Icône de la Mère de Dieu de Vladimir : histoire, miracles et artisanat monastique
L’icône de la Mère de Dieu de Vladimir est l’une des plus vénérées de Russie. D'après des documents certains, l'histoire de cette icône de la Vierge de Vladimir commence par son arrivée à Kiev en 1131 en provenance de Constantinople. Le patriarche de Constantinople, Luc Chrysoberges, a offert cette icône au grand prince de Kiev comme la bénédiction. Le grand-duc Iouri Dolgorouki de Kiev l’a reçue en présent de Luc Chrysoberges, patriarche de Constantinople, vers 1131. A son arrivée en 1131, l’icône a été placée dans un monastère non loin de Kiev.
Ce prince la fit placer dans le monastère de femmes Mejihirski près de Kiev jusqu’à ce que son fils Andreï Bogolioubski la porte dans sa ville préférée, Vladimir, en 1155. En 1155, le prince André Bogolioubski a transporté cette icône dans le nord, dans sa principauté de Vladimir-Souzdal qu’il cherchait à fortifier à cette période de rivalité entre les terres russes. Lorsque les chevaux qui transportaient l’icône s’arrêtèrent près de Vladimir et refusèrent d’aller plus loin, ceci fut interprété comme un signe que la Theotokos voulait que l’icône reste à cet endroit aux abords de la ville. Andreï Bogolioubski fit construire à cet emplacement la grande cathédrale de l’Assomption de Vladimir de 1158 à 1160 pour abriter l’icône, et cet évènement entraîna par la suite la consécration de nombreuses autres églises à la Mère de Dieu dans tout le nord-est de la Russie. Le prince a placé l’icône dans la cathédrale de la Dormition nouvellement construite à Vladimir.
En 1164, l’icône de la Vierge de Vladimir accompagnait ce même prince André Bogolioubski dans sa marche victorieuse contre les Bulgares de la Volga. Une multitude de gens venait vers elle quotidiennement et à beaucoup d’entre eux, par leurs prières ardentes, la Très Sainte apportait la guérison et la consolation dans leurs afflictions. Il en était ainsi jusqu’à l’invasion des Tatars en 1238 quand presque toutes les villes de la Russie avaient été dévastées et brûlées par l’envahisseur. Par la volonté de Dieu, lors de la terrible dévastation l’icône n’a pas subi de dommage. D’après la légende, les envahisseurs qui avaient fait irruption dans la cathédrale, arrachant des murs les objets précieux, ont eu peur de prendre l’icône.
Pendant les années du joug étranger, la sainte image se trouvait à Vladimir, mais presque cent ans après, elle a été transportée à Moscou. En 1395, le terrible et sanguinaire Tamerlan menace Moscou avec ses hordes turco-mongoles musulmanes. Se rendant compte de la menace et comprenant que le nombre de troupes ennemies dépassait celui de guerriers russes, les habitants de Moscou se sont découragés que rien ne pouvait chasser la tristesse de leurs cœurs. C’est alors que le métropolite Cyprien a demandé d’apporter à Moscou l’icône de Vladimir afin de redonner courage aux défenseurs de la ville. On fait alors venir l’icône sacrée de Vladimir, protectrice de la Sainte Russie. Une grande procession du clergé et de la population de Moscou vint l’accueillir à une porte de la ville le 26 août 1395. Le lieu de cette sainte rencontre (Сре́тение / sretenie en slavon) en prit le nom : c’est l’actuelle rue Sretenka de Moscou, où s’élève le très beau monastère Sretensky, haut lieu de l’actuelle renaissance spirituelle russe, également réputé pour l’excellence de son chœur liturgique.
Après ce miracle, les Moscovites refusèrent de restituer l’icône à la ville de Vladimir et elle demeura dans la cathédrale de la Dormition du Kremlin de Moscou, devenant l’icône despotique de son iconostase. C’est devant elle que se déroulaient les grands actes de la vie du pays, tels que le couronnement du tsar ou l’élection du patriarche. Elle devint l’objet de pèlerinages populaires. Pour ne pas priver totalement les habitants de Vladimir, leur icône y retourna maintes fois, surtout lors des pénibles années de l’invasion tatare.
