traduit par des difficultés alimentaires: "500 en avril 1940 à 39 kgs en mai 1942. elle a maigri de façon notable." Les rationnements et le manque de chauffage augmentent la mortalité; on compte, pour la seule année 1941, 694 décès. Les pavillons éclairés, mal entretenus et peu chauffés accentuent la vulnérabilité des malades, notamment chez les personnes âgées. Les archives mentionnent des efforts de lutte contre les vols alimentaires, la mise en place de jardins potagers et de poulaillers, ainsi que l'achat de graines et l'organisation du travail des malades pour améliorer l'autosuffisance: "On lutte aussi contre les vols, les fraudes et le 'coulage'... des poulaillers. jardinage et l'acquisition de graines de semence potagères."
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Transformations postérieures et désaffection
Les désaliénistes prônent le maintien des malades mentaux au sein de la cité. Avec les années 1970, commence pour les hôpitaux psychiatriques l'aventure du "secteur". En effet, une circulaire ministérielle de mars 1960 crée la politique de secteur psychiatrique grâce à l'action des médecins désialénistes : à chaque arrondissement de Paris correspond un secteur de psychiatrie censé proposer aux patients des lits d'hospitalisation et aussi des alternatives, avec les hôpitaux de jour, de nuit, de crises, etc. À cette date, Maison Blanche est en charge des trois secteurs du 18e, des deux secteurs du 19e et de celui du 9e arrondissement. Les grands hôpitaux psychiatriques et le cadre unique cèdent la place aux petites structures et au maintien des malades mentaux au sein de la cité.
Dans le cadre de la mise en place de la politique de sectorisation, l'hôpital psychiatrique de Maison Blanche, qui accueille des malades parisiens, est progressivement désaffecté. En 1996, son nouveau directeur fait adopter par le conseil d'administration la mort programmée de l'hôpital avec, peu à peu, le transfert de tous les lits vers Paris.
Maison Blanche comme centre hospitalier spécialisé moderne
En 1978, l’hôpital de Maison-Blanche, Centre Hospitalier Spécialisé en psychiatrie, disposait sur le site de Neuilly-sur-Marne d’une capacité de 2400 lits. Il offrait également des structures, type hôpital de jour et ateliers thérapeutiques, implantées dans Paris intra-muros. Aujourd’hui, l'Etablissement Public de Santé Maison Blanche (EPS) développe toujours ses activités sur le quart nord-est de Paris intra-muros. Il assure la prise en charge en santé mentale de la population des 9e, 10e, 18e, 19e et 20e arrondissements, soit une population de près de 700 000 habitants, le 1/3 de la population parisienne.
Sa fonction d’hôpital psychiatrique a évolué en développant une logique de services de santé intégrés à la cité qui regroupe dix secteurs de psychiatrie adulte et deux secteurs de psychiatrie enfant, un service intersectoriel addictions, psychiatrie, toxicomanie. Une soixantaine de lieux (structures ambulatoires et hospitalisation) proposent des soins et un suivi en santé mentale. Parallèlement, le panel des services offerts se diversifie afin de répondre à des besoins sanitaires de publics nouveaux : enfants, adolescents, personnes dépendantes de produits toxiques ou atteintes par le virus du sida ou de l'hépatite, personnes âgées souffrant de démence. La mission de l'E.P.S. Maison Blanche ne se limite pas aux soins mais aussi à la recherche et la diffusion des savoirs.
Désaffectation partielle du site et reconversion immobilière
Maison Blanche fait partie de ces lieux que nous ne pouvons explorer en une seule fois. En effet il existe de nombreux bâtiments et leur exploration prend du temps. L'hôpital en état d'abandon a servi pendant pas mal de temps de lieu de tournages diverses et variés. L’équipe de tournage établira ses quartiers de nombreux mois dans un des bâtiments du complexe hospitalier. Plusieurs salles sont alors décorées en fonction des scènes. La nouvelle série d’horreur de Netflix est en parti réalisée dans cet hôpital. L’école du phare dans la série utilise les extérieurs mais aussi couloir et salles. Le tournage du film semble s’être effectué dans l’hôpital de Ville-Evrard juste en face avec l’utilisation de certaines parties non utilisées. Après re-visionnage du film, les parties présentées ne me rappelle pas la partie de l’hôpital Maison Blanche.