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La Mère de Dieu de Vladimir joua de nouveau un rôle symbolique en 1480 : en cette année 1480, le tsar Ivan III le Grand déchira sur les marches de la cathédrale de l’Assomption le traité qui soumettait Moscou au pouvoir de la Horde d’or et déclara ainsi l’indépendance de la Russie, refusant par là même de payer le tribut au chef de la Horde d’or, Ahmet, qui se dirigea aussitôt vers Moscou avec une énorme armée. L’icône de la Mère de Dieu se trouvait à ce moment-là à Vladimir. On l’envoya chercher en toute hâte et elle parvint à Moscou le 23 juin. Les armées russes & tatares prennent position sur l’Ougra et s’observent pendant plusieurs jours, aucune des deux ne se décidant à traverser la première. À Moscou, on priait jour et nuit devant l’icône en implorant la Toute-Pure d’apporter son aide. Une rumeur venue d’on ne sait où circula parmi le peuple, disant que la Mère de Dieu avait posé sa ceinture sur la rivière entre les deux armées, ce qui avait eu pour effet de les tenir immobiles. Le contact ayant été évité, le prince Ivan envoya des détachements de cavaliers autour de l’armée ennemie pour localiser les Tatars et sonder leurs intentions. En voyant constamment ces cavaliers russes autour d’eux, les Tatars craignirent d’être entourés et reculèrent de plus en plus. Le 7 novembre, ils partirent définitivement, renonçant à l’idée de conquérir Moscou.
En hommage à ces miracles, l’église russe fête trois fois par an les principaux miracles de l’icône de la Vierge de Vladimir : le 21 mai (miracle de 1521), le 23 juin (miracle de 1480) et le 26 août (miracle de 1395). En 1164, l’icône de la Vierge de Vladimir accompagnait ce même prince André Bogolioubski dans sa marche victorieuse contre les Bulgares de la Volga. En 1451 : siège de Moscou par Mazovcha, le fils du khan de Nagaï. En 1459 : siège de Moscou par le khan de Nagaï voulant laver l’humiliation de son fils en 1451. En 1521 : siège de Moscou par Mahmet Guireï.
On raconte en Russie qu’en décembre 1941, alors que les Allemands approchaient de Moscou, Staline aurait ordonné que l’icône fût placée dans un avion qui ferait le tour de la capitale assiégée. Comme pour d’autres icônes célèbres (celle de la Trinité écrite par saint André Roublev par exemple), se posa dans les années 1990 le délicat problème de la restitution par la Galerie Tretyakov de ces biens spoliés qui constituent à la fois des trésors artistiques - fleurons de la célèbre galerie - mais sont aussi des joyaux pour la piété des fidèles croyants. Une solution juridique originale a été mise en place en 1999 : l’église Saint-Nicolas de Tolmachi, appartenant à la Galerie Tretyakov, expose désormais l’icône de la Vierge de Vladimir et d’autres trésors religieux célèbres de la galerie. L’église a été reconsacrée et les offices y sont célébrés quotidiennement ; elle est ouverte à la visite touristique en dehors des offices.
Les analyses tant historiques que scientifiques établissent que l’icône de la Vierge de Vladimir a été composé à la fin du XIème siècle ou au début du XIIème siècle par un ou des maîtres de l’école byzantine de Constantinople. Les spécialistes la considèrent comme l’icône la plus importante de la période comnénienne du point de vue artistique. Son auteur est inconnu. Ceci a donné libre cours à la légende qui attribue cette icône de Vladimir à saint Luc, mais aucun document historique confirme cette attribution. La tradition reconnaît en saint Luc le premier iconographe de la Vierge à l’Enfant. Dans son évangile, saint Luc ne cesse de méditer sur le mystère du Christ et de Marie.
| Caractéristiques matérielles | Détails |
|---|---|
| Dimensions initiales | 78 cm x 55 cm |
| Épaisseur de la planche | 2,7 cm (tilleul) |
| Dimensions après agrandissement | 104 cm x 69 cm (probablement pour iconostase) |
| Particularité | Écrite sur les deux faces ; verso représentant un autel byzantin |
| Restauration notable | Verso restauré en 1514 sur ordre du métropolite Varlaam; éléments datés du début du XVe s. |
L’icône présente la particularité d’être écrite sur les deux faces. Le verso, qui représente un autel byzantin avec l’évangéliaire, la croix & les instruments de la Passion, date du début du XVème siècle. Le verso, qui représente un autel byzantin avec l’évangéliaire, la croix & les instruments de la Passion, date de la restauration faite en 1514 sur ordre du métropolite Varlaam. Malheureusement, l’icône a presque perdu sa peinture originale: de la couche colorée il ne reste que quelques fragments, les visages du Christ et de la Mère de Dieu, mais aussi les vêtements. Le reste sont des réparations qui ont été effectuées plus tard par les peintres d’icônes de Vladimir et de Moscou après que l’image s’était dégradée au fil du temps.