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Sur les 59 hectares du site de l'ancien hôpital Maison Blanche, le début des travaux afin de créer tout d'abord 500 logements neufs ont débuté. C’est un projet assez énorme, en plusieurs phases qui proposera quelque 4 200 logements neufs à terme. La livraison et l’arrivée des futurs habitants à partir de fin 2019.
Aspects patrimoniaux et architecturaux remarquables
La remise aux normes à des fins de modernisation et d'hygiène a entraîné des transformations dans la plupart des bâtiments, voire la modification de leur aspect extérieur. L'intérêt du site réside dans la juxtaposition des deux types de plans, témoignage des hésitations et des avancées thérapeutiques au tournant du siècle. La salle des fêtes, le bâtiment du sanatorium (architecture régionaliste, plan atypique) et l'ensemble des bâtiments "Fillod" constituent les autres spécificités intéressantes du site. D'une manière plus générale, comme à Ville-Evrard, l'insertion des édifices dans un environnement paysager propre à chaque époque constructive en fait un site remarquable.
La vie quotidienne et les soins à Maison Blanche
Le projet propose un asile pour 700 femmes, un asile spécial d'alcooliques pour 500 hommes, des services généraux communs. Le système thérapeutique a évolué : "au traitement des pathologies organiques. pyrétochimiques (association Stovarsol*-Dmelcos* N.B. et Dihydan*). Todd*, Hémostyl*... le Cardiazol* (convulsivothérapie chimique)... le système du professeur Delmas-Marsalet." Certaines techniques, réputées extrêmement angoissantes, côtoient des pratiques qui ont permis à plusieurs malades de sortir améliorées ou guéries. Certaines ne restent que quelques jours, d'autres un mois ou deux. Plusieurs malades sortent donc améliorées ou guéries thérapeutique- après plusieurs années d'internement. Les activités comprenaient aussi des animations et occupations: "avec jeux divers, concours de coiffures, de pêche, etc. de 5 à 600 personnes, dont un certain nombre de malades travailleuses."
Notes d'exploration et témoignages
Dans un des bâtiments un alignement de chambre avec un seul lit laisse entrevoir l’enfermement. Cela me rappelle les cellules de la prison de Loos. Une des chambres est munie aux fenêtres de plaques de plexiglas empêchant son occupant d’ouvrir la fenêtre. Le lit lui-même est cloué au sol. Maison Blanche fait partie de ces lieux que nous ne pouvons explorer en une seule fois. En effet il existe de nombreux bâtiments et leur exploration prend du temps.
La Terrible Histoire Cachée de la Maison-Blanche : Pouvoir, Mort et Secrets | Documentaire
Tableau récapitulatif - Grandes dates et transformations
| Année / Période | Événement |
|---|---|
| 1894 | Délibération pour construire le 5e asile de la Seine, Maison Blanche |
| 1895-1896 | Approbation du projet et début des travaux dirigés par Morin-Goustiaux |
| 1900 | Ouverture officielle (réservé aux femmes) |
| 1909 | Ouverture d'une nouvelle section selon le modèle "village asile" |
| 1914-1918 | Conversion en hôpital militaire pendant la Première Guerre mondiale |
| 1932-1935 | Construction du sanatorium et équipements techniques |
| 1939-1945 | Occupation, rationnements, hausse de la mortalité durant la Seconde Guerre mondiale |
| 1970s-1990s | Transition vers la politique de secteur et désaffectation progressive |
| 1996 | Décision de transfert progressif des lits et mort programmée du site |
| 2019+ | Projet de reconversion du site en logements (phase initiale 500 logements) |
La capacité de l'institution, son architecture, ses agrandissements successifs et son rôle sanitaire témoignent des évolutions de la psychiatrie et de la société. L’hôpital Maison Blanche, de l’asile village aux services spécialisés modernes, reste un site d'intérêt historique, architectural et social important.
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