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Sur cette icône religieuse nous retrouvons des caractéristiques propres à l'art iconographique byzantin : la tête de la sainte Vierge est disproportionnée au niveau du crâne pour signifier qu'elle est pleine de l'Esprit-Saint. Les deux étoiles que nous voyons une sur le front et une sur l'épaule gauche symbolise la virginité de Marie. Normalement, il y en a une troisième sur l'épaule droite, mais cette étoile est invisible puisqu'elle est cachée par l'Enfant Jésus. Ces trois étoiles rappellent la virginité de Marie avant, pendant, et après l'enfantement. Le nimbe doré (auréole) des personnages signifie la sainteté : l’or symbolise le ruissellement de lumière divine en celui qui vit dans l’intimité de Dieu. Pour le Christ, le nimbe est crucifère : marqué du signe de la croix, et des lettres grecques signifiant le nom divin révélé à Moïse : « Celui qui est » (Ex 3, 4). Auprès de Jésus les initiales de son Nom « Jésus-Christ » IC XC sont inscrites en grec.
L’icône de Notre-Dame de Vladimir exprime profondément le sentiment d’amour maternel de la Mère de Dieu mais aussi son anxiété vis-à-vis de son enfant. Elle transcrit de manière claire mais pourtant retenue l’intensité des émotions. L’icône de Notre-Dame de Vladimir est une icône du type de tendresse en raison de la joue contre joue de la Mère de Dieu et de l'Enfant-Jésus. Dans le modèle de la Vierge de Vladimir, l’Enfant regarde sa Mère, tandis que Marie nous regarde. Le regard de la Vierge est grave, presque douloureux ; à travers elle, l’Eglise relit la vie du Christ-Enfant à la lumière pascale. Les gestes affectueux de la Mère et de l’Enfant témoignent de l’amour humain réciproque. Cependant tout sentiment humain dans une icône est transfiguré. Avec sobriété, l’icône décrit le bouleversant amour fou de Dieu pour l’homme, et la réponse de l’homme à Dieu, la rencontre entre l’homme et Dieu.
L'iconoclasme à Byzance
La couleur pourpre du manteau et du voile (maphorion) de la Vierge indique la royauté donnée à la servante du Seigneur. Elle symbolise aussi l’amour divin qui a revêtu Marie. Le ton bleu de sa robe et de son bonnet peut évoquer la sagesse et la fidélité. Le ton «argile» de la robe de l’Enfant-Jésus symbolise la nature humaine qu’Il assuma pour notre salut, tandis que le modelé or souligne sa divinité (ces fins traits d’or sont appelés assist, l’or symbolisant la lumière divine). Ainsi est soulignée l’intercession perpétuelle de Marie pour toute l’humanité pour laquelle son Fils se sacrifie volontairement : « Voici ta mère » (Jn 19, 27). L’icône est peinte sur un fond lumineux signifiant la présence de Dieu.
Il existe un grand nombre de copies que des peintres d’icônes inconnus avaient reproduites de génération en génération. Comme pour d’autres icônes célèbres, se posa dans les années 1990 le délicat problème de la restitution par la Galerie Tretyakov de ces biens spoliés qui constituent à la fois des trésors artistiques - fleurons de la célèbre galerie - mais sont aussi des joyaux pour la piété des fidèles croyants. Une solution juridique originale a été mise en place en 1999 : l’église Saint-Nicolas de Tolmachi, appartenant à la Galerie Tretyakov, expose désormais l’icône de la Vierge de Vladimir et d’autres trésors religieux célèbres de la galerie.
La tradition attribue parfois l’icône à saint Luc : d’après la légende, cette icône est attribuée à l’évangéliste Saint Luc qui l’aurait peinte sur la planche de la table à laquelle mangeait la Sainte Famille, Jésus et Marie avec Joseph. Il n’y en a pas de confirmation précise et l’Eglise n’insiste pas sur la certitude de cette légende, mais pourtant, ne la repousse pas. L’Eglise reconnaît cependant que « ce que l’Evangile nous dit par la Parole, l’icône nous le montre et nous le rend présent. L’Incarnation est le fondement de l’icône, et les icônes de la Mère de Dieu manifestent que la place de la Vierge Marie est au centre de l’histoire du salut. »
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La place de l’icône de Vladimir dans la piété populaire russe est immense : elle demeura l’icône despotique de l’iconostase du Kremlin, devant laquelle se déroulaient les grands actes de la vie du pays, tels que le couronnement du tsar ou l’élection du patriarche. Elle devint l’objet de pèlerinages populaires. De 1480 à 1918, l’icône se trouvait dans la cathédrale de la Dormition au Kremlin.
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